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 Encore et toujours les mêmes questions...

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Nydearin Hirune
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MessageSujet: Encore et toujours les mêmes questions...   Ven 13 Déc - 12:21

Nydearin marchait dans les rues de Sierra, paisiblement, tranquillement, répondant aux saluts que certaines personnes lui offraient tandis qu’il déambulait entre les maisonnées, une sacoche en cuir de daim en bandoulière sur l’épaule. S’il n’était plus Grand Prêtre d’Hésione, ce qui, il fallait l’admettre, aurait pu entrainer quelques confusions pour les Ilédors de la ville, il avait néanmoins gardé cette vocation de guérisseur, profitant des plantes avoisinantes qu’il allait souvent cueillir, à l’aube ou au crépuscule, pour créer des remèdes et soigner la population locale. Il n’était pas rare également qu’il se fournisse au marché de la ville, auprès de marchands itinérants, lui apportant des plantes médicinales qui ne pouvaient pousser dans le climat, pourtant agréable, dans lequel ils vivaient tous, ici, à Sierra. En quinze années, son habileté et sa réputation n’étaient plus à refaire. Beaucoup de personnes connaissaient l’Olaril et lui vouait une confiance presque absolue lorsqu’il fallait soigner leurs jeunes enfants ou eux-mêmes. Fort heureusement, on n’avait pas souvent besoin de lui et les épidémies étaient rares ce qui rendait finalement son travail peu prenant, lui laissant tout le temps de vaquer à sa propre vie, celle avec Lysandre et sa fille, Hésione. Un nom qui sonnait comme une évidence et qui, au fond, aurait pu ravir le guérisseur, s’il n’y avait pas eu toute cette histoire autour d’elle. Beaucoup pourraient penser qu’il menait une existence paisible, avec sa famille au complet, mais, pourtant, l’intimité était toute autre. Même s’il sauvait les apparences en public, il savait que son mariage ne tenait que sur une chose, sa propre capacité à prendre sur lui cette histoire opaque et sombre qui s’était produite il y avait de cela quinze années maintenant. Il avait pourtant cherché à comprendre, posé des questions, mais la façon dont elles avaient été accueillies en disait long sur ce qu’il allait pouvoir apprendre : rien. Il avait essayé tous les moyens possibles et imaginables et pourtant il s’était toujours heurté au même mur, rempli de hargne, que devenait Lysandre lorsqu’il évoquait le passé.

Alors il n’en avait parlé à personne, pas même à Sorastrata, pas même à Luminara, à personne. De toute façon, tous devaient bien se douter de quelque chose et, pourtant, Nydearin était resté aux côtés de sa femme et l’avait soutenue, publiquement, affirmant qu’Hésione était sa fille. Pourtant, au fond de lui, il savait que ce n’était pas le cas. D’abord parce que les dates ne concordaient pas, sans parler, bien entendu de la stérilité de sa femme. S’il avait toujours eu l’espoir que la médecine Ilédore puisse découvrir un moyen inconnu des Olarils, tout était trop soudain, trop mystérieux pour à peine imaginer que Lysandre ait pu accoucher d’un enfant. Mais aurait-elle pu en voler un ? Le guérisseur ne comptait plus les nuits qu’il avait passé, éveillé, face au feu brulant dans leur cheminée, à essayer de comprendre, de démêler les fils de cette histoire abracadabrantesque. Il n’y avait pourtant qu’une seule solution possible, une seule logique mais pour laquelle il ne pouvait obtenir aucune réponse de la part de sa propre femme. Alors il avait joué le jeu, il avait été un père pour Hésione, pour cette fille que, malgré tout, il aimait comme un père, même si elle ne pouvait être réellement sa fille. Devant tout le monde, devant elle, il était un mari aimant, parce que, profondément, malgré tout cela, il aimait Lysandre. Après tout, s’ils n’évoquaient pas le sujet de leur fille, ils étaient heureux, n’est-ce pas ? Pourtant, après ces quinze années de « bonheur », il ne pouvait toujours pas se voir dans les yeux de sa fille sans songer qu’il n’était qu’un imposteur, parce qu’il pouvait le voir dans ses traits, elle n’était pas celle qu’ils prétendaient qu’elle était et, au fond de lui, elle savait qu’elle méritait la vérité. Mais qu’elle vérité ? Que pouvait-il lui dire sans être certain de pouvoir lui dire qui était son vrai père, qui était sa vraie mère ? Et une chose prédominait au fond de lui. Même s’il n’était pas son géniteur, il l’aimait. Et il ne voulait pas la voir malheureuse.

Il arriva finalement devant chez lui, devant chez eux. C’était une petite maison qui ne payait pas de mine. Nydearin l’avait construite de ses propres mains, aidé de plusieurs autres Olarils. Ils avaient recréé un peu de chez eux dans cet endroit afin de retrouver quelques marques. La maison était spacieuse, offrait suffisamment d’espace pour un couple et leurs enfants. C’était tout ce qu’il avait voulu, pour Lysandre, pour sa fille. Il passa la porte. « C’est moi. » En même temps, qui d’autres cela aurait-il pu être ? Peut-être attendait-il seulement une réponse, pour savoir si quelqu’un était là. Cependant, à part sa femme, il ne devait y avoir personne. Hésione était sortie plus tôt dans la matinée et avait prévenue qu’elle ne reviendrait que pour le dîner, prétextant une journée de chasse avec quelques filles de son âge. Le guérisseur était prompt à la croire mais ne se faisait pas d’illusions. C’était une jeune femme et elle était déjà surement courtisée. Néanmoins, elle semblait à même de se protéger et de savoir ce qu’elle voulait, aussi ne se faisait-il pas étouffant pour elle, sans compter qu’il lui avait apprit à être plutôt habile avec un couteau. Il déposa son sac sur la grande table de la principale pièce à vivre où une douce chaleur régnait, grâce à un feu qui brûlait dans une grande cheminée. Il se défit de son manteau et sortit des flacons de sa sacoche et entreprit de les ranger dans un meuble où il stockait ses ingrédients, ses remèdes déjà préparés, ses accessoires. Il n’avait pas spécialement prévu de se faire une pièce à part pour cela, puis ce n’était pas réellement nécessaire. Une fois ses affaires rangées, il se dirigea vers la cheminée et s’installa sur l’immense peau qui recouvrait le sol devant l’âtre. Assis en tailleur, il se mit à contempler les flammes silencieusement, d’une manière presque religieuse. Comme toujours, les mêmes questions lui revenaient et il ne pouvait pas continuer à mentir à la terre entière et, surtout, pas à Hésione. Elle était une adulte, ou presque, la laisser dans l’ignorance n’était pas lui rendre service.
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Lun 16 Déc - 19:25

Lysandre se piqua le doigt et étouffa un juron. Elle avait été surprise par l’arrivée de son mari ; sans doute ne l’attendait-elle pas si tôt. Comme de plus en plus, elle s’était laissée emportée par des songes éveillés, incapable de se concentrer sur son ouvrage, piquant le cuir par habitude et automatisme plus que par envie. Pourtant, cette activité lui plaisait, et elle appréciait surtout l’apprendre à sa fille... Lui enseigner comment faire d’une peau un manchon, des moufles, une bourse... Elle n’aurait jamais cru cela possible, et pourtant, l’Hirune prenait plaisir à transmettre son savoir, elle qui avait détesté l’apprendre de sa grand mère à l’époque : elle préférait aller courir dans l’herbe et ne rêvait que de faire ses preuves en tant que Chasseresse. Et comme elle, Hésione avait prit le premier prétexte venu pour écourter la leçon.

Elle releva la tête, revenant peu à peu à la réalité, et eut un sourire. Le Grand Prêtre avait passé la porte en s’annonçant, et elle entendait désormais ses pas distinctement, venir vers elle. Elle se trouvait dans la chambre de leur fille, cette pièce qu’elle chérissait, qu’elle adorait. C’était indescriptible... Se trouver dans cette chambre la rendait euphorique, et Lysandre aurait pu dormir toutes ses nuits à côté de ce lit qui portait encore le parfum des cheveux d’Hésione... Ce qu’elle avait fait les premiers jours où elle l’avait mise au monde. Comme une peur incontrôlable d’un danger, la Chasseresse avait veillé nuit et jour sur le nourrisson, ne l’avait jamais quitté une seconde, négligeant son sommeil, son hygiène, son couple. Lorsqu’elle avait été hébergée par Cardiphal, qui avait perdu son enfant la veille, et que celle-ci avait accepté de nourrir Hésione, même si l’Hirune fut obligée de lui accorder immédiatement sa confiance, jamais elle ne la laissa seule avec la petite. Jamais.

C’était son trésor, elle avait peur qu’on la lui prenne. Qui ? Pourquoi ? Elle ne savait l’expliquer. Mais Lysandre avait toujours été possessive avec l’enfant... A mesure que temps était passé, elle réussit à s’éloigner un peu, puis s’absenter. Si les premiers mois mirent à mal l’équilibre retrouvé son mariage, et que parfois, Nydearin semblait vouloir lui chercher querelle, le Chef Olaril, ou ce qu’il en restait, semblait désormais vivre dans un immense paradoxe. Jamais elle n’avait été aussi épanouie. Et pourtant, elle était constamment anxieuse. La peur d’être mère. De voir sa fille grandir, s’envoler du nid...

Elle chasse une bouffée de terreur lorsque son mari passa la porte. Sans doute était-il sûr de la trouver là... il avait pris le temps de ranger ses flacons, elle avait saisit quelques bruits de verre. Lorsqu’il entra, elle lui offrir un beau sourire, le questionna du regard une seconde. Mais ne put retenir son interrogation plus longtemps. « As-tu vu Hésione ? » S’enquit-elle, cherchant à se rassurer.

Lysandre posa le morceau de cuir qu’elle piquetait d’un fil de lin clair pour en faire deux brassards pour l’hiver, et se releva du lit de leur fille où elle était installée. En s’approchant de son mari, elle perçut une lueur fade sur son visage, mais préféra ne pas relever, et se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Pourtant, elle était inquiète, leurs retrouvailles furent écourtées. « Je m’inquiète pour elle, elle est partie depuis un moment... » Soupira l’Hirune, cherchant le soutien de son époux, sans s’enquérir de sa journée, de ses achats, de ses visites... Un tord qu’elle avait pris de plus en plus, toutes ses pensées reliées à sa fille, qui depuis qu’elle avait fêté ses 15 ans, se sentait pousser des ailes...





