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 Piège à oiseaux.

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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Piège à oiseaux.   Mer 25 Juil - 18:47

L'homme se releva en grimaçant, sa cible bougeait. Il ajusta son manteau sur son bras absent. La guerre l'avait privé d'un bras, tranché net par une épée qui avait eu la bonté de le laisser en vie. Pourquoi ? Parce qu'elle avait fiché une flèche en pleine gorge de son ennemi. Il le revoyait très nettement s'effondrer en lâchant son épée alors que lui-même chancelait, hébété d'être en vie. Il se souvenait de son garrot et de ses jurons. Sergent. Elle n'avait jamais été très polie, et tous l'aimaient ainsi. Elle l'avait confié à un autre pour continuer ses sauvetages, leurs routes s'étaient séparée un temps. Il y a des choses qu'on oublie jamais dans une vie, cette guerre et cette bataille en font partie. Lorsqu'elle était venue lui demander son aide un soir, refuser ne l'avait même pas effleuré. Il s'était même senti heureux, pour la première fois depuis longtemps d'être simplement utile. Même avec un seul bras. Il avait tout perdu, car tirer à l'arc est difficile ainsi privé d'un bras. Il avait rejoint le monde des mendiants. Sa rente de soldat était une misère qui lui accordait parfois un repas chaud. Il soupira.

Il se souviendrait aussi de son expression actuelle. Même dans le brancard au camp de rapatriement, elle ne lui avait pas semblé souffrir autant. Pas de cette manière, elle avait à peine effleuré sa bière. "Dom, j'ai besoin de ton aide, et des autres s'ils peuvent". C'est ce qu'elle avait soufflé. Il apprit à demi-mot qu'elle s'était entichée d'un noble, quelle idée... Mais voilà que le jeune énamouré s'était fait cueillir comme un fruit mur par sa famille quelques heures auparavant. Il devinait à la manière qu'avaient ses yeux de briller qu'elle avait pleuré. Cela l'effrayait. Celle qui n'avait jamais courbé l'échine, jamais flanché, même blessée. Sur ces maudits brancards, il hurlait. Il s'était déjà résigné, et elle lui murmurait que tout irait. On ne savait pas si elle pourrait encore marcher à ce moment. Encore moins courir. Mais elle, ne semblait ni en douter, ni s'en inquiéter. Cette soudaine fragilité le mettait mal à l'aise. Et la voir s'affirmer au fur et à mesure qu'ils préparaient leur plan le rassura. Il la retrouvait ainsi qu’elle devait être, et c’était une chose précieuse et importante dans sa triste vie.

Il laissa le noble le distancer, sa cible n’était pas lui directement mais les éventuels gêneurs. Il le suivi ainsi quelques temps, ce qu’il fallut pour s’assurer d’une chose. Il n’était pas suivi, de près ou de loin. Ni même de très loin. Il ne sut s’il aimait ou non ce constat et ce qu’il signifiait. "Il n’a peut-être pas écrit la lettre lui-même", lui paraissait être une sacrée illusion. Dommage, et heureusement que ce n’était pas à lui d’intercepter le colis. Même avec une main, il lui aurait refait le portrait. Le chant d’un merle s’éleva au-dessus des rues. Deux fois. Un homme attrapa quelques minutes plus tard le bras de Morghan, dans sa main il lui mit une mèche de cheveux bruns lassées.
Suivez-moi, sans histoire. Il était un peu plus petit que Morghan mais sa poigne était assurée et puissante. Il le conduisit d’autorité, sans ajouter un mot, un son. Étant donné leur trajet, il s’agira du lieu trois. Il le traîna dans des ruelles, se dirigeant avec assurance dans le dédale, puis arrivé au pied d’une masure. Il en ouvrit soudainement la porte vermoulue, le projeta à l’intérieur et referma la porte sèchement. Il ne s’arrêta pas. Qu’importe s’il se cassait le bout du nez à l’atterrissage, et même tant mieux.

Il y avait une volée de marche qui descendait vers une pièce sombre éclairée à la bougie. La pièce sentait le renfermé. L’humidité aussi, la pauvreté en tout cas. Tout avait été organisé scrupuleusement, la garde était montée, pour un temps elle savait qu’il était à elle. Au fond de la pièce, l’ombre se releva rapidement. Elle avait coiffé ses cheveux, mis d’autres habits mais c’était toujours la même. Toujours ce petit air buté, toujours ce regard clair et perçant, toujours ce sourire à moitié figé aux lèvres et toujours cet entêtant parfum. Elle fut rapidement vers lui, la pièce étant petite. Avant qu’il ne puisse tout à fait reprendre ses esprits, elle l’enlaça, posant son menton sur son épaule. Elle le serrait contre son cœur avec une délicatesse ferme. Il ne pourra pas se défaire d'elle, il est simplement prit au piège. Délicieux piège.
Je suis navrée Morghan d’avoir dû procéder ainsi. Elle patienta une fraction de seconde, laissant son cœur se calmer. Il sentait toujours ce mélange de savon et ce parfum de peau qui le rendait irrésistible. Je n’avais pas le choix et je devais être certaine, de beaucoup de choses. J’ai reçu une lettre. Je voulais m’assurer que tu l’avais écrite. Laisse-moi parler, s’il-te-plait. Sa voix tremble un rien, elle resta ainsi blottie contre lui. Elle avait peur d’observer sa réaction. J’ai d’abord pensé qu’on t’avait forcé à l’écrire. J’ai comparé les écritures tant de fois avec les précédentes… ça m’est égal si tu l’as écrite, au fond. Un bout de papier ce n’est pas comme un dialogue, c’est froid, c’est distant, c’est facile de masquer la vérité.

