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 Cache-cache lucratif -terminé-

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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Cache-cache lucratif -terminé-   Mar 13 Avr - 17:46

Elandor Arlanii était réputé pour être un homme grand, beau et fier. Mais ce jour-là, sa nouvelle identité ne lui rendait que peu hommage …

Lance se racla la gorge et cracha. Il ponctua son geste d’un juron et faillit blasphémer à nouveau en s’entendant prononcer de telles grossièretés. Décidément, côtoyer ses compagnons de tavernes lui avait fait prendre de bien mauvaises habitudes … Il sourit en pensant au regard désabusé qu’afficheraient les Nobles de la Cour s’ils le voyaient.
Mais son sourire se mua bientôt en une grimace figée. Penser au Palais l’amenait directement à voir les visages goguenards des Conseillers et cela acheva de le mettre de mauvaise humeur.
Mais que faisait-elle ?!
Sous sa lourde cape sombre, la chaleur devenait insupportable et la douleur le long de son échine commençait à être suffisamment importante pour l’obliger à se courber. Il fallait réellement qu’il pense à s’acheter une pèlerine légère pour les beaux jours. L’anonymat, c’était bien beau, mais s’il mourait d’étouffement avant d’atteindre son but, ça n’avait pas un très grand intérêt … Une jolie masseuse ne serait pas de refus non plus … Même si Elandor n’envisageait pas de satisfaire ses pulsions avec une autre que Bellone, Lance ne se voyait pas non plus demander à un ami masculin de soulager les muscles tendus de son dos … Passant la main dans ses cheveux, l’homme encapuchonné se gratta furieusement le cuir chevelu et une idée contrariante lui traversa l’esprit. Et s’il avait attrapé des poux ? …
*La peste soit de ce quartier sordide !*
Pour couronner le tout, il puait. Pas une vague odeur de transpiration, non. Une vraie puanteur à vous dégager les sinus. Un mélange de crasse, de relents d’égouts et de sueur. Ses péripéties de la nuit l’avaient emmené à chercher des issues de secours menant directement en dehors de la cité, sans avoir à passer par les portes principales. L’ancien Gardan Edorta était revenu bredouille après avoir pataugé pendant des heures dans des conduits étroits et humides. Il ne pouvait pas décemment espérer sentir la rose après ça et un pain de savon entier ne réussirait sans doute pas à lui rendre son odeur naturelle …
Mais il avait rendez-vous avec Eléni et ne voulait pas risquer de la rater … Pourtant, alors que ses yeux commençaient à papillonner de fatigue, il commençait à regretter son choix. La nuit avait été longue et il n’avait pas eu le temps de rentrer chez lui entre ses deux missions. Le pire étant que la filature n’avait rien donné … Les nouvelles recrues étaient parfaitement ce qu’elles semblaient être : deux forgerons amateurs de bars nocturnes, détestant le Conseil mais adulant la bière et les femmes de petites vertus. Il y avait deux mois à peine, Lance ne pensait pas que de telles caricatures existaient … Depuis, il en avait vu tellement que cela ne l’étonnait plus. Et même s’il râlait constamment contre cette tâche qu’il s’était attribuée, l’ancien Noble ne voulait rien laisser au hasard et vérifiait toujours consciencieusement l’exactitude des renseignements que lui apportaient ses nouveaux hommes. Prendre le risque de se faire infiltrer était impensable mais Lance savait très bien de pas être à l’abri d’une trahison …
Et à peine avait-il fini sa nuit qu’il avait dû embrayer directement sur une matinée à prendre des renseignements un peu partout puisqu’on clamait haut et fort que les descendants de Bakarne étaient arrivés en ville. Mais les informations qu’on lui avait données étaient toutes plus aberrantes les unes que les autres. Ils étaient hauts comme deux hommes et avaient les yeux rouges, ils étaient vêtus de feuilles d’or pur, ils ressemblaient à des pouilleux de la pire espèce … Bref, comme d’habitude, il avait besoin d’Eléni.
Au pire, une fois qu’elle serait arrivée, il l’emmènerait chez lui pour la faire patienter devant un verre pendant qu’il se laverait. Il était prêt à parier qu’elle ne dirait pas non …

La place où ils avaient rendez-vous était quasiment vide en ce bel après-midi et les rares passants pressés ne faisaient pas vraiment attention à l’homme vêtu de noir qui s’était assis à l’ombre d’un arbre. Lance avait baissé les bras, son dos était trop douloureux et ses jambes flageolaient encore de son crapahutage de la nuit passée. Quant à son crâne, il lui restituait fidèlement ses exploits de la veille sous la forme d’une migraine entêtante. Mais après tout, il avait bien été obligé de boire, lui aussi …
Posant sa tête sur le tronc, il se mit à songer avec délice au bain glacé qui l’attendait … Naturellement, cette pensée le ramena à Bellone. Toujours elle. Toujours son visage … Les baignoires étaient des lieux qu’ils affectionnaient tout particulièrement … Mais peu importe ce à quoi il aurait pu penser, elle revenait toujours.
Combien de fois avait-il cru la voir, dans la rue, lorsqu’une femme à la chevelure rougeoyante passait devant lui ? Combien de fois son cœur s’était-il accéléré comme un fou avant de rater un battement en constatant que ça n’était pas elle ?
Pas plus tard que ce matin … Mais, comme toujours, la femme se retournait et ses traits étaient si différents que Lance se demandait comment il avait pu se tromper. Même la couleur de sa chevelure était unique … Mais chaque éclat de feu suffisait à raviver son souvenir …

Un bruit tira l’homme de ses pensées. Il se releva, l’élan d’ores et déjà coupé par un pressentiment. De fait, au lieu de bondir souplement sur ses pieds, il fit grincer sinistrement ses articulations en se redressant. Et en effet, ce fut un homme de belle allure qui traversa la place. Malgré son talent, il était peu probable qu’Eléni puisse se faire passer pour un marchand de près de deux mètres de haut et aussi large qu’un tonneau à vin. Fort heureusement, une petite femme replète le suivait de près …
Etait-ce quelque chose dans sa démarche ou dans sa façon de se tenir ? Elle lui rappela une des nombreuses facettes de la jeune fille.

*Cette fois, je te tiens !*

Bien sûr, avec elle, on ne pouvait jamais vraiment être sûr … La probabilité que ce ne soit pas elle était loin d’être nulle. Mais, au pire, la vieille femme le prendrait pour un fou. Et au mieux, il coincerait ENFIN la célèbre travestie.
Fort de ce raisonnement, il s’approcha d’elle d’une démarche souple quoiqu’un peu raidie par sa longue attente.

« Bonjour ma jolie, tu as quelque chose pour moi ? »

Le salut aurait pu paraître vulgaire mais le ton de l’homme démentait le contenu de la phrase. C’était sa façon habituelle de désigner sa meilleure informatrice. Rien d’aguicheur ou de méprisant dans sa voix. Pour lui, Eléni était un joli brin de jeune fille, même s’il n’était pas sûr de savoir à quoi elle ressemblait vraiment. Le surnom de « jolie » lui venait donc naturellement sans qu’il n’y mette aucune connotation péjorative.