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Nydearin Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mer 18 Déc - 20:31

Personne n’avait répondu lorsqu’il avait annoncé sa présence, mais, au fond, il s’était rapidement rendu compte que sa femme était forcément présente. Certaines de ses affaires étaient à leur place, non loin de l’entrée de la maisonnée et si cela ne justifiait pas forcément avec certitude qu’elle se trouvait-là, il savait qu’elle ne serait jamais sortie sans. Tout aussi vite, il savait pertinemment où il pourrait la trouver. Cela faisait presque quinze années qu’elle se trouvait toujours au même endroit. Si, au début, il avait trouvé cela normal, car, après tout, lui aussi avait veillé sur sa ‘fille’ alors qu’elle n’était qu’un nouveau-né, il trouvait la dévotion, voire la surprotection de Lysandre envers Hésione tout à fait inutile, voire étouffante pour la jeune fille qui devenait petit à petit, même si c’était certainement trop vite, une femme. Nydearin comprenait parfaitement son besoin de s’évader, de se trouver seule face à elle-même, de faire ses propres pas en dehors des traces de ses parents et, probablement, surtout de sa mère. Même si elles étaient proches, la jeune femme voulait s’offrir ses propres ailes et découvrir le monde par elle-même sans chaperons pour surveiller la moindre de ses activités. Le guérisseur était parfaitement d’accord avec cela, car, pour lui, il n’y avait de toute façon pas de meilleure école que celle de la vie et il l’estimait parfaitement capable de se défendre d’elle-même si elle devait se retrouver en mauvaise posture. Qui plus est, Sierra était un village paisible et il n’y avait pas grand-chose à déclarer. La plupart des habitants se connaissaient entre eux et on savait assez rapidement n’importe quel ragot. Ainsi allaient les choses, même si les rumeurs colportées n’étaient pas toujours vraies. D’ailleurs, comme toujours, les mensonges voyageaient plus vite que la vérité. Un véritable petit miracle de la société désormais métissée que formaient les Ilédors et les Olarils. Certains de ses amis avaient d’ailleurs cédés aux charmes d’Ilédores, et vice versa, donnant naissance à de jeunes métis, l’exemple même que le futur lui-même ne verrait plus de barrières entre ces deux peuples.

Après quelques instants près du feu, à contempler les flammes en silence, il se décida d’aller dans la chambre d’Hésione, certain d’y trouver son épouse. D’un pas lent, un peu résigné, même si, au fond, il espérait peut-être que ce jour serait différent des autres, il se dirigea vers cette pièce qu’il connaissait bien puisqu’il l’avait faite de ses propres mains. Sans grande surprise, en passant la porte, il découvrit Lysandre, sur le lit de sa fille, entrain de faire un ouvrage. Aussi étonnant que cela paraisse, c’était là une occupation qu’elle avait prise depuis plusieurs années. Après tout, pourquoi pas… Même si, au plus profond de lui, leurs escapades nocturnes, voire diurnes, dans les hautes herbes ou à la lisière d’un bois, lui manquaient énormément. Quoiqu’il en fut, il était difficile de dire que leur couple existait encore réellement. Peut-être était-ce là un juste retour des choses alors qu’il l’avait abandonnée pendant plusieurs longues semaines, livrée à elle-même. Il préférait ne pas trop y penser, même si, avec le temps, il trouvait qu’il commençait à sérieusement payer cher son écart de conduite, certes inexcusable, mais qui ne méritait surement pas ce qu’il endurait depuis plusieurs années. Il eut néanmoins la force de sourire lorsqu’il croisa son regard, avant de l’effacer presque aussitôt tandis qu’elle lui demandait s’il avait vu Hésione. Il prit une grande respiration, discrète, qui lui permet de ne pas répondre trop vite et éviter que cette discussion ne s’achève plus tôt encore que prévu. Pour une fois, il avait espéré qu’il pourrait être un peu au cœur de ses ‘inquiétudes’ à elle, mais, apparemment, il avait été trop optimiste. « Non, mais elle avait prévenu qu’il ne fallait pas l’attendre avant le diner. » Le ton était quelque peu monocorde, sans réelle intonation. C’était une bonne chose, car, au fond, il aurait pu y laisser quelques notes de reproche.

De toute façon, il n’y avait pas grand-chose à dire. Hésione était partie ‘chasser’ et même si son père n’était pas dupe, il n’allait pas lui interdire de vivre sa vie. Il aurait préféré qu’elle ne leur mente pas, mais peut-être voulait-elle simplement s’épargner une fournée de questions. En voyant Lysandre, Nydearin ne pouvait pas s’empêcher de penser que ce n’était finalement pas une mauvaise chose. Il ne bougea pas quand elle délaissa son ouvrage et le lit de sa fille pour venir déposer un baiser sur ses lèvres qu’il lui rendit mais qu’elle rompit bien vite. Encore et toujours Hésione. A quoi aurait-il fallu s’attendre d’autre ? Peut-être aurait-il mieux fait de rester devant le feu, silencieux, comme toujours. Il ferma les yeux et soupira doucement. « Lysandre… Notre… » Un bref instant d’hésitation. Même après quinze ans, le dire à voix haute restait difficile. « …Notre fille n’est plus une enfant. Et même si ce n’est pas encore une adulte au sens où nous l’entendons, elle est parfaitement capable de mener sa propre vie, au moins pendant une journée. Elle reviendra ce soir, inutile de s’inquiéter. » Bien entendu, le guérisseur ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il pouvait effectivement arriver des choses, plus ou moins graves, mais à imaginer ainsi le pire, on finissait par devenir réellement paranoïaque, et, fort heureusement pour sa fille, il avait toujours réussi à garder les pieds sur terre et à être raisonnable. S’il appréciait qu’elle lui dise ce qu’elle comptait faire lorsqu’elle quittait la maison, il lui faisait volontiers confiance pour ne pas découcher à l’improviste. Chose que, de toute façon, il n’accepterait pas d’ici deux ou trois ans. Il jeta un œil à la pièce. A vue de nez, elle n’avait surement pas bougé de la journée de cet endroit. « Tu devrais t’occuper l’esprit ailleurs, tu éviterais de trop te retourner les méninges à son sujet. Fais lui confiance. » Il eut un petit sourire qui ne resta pas longtemps en place. Même si elle n’était pas sa vraie fille, il l’aimait comme telle et la connaissait bien pour savoir qu’elle n’était pas si fragile que ne le laissait penser les inquiétudes de son épouse.
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Ven 20 Déc - 21:00

Lysandre observa un instant le visage de son mari sans savoir ce qu’il pensait réellement. Elle avait bien le sentiment qu’il avait raison, au fond, d’être si tolérant, confiant envers leur fille, mais comment faire confiance en ce monde, dehors, en les autres ? Elle savait Hésione forte, responsable mais... mais comment pouvait-il ignorer qu’elle avait la même envie qu’elle-même avait eu, de courir, de s’éloigner, de faire ses armes ? De prouver qu’elle n’était plus une enfant. Et pourtant les Dieux savaient qu’elle n’était une adolescente... Son Passage à l’Âge Adulte n’était pas pour tout de suite, c’était trop tôt. Trop tôt !

Trop tôt pour s’enfuir, pour chercher à s’émanciper de l’autorité de ses parents, trop tôt pour sourire à des garçons. L’Hirune baissa les yeux, dépitée. Comment se faisait-il que cette petite soit si précoce ? Lysandre se frotta le visage, mais perçut parfaitement l’expression dans le regard de son époux. Il semblait fatigué... pas une fatigue physique non. Elle leva les yeux, ne sachant ni que dire, ni que faire.

Depuis de nombreuses années elle semblait ne pas savoir exactement que penser de Nydearin, et de leurs sentiments. Elle l’aimait, elle ne était persuadée, elle ne voulait personne d’autre à ses côtés, elle le trouvait séduisant et fort... Mais elle percevait dans son regard, trop souvent, une lassitude comme un vieillard. Et en réalité, ce qui la terrifiait, était que ces yeux-là, ce qu’ils disaient, elle l’avait lu dans l’iris de Sorastrata de nombreuses fois.

Comme s’il avait quelque chose à lui dire, à hurler même. Et sans jamais s’y résoudre. Alors qu’elle-même n’avait jamais eu ce type de problème. Lysandre grognait lorsqu’elle en avait envie, ne savait pas retenir ses cris, ses impulsions ou ses reproches. Comment faisaient-ils pour se retenir, et surtout, pourquoi ? Et au delà de cela... La Chasseresse se demandait parfois s’il l’aimait encore... Autrefois, il l’avait soutenu quoi qu’il arrive, dans ses pires erreurs comme dans ses moments de courage. Lorsqu’il fallait assumer un choix douloureux, lorsqu’il avait fallu franchir la Gérax.

Pourquoi, dans leur plus grande aventure, celle d’être Parent, ne ressentait-elle plus cette osmose idéale ? Elle cilla, brouilla ses pensées avec trop de questions, passa sa langue sur ses lèvres trop sèches.

Son sourire, fugace, la fit frissonner, espérer. Ce fut trop rapide.

Aussitôt, ses angoisses refirent surface.
« Et si elle ne revenait pas ? » Elle effaça toutes préoccupations sur son couple, son esprit fut entièrement rempli d’un seul visage : Hésione. « Nydearin, elle est jeune, et elle n’est pas dans les Plaines. Dans Nos Plaines, à nous. » Elle se tapa la poitrine pour donner de la force à ses mots, comme si, inscrite en elle-même, sa Terre Natale tambourinait.

« Comment fais-tu pour ne pas t’inquiéter... » Elle soupira. « J’espère au moins que Lysistrata est avec elle. » Même si cela ne la calmait pas, savoir que la fille de sa Cousine Luminara accompagnait Hésione pouvait un peu la soulager, elle n’était pas sortie seule, au moins. Mais deux jeunes filles dans les champs ou dans Sierra... avec tout ce qu’on entendait... Encore une fois, le sang de Lysandre ne faisait qu’un tour, elle se rongeait les ongles.

« Tu devrais lui interdire de sortir. » Imposa soudain l’Hirune, comme s’il s’agissait d’une solution miracle. « Tu es son père, elle devra t’écouter. » En relevant le menton, la Chasseresse réalisa qu’elle venait d’ordonner une sanction de manière sèche. Comme un reproche... Après tout, s’il était plus sévère avec l’adolescente, peut-être écouterait-elle plus sa mère ?





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Nydearin Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Jeu 26 Déc - 12:01

Des fois, l’ancien grand prêtre se demandait encore ce qu’il faisait dans cette maison, pourquoi il s’accrochait encore à essayer de vouloir vivre heureux alors que son ménage n’était plus qu’un seul et unique non-dit qui lui rongeait l’existence, qui l’empêchait de pouvoir en profiter pleinement. Quinze années plus tôt, il aurait fait n’importe quoi pour pouvoir récupérer l’amour de Lysandre, pour se faire pardonner son absence, impardonnable, pour prouver à tous qu’il l’aimait et que, contrairement à ce qu’ils pensaient, il la méritait. Pourtant, aujourd’hui, il en doutait presque. Oh, il l’aimait, ça c’était une certitude, pourtant, avec tout le secret qui entourait Hésione, l’attention qu’il n’avait plus de la part de l’ancienne chasseresse, il se sentait complètement oublié, délaissé. Il avait voulu lui en parler, mais ne l’avait jamais fait. Peut-être parce que son épouse était trop agressive, peut-être que parce que depuis qu’ils avaient un enfant, elle n’était plus à son écoute comme elle avait pu l’être au début. Il fut un temps où ils n’avaient besoin de rien se dire, un simple regard et cela suffisait pour qu’ils sachent tous les deux ce dont ils avaient envie l’un de l’autre, un mot pour comprendre ce qui n’allait pas. Qu’ils étaient loin de cette osmose… L’arrivée d’Hésione avait bousculé tout cela. Mais pas seulement parce qu’il s’agissait d’un enfant et qu’un enfant bouleversait toujours un foyer, car, s’il avait eu un enfant, réellement, cela n’aurait jamais posé autant de problème, jamais. Au contraire, il aurait peut-être été un père heureux et la complicité serait restée intacte encore aujourd’hui. Mais Hésione n’était pas sa fille, il le savait et il avait beau être un père pour elle, car il n’aurait jamais pu ne pas donner d’amour à cet enfant, Lysandre l’avait éloigné d’elle en le tenant à l’écart de la vérité qui se cachait derrière toute cette histoire. Malgré toutes ses interrogations, ses envies de savoir, là où un couple aurait partagé tout, elle n’en avait rien fait, niant la vérité, sans aucune explications.