Je suis navrée de cette discussion avec votre oncle qui a dû être des plus pénibles. Oui. Un peu désolée. En colère aussi. En colère contre ce système de noblesse qui prive les gens de leur plus simple droit. Celui d’être librement volontaire. Libre, choisir, avoir la volonté plutôt que de les asservir, leur briser les flancs, les envies au nom … d’un devoir, d’un nom. Je ne vis pas dans un système moins exigent, mais je m'y sens beaucoup plus libre.

On peut choisir de renoncer à sa liberté, choisir de renoncer à sa volonté, choisir librement ou non.
Je ne sais pas si je dois espérer pour vous, l’un ou l’autre.

Je ne vous déteste pas. Je vous devais cette réponse. Je t’aime. Je vous aime. Je t’aime. Et ça m’est égale, le danger, tout. Et j’irais de l’avant, mais où je veux.

Je veux, et je ne renoncerai pas à mes sentiments pour toi. Jamais. Même face à la mort. Jamais. Jamais. Jamais. Je t’aime trop pour y parvenir.

Je ne te demande rien en retour.
Tu es libre. Si tu préfère renoncer à tes envies pour suivre ceux qui te dicte ta vie. C’est toi. Je serais simplement triste comme ces femmes à qui on oblige un mariage d'intérêt, de n'être qu'un objet. En colère, je me résignerai peut-être ensuite, de n'être que cette pâle réplique, simplement moins bien habillée.


Elle recula, saisit son visage entre ses mains. Ose seulement me dire que tu n’éprouves rien pour moi, en face. Dans les yeux. Que c’est toi seul qui le veut et s’il n’y avait eu aucune loi, tu aurais choisi également de renoncer.

Les nobles ont des amantes. La noblesse n’en a pas toujours d’assez jolie. Ne le suis-je pas assez pour toi ? Tout se tolère au royaume des apparences. Et pour moi, il n’y aura jamais d’autre homme. J’en fais le serment devant Therdone. C’est mon vœux, je vous serai fidèle et dévolue jusqu’à ma mort, Morghan. Ne vous effrayez pas de mes mots.

S'il-te-plait...


Les yeux gris sont humides, elle cille pour chasser les larmes et l’émotion qui la parcourait.
Que pouvait-elle dire de plus, une infinité de mot. Pourtant à présent, qu’elle se sentait proche de défaillir contre lui, elle n’avait plus rien envie d’autre que de lui voler un second baiser. Ce qu’elle fit. Ses mains toujours autour de ses joues, le tenant fermant. Il ne fut pas bref, ni timide comme le premier. Il ne pouvait pas l’avoir oubliée si vite, n’est-ce pas ? Il n’allait pas la rejeter ? Les lèvres voilées de passion le pressent délicatement de partager son envie. Ces lèvres avec lesquelles elle joue ne pourront pas se refuser à elle, n'est-ce pas ? La peur faisait un drôle de mélange avec l’espoir et la joie de l’avoir contre lui. "Dis-lui ce que tu as à dire, tu seras vite fixée. Ne fais pas de bêtises que tu regretteras." Ca, c’est une bêtise, Dom, sans doute. Mais elle ne regretterait jamais rien. Elle ne peut pas regretter ce dont elle n’est pas fautive, ce qu’elle veut le plus sincèrement du monde.

Therdone ne peut pas rester aveugle à une telle volonté, purement amoureuse. Il va l’aider. Il le faut.
Elle le priait du fond de son cœur.