[Travestie est employé dans le sens de « personne qui se travestit, hein ^^ ». Et je te laisse décider si Lan va ENCORE se planter ou non ^^]


Dernière édition par Elandor Arlanii le Ven 6 Aoû - 13:17, édité 1 fois
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Sam 17 Avr - 9:50

    Éléni marchait du pas lent et mesuré de son nouveau rôle. Dès qu'elle avait estimé en savoir assez sur les descendants de Bakarne et après s'être assurée qu'ils resteraient bien chez Sieben, Éléni avait mis les voiles. Elle avait filé dans une de ses planques, s'était entièrement changée, mettant un point d'honneur à rajeunir et à mincir sa silhouette. Les joues un peu rouges car elle avait conscience qu'elle n'aurait pas mis tant de soin à son personnage si elle n'avait pas eu rendez-vous avec Elandor, Éléni mit une perruque brune dont les mèches tombaient élégamment sur ses épaules. Elle se maquilla avec soin, réfléchissant à la modalité de Jeu qu'elle adopterait. Un sourire apparut sur ses lèvres, illuminant un instant la figure enfantine de Charis Arcarian. Soit, à partir de maintenant, et pour une durée indéterminée, elle était Janida Floris, jeune fileuse de laine en quête d'amour.

    Éléni changea les leurres qu'elle portait, donnant à Janida une silhouette joliment enrobée. Voyons, Janida Floris avait 25 ans, elle aimait la couture, elle rêvait de rencontrer le prince charmant, elle voulait devenir riche et vivre dans une maison bourgeoise jusqu'à la fin de ses jours. Éléni savourait à l'avance le personnage. Elle revêtit une tenue légère mais suffisamment opaque pour qu'il n'y ait aucunement moyen de repérer les postiches corporels qu'elle portait. Le haut laissait les épaules nues tout en couvrant les bras et son pantalon de lin était assez évasé, lui donnant une liberté de mouvement agréable. On ne pourrait enlever cela à Janida : au moins savait-elle se vêtir avec goût. Elle trouverait certainement l'amour de sa vie, mais... pas aujourd'hui. Éléni dirigea ses pas vers le Quartier des Humbles, sachant parfaitement qu'Elandor serait déjà là, qu'il l'attendrait. En espérant que ses résultats ne le décevraient pas, la jeune fille avança d'un pas lent, celui de la toute jeune femme qui veut se faire aborder pour qu'on lui conte fleurette, jusqu'à la Petite Place Ribambelle. Elle souriait à droite et à gauche, saluant des inconnus qui lui renvoyaient son sourire. L'odeur de nourriture donnait faim à Éléni, elle n'avait guère eu le temps de manger depuis qu'elle était venue au Ceste Clouté. La peste soit de son précédent personnage : n'aurait-elle pu avoir faim plutôt que soif !

    Il lui fallut quelques secondes pour repérer Elandor, quoique la place, habituellement bondée et grouillante d'activité, semblait plutôt déserte, ce qui était inaccoutumé. Encore que, déserte n'était pas le mot qui convenait : il y avait tout de même plusieurs personnes. Une fois qu'elle eut vu la grande silhouette qui fit un peu s'accélérer son cœur, Éléni se demanda comment elle ne l'avait pas repéré plus tôt. Les autres personnes de la place étaient habillés en couleur, en mouvement constant, ravis de discuter ou d'acheter leurs courses sous le soleil, alors que l'Al'faret, tout de noir vêtu, se tenait immobile à l'ombre d'un arbre.

    Éléni s'approchait de lui quand elle le vit se lever, l'air décidé, puis accoster une quadragénaire petite et replète, comme si c'était le geste le plus naturel du monde. Tout en se demandant ce qui liait la femme apparemment normale et Elandor, Éléni pressa le pas, tendit l'oreille, pour entendre la nature de leur échange. Puis, elle écarquilla les yeux en comprenant ce qu'il s'était passé : Elandor pensait que c'était elle ! Elle resta interloquée pendant un bref instant, puis éclata de rire. Un rire sincère, parce qu'elle trouvait vraiment la situation irrésistible. Son rire attira l'attention d'Elandor, et quand elle eut la certitude qu'il la regardait, elle dit d'une voix claire, avec le timbre de Janida doux mais piquant :

    - Et alors, Lance, on court le troisième âge ?

    Parce qu'évidemment, Janida Floris connaissait Lance ; Éléni pouvait lui parler comme s'ils étaient amis de longue date. Elandor, comme toujours, comprendrait grâce à la vivacité d'esprit qui était la sienne et ajouterait sans faire de commentaires cette amie imaginaire à sa longue liste de connaissances factices jouées par Éléni. Elandor ne reverrait jamais Janida, mais Éléni reviendrait toujours à lui.

    La mégère inconnue se retourna et lança un regard mauvais à Janida, qui lui renvoya son plus beau sourire en réponse effrontée. Éléni en aurait soupiré : quelle gourde que cette nouvelle facette, sans aucun respect pour les aînés... Elle ne prêta pas attention aux excuses d'Elandor et se plaça à ses côtés, laissant la quadragénaire reprendre sa route.

    - Bonjour, Lance.

    Ravie de voir l'expression médusée d'Elandor, Éléni poussa le Jeu à lui faire la bise, en deux bonnes connaissances qui se retrouvent. Elle sourit encore, puis précisa, tout en faisant quelques pas avec lui :

    - Ce matin, ma mère m'a dit : Janida, sors de cette maison, tu n'es bonne à rien aujourd'hui !

    Éléni cessa là l'imitation du timbre aigu de la digne mère de Janida - il aurait été stupide de se faire identifier pour un Éléni placé au mauvais endroit, autant attendre d'être ailleurs - puis fit la moue puis termina :

    - Me voilà donc désœuvrée pour le reste de la journée... je peux rester avec toi ?

    Éléni riait sous cape : elle avait énormément de choses à dire à l'Al'faret. Des informations de première importance, qui ne souffraient aucun délai. Elle ne cherchait pas à différer le moment de divulguer les informations, puisqu'elle dirait tout de même tout à Elandor, mais son erreur l'avait trop réjouie pour qu'elle efface d'un revers de main l'épisode.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Jeu 22 Avr - 21:32

Le rire espiègle d’une jeune femme tira Lance de son début de conversation pénible avec la femme d’âge mûr (façon polie de dire qu’elle était plus vieille que lui et peu à son goût) qui, visiblement, n’était pas Eléni s’il en croyait le regard perplexe qu’elle lui lançait. Il pivota brusquement sur ses pieds pour se retrouver face à une jolie brunette, bien en chair mais au visage lumineux. Il réagit en quelques secondes et afficha un grand sourire, cachant pour une fois avec brio son air déconfit.
Il s’excusait platement auprès de la femme qui les regardait avec méfiance quand Eléni le salua, lui paquant au passage deux bises sonores sur les joues. Elandor réprima un mouvement de recul. Malgré le fait qu’ils soient devenus proches, lui et la jeune fille ne se touchaient quasiment pas et ne se disaient certainement pas bonjour de cette façon. Et la lueur malicieuse dans les yeux de cette inconnue lui disait qu’Eléni l’avait sûrement fait exprès. Soit. Lance entra dans son jeu …

« Bonjour à toi aussi, ma Belle ! »

Cette fois, il avait laissé paraître un soupçon de provocation dans sa voix, comme un amant l’aurait fait avec une maîtresse qu’il était heureux de retrouver. C’est à peine si on pouvait parler de sous-entendus en voyant son attitude : sourire charmeur et air désinvolte. Quel dommage d’avoir la certitude de sentir aussi mauvais !
Il reprit du même ton, sûr de s’attirer un regard foudroyant, mais ô combien jouissif, de la mégère qu’il avait abordée par erreur.

« Tu es tout le temps la bienvenue à mes côtés, Janida …Viens par-là que nous allions boire un verre ! »

Ce disant, il l’entraîna à sa suite, traversant la place d’un pas vif.
Finalement, il avait grandement amélioré ses talents d’acteur en si peu de temps … Il faut dire que c’était un passage obligé lorsque l’on côtoyait Eléni …
Quelques ruelles plus loin, il lui lâcha le bras et grinça des dents.