Au fond, c’était elle qui avait décidé de mettre un terme à ce qu’ils étaient tous les deux l’un pour l’autre quand elle avait décidé de ne rien lui dire, de ne pas le mettre dans la confidence. Le temps avait fait son œuvre et de cette séparation, le temps s’était engouffré pour l’agrandir petit à petit, les séparant davantage. Il avait bien essayé de limiter les dégâts, de se rapprocher d’elle, de comprendre, mais elle n’avait pas voulu l’entendre. Aussi, dès lors, il n’avait plus cherché à faire d’efforts, pas plus que celui de faire croire à Sierra qu’ils étaient heureux, pas plus que ceux qui étaient nécessaires pour être un bon père, selon ses propres critères, aimant sa fille comme si elle avait été la sienne, lui donnant ce qu’il possédait de meilleur en lui. Quand Hésione revint sur le tapis de leur discussion, il soupira à nouveau. Lysandre aimait sa fille, elle aussi, mais elle était beaucoup trop craintive, étouffante pour elle. Depuis qu’il savait qu’elle n’était pas leur enfant, Nydearin comprenait aisément le comportement de sa femme, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’il acceptait ce comportement. « Elle n’est peut-être pas une adulte, Lysandre, mais elle sait se débrouiller. Ces plaines sont les siennes comme nos plaines furent les nôtres. Aie confiance en elle. » Les arguments de la chasseresse n’arriveraient pas à entamer l’esprit du guérisseur qui était parfaitement confiant. Bien entendu, il était inquiet, à chaque fois qu’Hésione quittait la maison, mais il ne voulait, ni ne pouvait la retenir. Elle n’était plus un bébé, elle n’avait plus besoin de ses parents pour la materner. Si l’âge adulte n’était pas encore près pour elle, selon les coutumes Olariles, il ne fallait pas oublier qu’ils ne vivaient plus vraiment selon leurs mœurs. Ilédors et Olarils se mêlaient depuis plusieurs années. Pouvait-on encore appliquer ce qu’ils savaient du passé ? Nydearin agissait à l’instinct. Il ne connaissait pas ce qui faisait d’un homme un bon père, mais il continuait sa propre route.

En silence, il écouta la suite. Ne pas s’inquiéter… Ce n’était pas la clef, bien au contraire. Il fallait s’inquiéter, toujours, mais de manière raisonnable et, surtout, avoir confiance. Si Hésione n’avait pas eu quinze ans, cela n’aurait peut-être pas été le cas, mais, aujourd’hui, il semblait inutile de vouloir fermer la porte de la cage que pouvait représenter cette maison qui était la sienne. Mais quand Lysandre lui dicta d’interdire à leur fille de sortir, il baissa les yeux vers elle, surpris, croisant son regard. « T’entends-tu seulement Lysandre ? » Il se détacha d’elle. « Tu voudrais l’emprisonner ici ? Mais t’entends-tu seulement ? » Il soupira doucement. Il n’avait pas haussé la voix, loin de là. Pourtant, il savait déjà sur quelle pente ils se trouvaient tous les deux et quelque chose lui disait qu’une dispute n’était pas loin. « Et ne me reproche pas d’être trop laxiste avec Hésione, tu sais bien que tu es surprotectrice envers elle. Rends toi seulement compte. L’enfermer ? Toi-même n’aurais jamais acceptée cela. Et quand bien même je le lui ordonnerai, crois-tu qu’elle m’écouterait ? Hésione ne mérite pas de vivre enfermée, elle n’a rien fait pour subir cela. » Il soupira doucement, essayant de calmer le jeu, il ne voulait pas vraiment d’une énième dispute en réalité, il était fatigué de cela mais, comme toujours, lorsqu’il s’agissait de leur fille, Lysandre entendait rarement raison. « Je suis aussi inquiet que toi pour elle tu sais. Je lui fais simplement confiance pour savoir ce qu’elle fait. Nous savons tous les deux qu’elle est capable de se défendre et Sierra n’est pas non plus malfamée. Ces plaines, se sont les siennes, elle les connaît depuis qu’elle est une enfant. » Cette discussion n’avait que trop durer, au fond, elle n’aurait pas du avoir lieu. Peut-être aurait-il du rester près de la cheminée, attendre simplement en silence. Parviendrait-il seulement à pouvoir être réellement heureux avec Lysandre à nouveau ? Il l’espérait, il avait passé quinze années à y croire et, pourtant, aujourd’hui, il en doutait plus que jamais.
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Ven 27 Déc - 19:53

Lysandre écarquilla les yeux. Nydearin venait de s’éloigner d’elle, et le ton las qu’il avait pris indiquait quelque chose qu’elle redoutait. Mais si, avant, elle avait toujours pris crainte à entendre ce timbre, il lui semblait depuis des années ne plus avoir la force de l’assumer. Son regard fatigué, elle le craignait et au lieu de la rendre plus douce, l’Hirune prenait désormais tout ceci pour une attaque. Une attaque contre elle-même. Un reproche...

Elle ne sut que dire et que lui répondre. Mais elle prit le temps de s’exécuter. Au fond d’elle... elle ne rêvait que d’une chose. Avoir Hésione pour elle, toujours savoir où elle était, toujours pouvoir la regarder. Qu’elle ne s’éloigne jamais. Alors l’enfermer semblait la solution la plus adéquat. La Chasseresse baissa les yeux. Elle n’avait jamais, jamais su accepter ses erreurs, ni les avouer.
Jamais elle n’aurait supporté elle-même qu’on la mette en cage, que sa mère lui impose ce qu’elle-même cherchait à imposer à sa propre fille.

L’angoisse la prit à la gorge, elle fit quelques pas à reculons pour retourner s’asseoir sur le lit d’Hésione. Comment réussir à garder cette adolescente auprès d’elle ? Nydearin avait raison... Mais Lysandre resta muette, sans le lui concéder. C’était pénible d’affirmer avoir tord. Elle ne pouvait pas... « S’il lui arrivait quelque chose... » Murmura-t-elle, presque pour elle-même. Son regard glissa sur le coffre où la petite Hirune rangeait ses affaires, une ceinture en pendait négligemment, une pierre taillée en forme de pointe dans un coin, des rouleaux de parchemins, puisqu’elle avait eu une éducation mixte, et savait lire et écrire...

« S’il lui arrivait quelque chose, jamais je ne pourrais me le pardonner. » Lança à nouveau la Chasseresse, en levant des yeux ronds vers son mari. Elle semblait déterminée, prête à tout. Sa hargne, en une seconde, avait vaincu l’angoisse dans laquelle elle vivait constamment. Personne n’avait le droit de toucher à sa petite fille. C’était son miracle. Alors qu’elle pensait ne jamais pouvoir avoir d’enfant. Un cadeau des Dieux. Elle était spéciale. C’était son trésor.

Un cadeau qui n’aurait pas été possible sans l’amour de Nydearin. Lysandre effaça de son visage tout sentiment violent et s’adoucit, pour sembler hésiter finalement. Elle avait tendance à croire qu’Hésione était à elle seule. Un sentiment profondément égoïste l’envahissait lorsqu’elle pensait à sa fille. Leur couple était bancal, mais elle devait cependant avouer qu’elle se sentait totalement aspirée par l’amour qu’elle portait à Hésione. Comme si cet attachement lui suffisait. Qu’elle place pour son mari dans son cœur ? Elle secoua la tête pour se contredire elle-même. C’était faux ! Comment aurait-elle pu vivre sans le Grand Prêtre ?

Lysandre se releva d’un bond, parcourut la distance entre elle et lui mais s’arrêta net. Il fallait lui parler. Jadis, ils passaient des journées entières à exprimer leurs ressentis, elle avait l’impression que cela faisait des années entières qu’elle ne lui avait pas dit ce qu’elle ressentait. A part cette angoisse qui lui tordait les entrailles. Elle était morte de peur. Et la peur anéantissait tout autre sentiment, endormait toute autre pensée. L’Hirune déglutit. Les premiers mots seraient les plus difficiles. Il fallait oser.

« Pourquoi restes-tu ? » Elle regretta aussitôt ses mots, aurait préféré, finalement, rester sur ce lit et oublier cette conversation. Mais c’était trop tard, elle fronça les sourcils et se redonna du courage. « Rester avec moi. Alors que tu désapprouves. Tu as l’air... fatigué de tout ça. De moi. » Elle finit dans un chuchotement. En réalité, ce n’était pas tant d’exprimer ses sentiments qui la gênait... mais serait-elle capable de garder son calme face à ce que Nydearin avait à lui dire ? Aurait-elle la force de supporter ses sentiments, à lui ? Ses reproches, ses opinions. Ses choix ?





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Nydearin Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Ven 10 Jan - 14:08

Parfois, Nydearin se demandait réellement comment il pouvait supporter tout cela. C’était d’autant plus difficile à chaque fois qu’il croisait de vrais parents, avec leurs enfants. Il y avait toujours cet imperceptible pincement au cœur de savoir que la famille qu’il avait lui, n’était finalement qu’un faux-semblant, une vaine réalité entretenue peut-être par la seule volonté de ne pas finir seul, de pouvoir, quand même, avoir une fille et l’élever comme telle, permettant ainsi à sa fibre paternelle de pouvoir s’exprimer un peu. Il aurait volontiers donné l’ensemble de ses biens pour pouvoir avoir un enfant avec Lysandre, mais les soins Ilédors, bien que parfois plus pointus que les soins Olarils, ne pouvaient pas réaliser de miracles. Si Luminara avait eu la chance de pouvoir enfanter malgré son passé particulièrement sombre de ce point de vue, Lysandre, elle, n’aurait jamais cette chance. Aussi, Hésione était un don du ciel, d’une certaine façon et, au fond, il appréciait d’avoir eu cette opportunité, mais ce qu’il n’acceptait pas, c’était la façon dont son épouse lui avait imposé cette réalité, son absence de communication, son enfermement lorsqu’ils évoquaient le sujet. Leur fille ne pouvait être leur fille, tout au plus aurait-elle pu être la véritable fille du guérisseur, portée par une autre femme, mais la Chasseresse ne pouvait enfanter et, pourtant, elle lui avait soutenu, bec et ongles, que c’était leur fille, qu’Hésione était son enfant à elle, et à personne d’autre. Le pensait-elle véritablement stupide ? Il savait que son image auprès des Olarils n’était pas glorieuse, mais, au fond, c’était ainsi qu’il avait construit son personnage. Une réputation un peu simplette pour pouvoir passer plus ou moins incognito, même si, dorénavant, tout cela était loin désormais. Lysandre avait-elle cru à cela ? Pourtant elle le connaissait intimement, plus que n’importe qui, et elle avait du se rendre compte de l’esprit vif et acéré qui se cachait derrière ce sourire simple. N’était-elle pas devenue sa femme pour ces mêmes atouts dont il avait su faire usage mieux que d’autres ?