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Mer 25 Juil - 20:19

Déterminés. Ils l’étaient, son futur et lui. Il en avait conscience dorénavant. Ce n’était pas explicite mais la rencontre qu’il avait eu avec Amarante lui avait laissé un arrière-goût amer de déterminisme. Il était libre de certaines choses mais d’autres étaient prohibées, rejetées. Il l’avait compris et il avait accepté la leçon que lui avait donné le Vieux Lion, renonçant aux sentiments naissants qu’il avait pu avoir pour le Sergent Sandragil qu’il avait rencontré quelques jours plus tôt, oubliant tout ce qu’il avait pu ressentir au profit de sa famille, de son clan, au profit des Jagharii, d’Amarante, de son père, d’Elenor… La nuit qui avait suivi l’écriture de la lettre d’adieux avait été douloureux, encore plus amère que la nuit où il avait fui dix années auparavant. Il n’avait pas fermé l’œil un seul instant alors que la ville entière était plongée dans les ténèbres les plus noirs. Il avait pensé à la folie de transgresser l’interdit, de courir après ses sentiments abandonnés au sortir de la chambre azurine. Pourtant, à chaque fois qu’il y avait pensé, le visage sérieux d’Amarante finissait par le contempler en lui disant qu’il lui faisait confiance. Il ne pouvait pas trahir cette dernière, non, c’était impossible… Aussi, à chaque fois, il enfonçait sa tête un peu plus dans son oreiller et essayait de trouver le sommeil, de ne pas voir dans l’obscurité de ses paupières closes le visage de Nisa ou celui d’Amarante qui se livraient un duel acharné dans son esprit. Il devait l’oublier, ne plus penser à elle. Il devait se consacrer aux Jagharii pour l’oublier tout comme il s’était donné corps et âmes aux travaux de la ferme pour pouvoir espérer un jour regagner ce nom qu’il ne pouvait renier, pas après s’être battu corps et âme pour l’obtenir à nouveau, pour en être le digne représentant. Même pour ses sentiments, même pour elle, même pour Nisa… Pourquoi fallait-il toujours qu’elle revienne à son esprit ? Finirait-il fou ? Amarante avait-il seulement raison ? L’oublierait-il seulement un jour ? Il n’en savait rien, ne pouvait s’en remettre qu’à la confidence du Patriarche, lui faire confiance comme il semblait lui faire confiance à lui. Il ne devait pas trahir ce lien désormais scellé entre eux, à jamais. Le coût de ce lien avait énorme, incommensurable pour le jeune lionceau mais il savait au fond de lui que c’était nécessaire, même s’il avait dû se détruire en partie pour cela.

L’aube était arrivée sans qu’il ne trouve le sommeil et il passa la journée qui suivit enfermé dans sa chambre refusant à peine de toucher aux plateaux repas que l’on faisait monter pour lui. Il se sentait mal, avait besoin de rester seul. Seul… Désespérément seul. Il avait fini par recommencer à trouver le sommeil la nuit suivante, mais certainement plus parce que son corps ne tenait plus debout que par réelle envie ou nécessité temporelle. Les jours avaient ensuite décidé de couler, lentement, certainement presque sereinement aussi. Il avait réussi à retrouver une once de goût à la vie, un peu comme l’avait annoncé Amarante et Nisa se faisait de plus en plus lointaine de son esprit. Un peu à la manière dont on soigne le corps d’une accoutumance par le sevrage, il devait progressivement abandonner toute idée de la revoir, toute idée de pouvoir partager encore quelque chose avec elle. Même l’amitié leur était proscrite, il le savait, car de là pourraient renaître des sentiments interdits, prohibés, réprimés. Il ne le faisait pas que pour lui, mais aussi pour elle. Il en avait conscience, les paroles d’Amarante étaient sincères, elle risquait d’être impliquée dans un conflit qui ne la regardait pas, et, surtout, dont elle ne pourrait pas sortir victorieuse. Il ne voulait pas qu’elle craigne pour sa vie à cause de lui. Elle trouverait un autre homme, il en était persuadé, tout aussi « charmant », voire davantage, que lui et elle l’aimerait lui aussi, il ne serait pas de la noblesse et elle vivrait cette histoire avec bonheur. Oui, il s’en persuadait, jour après jour. Une certitude montée de toute pièce, mais la seule chose à laquelle il pouvait véritablement s’accrocher pour l’éloigner de ses souvenirs, pour oublier petit à petit tout ce qu’il avait pu savoir d’elle. Ils n’avaient plus le choix, ni elle, ni lui. Il devait en être ainsi, quoiqu’ils puissent réellement vouloir. Morghan savait ce qu’il voulait. Il l’avait appris lorsqu’il avait fait face à Amarante. Au-delà de l’amour d’une personne, se trouvait l’honneur de son nom, qui avait plus de valeur pour lui, plus de valeur que tout. Amarante le lui avait montré, il en était ainsi. Il n’était pas fait pour elle et il espérait qu’elle le détestait avec force aujourd’hui, qu’elle cherche à l’oublier comme il le faisait. Il en serait bien mieux ainsi pour eux deux. Bien mieux.

Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis leur rencontre et le jeune Jagharii avait retrouvé le chemin des rues. Il n’était pas tout à fait « guéri » mais il dormait mieux et les conflits qui bouillaient en lui s’étaient estompés pour la plupart. Sa mère était venue lui expliquer qu’il devait prendre un nouveau départ et oublier le passé, encore une fois. Après tout, n’avait-il pas fait plus dur alors qu’il était encore plus jeune ? Pour ainsi dire il n’en savait rien mais, pour lui faire plaisir, il avait accepté de sortir. Grand bien lui en prit apparemment. Sans comprendre ce qui lui arrivait, à peine une heure après son départ, on l’attrapa par le bras, déposant dans sa main une mèche de cheveux qu’il ne connaissait que trop bien. Il n’eut pas la force de résister, encore trop surpris par ce qu’il se passait et fut rapidement trainé à travers un dédale de ruelle avant qu’on le jette littéralement à l’intérieur d’une petite maison sombre où il manqua de s’étaler de tout son long. Il se releva avec prudence avant de suivre son « guide » vers une pièce éclairée à la bougie. Il ne distinguait pas grand-chose mais il reconnut immédiatement la silhouette noire qui se leva à son approche à l’autre bout de la pièce. Il n’eut le temps de n’esquisser aucun geste avant qu’elle ne l’enlace et se blottisse contre lui. Les bras écartés, il restait interdit. N’avait-elle pas eu sa lettre ? Pourquoi cette mascarade ? Elle se lança alors dans des explications, un récit, des paroles… Il y en avait un flot, presque intarissable. Aurait-il seulement pu l’interrompre un instant ? Il en doutait. Le cœur à peine pansé – et encore – de blessures trop fraiches, fragile, menaçait à tout moment d’éclater en morceaux. Il souffrait, souffrait de cette présence pour laquelle il avait tant ressenti et qu’il ne pouvait plus aimer. Ses paroles résonnèrent en lui mais là où quelques jours plus tôt elles auraient trouvé un diapason, il ne restait que le néant, un vide absolu. Les bras ballants, la mèche de cheveux emprisonnée entre ses doigts, il la regarda prendre son visage entre ses mains le défiant de lui dire qu’il ne ressentait rien pour elle, lui infliger le crime de l’accepter comme amante alors que l’adultère est un crime sévèrement puni. Comment pouvait-elle imaginer une seule seconde qu’il en serait capable ? Il s’en serait outré en d’autres circonstances mais il n’en avait pas la force, ou plutôt n’en avait plus la force.

Quand les paroles cessèrent enfin, alors qu’il pensait pouvoir répondre à tous ces sentiments qui signifiaient à la fois tout et rien pour lui, alors qu’il avait l’impression de se tenir au bord d’un précipice, prêt à chuter, elle ne lui laissa aucun répit, plaquant ses lèvres sur les siennes, s’offrant à lui dans un baiser qui n’avait plus rien du premier baiser qu’elle lui avait volé. Il sembla alors se réveiller et dans un mouvement qui lui déchira le cœur, il posa ses mains sur les bras de la jeune femme afin de la repousser doucement sans s’offrir à elle. Son regard croisa le sien et il crut qu’il allait s’effondrer mais il devait tenir bon, il l’avait promis, il en avait fait le serment. Il était désolé, sincèrement désolé, il aurait voulu pouvoir faire que tout cela soit possible mais il n’avait aucune alternative, plus maintenant. Il ne supporta pas son regard plus longtemps avant de baisser les yeux au sol. Sa main, qui tenait encore sa mèche de cheveux, glissa le long de son bras avant d’en ouvrir la main et d’y déposer la mèche en silence. Il referma la paume en l’enserrant dans la sienne sans regarder la scène. Il n’arrivait pas à dire quoique ce soit, c’était impossible, inimaginable… Elle devait comprendre, elle devait comprendre, elle ne pouvait pas, ne pas comprendre. Sans quoi il se briserait, comme se brise le verre d’une bouteille qui chute de trop haut. Si elle le jetait du haut du précipice où il se trouvait, il le savait, il se briserait…
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Sam 28 Juil - 17:00

Pourquoi ne pouvait-il simplement pas lui répondre. La mèche de cheveux ne fut pas prise. Elle tomba simplement, provoquant un son mat en heurtant le sol. Un bruit qui sembla immense dans le silence qu'elle s'empressa de rompre. On ne rend pas un cadeau. Jette-le, brûle-le, garde-le, il t'appartient. As-tu si peu de considération pour moi ? Elle caressa son front du bout des doigts, replace une de ses mèches de cheveux avec une délicatesse, attentive, se permettant de le toucher sans gêne. Le reproche n'en avait pas même le ton, restant douce. Il ne voulait plus la voir, plus lui répondre ? Elle se sentait si désolée pour lui. Elle s'imaginait ce qu'on lui avait infligé. Ces lois sociales sont aberrantes, obliger à des mariages arrangés, empêcher ceux qui ne sont pas d'une même richesse de sang… elles faussent la volonté, elles sont une honte à Therdone, voilà tout. Tu n’as rien à te reprocher… Elle ne cessa de caresser doucement ses cheveux. La jeune femme lui prit le bras ensuite, le forçant à faire un pas et lui arrangeant un tabouret. Assied-toi, seulement. Elle le chuchota, doucement. Le seulement adoucissant ce qui était sans aucun doute possible, un ordre. A le voir pris d'un tel malaise, elle se sentait elle-même mal. Mais c'était nécessaire, elle avait besoin de l'entendre qu'il lui dise. Qu'il avoue ce qui devait être avoué. Il n'avait pas le droit de la laisser dans le silence ainsi.
Ne te sens ni coupable, ni responsable de moi. J'ai choisi librement, je sais parfaitement chaque risque que je prends, me crois-tu naïve et superficielle ?