« Tu es … imprévisible. »

Puis, souriant pour lui-même, il ajouta, de sa voix redevenue grave et posée :
« Mais je t’aurais un jour … J’en suis sûr … On passe chez moi ? J’ai un besoin pressant de prendre une bonne douche ! »

Sans attendre la réponse de la jeune fille, il s’engouffra dans une venelle perpendiculaire et, après avoir déambulés un instant dans le dédale des rues, ils s’arrêtèrent devant une petite maison décrépite.
Lance poussa la porte, elle n’était pas fermée. A quoi bon fermer une maison vide ? De plein pied, elle était dotée de trois pièces seulement. La plus grande faisait office de cuisine mais également de salle à manger si on en jugeait par la petite table postée près de la fenêtre. La seconde était une minuscule chambrette où une couchette prenait toute la place, un gros coffre en bois sombre complétant le mobilier. Et enfin, la dernière faisait office de salle de bain bien qu’elle n’ait de salle que le nom. Même chichement meublée, la maison aurait pu être accueillante. Mais ça n’était pas le cas. La lumière du jour l’éclairait pauvrement au travers d’une vitre encrassée et les murs de vieux bois, vierges de tout ornement, lui donnait un air sinistre. Mais, au moins, l’intérieur était propre.
Lance ne venait que très rarement ici. Tout juste y passait-il une nuit de-ci, de-là, ou venait-il s’y changer s’il était dans le coin. Il préférait de loin vivre dans les tavernes la nuit et déambuler dans les rues le jour. De plus, il possédait, tout comme Eléni, un nombre impressionnant de planques, la plupart appartenant à des membres des Dissidents et servant, à tour de rôle, de quartier général. Être toujours en mouvement était devenu une des forces d’Elandor.
Ôtant sa lourde de cape et la jetant négligemment dans un coin, Lance s’approcha des deux chaises branlantes qui encadraient la table et en écarta une, invitant Eléni à s’asseoir. Il sortit deux chopes qu’il remplit de bière et apporta une miche de pain, du jambon et des pommes.

« Le tout est frais, je suis passé hier. », précisa-t-il à l’intention de la jeune fille.
Il faut dire que, bien souvent, la nourriture qui restait dans cette bicoque avait eu le temps de pourrir avant qu’il n’y remette les pieds.

Sortant de la pièce, Lance se dirigea vers le minuscule sellier où il avait installé une pompe à eau. Celui-ci donnait presque directement sur l’extérieur, par une large porte mal isolée. La température y était donc souvent très basse. Par "extérieur", Lance entendait la minuscule cour qui s’étalait à l’arrière de la maison. A moitié en terre battue, à moitié recouverte d’une herbe jaunie, elle n’avait quasiment aucune utilité si ça n’était celle de pouvoir regarder les étoiles la nuit, ou d’accueillir quelques comparses pour un dernier verre.
Il se déshabilla, laissant également ses vêtements en boule, se promettant de les laver plus tard et actionna la pompe. L’eau gelée lui inonda le corps, ruisselant sur son torse et ses épaules, le faisant frémir et hérissant sa peau. Mais, après plusieurs heures à étouffer en plein soleil, Lance savait que cela lui ferait un bien fou.

Il se savonna longuement et se lava deux fois les cheveux avant de revêtir un pantalon et une chemise propre. Une paire de bottes en cuir marron vint compléter sa tenue.
Une fois de plus, il fit mine de ne pas remarquer sa peau tannée, recouverte de cicatrices et d’écorchures récentes, voire d’ecchymoses récoltées au cours d’une baston. Son corps en lui-même n’avait guère changé. Il avait perdu le peu de graisse qui ornait autrefois ses bras et ses cuisses, même si la bière qu’il engloutissait chaque jour l’empêchait de perdre réellement le léger bombement de son ventre. Mais cela ne le dérangeait plus. Pas plus que la raideur certaine de ses articulations ou les rides de son visage. Quelle que soit son apparence physique, Elandor se sentait à la force de l’âge et peut-être encore plus séduisant qu’auparavant, malgré la perte de sa beauté juvénile. Aujourd’hui, il avait le sentiment d’avoir une âme et cela transparaissait au travers de l’assurance tranquille qui imprégnait ses gestes, modifiant de façon perceptible l’arrogance aveugle qu’il avait auparavant.

Lance rejoignit Eléni et s’assit en face d’elle pour boire une longue gorgée de bière. Sa chemise négligemment entrouverte et ses cheveux mouillés lui donnaient un air de bellâtre qu’il n’avait pas à l’accoutumée. Croquant dans une pomme, il s’accouda au dossier de sa chaise qui lui répondit par un grincement sinistre.

« Alors, quelles nouvelles ? »

A présent, nulles traces de l’homme léger qu’il avait incarné un peu plus tôt. Son regard brun était redevenu inexpressif et son visage indéchiffrable.
Il prit le temps d’observer longuement Eléni, d’un air qui aurait presque pu la rendre mal-à-l’aise. Derrière le masque, il essayait de deviner ses traits. Comme toujours, il n’y parvint pas réellement, se contentant d’entrevoir des facettes qu’il perdait sitôt que la jeune fille clignait des yeux.
S’il avait été plus jeune, sans doute se serait-il laissé aller à apprécier ce charme mystérieux qui se dégageait d’elle. Mais, malgré sa curiosité, il sentait pour elle un attrait davantage fraternel que charnel. Au travers de ses déguisements, il avait appris à reconnaître ce soupçon de fragilité qui émanait d’elle et dont il n’avait même pas conscience. Instinctivement, il avait fini par développer une attitude protectrice envers la jeune fille, entretenant sans le vouloir, leur relation ambiguë.
Secouant la tête pour s’arracher à ses pensées, Lance reporta son attention sur les yeux clairs de son informatrice, avide d’en apprendre davantage sur la situation.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Ven 14 Mai - 11:34

    Quand Elandor lui dit qu'elle était imprévisible, Éléni sentit son ventre commencer une danse endiablée. Flattée et ravie du compliment, elle parvint à ne pas rougir, légèrement frustrée de réaliser qu'il lui était moins aisé de contrôler ses réactions en sa présence. Elle eut envie de lancer une réplique acide lorsqu'il lui assura qu'un jour il la reconnaîtrait, mais elle se contenta de lui emboîter le pas, le cœur en fête, quand il parla d'aller chez lui. Une bonne douche ne serait pas de trop : Elandor, tout royal qu'il fût, puait tout simplement les ordures. Éléni plissa son petit nez en signe d'accord, incapable de cesser de l'importuner.

    Elle traversa à sa suite les ruelles et les dédales avant de se retrouver devant une des planques d'Elandor. Éléni n'était pas sûre de connaître tous les endroits susceptibles de le cacher, mais elle se sentit en sécurité lorsqu'elle réalisa qu'elle avait connaissance de cette retraite potentielle de Lance. C'était toujours agréable de constater qu'elle avait bien travaillé. Le rire moqueur, elle s'installa confortablement sur une chaise et accepta la nourriture qu'il lui tendait : c'était vrai qu'elle avait faim. Éléni ne s'étonnait pas de la sollicitude d'Elandor, car elle était habituelle, mais cette fois-ci, la synchronisation entre sa proposition et son besoin réel était troublante.