Avait-elle pensé qu’il se contenterait d’accepter, de fermer les yeux et de ne rien dire, de ne pas chercher à comprendre ? Quelle personne peut se contenter de faire cela avec un enfant ? Si on peut fermer les yeux sur la provenance d’un objet quelconque, peut-on réellement le faire sur une vie ? Nydearin n’avait pas demandé grand-chose et en réalité, il n’en n’avait jamais demandé beaucoup. Il aurait juste voulu connaître la vérité. Cela n’aurait rien changé à la façon dont il aimait sa femme, ni à sa façon d’accueillir l’enfant comme un père. Pourtant, elle lui avait refusé ce droit, l’excluant de cette bulle où elle s’était réfugiée avec son enfant. Il avait du se contenter d’attendre à l’extérieur, que, de temps en temps, elle daigne lui accorder de l’attention. Il avait insisté, il avait essayé de rentrer dans cette bulle, de s’y faire une place, même toute petite, mais elle le lui avait refusé. Et petit à petit, il s’était fatigué, résigné. Par amour pour elle, pour Hésione, il n’était pas parti, et, pourtant, peut-être aurait-ce été la meilleure des choses à faire car la situation actuelle n’était franchement pas agréable à vivre. Où était passé ce qui les unissait tous les deux par le passé ? Cette complicité mutine, cette passion farouche et chaleureuse ? La dernière fois qu’elle avait dormi dans ses bras ? Il ne préférait même pas y penser de peur de sombrer complètement. Leur relation était à l’image de cette scène qui se jouait dans la chambre d’une adolescente. L’espace qui les séparait était l’image même de ce qu’était leur couple. L’Olaril soupira. « Elle sera de retour pour le dîner et elle aura passé une bonne journée qu’elle nous racontera autour de la table. Ne te retourne pas l’esprit en imaginant toujours le pire. » C’était perdu d’avance d’essayer de la raisonner à ce sujet mais il n’y avait rien d’autres à faire, sauf peut-être préparer ce fameux diner.

C’était probablement la meilleure des choses à faire. Quitter cette pièce, simplement, sans un mot de plus et s’occuper à autre chose. Chercher à ne plus penser à toutes ces choses qui lui faisaient plus de mal que de bien. Il devait se faire une raison. Il n’eut cependant pas l’occasion de s’éclipser, du moins pas avant que Lysandre ne se redresse de son lit et s’approche de lui, déterminée. Il la regarda quand elle s’arrêta, apparemment soudainement indécise. Peut-être l’encouragea-t-il du regard, mais elle finit par ouvrir la bouche. Sa question le désarçonna. Surpris, il ne put rien dire ou faire avant qu’elle ne complète un peu ses propos. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle parlait d’eux, d’une façon ou d’une autre. Il garda le silence plusieurs instants, sans la quitter des yeux. Tiraillé entre le pas en avant qu’elle venait de faire vers lui et le fait de dire ce qu’il avait vraiment sur le cœur. Tiraillé entre la première possibilité de dialogue depuis près de quinze ans et celle de devoir fermer la porte de cette maison derrière lui juste après. Il ferma les yeux et prit une grande inspiration. « Je suis fatigué oui, épuisé, même. Mais ce n’est pas de toi, ou du moins pas comme tu le crois. »  Nydearin essayait de rester calme, doux. Il connaissait Lysandre et lui opposer de la colère n’était pas la meilleure façon de lui faire comprendre quelque chose. « Si je reste, c’est parce que tu es ma femme, parce que j’éprouve toujours des sentiments pour toi, malgré ce qu’a pu devenir notre relation durant ce quinze ans. Je reste parce que j’ai toujours eu l’espoir qu’un jour je pourrais retrouver ce qu’il y avait entre nous jadis. Je reste, parce qu’ici sont les dernières choses qu’ils me restent, toi la première, même si j’ai l’impression de les perdre petit à petit, jour après jour. » Il soupira silencieusement, laissant simplement l’air sortir de sa poitrine avant de reprendre son souffle.

« Mais je suis fatigué de me battre pour ça, de batailler pour cette cause que j’ai l’impression d’être perdue. Depuis quinze ans, il n’y en a que pour Hésione, tu n’existes que pour elle et tu t’empoisonnes même l’existence à imaginer toujours le pire pour elle. » Il ne la laissa pas l’interrompre. « Ne t’y trompe pas, j’aime Hésione comme ma fille et si j’avais eu un enfant, je ne l’aurais pas plus aimé qu’elle. J’y suis attaché, j’aime l’idée d’être comme un père pour elle. Mais tes mensonges à son sujet, ta façon de la traiter vis-à-vis de moi, ton obstination à me cacher la vérité alors que nous savons toi et moi que tu n’as pas pu avoir cette enfant, voilà ce qui me détruit. Je t’ai approché de nombreuses fois pour comprendre, partager ce qui est peut-être un fardeau, t’offrir mon aide, mais tu l’as rejetée, encore et encore. Alors oui, je suis fatigué. Dehors, je joue le rôle d’un père et d’un mari heureux, mais, ici, je ne suis qu’un homme qui partage ta table, ton repas et ton lit. T’es-tu déjà rendue compte qu’il m’est difficile de trouver le sommeil depuis plusieurs années ? Quand t’es-tu glissée dans mes bras sous les draps de notre couche pour la dernière fois ? A quand remonte notre dernier moment passé tous les deux ? » Il s’arrêta. Les questions s’enchainaient, il s’emportait. Dire ce qu’il avait sur le cœur ne devait cependant pas devenir une mise au pilori. Il voulait juste qu’elle comprenne, qu’elle se rende compte de ce qu’elle lui infligeait. « Alors oui, je prends mon mal en patience, j’encaisse, même si je suis fatigué, même si je désapprouve, mais je reste, je reste parce que je vous aime toutes les deux, parce que si je devais passer cette porte et ne plus revenir, ma vie n’aurait plus aucun sens. »
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Lun 13 Jan - 21:29

Un indescriptible sentiment rassurant l'envahit au moment même où le Grand Prêtre avait prononcé le début de sa réponse à ses doutes. Elle était rassurée car, en effet, elle avait vu juste, et l'attitude de son mari n'était pas trompeuse ; il était las de tout ceci. Mais rassurée, surtout, parce qu'il ne la repoussait pas. Il n'avait pas envie qu'elle parte, ou qu'il parte, il ne souhaitait pas remettre en question leur couple, et c'est à cet instant que Lysandre eut sa véritable réponse.

Quelle place pour Nydearin dans la relation qu'elle entretenait avec sa fille ? Quelle place dans son coeur, alors qu'il était rempli à ras-bord des sentiments pour Hésione ? Avait-elle assez d'amour pour un homme, alors qu'elle avait l'immensité de cette passion pour l'adolescente ? Et surtout, avait-elle encore besoin d'un homme ?

Tout ceci fut balayé à l'instant où son mari posait sa voix sur ce qu'il ressentait. Mais s'il s'agissait d'une déclaration d'amour, d'une confirmation, elle n'était cependant pas enflammée, mais blessée et fatiguée. Il l'avait dit lui-même... petit à petit, cette flamme s'éteignait... Elle baissa les yeux, le ton sincère de son époux réussissait à la faire réfléchir sur elle-même, sur eux deux.
Mais il fallut que ce timbre change légèrement... Ce soupir qu'elle avait perçu était le point de départ d'une expulsion plus brutale que ce qu'il y paraissait ; Et Lysandre prit en pleine figure un premier reproche, ce qui la fit immédiatement relever la tête vers lui, et ses traits se tendirent.

Elle allait le contredire, mais d'un regard, d'un geste imperceptible, il lui intima de ne rien faire. Désarçonnée, l'Hirune n'eut d'autre choix que de se taire et d'écouter. Et pourtant elle avait envie de lui hurler qu'il mentait ! Elle ne faisait que s'inquiéter pour le bien-être de sa fille, c'était une réaction normale d'une mère ... Toute pensée fut stoppée net lorsque Nydearin reprit la parole.

Que disait-il ? Aimer Hésione comme sa fille ? Mais que disait-il ?! Hésione était sa fille ! Leur fille. A tous les deux. Les doigts de la Chasseresse tremblèrent sous l'émotion, secouant la tête comme pour l'implorer de se taire. Silence. Silence. Elle fit un pas en arrière, effrayée.
Mais la crainte de ces mots qui sortaient de sa bouche se mua lentement en une colère sourde. La voix de son mari résonnait toujours dans son crâne, il parlait de mensonges. De ses mensonges ? Il délirait. Elle écarquilla les yeux. Qu'il se taise ! Qu'il n'aille pas plus loin...

Et pourtant, il le déclara enfin. Elle n'aurait pu avoir cet enfant. Comme la voix du Grand Prêtre se faisait plus insistance, comme il laissait ses sentiments s'exprimer, Lysandre entendait bourdonner dans sa tête un tambour, seule alternative pour éviter d'entendre ce qu'il avait à dire. Elle serra les mâchoires, secoua encore le visage pour l'avertir qu'il devait se taire... Mais rien n'y fit.

Le silence retomba une seconde dans la pièce, mais dans la tête de Lysandre, c'était un bruit infernal. Lorsqu'il affirma l'aimer encore, elle sentit ses jambes la lâcher. Elle savait qu'elle agirait mal. Elle savait qu'elle ferait une erreur. Elle savait qu'elle aurait tord. Elle s'en voulait déjà... Mais...
La Chasseresse releva les yeux pour fixer ceux de son époux, et ceux-ci exprimèrent une profonde détresse, un appel au secours. Et ils imploraient. Ils imploraient de lui pardonner...

Lui pardonner ce qu'elle allait faire.

L'explosion fut brève et vive. Elle n'eut le temps que d'articuler quelques mots inaudibles, que déjà elle s'élançait, poussait Nydearin qui se trouvait en travers de son chemin, passait la porte de cette chambre qu'elle adulait, et s'enfuit de chez elle en courant. Elle avait mal aux cuisses, aux mollets, sa gorge était en feu, l'air brûlait ses poumons et ses yeux rougis par les larmes. Lysandre n'avait qu'une seule envie, qu'une seule idée en tête. Fuir. Fuir loin de chez elle, loin de cette vie, de ce qu'elle était, de ce qu'elle était devenue. Courir aussi loin que ses jambes le permettaient.






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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Lun 20 Jan - 11:13

Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pu dire ce qu’il pensait, longtemps qu’il n’avait pas réussi à dire ce qu’il avait véritablement sur le cœur, parce qu’il connaissait Lysandre, parce qu’il connaissait ses réactions, sa manière d’être, il savait qu’elle n’était pas du genre à accepter facilement les reproches, surtout lorsqu’il s’agissait d’Hésione, leur fille, ou même lorsqu’il s’agissait d’elle. Si Nydearin pouvait reconnaître ses erreurs et les assumer lorsque c’était nécessaire, il n’en était pas toujours de même avec son épouse et, par bien des aspects, c’était quelque chose qu’il n’avait pas soupçonné, ou du moins qu’il n’avait pas imaginé aussi problématique. Il connaissait le caractère de la Chasseresse, et, pour être franc, il l’avait épousé pour cela aussi. Il aimait la savoir forte, courageuse, indépendante et fière, il aimait savoir qu’il était pour elle un pilier sur lequel elle reposait sa force et il avait toujours apprécié de la sentir fébrile entre ses bras alors même qu’elle était probablement la plus forte en public. Elle était tout ce qu’il avait toujours voulu et il aurait adoré l’idée d’avoir des enfants avec elle, les siens, issus de son propre sang, mais elle avait gardé cette même place dans son cœur, même lorsqu’elle avait apprit qu’elle ne pourrait plus porter d’enfants. La famille et la vie étaient importantes pour les Olarils, mais, pour Nydearin, au-delà des philosophies de vie, c’était Lysandre qui importait. Même s’il avait fait un énorme faux pas, même s’il avait lâchement et égoïstement quitté sa place à ses côtés au moment même où il aurait du être le plus présent, il n’en n’avait que mieux compris l’énormité de son erreur et tout ce que représentait cette femme à ses yeux. C’était aussi pour cela qu’il était encore là, parce que son cœur ne vivait que pour elle et que s’il devait partir un jour, il en serait probablement complètement changé, à jamais. Ce n’était pas pour prouver au monde entier qu’il était un bon époux qu’il était resté aux côtés de Lysandre, mais simplement parce qu’il éprouvait le besoin insurmontable de l’aimer et parce qu’il voulait qu’elle l’aime.