Elle avait chaud, elle avait froid. Elle se détourna de lui, puis revint plus près. Elle s'agenouilla à ses pieds posant une main sur une de ses cuisses. Il refusait de soutenir son regard, elle ne cessait de le rechercher plus encore. Elle avait besoin de ses mots, besoin de ses explications, besoin qu'il puisse lui dire qu'il ne l'avait jamais aimée, qui ne la voulait plus près de lui, besoin qu'il lui dise la vérité de ses choix. Elle comprenait confusément le piège que tissait son nom, les obligations. Elle-même, étant militaire était sujette à de nombreuses règles. Mais elle était libre en un sens. Et lui, était-ce aussi une forme de liberté que de renoncer à la sienne. Elle pouvait le comprendre confusément car elle se sentait prête à lui donner la sienne, de liberté. Sa vie simplement, toute entière. Et c’est pour ça qu’elle continuait à se battre, à protéger tous ces gens. A le protéger lui de la barbarie révolutionnaire. Que ses yeux doux n’aient pas à voir le sang, qu’ils ne se ternissent jamais autrement qu’à sa fin de vie. Elle prit sa main alors qu’elle reniflait pour contenir les larmes de frustrations qui lui montaient aux yeux. Sa main qui n’était pas aussi douce et préservée que le sont celles des nobles. Elle n’y avait jamais vraiment fait attention consciemment. Et c’était un fait merveilleux, une chose extraordinaire qu’on garçon si bien né ait des mains de travailleur. Ce n’était pas des cassins d’épéiste même s’il en avait une jolie à la ceinture. Elle pouvait encore sentir le plaisir frissonnant qu’il lui avait tiré en effleurant sa peau pour venir tenter de déposer sa mèche.

Elle n’avait jamais ressenti de sentiments aussi exacerbés. Elle en était plus que certaine. Lui ou personne. Ce sentimentalisme l’aurait fait se moquer quelques temps auparavant. Au oui, elle aurait rit d’une telle niaiserie absurde. N’importe qui aurait baissé la tête, de peur, de résignation. Elle releva son visage vers le sien.

Je m’appelle Nisa, je suis née dans cette cité. Je suis devenue militaire pour gagner de l’argent car mon père est mort et il fallait nourrir mon petit frère et ma mère. Je suis restée sous les ordres depuis lors. J’ai beaucoup connu, jusqu’à la mort dans son plus simple appareil. Je ne crains rien, pas même mes supérieurs, je n’ai peur de personne, rien ne me blesse. Je me relèverai, car ma Volonté est préservée. En me pliant à renoncer à mes vœux, c’est à ma volonté que je renonce pour vous. Y renoncer c’est accepter une faille, et plus il y aura de faille, plus je serais affaiblie. Je finirai simplement par mourir. De maladie ou sous une arme, qu’importe, la faiblesse viendra de mes sentiments pour vous.
Parce que je suis sincèrement et profondément éprise de vous, bien que je ne vous connaisse pas tout à fait. Mais j’ai l’impression… du contraire. Ma vie je vous l’ai offerte en même temps que mon cœur.
Vous ne pourrez jamais m’en défaire car vous m’avez montré que ce lien était partagé. Vous pourrez tout faire pour le détruire, il continuera d’enserrer mon cœur. Plus vous tirerez dessus pour le rompe, plus vous comprimerez mon cœur. Jusqu’à ce qu’il éclate.
Seule ma mort vous libérera de ce lien. Vous éloigner ne fera que me faire tenter de me rapprocher.

Morghan, je comprends que vous ne vouliez plus de moi pour honorer les codes sociaux. Que la considération de votre famille vous est importante. Je n’ai jamais demandé de relation publique, ni de passion. Je ne suis pas une noble, je ne suis pas habituée à être traitée comme un objet. Je ne m’y résoudrai jamais.

Et comme je comprends que vous ne souhaitiez plus jamais me revoir ou que je vous sois liée… comme je comprends… que je ne sois qu’une jolie fille de passage… parce qu'au final... c'est sans aucun doute ce que je suis...
sans importance, et ... gênante et... et puis... ridicule ... et mais... ça ne changera jamais rien ... à mes sentiments.