    Troublée, Éléni le fut quand Elandor revint de sa douche, débordant de sensualité. Elle eut beaucoup de mal à ne pas fixer son corps et les minuscules gouttes parsemant son torse. S'efforçant de ne rien montrer, elle eut un sourire sardonique. S'il y avait un registre avec lequel Éléni avait plus de mal, c'était bien celui du désir ou de l'amour. Elle était entièrement dénuée d'expérience personnelle. Tout ce qu'elle en savait, c'était par observation. Oh, certes, jouer une maîtresse, une amoureuse transie, une désespérée ou n'importe quelle figure du schéma amoureux, c'était facile, parce qu'il suffisait de recopier. Mais quand il s'agissait d'elle, Charis Arcarian ou Éléni, elle ne savait pas vraiment comment se comporter. Tout lui semblait plus difficile, plus ardu. Ce trouble n'était heureusement présent que lorsqu'elle était avec Elandor. Therdone, pourquoi était-il aussi beau, d'ailleurs ? Se faisant la ridicule réflexion qu'elle aurait volontiers échangé sa place avec celle de la pomme, elle se cala sur son siège pour se donner contenance et reprit un ton sérieux, s'efforçant de se concentrer sur autre chose qu'Elandor :

    - J'ai vu les descendants de Bakarne Olarii.

    Éléni s'arrêta là, cette fois-ci toute à son affaire, cherchant par où commencer tellement il y avait de choses à dire. Elle ne réprima pas le ton railleur qui lui venait aux lèvres et continua :

    - Eh bien, ils puent autant que toi il y a quelques minutes.

    Le regard frondeur, Éléni offrit un grand sourire à Elandor, avant de revenir au sérieux et de dire :

    - C'est une catastrophe. Je ne sais pas si tu as entendu les rumeurs, et lesquelles tu as entendues, mais il y a beaucoup de vrai. Ce sont réellement des pouilleux sans aucun savoir-vivre. J'étais au Ceste Clouté avec des indics quand ils sont arrivés.

    Pensive, Éléni fixa un point dans le vide, voyant à nouveau les farouches femmes armées, les balourds sans éducations et les enfants sauvages à moitié nus.

    - Ils ne viennent pas du même univers que nous. Vraiment pas. Je ne sais pas encore s'ils sont réellement exploitables. Déjà, il y a eu une énorme méprise : ils nous prennent pour des dieux, tu te rends compte ? Enfin, je suppose que ce sera rapidement démenti. En tout cas, je leur ai déjà soufflé mon nom en précisant qu'ils n'avaient qu'à y faire appel le jour où ils auraient besoin d'aide.

    Éléni pensa à tout ce qu'elle avait vu, le véritable choc culturel que leur rencontre avait engendrée. Ces descendants de Bakarne pourraient-ils un jour se défaire de leurs manières rustres ? Ils n'avaient que leur sang pour eux. Espérant que ses paroles ne traduisaient pas trop sa déception, parce que c'était ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même, Éléni continua :

    - Parce que je ne t'ai pas appris le plus beau : ils ont déjà réussi à se fourrer dans les embrouilles. Therdorus Uldarii – j'ai d'ailleurs eu du mal à y croire, tu imagines ! – est venu en personne les accueillir. Et la sauvage qui leur sert de chef lui a sauté à la gorge avec une énorme épée.

    Un sourire mi-figue mi-raisin éclaira les traits d'Éléni. Elle-même ne savait si elle admirait la fille de Bakarne pour son audace ou la prenait en pitié pour son évidente incivilité. Quel futur, vraiment, pour ces descendants venus de la Gérax ?

    - Elle a été jetée en prison avec son garde du corps, si j'ai bien compris. Une de mes indics a pris l'affaire en charge : je saurai très vite ce qu'il en est et ce que nous pouvons faire. J'ai aussi parlé à tous ceux qui sont encore au Ceste Clouté, espérons qu'il ne feront pas le même genre d'erreur.

    Le schéma général de la situation était dessiné. Éléni pensa à son étonnement en découvrant l'ancienne qui accompagnait les descendants de Bakarne. Quelles autres surprises leur réservaient-ils ? Elle regarda l'Al'faret. À Elandor maintenant de poser des questions sur des points qui nécessitaient d'être éclaircis ou qui l'intéressaient. À lui de voir ce qu'il convenait de faire.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Jeu 3 Juin - 12:31

Elandor ne s’était jamais réellement posé de questions sur sa relation avec Eléni.
Celle-ci s’était instaurée naturellement, leurs deux caractères s’ajustant pour servir au mieux leurs intérêts communs tout en se garantissant une bonne entente. En sa présence, il devenait plus détendu, supportant ses piques avec un amusement à peine voilé. Jusqu’ici, personne d’autre n’avait osé le chercher à ce point. Sans doute aussi que personne n’y aurait survécu auparavant … Mais que faire face à la fraîcheur désarmante d’Eléni si ce n’est sourire et accepter de jouer à cache-cache avec elle ?

Lance savoura un instant le fait de se sentir totalement en sécurité. Certes il n’était pas à l’abri d’une attaque mais qui viendrait le chercher ici ? ! De plus, la présence d’Eléni avait quelque chose d’apaisant, particulièrement sur lui. Elandor songea confusément que si Therdone avait fait d’Ysor une fille, peut-être qu’il ne serait jamais devenu ce qu’il était aujourd’hui … Son instinct fraternel semblait se réveiller au contact de la jeune fille, le rendant exagérément protecteur même s’il faisait tout pour ne pas le montrer, n’ayant pas encore accepté cette responsabilité inconsciente qu’il s’était fixée.
L’Al’Faret qui sommeillait en permanence en lui se réveilla tout à fait lorsque Eléni aborda la question des descendants de Bakarne.
Ses traits se figèrent en un masque indéchiffrable et ses yeux fauves enveloppèrent la jeune fille de toute leur intention. Seule sa bouche semblait se mouvoir, souriant parfois aux plaisanteries d’Eléni avant de reprendre leur place en une moue concentrée.

Ainsi donc tout était vrai … Et pourtant … Jamais il n’aurait pu imaginer la situation telle que son informatrice la lui décrivait.
Pour la première fois, celle-ci paraissait déconcertée. Cette si bonne actrice laissait percevoir sa déception et son incompréhension. Au-delà de son étonnement, Lance comprit pourquoi en attendant ses paroles. Tous s’étaient attendus à autre chose, lui plus que tout autre puisqu’il espérait secrètement pouvoir les rallier à sa cause.
Mentalement, il nota combien cette femme lui était précieuse. Même dans des situations improbables, elle faisait son travail avec minutie. Les rustres avaient au moins son nom. Lance espérait que cela n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Après tout, certains pouvaient sans doute être exploitables …

La suite de l’histoire sembla le laisser de marbre, si ce n’était ses sourcils qui s’arquèrent, laissant entrevoir sa consternation.
Therdorus Uldarii … Que venait-il faire ici ? ! Il est vrai qu’il avait lui-même reçut la prophétie de Therdone mais ça n’était pas dans ses habitudes de descendre de sa tour pour côtoyer le commun des mortels …
Qu’il se fasse attaquer, LUI, avait d’ailleurs quelque chose de très invraisemblable. Qui oserait faire une telle chose ? ! Même au plus profond de son dégoût de la société Ilédores, jamais Elandor n’y aurait songé.
Ces nouveaux venus étaient-ils rustres à ce point ? ! Lance n’avait pas pour habitude d’être très ouvert d’esprit et comprendre que les Olarils étaient juste déboussolés n’était pas encore tout à fait à sa portée.

Une fois la tirade d’Eléni terminée, l’Al’Faret laissa un long silence planer dans la pièce. Les sourcils très légèrement froncés, il réfléchissait. Pour une fois, il ne savait pas très bien quel comportement adopter.
Ces individus semblaient totalement inutiles et, en même temps, leur chef -une femme qui plus est !- semblait avoir morgue et courage à revendre. Pouvait-il utiliser cela à ses fins ?
Pouvait-il les convaincre de lui venir en aide ?
Il lui fallait jouer finement, rapidement pour supplanter le Conseils et, surtout, avoir ses Dissidents pour l’épauler.
De son annulaire gauche, celui qui était encore fonctionnel, Elandor caressa la cicatrice qui affleurait au coin de son œil gauche, signe que sa réflexion touchait à sa fin.