Après cette vérité prononcée, le guérisseur pensait que la suite ne serait pas agréable, qu’elle vocifèrerait surement comme elle l’avait déjà fait par le passé, lui criant qu’Hésione était sa fille, qu’elle était leur enfant, à eux et à personne d’autres, qu’elle l’avait porté et que c’était un don du ciel. Combien de fois avaient-ils vécu cette scène tous les deux ? Combien de fois avait-elle repoussé la vérité et Nydearin du même coup ? Combien de fois lui avait-il tendu la main pour finalement se prendre une gifle en plein visage ? Et pourtant, il était sans cesse revenu, encore et toujours, là où, surement, bien d’autres seraient partis. Il aurait voulu que cela se passe ainsi, du moins, l’aurait-il voulu s’il avait su ce qui allait suivre. Alors que le silence commençait doucement à s’imposer, l’Olaril ne quittait pas sa femme du regard. Il pouvait presque sentir dans ses yeux tout ce qu’elle voulait lui dire et, pourtant cela ne passait pas la barrière de ses lèvres. Et alors qu’il s’attendait à ce qu’elle explose, il décela cette étincelle de culpabilité, de regret, avant que tout ne se produise, sans crier gare. Il entendit des mots mais n’en comprit pas le sens et il n’eut pas le temps de s’écarter alors qu’elle le repoussait pour s’enfuir de cette chambre. Il avait voulu la retenir mais elle lui échappa. Il prononça son nom depuis cette pièce qu’elle venait de quitter mais il n’eut pour toute réponse que le claquement de la porte d’entrée qu’il avait refermé quelques minutes plus tôt. Le silence reprit ses droits tandis que le guérisseur était encore sonné parce qu’il venait de se passer. Il revoyait cette scène, encore et encore, ne comprenant pas réellement la réaction de sa femme. Fuyait-elle ? C’était la première fois qu’il la voyait agir ainsi, la première fois qu’elle ne contre-attaquait pas, qu’elle ne cherchait pas à remporter la mise.

Il regarda la porte d’entrée depuis la chambre pendant quelques instants avant de réaliser son erreur, ce qui lui donna un coup de fouet et lui rappela où était sa place. Sans attendre, il attrapa un bout de papier, de quoi noter et laissa un mot à l’attention d’Hésione, la prévenant qu’ils ne seraient peut-être pas de retour avant tard dans la nuit et quitta la maison, prenant à peine le temps de refermer la porte derrière lui. Instinctivement, il était convaincu de savoir où était partie Lysandre. Sans chercher à réfléchir davantage, il courut lui aussi à travers les rues avant de finalement quitter Sierra et, dans les plaines Ilédores, il la vit. Elle courait, encore. Quelque chose lui empoigna le cœur et lui donna la force de lui courir après, qui plus est, sa résistance physique était peut-être légèrement supérieure à la Chasseresse, bien que cette dernière, était encore une bonne athlète mais le guérisseur ne manquait pas d’exercer ses talents de chasseur lui aussi. Alors qu’il gagnait du terrain, il l’appela, encore et encore. Elle devait s’arrêter. Elle ne tiendrait pas tout le trajet en courant, c’était impossible. Lui non plus ne le tiendrait pas, mais, surtout, il voulait qu’elle s’arrête, il voulait la rattraper. Mais elle ne s’arrêtait pas. Aussi, plutôt que de perdre son souffle à l’appeler, il se concentra sur sa course et réduisit la distance qui les séparait petit à petit, évitant les travers des plaines dont certains le firent trébucher mais dont il se releva et poursuivit de plus belle. Quand il arriva finalement à sa hauteur, il l’appela une dernière fois avant de lui attraper le bras pour la retenir et s’arrêta. Dans un même geste, il l’attira contre lui, la serrant dans ses bras sans attendre de croiser son regard, sans savoir si elle allait se débattre ou non. Là, au milieu des plaines désertes, deux silhouettes se dressaient dans les herbes hautes après une course folle. La respiration rapide, Nydearin essayait de retrouver son souffle, tandis qu’il pouvait entendre le cœur de Lysandre battre aussi vite que le sien. « Je… Je suis désolé Lysandre. » Il était difficile de parler. Il prit une grande inspiration. « Tu es toute ma vie, je ne peux pas te laisser partir comme ça. »
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mer 22 Jan - 21:17

Plus rien n'avait d'importance. Autre que la distance qu'elle mettait entre elle et sa maison. Elle et ses problèmes. Elle et ce qui la rendait hors d'elle-même. La fuite n'était jamais assez rapide, jamais assez lointaine. Elle redoubla d'efforts mais, malgré un entraînement de plusieurs décennies, se sentait faible, courbaturée, à bout de souffle. Lysandre peinait à respirer et au fond d'elle-même, elle ne chercha pas à adoucir son pas pour éviter de s'essouffler, à calmer son rythme cardiaque pour s'empêcher de voir au coin de ses yeux de minuscules paillettes scintiller, signe d'un malaise proche.

Au contraire, elle crut délirer en entendant des voix dans son dos, l'Hirune se sentit perdre pied, trébucher, ses chevilles plusieurs fois vibrer, mais toujours accélérer. Du moins était-ce ce qu'elle pensait produire comme effort. En réalité, le paysage qui dansait déjà devant ses yeux aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, car elle était loin d'aller de plus en plus vite, comme elle en avait l'impression.

Les voix se rapprochaient, elles hurlaient son nom, et les entendre rendait Lysandre encore plus paniquée, elle sauta une barrière au milieu d'un interminable champ, se réceptionna comme elle put, entendit du bruit derrière elle, mais n'osa pas tourner un oeil pour s'assurer de ce qui s'y trouvait. Elle pensait presser le pas lorsqu'elle fut saisie, violemment pour elle, par le bras et elle fut fauchée en plein vol. Elle était trop sonnée pour pouvoir dire quoi que ce soit, elle se sentit attirée vers un torse large, serrée dans des bras forts. Un écrin rassurant, comme familier...

Elle résista une seconde à peine, elle n'en avait pas la force davantage, et Lysandre resta tremblante emprisonnée contre le corps de son mari, la joue contre lui soulevée au rythme chaotique de sa respiration, et le tambour se calmant peu à peu. Elle se sentait éberluée et autour d'elle, les choses avaient encore du mal à se remettre en place. Les sons étaient mangés, les champs se tordaient... Mais elle entendit nettement la voix de Nydearin. Une ancre qui la fit fermer les yeux.

Une partie d'elle voulait simplement lui demander d'arrêter de la rattraper, qu'il la laisse s'en aller, s'enfuir loin, qu'elle arrête de lutter... Mais ce battement de coeur qui vibrait dans son oreille et ces bras fermement scellés sur elle étaient trop puissants pour qu'elle cède à ce sentiment destructeur. Une petite voix en elle, lointaine, la poussa à murmurer.

"Un jour... j'aurai la force." La force de tout lui dire.

Mais pas aujourd'hui, elle se demandait d'ailleurs pourquoi elle venait de lui chuchoter de telles paroles, qu'elle trouva immédiatement absurdes... Et elle respira longuement, pour se calmer et réussir à tenir debout malgré tout.

Il l'avait poursuivie et il ne la laisserait pas seule. Il ne la laisserait jamais seule. Nydearin put sentir le corps de sa femme, frémissant, reprendre vie, et la Chasseresse enroula ses bras à son tour autour de la taille de son mari. Ce mari qu'elle aimait par dessus tout. Malgré tout. Elle le savait. Pendant quelques courts instants, elle ne pensa pas à Hésione, mais à lui, uniquement. Le temps d'une seconde à peine, elle se sentit nostalgique de cette vie de couple jadis. C'était il y avait une éternité... Elle se sentait à mille lieux de cette femme-là. Quand elle était Chef des Olarils. Son coeur se serra mais elle avait trop pleuré durant sa course pour être capable de faire quoi que ce soit d'autre que sentir sa gorge brûler.

"Ne m'abandonne pas." Souffla-t-elle en accentuant son étreinte et en enfouissant son visage contre lui. Il ne lui restait que ça... son mari, sa fille, sa maison... Son savoir de Chasseresse qui faisait partie du folklore, son statut de Chef qui n'était qu'un titre honorifique presque oublié. Alors elle devait se contenter d'être une mère et une femme... Une vie paisible somme toute... Une vie idéale pour tout Olaril. Une vie simple, avec une famille et une activité pour laquelle il avait été éduqué par un parent. Une activité qu'il apprenait à sa progéniture. Une vie rêvée... Sans heurt, sans vague, sans surprise. Calme, sereine, pleine d'amour dans un foyer convivial, entouré d'amis, avec un chien...

Pouvait-on se convaincre que cette vie-là était idéale lorsque l'on a été Chef des Olarils ? Que l'on a battu la campagne avec le sentiment d'être la personne la plus importante de tout le monde connu ? D'être fière et forte, capable de maîtriser un Ilumber, de faire frémir de terreur toute une arène apeurée, d'affronter les éléments pour gravir des montagnes ? D'être jeune, imbattable, d'être belle et puissante, de désirer un homme et de l'avoir pour époux, de vouloir être Chef et de l'obtenir ? De se savoir aimée et détestée, de pouvoir parler de Son peuple et d'écrire de sa propre main dans les Tables d'Olaria ?

Qu'était-ce désormais ? Un vieux livre abîmé qui reposait dans un coffre ? Un Conte, une Histoire pour enfant... Qui parle du temps jadis où les Olarils priaient des Dieux...

Etait-ce possible de se convaincre que cette vie-là était idéale et ce dont on avait rêvé ? Etait-ce un rêve assez puissant pour perdurer durant des années ? Se convaincre qu'il ne manquait qu'une seule chose dans sa vie, qu'un enfant, pour qu'elle devienne idéale ? Qu'elle convienne aux cris de son être, de son sang, de ses ancêtres ? Parce qu'elle ressentait le besoin viscéral de donner la vie ? Parce qu'elle avait eu droit à un Miracle et que ce miracle avait comme toute chose demandé un lourd tribu ? Sa vie passée...

Les doigts de Lysandre se mirent à serrer le vêtement du Grand Prêtre. Grand Prêtre ! Il serait toujours celui qui officiait pour la Déesse. Elle la priait encore, inconsciemment, lorsqu'elle partait en chasse. L'Hirune se sentit cette fois encore plus désemparée qu'avant. Encore plus perturbée, perdue. Dans sa jeunesse, elle aurait lutté encore, elle aurait grogné, ragé, pour faire changer les choses, n'en faire qu'à sa tête, et taper du pied pour ne pas laisser la vie lui dicter sa loi.

Mais la Chasseresse se contenta de prendre une profonde inspiration. Cette vie-là était agréable, et cette vie-là était avec Hésione et Nydearin. Elle ne pouvait rêver mieux, elle devait louer les Dieux de lui avoir donné une existence aussi douce. Préservée des maladies, des malheurs, avec un foyer aimant et ses proches. Elle se décrispa et releva le visage vers celui de son mari pour l'observer.

"La nuit va tomber." Fit-elle, de but-en-blanc.