D’une main, elle tira son épée de son fourreau, se releva et la posa sur ses cuisses. Ce fut un geste grave, posé, simple, quoique ses mains tremblaient passablement. Elle se releva tout à fait, presque chancelante.

Tue-moi.

Tu ne ressortiras d’ici qu’en ayant fait un choix, les issues sont closes.
Si tu veux m’effacer de ta vie, tue-moi.
Si tu ne veux pas couper ce lien, tu peux sortir. En ayant conscience que tu me reverras, et que ce lien sera toujours présent tant que je vivrai.

Non. Enfin. Sors, pars si tu le veux. Tu es libre de choisir ce que tu voudras. Mais soit conscient qu’il te faudra agir si tu ne veux plus de moi. Une lettre ne suffira pas.

Je ne veux pas te faire souffrir, Morghan, mais je ne me suis jamais préoccupée de futilités ou de fioriture. J'ai toujours dit ce que je pensais... toujours.
Je t’aime. Voilà ce qui pourrait résumer tout ce que je t’ai dit, car j’ai beaucoup parlé. Trop.
Je te demande pardon de te presser.
Pardon.

Je me sens confuse, horrible, j’ai l’impression de mal faire, de vous blesser, mais vous ne me laissez aucun autre choix. Acculée face à un mur, que puis-je faire… la seule de mes fautes est de vous aimer, je sais que je suis maladroite et je m’en veux de ne pas pouvoir réagir autrement que toute entière. Que… je devrais simplement avoir l’élégance de vous éloigner sans chercher … sans…


Elle se tut enfin. Cessant de déverser son flot de paroles d’apparence très calme, alors que ses mains tremblaient, que ses yeux étaient brillant de larme. Qu’elle observait cette épée en espérant qu’il ne la saisisse pas, qu’il la laisse choir. Elle ne voulait pas qu’il efface d’un revers de lame ce qui lui semblait indestructible. Elle était volontaire, elle était déterminée. Il ne pouvait pas en douter malgré les larmes et la voix cassée. Elle agirait, toujours, se battrai, toujours. Si ce n’est pas lui qui achèvera sa vie, ce sera un homme de sa famille qui ne supportera pas de la voir planer au dessus de lui. Libre, fière dans les airs comme le rapace que seule une flèche pourra faire chuter, abandonner sa quête.

Ce n’était pas un simple caprice amoureux, il s’agissait de sa vie, tout simplement. Elle l’aimait, inconditionnellement. Souffrait de le voir souffrir. S’en voulait simplement d’exister, de l’avoir rencontré. Ne savait plus quoi faire, elle se sentait démunie, désarmée, seule et perdue.

Dis-moi ce que je dois faire… Le murmure étranglé est à peine audible. Je t'en supplie... dis-le moi...

Elle plaqua un instant ses mains sur son visage.
Elle a peur. Elle a froid. Elle a mal.
Elle l'aime. Toujours plus.
Désespérément.


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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Sam 28 Juil - 21:58

Comment répondre ? Comment espérer pouvoir dire quelque chose tout en étant certain qu’il s’agirait des bons mots ? Qu’il ne se tromperait pas ? Que le vocabulaire ne lui manquerait pas ? Que la force et le ton ne défailliraient pas ? Il n’avait pas le droit, plus le droit de faillir, de se tromper, de renoncer. Il avait donné sa parole à Amarante, une parole qu’il ne pouvait plus trahir, pas maintenant, plus maintenant. Sans parler, avec des gestes, il avait essayé de se faire comprendre mais en vain. Pourquoi devait-elle rendre tout cela compliqué ? Pourquoi ne pouvait-elle pas comprendre, simplement renoncer, pourquoi devaient-ils se voir tous les deux dans cet endroit ? Tout aurait été tellement plus simple s’ils ne s’étaient pas revus pourtant il se trouvait là, devant elle, alors qu’elle s’était jetée contre lui et qu’il avait dû la repousser, espérant qu’elle n’aurait pas besoin de mots, qu’elle en resterait là, devant ce geste clair. Pourtant, la manière qu’elle eut de refuser le retour de son cadeau lui fit comprendre qu’elle ne comptait pas se contenter de cela. Ce n’est pas tant que je n’ai pas de considération pour toi qu’il m’est impossible d’en avoir… Plus maintenant. Ces paroles il aurait aimé les prononcer, il aurait voulu qu’elle sorte entre ses lèvres mais il ne put que croiser son regard, à peine perceptible à la lueur des bougies, et rester muet. Il espéra un instant qu’elle y lise tout ce qu’il aurait voulu lui dire mais la désillusion le prit vite. Il suffisait de voir la manière avec laquelle elle vint replacer une mèche de ses cheveux du bout des doigts. La sensation était agréable, il ne pouvait pas le nier, pourtant il ne pouvait pas s’y abandonner, pas de la manière comme il avait pu le faire à l’auberge où elle l’avait invité à partager une bière pour fêter leurs victoires. Ces instants-là seraient définitivement orphelins, car il ne pourrait y avoir de suite, pas de la manière à laquelle ils avaient pu y songer tous les deux, que ce soit lorsqu’ils écrivaient leurs lettres ou dans leurs rêves les plus fous. La réalité les avait rattrapés tous les deux, il était temps de payer leurs rêveries, d’une manière ou d’une autre. Alors qu’elle continuait à caresser ses cheveux, il l’écouta, tendu, il ne voulait qu’une chose, que cela cesse, car cette torture menaçait de le faire craquer et ce n’était pas souhaitable, ni pour son bien, ni pour le sien.