« Ton indic est sûre ? Est-elle sensible à nos idées ? Il me faut des hommes sur place pour recruter ceux qui peuvent nous servir … »

Lan ignorait qu’il s’agissait d’Elénor. Il savait que celle-ci était en vie même si cette vie avait l’air assez compliquée. Mine de rien, il suivait de loin le devenir de ses anciens proches et il s’était approché plusieurs fois de l’Auberge du Ceste Cloué. Il essayait néanmoins de la fréquenter le moins possible par crainte d’être reconnue. Elénor était une amie proche de Bellone et il ne se sentait pas prêt à revoir la femme de sa vie. Pas encore …
En revanche, dès qu’il apprendrait l’identité de cette indicatrice, nul doute qu’il essaierait de l’enrôler au plus vite, avec son père si possible ! Les Jagharri seraient de précieux alliés, tant par leurs qualités que par leur aversion prononcée pour le Conseil.

Jadis, Elandor aurait pris une décision et se serait jeté tête baissée dedans, sans écouter ni les conseils, ni les mises en garde qu’on lui adressait. Mais l’Al’Faret, s’il avait gardé cette autorité implacable, avait appris à écouter ses hommes, même le plus insignifiant. Il avait compris que, au-delà de son combat personnel, il devait à présent également se battre pour d’autres êtres que lui … Et pour conserver leur soutien, il devait les écouter, essayer de les comprendre et même, les satisfaire.
Aussi s’enquit-il de l’avis d’Eléni qui, par ailleurs, était souvent très avisé.

« Qu’est-ce que tu en penses ? Tu ne sembles pas convaincue … Mais s’ils ont des ressources encore inexprimées, il ne faut pas que le Conseil puisse les entrevoir et les utiliser avant nous. Que veulent-ils ? Que cherchent-ils ? Il faut connaître leur intention une fois que la population Ilédore se sera chargée de leur assener que nous sommes loin d’être des Dieux ! »

A cette pensée, Lance ne put s’empêcher de sourire. Lui, un Dieu ? ! Pire, les Conseillers, des Dieux ? ! Un Dieu, même impitoyable, n’était-il pas censé être capable de bonté ou, au moins, d’apporter aide et réconfort à ses croyants ? La plupart des Ilédors n’étaient même pas capable de porter secours à leurs voisins …

La discussion avançait lentement mais Lance avait appris à prendre son temps. Il savait qu’une longue réflexion avait davantage de chance d’aboutir à la bonne solution qu’un coup de tête, même si celui-ci semblait, à première vue, être un coup de génie !


[J’ai calculé que cette conversation devait se dérouler juste avant celle que tu as avec Elénor, du coup, j’ai lancé de ce côté ^^]
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Mer 23 Juin - 18:21

    Éléni écouta attentivement la vague de questions d'Elandor. Elle ne prit que quelque secondes pour réfléchir et y répondit méthodiquement. Tout d'abord, en un sourire, elle expliqua la situation du Ceste Clouté. Elle avait beaucoup d'affection pour le couple qui en tenait les rênes, mais elle ne se sentait pas prête à l'accepter, ni même à en parler ; néanmoins, ce fut avec une pointe de fierté qu'elle répliqua :

    - Mon indic ? Elle est plus que sûre, elle est excellente. Nous n'avons jamais vraiment parlé Dissidence, mais je ne pense pas me tromper en affirmant qu'elle y est favorable.

    Pensive, elle caressa un instant l'idée d'une Elenor enrôlée dans la Dissidence. Oserait-elle jamais en parler à une femme comme elle ? Et si elle se trompait dans ses estimations et qu'Elenor ne lui parlait plus, après une proposition déplacée ? Cela conforta Éléni dans son idée habituelle : se faire des proches était dangereux. Sa situation intenable la faisait souffrir, certes. Mais Elenor et Sieben étaient différents. Secouant ses boucles pour chasser les mauvaises pensées et se concentrer sur sa conversation, Éléni réagit par un mécanisme absurde de défense : pour ne pas revenir sur un des rares sujets qui l'affectaient, elle attaqua gentiment Elandor.

    - Je pense que son nom t'intéressera... C'est une des proches amies d'une certaine superbe femme, si je ne m'abuse. Elenor Jagharii, je suis certaine que tu situes.

    Éléni admirait sincèrement Bellone, mais elle ne savait pas dans quelle mesure Elandor en avait conscience. Elle n'avait jamais parlé avec Elandor de ce qu'elle estimait appartenir à son intimité personnelle. Elle les respectait trop pour leur dire qu'elle savait tout, et qu'elle était désolée pour eux. Mais jamais elle n'irait trouver Bellone pour Elandor, quoi qu'elle en meure d'envie. Et puis, peut-être que l'idée égoïste qu'Elandor resterait un peu plus longtemps proche d'elle la retenait...

    La deuxième question d'Elandor méritait une plus ample réflexion, mais Éléni savait très bien ce qu'elle allait répondre. Elle reprit le fil de leur discussion :

    - Non, je ne suis pas convaincue. Je suis même hautement dubitative. Ce sont des ignorants.

    Éléni choisit soigneusement ses mots. Elle n'avait pas peur de choquer Elandor, parce que c'était bien leur franc-parler qui les faisait progresser et qui faisait de leur collaboration une réussite, mais ses paroles allaient être dures.

    - Je serais pour une manipulation pure et simple. Je vais très vite savoir ce qu'il faut leur promettre pour les attirer. Une fois que je connaitrai mieux les différents courants animant les descendants de Bakarne, je pense que nous devrions choisir une catégorie-cible et miser dessus, pour les recruter.

    Éléni se demanda si son nom serait demandé par les fils de Bakarne. Peut-être que oui, peut-être que non. Il n'y avait aucun moyen de le savoir. Mais Elandor et elle forceraient la chance... Comme toujours.

    - Je ne sais pas ce que tu en penses, mais les laisser de côté serait une terrible erreur. Ils ont un poids symbolique qui n'est pas négligeable. Il faut que plusieurs d'entre eux rejoignent nos rangs. Que la Dissidence soit portée par des hommes « légitimes ».

    Éléni pensa un instant à celle qui s'était jetée sur l'Oracle. Il leur fallait des légitimes, oui, mais pas n'importe lesquels. Il n'y avait pas de place dans la Dissidence pour des gens comme cette sauvageonne. Il leur fallait les descendants d'Olarii les plus intelligents, les plus aptes à s'adapter et les plus emblématiques.

    - Je pense qu'ils ont déjà largement compris que nous n'étions pas des dieux. Mais il faudra aller à eux. Je serais étonnée qu'ils fassent preuve d'initiative, vu leur situation.

    Laissant ses pensées dériver, elle finit par dire :

    - J'ai peur d'avoir une mauvaise surprise avec eux. S'il est une chose qu'il faut reconnaître, c'est que nous en savons aussi peu sur eux qu'eux sur nous.

    Cela ne faisait que répéter ce qu'elle avait dit plus tôt : une fois qu'ils les connaîtraient mieux, ils pourraient plus aisément les guider vers la bonne voie, la voie de la Dissidence.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Ven 25 Juin - 18:29

S’il est une chose à laquelle Lance n’aurait jamais songé, c’était qu’Eléni évoque Bellone. Depuis la mort d’Elandor, il avait pris soin de bâtir une muraille entre son ancienne et sa nouvelle vie, ne la rompant que pour servir la cause de la Dissidence, comme lors de son entrevue avec Gribus. La jeune informatrice faisait partie de sa nouvelle vie, et elle n’avait donc rien à faire dans l’ancienne.
C’est sans doute pourquoi la « superbe femme » n’eut d’autre effet sur lui qu’un haussement de sourcil interrogatif plus prononcé. Quelle superbe jeune femme connaissait-il ?! Comment aurait-il pu seulement effleurer l’idée qu’elle évoquait Bellone, ombre mélancolique qui planait sur sa vie ?