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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Lun 10 Fév - 10:56

Le souffle était encore court. La course avait été longue, très longue. Une bonne partie de Sierra s’était sans doute demandée quelle mouche avait piqué ces deux-là. La réputation du tempérament fougueux de Lysandre n’était plus à refaire dans le village mais cela devait sans doute toujours étonner d’en avoir une représentation concrète sous les yeux. Qui plus est, il était plus rare de voir Nydearin courir comme si sa vie en dépendait, lui qui, d’ordinaire, était toujours si calme et précautionneux. Pourtant, c’était bien cela qu’il s’était passé car c’était bel et bien sa vie qui dépendait de ce qui venait de se passer. S’il n’avait pas décidé de courir après Lysandre, qui aurait pu dire ce qui se serait passé ? Elle serait revenue, sans l’ombre d’un doute, ne serait-ce qu’à cause d’Hésione mais, pour lui ? Serait-elle revenue ? Il n’en n’avait aucune idée et, au fond, surtout, il ne voulait pas le savoir. Même s’il ne demandait pas davantage qu’un peu d’affection qu’elle n’avait plus pour lui depuis de nombreuses années, s’il désirait simplement retrouver cette complicité, cette passion qu’il y avait eu entre eux, il savait également que sans elle, il n’aurait simplement pas trouvé de sens à son existence et il préférait de loin devoir supporter sa distance tout en ayant tout de même l’opportunité de rester à ses côtés, avec l’espoir de pouvoir la retrouver pleinement un jour, que de mettre fin à toute possibilité d’une manière aussi brutale. Il l’avait déjà fait, involontairement, lorsqu’ils étaient arrivés en Edor Adeï, pendant plus d’un mois, un long mois… Elle avait eu beaucoup de difficultés à le vivre. Peut-être en serait-il autrement aujourd’hui, mais il savait que lui, n’y survivrait probablement pas, quoiqu’on puisse en dire. S’ils ne s’exprimaient plus aussi facilement et visiblement, les sentiments que le guérisseur avait pour son épouse étaient des plus sincères et des plus forts, c’était peut-être pour cela qu’il était si douloureux de voir qu’elle ne lui apportait plus autant d’attention que par le passé.

Il n’entendit pas son murmure, son cœur battant encore suffisamment la chamade à ses oreilles pour couvrir ce minuscule souffle qui emportait avec lui quelques mots qu’il n’aurait pas pu comprendre de toute façon. Au lieu de cela, il se contenta de sentir la façon avec laquelle elle l’enserra à son tour, trouvant refuge tout contre lui, dans une proximité qui n’existait plus entre eux depuis longtemps et qu’ils venaient pourtant de retrouver, dans la douleur certes, mais était-ce véritablement important ? Nydearin ne desserra pas son étreinte, loin de là, conservant sa Chasseresse, cette femme qu’il avait faite sienne, dès le premier jour où il l’avait vue. Il se souvenait de chacun de leurs moments, de cette manière avec laquelle il l’avait apprivoisée, en quelques sortes, avec laquelle il avait voulu la surprendre encore et encore pour qu’elle ne soit, égoïstement, que sienne. Les Olarils n’avaient rien contre le « libertinage » mais lui avait toujours estimé qu’il était le seul capable de pouvoir prendre soin d’elle et de lui apporter ce dont elle avait vraiment besoin. Pouvait-on réellement faire convenablement l’amour à une femme qu’on ne connaissait pas sur le bout des doigts ? Une telle mentalité le faisait sourire désormais, car, s’il s’était assagi, ses sentiments pour Lysandre ne s’étaient pas assagis, eux, et il l’aimait peut-être encore davantage. « Jamais. » Un mot, un seul, qui traduisait pourtant la seule vérité qui parcourait l’ensemble du corps du guérisseur. Abandonner sa femme était une chose à laquelle il ne pouvait se résoudre, quoiqu’elle puisse lui faire subir, il en avait eu l’exemple aujourd’hui. Même si elle lui mentait depuis près de quinze années, il n’avait pu se résoudre à lui tourner le dos, à la laisser seule. Comment aurait-il pu ? Le simple fait de l’imaginer lui serrait le cœur. Non, il ne l’abandonnerait plus jamais et lui courrait après autant de fois qu’il le faudrait, aussi longtemps qu’il le faudrait. Toujours il rattraperait sa main et l’attirerait contre lui, comme en ce début de soirée.

Il garda le silence, à peine rompu par une légère brise qui parcourait sporadiquement la plaine dans laquelle ils se retrouvaient seuls tous les deux. Il sentit sa tunique le serrer légèrement, observa sa femme pendant plusieurs secondes avant que celle-ci ne finisse par inspirer un grand coup et ne relève la tête, croisant son regard. A quoi pensait-elle ? Sa constatation fit relever la tête de l’Olaril qui jeta un coup d’œil autour de lui, puis, dans un sourire, reposa son regard sur la chasseresse. « Et si nous en profitions un peu ? » Ils étaient seuls, tous les deux, loin des autres, loin de leur chez eux, loin d’Hésione. Il espérait qu’elle accepterait de passer un peu de temps avec lui, rien qu’avec lui. Il ne demandait rien de plus, si ce n’est profiter de sa présence, seul. Cela pouvait paraître égoïste, mais rien qu’un instant, il ne voulait la partager avec personne, ni même avec leur fille. Cette dernière ne lui en tiendrait pas rigueur, il le savait, elle se sentait souvent beaucoup trop « protégée » par sa mère et, de toute façon, elle ne s’inquièterait pas pour eux. « J’ai laissé un mot pour Hésione, précisant que nous serions peut-être en retard ce soir. Elle ne s’inquiètera pas. » Il l’avait surtout fait parce qu’il n’était pas sûr de pouvoir la rattraper, de pouvoir rentrer chez eux avant le diner, mais, là, en cet instant, il n’avait pas envie de rentrer, pas tout de suite. Ce silence et cette solitude qui les entourait était le terrain propice pour qu’ils puissent se retrouver un peu tous les deux et il comptait bien mettre à profit ce terreau fertile au renouveau. Finalement, peut-être que rien de tout ceci n’était dû au hasard. Dans d’autres circonstances, d’autres temps, ils en auraient surement profité pour passer la nuit à la belle étoile, mais même s’il l’aurait ardemment désiré, il savait que Lysandre n’en serait pas capable, pas maintenant. Peut-être un autre jour. « Juste un peu de temps, pour toi et moi. Rien que nous deux. »
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mar 25 Fév - 15:43

Lysandre garda le silence quelques instants lorsqu'elle entendit la voix de son mari. C'était une sensation assez indéfinissable de flou et d'absence. Mais l'Hirune restait accrochée à Nydearin pour éviter de courir à nouveau, de peur qu'en le lâchant, elle ne se surprenne à prendre à nouveau la fuite comme un lapin. La fin d'après-midi était douce, l'air frais mais pas froid. Quelques corneilles s'envolaient sur leur gauche. Et au loin il y avait Sierra.

Elle avait beau chercher, elle n'avait aucune envie. Aucun besoin à l'heure actuelle. Lysandre ne voulait ni rentrer chez elle, ni rester ici. Ou plutôt, cela lui était égal... Mais comme elle y réfléchissait péniblement depuis quelques minutes, elle devait s'y faire. Elle avait tout ici pour être heureuse et devoir se contenter de sa vie. Ne pas sembler injuste ou sotte en désirant plus que ce que tout Olaril rêvait d'avoir. Elle vivait en harmonie avec les idéaux de son Peuple. Elle devait être heureuse.

Un sourire tira ses lèvres et elle reposa son oreille contre le buste de son époux. Les battements de coeur la bercèrent une seconde encore et elle put prendre sa décision. La Chasseresse n'avait pas vraiment envie de rentrée, finalement. Ici, elle était assez loin de sa vie rêvée, et assez proche pour la retrouver dès qu'elle en aurait envie...
Avant, ils avaient toujours parlé librement de ce qui les tracassait. Mais elle n'était pas sûre de savoir quoi dire. Alors elle se tut, suffisamment pour respirer plus calmement, et calmer les douleurs dans ses chevilles, ses mollets, ses cuisses. Ce constat la fit lâcher un rictus entre la plainte et le sarcasme.

"Je suis rouillée comme une vieille quenouille." Alors qu'elle aurait été frappée d'un coup de bâton par Grand Mère, si elle avait entendu ses paroles. Alors qu'elle n'était pas vieille, qu'elle était loin du milieu de vie d'un Olaril... 42 ans... Et bientôt 43. C'était la jeunesse ! Sorastrata aurait grogné une séries de menaces et invoqués mille fléaux contre elle et ses idioties.

Elle allait sombrer dans des pensées plus sombres, qui la mettraient mal à l'aise. De temps en temps... Lysandre se disait qu'elle avait abandonné les siens, Luminara, Grand Mère... à la Capitale, au Conseil. Qu'elle aurait dû rester. Mais elle ne voulait pas y songer. Pas ce soir. Ce n'était pas ce que Nydearin voulait entendre. Et elle non plus.

"La femme du boulanger, Chloed, m'a dit que son fils n'avait plus de fièvre." Changea-t-elle de sujet, en s'extirpant de l'étreinte du Grand Prêtre, pour s'asseoir dans l'herbe jaunie par le soleil. Elle leva les yeux vers lui, fut éblouie par le soleil couchant et plissa les paupières. "Elle dit que c'est grâce à Therdone." L'Hirune tapota par terre pour qu'il s'installe à ses côtés. "Et un peu grâce à toi aussi." Elle ne put s'empêcher de sourire en repensant à cette femme qui avait loué la Volonté de son enfant pour lutté contre la maladie. Et loué Therdone de la lui avoir donné. Et ensuite seulement les bienfaits des médecines de son mari... Lysandre n'avait jamais vraiment réussi à croire en Therdone en lui-même. Elle savait qu'il régissait le monde, la vie, la mort. Elle ne remettait pas en question ses principes, son existence mais... Elle oubliait souvent qu'il était la cause de tout.

Ces considérations accentuèrent sa migraine, elle se frotta les yeux encore trempés, ne sut quoi dire de plus... La vie quotidienne. La vie d'avant. La Prophétie. Autant de sujets qu'elle n'avait aucune envie d'aborder.