Sans trouver les mots, il garda le silence, en proie à un conflit interne qui menaçait de le submerger. Pourtant le choix était fait mais cette manière qu’elle avait de rester proche de lui, à le pousser davantage dans une direction qu’il savait qu’elle menait vers un immense précipice, le fait de savoir que quelques jours plus tôt à peine, il aurait volontiers cédé à ses avances, tout cela le mettait sur des charbons ardents, une position très désagréable où son esprit tout entier menaçait de s’effondrer. Alors qu’il essayait de ne pas trop la fixer des yeux, il ne résista pas à son ordre et s’installa sur le tabouret qu’elle lui présenta. Il voulait que ça s’arrête, que cette histoire prenne fin, en réalité, il songea même un instant qu’il était dans un rêve, un mauvais rêve duquel il se réveillerait. Oui, ça ne pouvait être qu’un rêve. Pouvait-il en être autrement ? Après tout, quelle femme irait jusqu’à l’enlever alors qu’il était clair qu’ils ne pouvaient plus se revoir ? Mais il n’avait pas encore tout vu, non, loin de là. Naïve et superficielle … Non clairement il ne pouvait pas penser ça d’elle, par contre d’autres adjectifs pouvaient lui venir à l’esprit alors qu’elle faisait les cent pas avant de finalement s’installer aux pieds du tabouret, dans l’espoir de croiser son regard qu’il ne put se résoudre à lui offrir, pas sans se meurtrir à nouveau et laisser s’insinuer une nouvelle faille dans son esprit, une faille que la folie qu’il sentait frapper à sa porte, utiliserait pour se répandre dans tout son être. Il sentit sa main se poser sur une de ses cuisses avant qu’elle ne s’empare de sa main. Ne fais pas ça… Arrête de nous faire du mal… Je t’en prie… Ne vois-tu pas que je ne peux plus rien faire… Il n’existe aucun remède, aucun plan, aucun stratagème… J’ai perdu. J’ai perdu et ma reddition ne me laisse plus aucun choix… Pourtant encore une fois il resta emmuré dans le silence, incapable de dire quoique ce soit, incapable de faire quoique ce soit. Il aurait tant aimé avoir de la force, du courage aussi, pourtant elle lui sapait toutes les fondations sur lesquelles il aurait pu se reposer. Elle le minait de l’intérieur, réduisant toutes ses tentatives au néant du silence…

Elle parla alors, vu qu’il ne se décida pas et elle lui parla d’elle, de son histoire, de ce qu’elle avait vécu. Elle lui expliqua qu’il serait la cause de sa mort car il était une faille dans sa Volonté et que cette faiblesse causerait sa perte. Que ce n’était que la conséquence du fait qu’elle lui avait offerte sa vie en même temps que son cœur, que quoiqu’il puisse faire, cela ne changerait rien, que s’éloigner ne la pousserait qu’à se rapprocher davantage. Il aurait voulu l’arrêter, qu’elle ne prononce pas ses mots, pourtant elle le faisait sans s’arrêter. N’avait-elle donc aucune pitié pour lui ? Devait-elle l’assommer de ces serments, de ces vérités ? Il savait déjà tout cela, car il l’avait lui-même vécu mais c’était du passé pour lui. A la place, il n’y avait que le néant, une purge brutale l’ayant privé de tout cela. Il n’en voulait pas à Amanrante, n’en voulait à personne, à qui aurait-il pu en vouloir ? Seulement à lui-même, seulement à lui-même… Pas de relation publique ? Espérait-elle vraiment qu’il la prenne pour amante, en secret ? Avait-elle seulement question de l’affront qu’elle lui faisait une nouvelle fois. Même si le Patriarche Jagharii devait le marier de force à une inconnue, il ferait de son mieux pour l’aimer et devrait faire une croix sur toute autre femme, ainsi allait son honneur, ainsi allait sa manière d’être. Et puis elle fit quelque chose qui lui fit froid dans le dos. Elle tira son épée pour la déposer sur ses cuisses avant de lui demander de la tuer. Il resta interdit de longs instants alors qu’elle lui imposait de choisir, lui imposant sa mort s’il ne voulait plus la revoir. Estomaqué, il l’observa, pour la première fois ses yeux croisant les siens. Il ne sut pas si elle y lut l’horreur qui y luisait mais ce qu’elle lui proposait était tout simplement ignoble. Comment pouvait-elle le croire capable de lui ôter la vie ? Il frissonna à cette idée. Mais, l’espace d’un moment, il baissa les yeux vers l’épée, non pas envisageant de la passer au travers du corps de la jeune femme mais au travers du sien. Tout aurait été tellement plus simple… Elle parlait, encore. S’excusait, argumentait de ne pas vouloir le faire souffrir pourtant tous ses gestes n’avaient fait qu’empirer la situation et l’avait rendue encore plus impossible à vivre pour lui. Ô Therdone, pourquoi une telle épreuve ? N’en avez-vous donc pas assez ?