- Elenor Jagharii, je suis certaine que tu situes.

Le nom résonna longuement sous son crâne et son expression se figea. Son masque d’impassibilité ne se fissura pas pour autant mais il serra les dents, ses muscles masticateurs dessinant leurs contours sous la peau fine de ses joues. Ses mains, posées sur ses cuisses, se serrèrent, seule la gauche pouvant former un poing fermé parfait.

Les paroles d’Eléni déferlèrent sur lui et ce n’est qu’au prix d’une grande volonté qu’il parvint à en saisir le sens. Son esprit restait centrer sur elles, répétant mentalement chaque mot et empêchant toute autre pensée d’y pénétrer.

*Manipulation, manipulation. Recruter, recruter. Légitimité.*

Elandor laissa la jeune fille finir dans un silence pesant. Ses poings se desserrèrent, son regard se fit hagard. Il essaya vainement de réfléchir, de lui répondre, mais il avait la douloureuse impression que sa cervelle était vide de toute âme. Ce n’est qu’au bout de quelques secondes qu’il prit conscience que son majeur gauche frottait frénétiquement la cicatrice qui barrait le coin de son œil. Faisant glisser sa main sur son visage, il se massa les deux yeux du pouce et de l’index, comme si ce simple geste pouvait lui permettre d’y voir plus clair.
Il sentit une bouffé de colère et d’angoisse monter en lui et la vague menaça subitement de déferler dans la pièce.

« Excuse-moi. »

Le ton était sec, presque agressif. Lance n’en revenait pas de réagir aussi violemment. Pour une bêtise ! Oui, Elenor était en vie et, oui, Bellone l’était aussi ! Avait-il réussi à nier cette vérité depuis le début et à se convaincre que rien de tout cela n’avait existé ? Que croyait-il ? Que son passé ne rejaillirait jamais ? !
Peut-être pensait-il simplement être à l’abri de tels sentiments lorsqu’il était avec Eléni. La quiétude qui l’avait habité quelques minutes plus tôt semblaient belle et bien morte. Ce lieu, qui signifiait habituellement sécurité et sérénité, lui semblaient la plus grosse imposture qui ait jamais existé. Même ses vêtements de facture grossière lui semblèrent un ridicule déguisement.
Devant ses yeux se mêlèrent les images d’Elandor, de Lance et de l’Al’faret. Lequel des trois avait-il envie d’être ?
Se levant brusquement, il rejoignit la fenêtre dont ses doigts agrippèrent le rebord.

Intérieurement, il se vit se retourner et laisser sa colère éclater sur la jeune fille. L’envie de la frapper en devînt presque douloureuse.
*Quel besoin as-tu eu de ramener tout ça à la vie ?!*

Etrangement, ressentir une telle haine le calma aussitôt. Eléni n’avait rien à voir là-dedans, elle n’y était pour rien. La détester lui permettait seulement de ne pas se détester, lui, d’avoir fuit aussi longtemps sa précédente existence.

Elenor … Si proche mais si lointaine.

L’assaut des vagues cessa, la falaise Elandor avait survécu encore une fois. Combien de temps avant qu’elle ne se laisse submerger ? L’ancien Gardan refusait d’entrevoir cette hypothèse. Il avait toujours eu la Volonté de réussir sans jamais rien laisser l’en empêcher. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il changerait, même pour l’amour et l’amitié …

Calmé mais loin d’être apaisé, l’homme retourna s’asseoir face à son interlocutrice. Il lui souri.

« Je suis désolé. Je ne pensais pas que la savoir future dissidente m’affecterait à ce point. »

Devant un autre, jamais il ne se serait permis un tel étalage. L’Al’Faret, tout comme Elandor, ne pouvait se permettre de se laisser aller à raconter sa vie et ses peines à n’importe qui. Au mieux, on le tournerait en dérision, au pire, on utiliserait ces données contre lui.
Mais elle ? Il s’en voulait d’avoir seulement songé à lui en vouloir. Malgré le professionnalisme et la Volonté sans faille qu’elle affichait, il ne pouvait s’empêcher d’être troublé par son innocence et sa fragilité. Dont il avait peut-être imaginé une grande partie … Quoi de plus rassurant que d’avoir quelqu’un à protéger quand on se sent soi-même en danger ? Prendre Eléni sous son aile, même si elle n’en avait pas besoin, était une façon de maîtriser sa propre situation et les dangers qui le menaçaient. C’était étrange d’avoir ce genre de sentiment avec une femme alors qu’il n’avait jamais été vraiment capable d’aimer ses propres enfants.

*Foutue mort !*
Finalement, si elle lui avait apporté une nouvelle chance, elle l’avait aussi plongé dans un abîme de doute et de remise en questions. Et comble de tout, l’arrogant Elandor avait perdu de sa superbe, et, au lieu de repousser d’un revers de la main les interrogations qui l’habitaient aujourd’hui comme il l’aurait facilement fait l’autrefois, il les laissait l’envahir et le hanter.

*Tu es devenu faible !*
Mais ça, pas question que quiconque ne l’apprenne !

« Elle sera un grand atout pour nous, fais ton possible pour la convaincre. »

Cette fois-ci, il n’avait aucune intention de le faire lui-même … Plus il pourrait éviter Elenor, moins il aurait besoin de se torturer l’esprit pour lui expliquer. Car il y avait fort à parier qu’elle ne lui pardonnerait pas si facilement son silence …

Mais, pour l’heure, il s’agissait de reprendre le travail.
Tant pis, la discussion avec lui-même serait remise à plus tard. Il était encore trop vulnérable pour se permettre de n’être pas entièrement sûr de lui.
Un autre homme aurait pu se tourmenter pendant des heures de s’être laissé égaré par ses sentiments et de n’avoir pas su garder l’esprit clair. Lance n’était pas ce genre d’homme. Il avait fait une erreur, c’était du passé, il se concentrait à présent sur ce qui les intéressait.

Cependant, cela lui demanda plusieurs minutes afin de se souvenir exactement de ce qu’avait dit Eléni …

« Je suis d’accord avec toi, nous devons tenir compte d’eux. De quelle manière ? C’est plus compliqué à évaluer. Une chose est sûre, il faut surveiller leur Chef. En plus d’être une figure importante pour eux, elle a l’air imprévisible voire dangereuse … Il ne faudrait pas qu’elle nous cause du tort … »

S’il raisonnait sur le peu qu’il savait des Olarils, à savoir qu’ils n’étaient qu’un peuple barbare, les priver de leur Chef serait sans doute une erreur. Soit ils ne pourraient s’en remettre et deviendraient inexploitables, soit ils s’entretueraient pour en nommer un nouveau. Cette dernière hypothèse ne déplaisait pas totalement à Lance mais il préférait vérifier avant s’ils pouvaient leur être utiles.

L’Al’Faret se laissa le temps de la réflexion puis s’arrêta sur une décision. Quoiqu’un peu folle, elle avait le mérite de satisfaire sa curiosité et de ne pas le laisser inactif, en proie à un questionnement moral dont l’exercice ne lui était pas familier.

« Je vais aller à leur rencontre. A l’auberge ! Je vais voir si je peux en convaincre un ou deux de me faire confiance. Ce sera plus facile de leur arracher des informations de cette façon … Et je pourrai peut-être les sensibiliser à notre façon de voir la politique d’Edor Adeï … »

Un sourire narquois accompagna cette dernière remarque, cachant avec élégance d’autres sentiments bien enfouis.
Lance avait conscience d’agir avec bêtise. Après s’être emporté avec force, voilà qu’il proposait de retourner sur un lieu hautement stratégique pour lui puisqu’empli de souvenirs de Bellone et servant de repère à Elenor.
Mais, de toutes façons, il lui faudrait bien se jeter dans la gueule du loup un jour ou l’autre. Il ne pouvait pas sans cesse éviter cette zone de la ville, d’autant plus à présent qu’elle abritait en son sein les fameux descendants de Bakarne.