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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mer 19 Mar - 15:39

L’air ambiant, frais, apaisait Nydearin qui achevait de reprendre son souffle et de prendre conscience de la façon dont aurait pu se terminer ces évènements. Aurait-il pu la laisser courir dans les plaines ? Où se serait-elle réfugiée ? Probablement chez Luminara et Amiguel, cherchant la compagnie de sa sœur mais elle n’y serait pas restée longtemps, Hésione lui aurait indéniablement manquée au bout d’un moment. Enfin, il ne préférait pas y penser, songeant que ne pas courir après elle aurait été probablement l’élément déclencheur d’une rupture. Le Grand Prêtre n’aurait pas accepté de rester assis chez lui en attendant le retour de son épouse sans rien faire et n’aurait pas tardé à faire ses bagages. A une époque, c’était peut-être ce qu’il aurait fait, oui. Fort heureusement, cette époque était résolue et s’il était resté aux côtés de la Chasseresse depuis toutes ces années, alors même qu’il n’avait pas vraiment de considérations de sa part, il pouvait bien endurer encore cela. En réalité, il ne demandait pas grand-chose, il le savait, mais il était quand même prêt à, encore, mettre ses besoins en sourdine. Certains y verraient une marque de faiblesse qui justifiait son « malheur », d’autres y verraient autre chose, de plus noble peut-être, mais il était vrai que l’homme qu’il était cherchait simplement à pouvoir trouver son bonheur dans les bras de son épouse. Nydearin avait tout pour être heureux, une femme, une fille et même s’il pouvait vivre avec le fait qu’Hésione ne soit pas sa vraie fille, il ne pouvait pas vivre sans affection. Si la jeune fille lui en donnait, ce n’était que celle d’une fille à son père et l’Olaril avait besoin de davantage, d’une affection que seule une femme pouvait lui offrir. Il aurait probablement pu voir ailleurs, d’autres femmes, d’autres couches et les siens n’étaient pas regardant pour cela, mais il voulait que ce soit elle, il voulait pouvoir sentir son souffle régulier sur sa peau lorsqu’elle dormait, la serrer contre lui…

Mais c’était peut-être trop demander, ou alors devait-il simplement le faire comprendre à Lysandre. Il avait essayé et le résultat n’était pas flagrant, mais il ne s’y était probablement pas pris de la bonne façon. Il connaissait cette impétueuse chasseresse, son caractère, fier et violent, mais aussi doux et passionné. Il savait d’elle des choses que peu, du moins il l’espérait, pouvaient se vanter de connaître et, au lieu de mettre cela à profit, il se contentait d’exposer les choses comme s’il avait eu n’importe qui en face de lui. Or ce n’était justement pas « n’importe qui ». Il soupira en silence, un silence qui fut brisée par Lysandre tandis qu’elle se disait rouillée. La course n’avait pas été une partie de plaisir pour le Grand-Prêtre non plus. Il fallait dire que la vie à Sierra n’encourageait pas vraiment à l’effort et même s’ils faisaient tous les deux encore des parties de chasse, ils n’étaient pas non plus de ceux qui se dépensaient le plus. Peut-être devaient-ils changer cela ? Il eut un sourire amusé, songeant que Sorastrata se serait surement offusquée d’une telle remarque. « J’en connais une qui t’aurais montré ce que peut faire une vieille quenouille. » Il n’avait pas besoin de la nommer, ils savaient tous les deux qu’ils pensaient à la même personne. Il fallait dire que Sorastrata ne tenait pas forcément l’Olaril dans son cœur, probablement toujours convaincue qu’il finirait par se « dévoiler son son véritable visage » comme il l’avait fait à leur arrivée en Isle. Le temps avait passé, mais les vieilles rancunes étaient toujours tenaces. Même Nydearin ne parvenait pas complètement à faire table rase du passé. Au moins parvenaient-ils à s’entendre cordialement lorsque c’était nécessaire. Peut-être était-ce un conflit générationnel, il n’aurait su le dire. Mais ce n’était pas important de toute façon, du moins pas pour lui. Il n’y avait qu’une personne qui comptait réellement et ce n’était surement pas Sorastrata. Même si elle aussi lui aurait flanqué un coup de bâton pour penser cela.

Le guérisseur haussa un sourcil de surprise et laissa son épouse s’extraire de son étreinte tandis qu’elle évoquait le rétablissement d’un de ses patients. Il se souvenait du fils de Chloed et de sa forte poussée de fièvre. Le mal ne semblait cependant pas très grave et Nydearin s’était contenté de quelques décoctions de plantes pour apaiser la douleur et faire chuter la fièvre. Le jeune homme était suffisamment fort pour pouvoir lutter de lui-même contre ce qui l’avait légèrement mis à mal. L’Olaril observa Lysandre s’installer dans les hautes herbes et s’installa à ses côtés quand elle l’y invita. Il eut un sourire quant à la réaction de Chloed. Beaucoup croyaient en Therdone, et, finalement peut-être que lui aussi y croyait, mais certaines choses n’étaient pas seulement la volonté divine, quoi qu’on puisse en penser. « Elle n’a pas remercié Therdone ensuite pour m’avoir donné mes talents de guérison ? » Il avait dit cela avec amusement. Cela ne le dérangeait pas qu’on attribue à un dieu les mérites qui lui revenaient, il ne faisait pas cela pour la gloire, simplement pour aider les siens, tout simplement. Il passa un bras autour des épaules de sa femme pour l’attirer un peu contre lui. « Tu sais… » Il hésita quelques instants, mais il était probablement trop tard pour reculer. « J’aimerais passer un peu plus de temps avec toi. » Il avait dit cela très calmement, sans aucun ton de reproche, juste une requête, toute simple. « Hésione est une grande fille maintenant, et je crois qu’elle aimerait qu’on lui fasse un peu plus confiance. Et j’ai aussi besoin de toi. » Sur ces mots, il la sera un peu plus contre lui. C’était ça dont il avait besoin, pouvoir sentir sa présence à ses côtés, pouvoir ressentir la chaleur et la douceur de sa peau. Combien de fois ce contact lui avait-il manqué au plus profond de la nuit ? « Peut-être devrions-nous penser un peu à autre chose. Nous pourrions aller chasser ensemble, qu’en penses-tu ? »
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mer 19 Mar - 22:23

Alors que le soir tombait lentement, Lysandre se laissa aller contre l'épaule de son mari, se reposant sur lui comme si elle avait été trop longtemps seule à penser le propre poids de son corps. Ainsi assise à ses côtés, les bruits de la plaine les entourant, elle put se permettre de respirer, lentement, de chercher à se calmer, à sécher sa peau, à adoucir ses articulations douloureuses.

Elle avait sourit lorsqu'il avait évoqué, sans la nommer, sa Grand Mère, mais n'avait rien rajouté. Comme elle n'avait pas eu l'envie d'enchérir sur la discussion ayant trait à Therdone. Certes, elle était persuadée que cette famille pensait que les connaissances de Nydearin avait été siennes par la grâce de leur Dieu. C'était impossible qu'il ne soit autrement en Isle... Mais l'Hirune n'y songeait pas, elle, et pensait que les méthodes et savoirs de son époux étaient dus à l'apprentissage qu'il avait eu. Tout comme sa maîtrise de la chasse était une science qu'Una lui avait apprit petite...

Mais s'il fallait tout expliqué par Therdone, alors elle ferait comme s'il régissait tout, après tout, ce n'était pas vraiment contraignant. Même si en elle-même, elle louait parfois ses Dieux, les Dieux Olarils. Comment éviter de penser à Hésione lorsque sa fille portait son nom en son honneur ?

Lorsqu'enfin le Grand Prêtre prit la parole, l'Hirune ne releva pas tout de suite la tête. Elle avait pensé qu'il aborderait un sujet commun, comme elle l'avait fait, et ne lui en aurait pas voulu. Sa fuite, la fuite physique mais également psychologique qui l'avait tant changée au fil des années peinait à parler de ce qu'elle ressentait, ce qui induisait d'éviter les sujets les plus intimes.

La sincérité et la tendresse dont il fit preuve déstabilisèrent Lysandre, qui releva derechef le visage vers lui, le tournant pour le regarder dans les yeux. Il avait hésité, elle l'avait parfaitement perçu... Et se dit alors que c'était une attitude normale face à elle... Il osait lui réclamer de l'attention... Il n'aurait jamais dû avoir à le faire. Elle baissa les yeux un instant.

Même si aucun reproche ne perlait dans sa voix, Lysandre se sentit immédiatement coupable, et lorsqu'il évoqua leur fille, ce fut plus poignant encore. Pourtant, petit à petit, au fond d'elle, elle ressentait la tendresse sous-jacente dans ses mots, et s'en trouvait touchée. C'était presque timide, songeait-elle, et comme un souffle de vent, balaya sa mine grise. L'Hirune releva le nez, eut un léger sourire, malgré une empreinte encore un peu triste, ou plutôt, gênée car coupable.

Il avait besoin d'elle... c'était une déclaration qui la chamboula. Son coeur se mit à battre plus fort, tout soupçon douloureux s'effaça de ses lèvres. "J'ai besoin de toi aussi." Confia-t-elle dans un murmure un peu trop orgueilleux pour qu'elle le clame plus fort. Mais sa dernière proposition l'avait revigorée ; ils chassaient souvent ensemble jadis, ils étaient inséparables, ils étaient unis.

Chasser était sans doute l'une des échappatoires qui la séduisait le plus. Ne penser qu'à la traque, qu'aux pièges, aux traces à suivre. Se concentrer sur ses mouvements, sa respiration et l'animal qu'elle poursuivait. L'instant entre deux eaux où elle lance la pierre de sa fronde... L'air emplit ses poumons brutalement, et Lysandre fixa le regard de son mari. Chasser. Chasser ensemble, comme avant. Ne pas avoir besoin de se parler pour se comprendre, courir ensemble dans les bois, sauter à l'unisson au dessus des souches, et revenir au Foyer des Chasseresses victorieux...

Non. Dans leur foyer.
Sa main vint se glisser dans celle de Nydearin, et elle enlaça ses doigts entre les siens. Ce simple contact l'apaisa, et elle ne retint pas un mouvement plus affectueux, venant jusqu'à son visage, sans pourtant l'embrasser.

"Ca me manque aussi." Fit-elle pour toute réponse à sa question, mais c'était l'essentiel. Toute son ancienne vie lui manquait, elle se sentait vide de l'intérieur, et ce vide n'était comblé que par Hésione... Il était temps de laisser de la place à Nydearin, elle en avait envie, elle ferait des efforts. En gage de sa bonne volonté, elle posa ses lèvres contre les siennes.

Elle n'avait ni arme ni équipement sur elle, sa course l'avait éreintée, mais elle était bien plus usée par ce qui la rongeait depuis quinze ans que par sa fuite. Lysandre aurait aimé que son baiser reflète l'amour qu'elle lui portait, mais il n'était sans doute pas assez tendre et inconditionnel... L'atmosphère et l'envie de lui prouver qu'elle serait prête à leur laisser une nouvelle chance rendait ses lèvres trop fougueuses pour être amoureuses.

Alors, sa phrase se révélait d'un tout autre sens. Leur relation d'avant lui manquait. Leurs regards, la passion... Elle avait totalement oublié ces sentiments, pour ne ressentir que l'amour dont elle débordait pour Hésione. Uniquement elle. Mais Nydearin était toujours là. Et il l'aimait toujours... elle en avait douté. Oh oui, elle en avait douté. Songeant qu'il était idiot de ne pas avoir partagé sa couche avec d'autres Olariles. Son peuple aimait la fête et ses relations sociales étaient basées sur ce lien charnel... Il était resté malgré tout. Du moins, en était-elle persuadée.

Elle-même n'y avait jamais songé. Alors que dans leur village, Lysandre avait toujours laissé parlé son corps lorsqu'il réclamait un homme, lors des Fêtes nombreuses, et malgré l'étrange fidélité de Nydearin, ici, depuis quinze ans... Elle avait perdu le goût des hommes. Avoir succombé à d'autres corps n'avait jamais altéré son amour et sa passion fougueuse pour son mari. Et elle avait été très occupée par son poste de chef pour être aussi lascive que certaines de ses amies...

Mais ce baiser la fit sursauter. Quelque chose, enfouit, sembla gronder, mais elle avait perdu depuis trop longtemps les réflexes de son instinct. Rompant le contact avec le Grand Prêtre, et un peu confuse de ce qu'elle doutait encore de ressentir, la Chasseresse eut un petit sourire.

"Demain matin. A l'aube. Les grands mammifères reviennent du Sud par les plaines, ils s'arrêtent au Lac Muet après une longue traversée. Ils seront fatigués." Analysa-t-elle, mais quelque chose la rendait moins concentrée sur son sujet. Elle détourna le visage, chercha à faire le vide et insista. "Il nous faudra deux heures pour rejoindre le Lac, mais nous aurons le temps en chemin de ramasser les collets qu'Hésione a posé près du bosquet."