« Pourras-tu m’aider à passer inaperçu ?! »

Ca, c’était la meilleure partie de son plan. Découvrir personnellement des talents de la grande Eléni, la mystérieuse travestie aux cents visages !
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Lun 5 Juil - 17:28

    Elle avait fait un pas de trop. Elle avait tout juste... franchi la limite, qui était tangible et qu'elle saurait garder à distance, maintenant. Elle se sentait mal, alors qu'elle avait délibérément provoqué Elandor. Jamais Elandor ne lui avait ainsi tourné le dos : c'était la première fois qu'elle le voyait autant prendre sur lui pour ne pas exploser de... rage, colère ou déception ? Elle était incapable de situer ses sentiments, alors même qu'ils étaient affichés sur son visage rude. D'un air de poupée triste, elle regarda les poings serrés, le corps raidi et les épaules voûtées. Éléni ne pouvait rien faire, à part attendre qu'il se reprenne. Ce qu'elle fit patiemment, les yeux emplis de peine, peine qui s'envola aussitôt qu'il se tourna à nouveau vers elle pour s'excuser. Le regard vert reprit son éclat rieur, et Éléni n'osa pas lui dire qu'elle ne pensait pas aborder Elenor pour la recruter dans un futur proche. Pourtant, il s'agissait quasiment d'un ordre direct d'Elandor. La petite informatrice réfléchit un instant. Il était hors de question de lui expliquer les raisons qui l'empêchaient de tenter de recruter Elenor par elle-même ; ces raisons n'étaient pas encore assez claires dans sa propre tête. Éléni n'aimait pas perdre, et l'exception formée par Elenor et Sieben était suffisamment rare pour qu'elle y tienne. Elle temporisa, répondant du même coup à la dernière réflexion de l'Al'Faret :

    - Elenor se chargera de surveiller leur Chef, alors.

    Éléni repensa à la sauvage qu'ils désignaient par cet adjectif. En pensant au manque de raffinement que prouvait cette dénomination, elle réalisa qu'ils ne savaient pas comment étaient choisis les chefs des descendants de Bakarne. Était-on Chef de père en fils ou d'élu en élu ? La question lui semblait soudain primordiale. S'ils devaient se débarrasser de cette sauvage – parce qu'il semblait évident à Éléni qu'ils parviendraient à cette conclusion – il fallait savoir exactement de quelle façon les Olarii allaient réagir. Se promettant de se renseigner le plus rapidement possible à ce propos, elle reporta son attention sur Elandor, qui venait de lui soumettre une proposition saugrenue. Pas tout à fait certaine d'avoir compris son idée, elle demanda :

    - En tant que Lance ?

    Les pensées d'Éléni tentaient d'envisager toutes les éventualités d'une telle action, mais il semblait y en avoir trop. Lance... au Ceste Clouté ? Il allait croiser Elenor, qui allait le reconnaître. Il allait croiser Sieben, qui allait remarquer cet homme inconnu et le surveiller, peut-être même deviner quelque chose. Il allait croiser la sauvage, qui allait l'agresser. Il allait... Éléni respira et fut presque soulagée d'entendre la phrase suivante, celle qui annonçait qu'il pensait se déguiser. Elle fut à la fois terriblement sceptique et inexplicablement apaisée. Finalement, elle battit des mains, l'air ravi, comme une enfant.

    - Évidemment que je pourrais t'aider ! Je veux bien m'occuper de ton cas, mais... il faudra que tu suives mes instructions à la lettre.

    En fait, si n'importe qui d'autre avait demandé à Éléni une faveur pareille, elle aurait refusé tout net. Mais c'était Elandor qui le lui demandait, et ça changeait tout. Elle était largement disposée à lui rendre ce service, d'autant plus que ça s'annonçait amusant. Elle devrait être attentive à lui concocter une nouvelle identité facile à endosser ; tant physiquement que mentalement. Elle ne voulait pas sortir le grand jeu pour le déguiser, mais elle savait aussi qu'il était primordial qu'il soit méconnaissable. Il lui faudrait porter le Jeu entre ces deux limites.

    - Quand veux-tu aller au Ceste ? Il me faut quelques heures pour te préparer quelque chose de crédible.

    Elle lui fit un sourire malicieux, oubliant totalement que quelque minutes avant, il souffrait à cause de Bellone. Ne lui restait que l'idée que oui, elle allait se divertir.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Jeu 8 Juil - 18:05

Lance avait conscience que son idée était délicate à réaliser. Il fallait être sûr qu’Eléni parviendrait à le déguiser. Non pas qu’il doutât de ses capacités mais accepterait-elle ? Ses techniques seraient-elles applicable à un homme ?
Cependant, cela restait un détail face à l’épreuve qu’il allait s’imposer. Revoir le Ceste, peut-être croiser d’anciennes connaissances … Mais, en même temps, les nouveaux venus avaient envahit la place. Et, hormis les curieux, peu d’Ilédors devaient s’y aventurer, encore moins les habitués …
Et il avait terriblement besoin de se rendre compte de la situation par lui-même. Il était un homme d’action ! Parlementer avait son importance mais, au bout d’un moment, l’inactivité faisait de lui un lion en cage …
Cette image lui rappela Elenor. Au départ, il l’avait uniquement côtoyée parce qu’elle était une amie précieuse de Bellone. Avec le temps, ils s’étaient tous deux découverts des points communs … Dont celui de ne supporter que très modérément l’immobilité.
Et là, Lance sentait qu’il était temps d’agir. Comment espérer prendre une décision cohérente à propos des Olarils s’il ne les jugeait qu’à partir des « on dit » ?

Ah … Et si Elenor surveillait leur Chef ! Peut-être pourrait-elle également en apprendre davantage …

« Dès qu’elle sera parmi nous, pourras-tu m’en avertir ? Et si elle en a l’occasion, ce serait bien qu’elle réunisse le maximum d’informations sur eux. »

S’arrêtant un instant, il sembla ajouter quelque chose, se reprit et, finalement, se contenta d’une phrase.

« S’il-te-plaît … Ne lui dit rien sur … L’Al’Faret. »

La demande était évidente puisqu’il s’agissait d’un des préceptes fondateurs de la Dissidence. Mais au-delà des mots, Lance espérait qu’Eléni comprendrait qu’il ne voulait absolument pas qu’Elenor soit au courant de sa survie.

Il ne l’avait jamais réalisé mais il s’exprimait différemment avec celle qui était devenue son bras droit qu’avec tous ces autres hommes. Auprès d’elle, pas question d’ordres cinglants ou de consignes. A la place, des « pourrais-tu ? » ou des « qu’en penses-tu ? » fleurissaient son langage, chose peu habituelle pour lui.
La jeune fille s’en rendait-elle compte ? Voyait-elle qu’elle était une privilégiée ? Ou bien considérait-elle que leur relation était tout à fait normale ?