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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mar 25 Mar - 16:00

C’était la première fois depuis longtemps qu’ils partageaient enfin tous les deux un véritable moment en amoureux, loin du quotidien, loin d’Hésione et de tout ce qui pouvait toucher à leur fille, de près ou de loin, d’une manière ou d’une autre. Il ne fallait pas s’y méprendre, Nydearin adorait sa fille, bien au contraire, mais il aimait également sa femme et, là où l’amour d’une fille à son père pouvait être agréable et apporter du bonheur, il n’y avait pas de sensation plus puissante que de se trouver en présence de la personne que l’on aime le plus, d’être dans ses bras et de ressentir au plus profond de soi l’écho de sa présence. Il n’avait pas ressenti cela depuis beaucoup trop longtemps et cette distance qui s’était faite petit à petit entre Lysandre et lui, et qui se comblait un peu en ce début de soirée, lui avait fait grand mal. Il savait qu’il n’aurait pas supporté qu’elle le repousse en cet instant et le fait qu’elle accepte de rester avec lui, de ne pas retourner immédiatement à Sierra pour s’assurer qu’Hésione allait bien, lui faisait plaisir. Leur fille était grande, pas suffisamment pour complètement voler de ses propres ailes mais suffisamment pour savoir se sortir d’un mauvais pas et même si la petite bourgade n’était pas complètement sûre, elle n’était pas forcément une place de haute criminalité. Les pirates étaient monnaie courante mais ils faisaient plutôt profils bas et, ici, ils devenaient plus des marchands que des criminels dans leurs agissements. Après tout, il leur fallait bien un endroit où pouvoir mouiller tranquillement et se reposer un peu. Ce qui ne nuisait pas du tout à l’économie locale. Enfin, ce n’était peut-être pas la peine d’évoquer ce sujet-là. S’il pensait que Lysandre acceptait de rester avec lui, il ne voulait pas lui donner de raison de rentrer, pas après avoir réussi à la garder un peu pour lui avec tant de difficultés.

En silence, il observait la Chasseresse qui se trouvait à ses côtés, la tête sur son épaule. Il avait des choses à lui dire et s’était finalement décidé à les lui confier, même s’il savait qu’elle n’était peut-être pas prête à les entendre et qu’il aurait peut-être valu mieux attendre. Mais il ne pouvait plus attendre, pas comme ça, Son cœur était déjà suffisamment en morceaux, il avait besoin de le réparer, de revivre ces sentiments, ces émotions, qu’il avait connu à ses côtés, les raisons même pourquoi il avait aussi voulu la conquérir, pourquoi il s’était arrangé pour la faire sienne, au-delà des motivations toutes autres, il avait su déceler en elle la femme qu’il voulait aimer, pour tout ce qu’elle était et ce qu’elle serait. Il aurait aimé lui donner des enfants, qu’elle porte son fils, ou sa fille. Les Dieux en avaient décidés autrement mais ce n’était pas grave. Certes, la vie était importante et peut-être aurait-il pu mettre enceinte une autre Olarile mais c’était Lysandre qu’il voulait comme mère de ses enfants et personne d’autre. Et puis, il y avait maintenant Hésione, même si ce n’était pas sa fille à lui, il l’aimait comme telle et il n’y avait plus de différence. Fragile dans ses aveux, il fut réconforté de sentir la main de son épouse se glisser dans la mienne et se perdit dans son regard tandis qu’elle s’approchait de lui. Son murmure le fit sourire. La fierté était un trait de caractère qui ne l’abandonnait jamais. La faiblesse n’était pas son fort. Il resta silencieux jusqu’à ce qu’elle lui confie que la chasse avec lui, lui manquait aussi. Etait-ce vraiment que la chasse ? Il sembla déceler dans son regard une pointe de surprise alors qu’elle comprenait peut-être autrement la portée de ses mots. Il y avait tellement de choses qui manquaient à Nydearin. Y faisait-elle référence également ? Il n’eut pas le temps d’y réfléchir véritablement qu’il la vit s’approcher pour rompre la distance qui les séparait. Il ferma les yeux et profita du baiser qu’il lui rendit avec amour, resserrant un peu plus l’étreinte autour de ses épaules et sur ses doigts.

Il la laissa néanmoins s’écarter, l’observant avec interrogation tant elle avait semblé perturbée par ce geste. Son sourire le rassura quelque peu et il resta pensif tandis qu’elle lui faisait part des habitudes des grands mammifères des plaines. Oui, c’était là une idée intéressante. « Et la vieille quenouille que tu es saura se lever avant l’aube ? » Il la taquinait, gentiment et affectueusement, mais il avait besoin de retrouver à nouveau une proximité avec elle, de retrouver cette place qu’il avait à ses côtés et qu’il avait perdu aux dépends d’Hésione. Mais si lui avait réussi à aimer sa fille et sa femme, ne pouvait-elle pas faire de même ? « Nous pourrons ramasser les collets au retour, il serait dommage de se charger à l’aller. Et puis le Lac possède d’autres charmes que celui d’offrir un excellent terrain de chasse. » Il lui fit un large sourire et lui vola un bref mais intense baiser. Au loin, quelques lueurs indiquaient Sierra. Il ne serait pas difficile de retrouver leur chemin et les nuages ne semblaient pas au rendez-vous, aussi la lune éclairerait leurs pas s’ils devaient s’attarder plus que de nécessaire. « Toutefois, si nous devons chasser à l’aube, peut-être devrions nous ne pas trop tarder ici. Ou tu ne pourras définitivement pas te lever. Que penserais-tu d’un diner frugal et d’une soirée devant l’âtre de notre cheminée, emmitouflés dans une couverture ? » Cela lui rappelait quelques souvenirs mais il ne les évoqua pas, persuadé qu’elle partageait certainement les mêmes. Il espérait qu’elle accepterait, qu’enfin ils puissent passer une nuit ensemble, une nuit à partager sa chaleur, la première depuis près de quinze ans. Mais il ne préféra pas s’attarder sur le passé. Une nouvelle page semblait s’être tournée aujourd’hui et il comptait bien écrire une plus belle histoire sur ce parchemin vierge. Il s’approcha d’elle. « Je t’aurais bien proposé de dormir à la belle étoile ce soir, mais je crains qu’il ne fasse encore un peu trop frais en cette saison. » Il lui avait murmuré cela sur un ton un peu suave avant de poursuivre, malicieusement. « Partie remise ? »
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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: Encore et toujours les mêmes questions...   Mer 26 Mar - 20:38

Le nez de Lysandre se fronça lorsque son Mari la taquina, et se servit de ses anciennes paroles pour lui faire remarquer son très grand âge... Elle avait sourit tout de même dans une moue bougonne, car l'Hirune n'avait jamais vraiment sur rire d'elle-même. L'orgueil sans doute, elle se contenta de cette petite grimace comme si elle allait lui tirer la langue, mais ses pensées surent chasser cette petite contrariété au profit d'une concentration qu'elle connaissait bien.

Élaborer un plan pour le lendemain, un chemin de chasse. Elle acquiesça en silence ; Nydearin avait raison... et le simple fait de discuter ainsi avec lui, de projeter leur traque à deux, le trajet à parcourir, était une vision d'avenir qui lui mettait du baume au cœur. Jamais ces dernières années ils n'avaient eu d'activité commune, juste elle et lui. Les repas, les activités quotidiennes, faites à trois avec Hésione, durant lesquelles il fallait l'avouer, la Chasseresse occultait totalement son époux.

Il était l'homme de la famille, mais réalisait-elle qu'elle l'avait considéré comme une personne de son foyer, présent depuis toujours, et présent pour toujours. Elle ne lui avait donné aucune attention particulière, et les éclats de voix étaient des disputes, pas des soupirs. Son sentiment de culpabilité était grand, désormais qu'elle le comprenait, mais il était encore trop tôt pour tout effacer. Elle s'en sentait incapable, et elle l'avait dit... elle était rouillée. Dans ce domaine également.

Bien que leur baiser ait éveillé des sens qu'elle pensait éteint, il était trop tôt pour qu'elle sache encore qu'en faire. Ce n'était pas ce sentiment de jeune fille inexpérimentée qu'elle retrouvait, loin de là. C'était comme une vieille fleur flétrie dans le désert, s'étonnant d'une goutte de rosée, en réalisant seulement avec la pluie qu'elle avait soif depuis longtemps, sans s'en rendre compte. Sans doute avait-elle totalement enfouit ce sentiment, et l'avait comblé quoi qu'il arrive par l'amour filial d'Hésione.

Il lui proposa de rentrer, de dîner ensemble, et de conclure ce pas en avant par une soirée sereine devant l'âtre de la cheminée. Depuis combien de temps n'avaient-il pas ne serait-ce que partager un instant de quiétude ainsi ? Lysandre serra la main de son mari, incapable de lui dire à quel point elle se sentait mal à l'aise, mais consciente d'avoir à faire des efforts. D'avoir envie de faire des efforts. Pour ne plus le laisser de côté...

"Tu as raison, rentrons." Mais elle plissa les yeux. Si jadis elle n'aurait jamais laissé passé une telle remarque, trop fière, aujourd'hui Lysandre était moins vive. Et son ressenti la rendait moins hargneuse, du moins, en apparence. "Nous verrons bien qui sera debout le premier demain." Un petit sourire, un flash lumineux passa dans ses yeux alors qu'elle échangeait un regard avec le Grand Prêtre. Un jour prochain, il la retrouverait comme jadis, telle qu'il l'avait aimé comme un fou... Quelque chose le lui dirait sans doute à observer la lueur dans son iris.

Mais sa proposition avait pas encore eu de réponse, et l'Hirune attendit de se redresser, douloureusement, et de lui tendre la main, symbole fort.

"J'adorerais passer ma nuit ici, sous les étoiles, mais tu l'as dit, je suis une vieille quenouille, j'ai besoin de mon confort." Tout n'était pas perdu... l'ancienne Lysandre n'était pas morte... Elle attrapa sa main, le laissa se hisser devant elle et vint caresser sa joue. Un geste banal. Un geste qu'elle avait oublié de faire depuis longtemps.

"Quand j'aurais rajeuni, nous reviendrons ici." Murmura-t-elle. C'était là encore lourd de sens. Naturellement, les années s'écouleraient encore pour elle, elle ne reviendrait pas en arrière sur son âge. Mais bientôt, lorsqu'elle serait prête, il la poursuivra dans les champs pour de toutes autres raisons. Non... elle n'avait pas oublié leurs escapades amoureuses, les nuits même les plus froides n'avaient su les repousser. Mais c'était un autre temps, un autre temps qu'elle espérait pouvoir faire revivre bientôt. Il lui faudrait être patient. Mais la Chasseresse savait qu'il l'était. Il avait attendu quinze ans...

En se remettant en marche, ses muscles et articulations se rappelèrent à son bon souvenir. Elle déchanta, sentit immédiatement une pointe de côté lui lacérer le ventre, au bout d'à peine deux pas. Se sentant le ventre, elle continua à marché sans demander d'aide, en bonne Hirune qu'elle était. Beaucoup trop orgueilleuse pour avouer sa faiblesse. Elle avait trop courut, trop vite, avait trop souffert. Bel exemple de Chasseresse... pathétique, pensa-t-elle, soudain sombre.
Mais elle sentit immédiatement la présence de Nydearin à ses côtés, et son poids fut allégé. Il était là pour l'épauler. Encore. Et toujours.





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