Apparemment non s’il en jugeait par sa facilité à accepter sa requête. Elandor estimait que tout lui était dû. Lance avait dû apprendre à mériter tout ce qu’il obtenait. Et sans doute avait-il réussi à obtenir la confiance d’Eléni. Du moins, en partie …

*Qui es-tu en réalité ? Qui es-tu pour moi ? Qui suis-je pour toi ?*

Laissant flotter ses questions au cœur de son esprit, il fixa le visage qui s’illuminait d’un sourire espiègle. Elle devait être toute jeune pour n’avoir pas encore perdu cette faculté à s’émerveiller d’un rien. Etait-ce un tort ? Cela apportait à Elandor une fraîcheur qu’il n’avait jamais connue. Mais cela était sans doute également dangereux. Malgré son professionnalisme, comprenait-elle réellement tous les enjeux ? Etait-elle prête à tout pour la cause Dissidente ? Lance n’avait jamais osé lui poser la question et ne s’en sentait pas le courage.
Peut-être s’en voudrait-il un jour, peut-être était-ce une terrible erreur … Quoiqu’il en soit, il s’était trop appuyé sur elle pour pouvoir s’en passer à présent.

Cessant de la regarder fixement, l’ancien Gardan lui rendit son sourire.

« Je te fais confiance pour le choix … Que vas-tu me concocter ? Si tu pouvais juste éviter les déguisements de femme, ça m’arrangerait … Et prends ton temps, j’irai à l’auberge dès que tu auras fini. Réfléchis, je reviens dans deux minutes ! »

Lance se leva. Il passa dans la salle d’eau, ramassa ses affaires sales qu’il avait abandonnées là et les mit à tremper dans un bac rempli d’eau et de savon. N’ayant pas beaucoup de changes, il n’avait pas intérêt à laisser ça traîner …
Cela lui fit immédiatement songer à sa rencontre avec Gribus. Il n’avait pas encore eu l’occasion d’en parler à Eléni et, pourtant, il devait lui demander de l’épauler sur cette affaire …
Revenant dans la pièce principale, il s’arrêta devant elle, les avants-bras appuyés sur le plateau de la table.

« Et aussi, j’ai une mission à te confier. Si tu as trop de travail, n’hésite pas à déléguer les recrutements moins importants mais là, j’ai vraiment besoin de toi. »

C’était évident. Qui d’autre qu’elle pouvait percer à jour le jeune scribe inexpressif ? Et son rôle risquait d’être important … L’Al’Faret ne pouvait se permettre de douter des informations qu’il lui ferait parvenir. Il avait investit l’armée, la bourgeoisie, le quartier des humbles et même, la noblesse. Mais le palais lui était fermé et le Conseil également. Avec le jeune albinos, il avait une chance d’entrer dans ce cercle.
Au demeurant, celui-ci connaissait à présent son identité ce qui faisait de lui un membre à surveiller particulièrement.

« Je suis allé recruter Gribus Sandragil, le scribe. Il travaillait pour moi de mon vivant et je lui ai donc révélé mon identité en espérant le convaincre de me rejoindre. Il a accepté mais je ne suis pas satisfait de cette entrevue. Je crains de ne pas avoir réussi à le persuader de devenir notre informateur pour de bonnes raisons … Je voudrais que tu le surveilles et, même, si l’occasion se présente, que tu t’entretiennes avec lui pour le tester. Je sais que tu es souvent plus convaincante que moi … »

Il accompagna sa remarque d’un sourire entendu et n’ajouta pas que cela ferait peut-être du bien à la toute jeune fille de fréquenter quelqu’un de son âge plutôt que des hommes mûrs et trop souvent belliqueux.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Cache-cache lucratif -terminé-   Dim 1 Aoû - 12:08

    Tenir Elandor au courant du recrutement d'Elenor... Éléni se contenta d'acquiescer. Elle aviserait plus tard, à tête reposée. Nul besoin de mettre le chef dans tous ses états pour un questionnement personnel. Il serait toujours temps de lui en parler plus tard, si elle ne voyait vraiment aucune opportunité d'approcher Elenor ou se refusait définitivement à le faire. Quant à ne rien lui dire sur l'Al'Faret, elle fut presque vexée par sa demande. Elle était la personne indiquée pour garder un secret ! Elle ne l'aurait jamais trahi devant une femme dont elle savait qu'elle appartenait à son passé. En plus de son indignation, il y avait également un peu d'étonnement. Le ton employé par Elandor était surprenant. Il lui avait dit s'il te plaît. En soi, le terme n'avait rien d'exceptionnel, mais c'était comme si elle possédait un indicible pouvoir sur lui. Il ne lui ordonnait pas de ne rien dire sur lui, alors qu'il aurait pu. Non, il le lui demandait. Et ça, c'était tellement révélateur qu'Éléni retint son souffle. Il allait se rétracter ou... seul le silence demeura. Se sentant presque euphorique de cette insignifiante victoire et retenant le sourire qui lui démangeait les lèvres, Éléni s'insurgea :

    - Ton secret ne m'appartient pas, il est tien. Ce n'est pas à moi de juger du moment de son dévoilement.

    Elle considéra que le sujet était clos et s'attela déjà à la tâche qui l'attendait : déguiser Elandor. Petit à petit, elle commençait déjà à lui façonner une personnalité. Il faudrait lui donner une quarantaine mal assumée, c'était le plus facile pour débuter. À la remarque complètement à côté d'Elandor, elle répliqua du tac au tac :

    - En femme ? Mais... tu ne serais pas crédible un seul instant en femme ! Et je ne pense pas que ton corps se prête à un travestissement.

    Soudainement, elle réalisa que sa remarque impliquait qu'elle ait déjà réfléchi à son corps. Éléni rougit et remercia Therdone qu'Elandor se soit déjà détourné. Elle avait quelques secondes pour se reprendre, secondes durant lesquelles elle s'obligea à penser à la personne la plus laide qu'elle connaissait. L'effet fut radical, mais trop périlleux pour le cœur de la jeune fille. Ce faisant, elle eut toutefois la clé du déguisement d'Elandor : il fallait qu'il soit laid. Oui, c'était même obligatoire, sinon elle serait incapable de le maquiller et de travailler sur... lui. Elle n'avait pas du tout pensé à cet aspect de la chose et ses joues recommencèrent à rivaliser avec une tomate. Elle secoua la tête et se concentra. Allez, ma fille, calme-toi.

    Heureusement, le retour d'Elandor apporta une nouvelle affaire qui permit à Éléni de se consacrer toute entière à ce qu'il disait. Et au fur et à mesure qu'il parlait, elle sentait une point d'excitation monter en elle. C'était exactement le genre de mission qui lui plaisait, même si l'informatrice en elle déplorait la révélation qu'Elandor avait dû faire. Mais tout de même... Gribus Sandragil. Un gros morceau, un proche du Gardan. Elle se mordilla la lèvre inférieure, déjà prête à relever le défi. Le scribe du Gardan Dissident ! C'était tellement prometteur...

    - S'il ne nous est pas acquis, je le saurai très vite. Je vais m'occuper personnellement de son cas, promis.

    Éléni riait à l'avance de déployer ses réseaux autour d'un homme si proche du Gardan. Elle savait peu de choses sur lui, hormis que c'était un jeune homme brillant promis à un bel avenir et sans aucun scandale venu entacher sa réputation. Si Elandor s'était intéressé à lui, c'était forcément qu'il y avait quelque chose à en tirer. Voire plus...

    Elle se releva souplement, ravie d'en découdre avec le scribe, planifiant déjà le reste de sa semaine, dit au revoir à Elandor et lança, sur le seuil de la porte :

    - Je n'oublie pas ton déguisement pour autant. Rendez-vous dans cinq heures à la première planque que je t'ai montrée, à l'époque. Tu te transformeras en vieux charpentier grincheux et malade, ce sera amusant.

    L'espace d'un instant, Éléni imagina l'Al'Faret parler avec un accent campagnard.

    - Enfin, ça dépend, mais oui, ça devrait être drôle.

    Et elle tourna les talons, quittant la pièce en coup de vent, la tête emplie des gestes et du torse d'Elandor Arlanii.
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Cache-cache lucratif -terminé-
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