Il regardait la lame sur laquelle brillaient les reflets de quelques bougies. Presque attiré par la douce complainte que lui murmurait la mort. La tranquillité, l’absence de réalité, de choix difficiles, tout cela semblait tellement mieux… Puis l’image d’Amarante s’imposa à son esprit, puis son serment, puis celui qu’il avait fait à Elenor. Il ne pouvait pas les abandonner, pas maintenant, pas alors qu’ils avaient besoin de lui. En une grande inspiration, il se leva, laissant choir la lame au sol dans un tintement métallique. Il posa un regard résolu sur Nisa alors que cette dernière ne le regardait plus, le visage enfoui entre ses mains. « Comment peux-tu croire un seul instant que je pourrais aller jusqu’à te tuer pour t’effacer de ma vie ? Comment imagines-tu possible une seule seconde que je puisse vivre avec ça sur la conscience ? Comment songes-tu que je puisse décemment vivre une relation cachée avec toi, reniant par la même mon serment et celui que j’aurai peut-être à formuler avec une épouse ? Quel est donc cet homme que tu aimes et auquel tu demandes des choses dont je ne suis pas capable, pire encore, que je condamnerais avec véhémence ? » Son ton était dur, résigné, presque implacable, sa voix s’était élevée, puissante, pourtant l’on pouvait sentir combien tout cela lui coûtait. Il reprit néanmoins d’un ton plus doux, d’une voix plus posée. « J’aurai voulu pouvoir accepter tes sentiments et pouvoir te les rendre avec passion mais je ne le peux. Il m’est impossible de faire un pas dans ta direction, plus maintenant. Je n’approuve pas plus que toi les raisons qui me poussent à cela mais il s’agit de quelque chose contre lequel je suis impuissant et face auquel je ne peux m’élever. J’ai écrit cette lettre moi-même, sans pression aucune, si ce n’est celle d’une promesse que je suis obligé de tenir. Peux-tu le comprendre ? » Dans un soupir, il se détourna, cherchant du regard un mur pour fuir son regard. « Cette situation ne fait qu’élargir une plaie que personne ne pourra guérir. Ni toi, ni moi. Pourquoi t’obstines-tu Nisa ? Pourquoi ? Il n’y a rien à faire d’autres que m’oublier Nisa. M’oublier pour toujours. Reprendre notre vie, chacun de notre côté, en oubliant notre rencontre, cette joie éphémère qu’elle nous aura procurée. Il faudra retrouver la Volonté d’aller de l’avant, sans faille, comme nous l’étions avant, car nous n’avons plus le choix, plus maintenant. C’est terminé Nisa, nous sommes désormais sur deux chemins séparés qui ne se rejoindrons plus jamais. » Il baissa la tête à ses derniers mots, mais pouvait-il seulement y avoir une autre fin ?
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Dim 29 Juil - 14:06

Je ne sais pas ce que j’espérais… ni ce en quoi je croyais. Je ne me suis posée aucune question. Simplement … que je t’aime, et c’est tout.
Je m’obstinerai… toujours, parce que je n’ai jamais su faire des choix sage dans ma vie. Finalement, c’est toujours ainsi… Moi, je ne suis pas prête à me voiler la face comme toi, pas prête à renoncer à moi-même pour suivre ce que veulent d’autres. Je ne suis pas prête à me bafouer au nom de règles absurdes et d’honneur cruel.
Je suis désolée, de t’avoir imposé cette rencontre. J’avais besoin… ne peux-tu pas comprendre que je sois perdue… ?


Elle se tut. Elle n’avait pas envie de parler plus. Elle avait la gorge sèche d’avoir trop parlé et nouée par les émotions. Elle revint vers lui, pour saisir son épée par la garde. Elle se revoyait la saisir pour la première fois lors d’une cérémonie militaire. Le manche était alors neuf, maintenant usé, la sensation de fraicheur fut la même. La lame qu’elle leva brilla froidement au milieu de l’ambiance pourtant chaude des bougies. Elle regarda son fil, parfaitement aiguisée. Elle l’avait soigneusement guérie de ses blessures. Refait patiemment les arrêtes tranchantes. Nous resservirons, mon épée, nous resservirons, tu verras. Parler à un objet pouvait sembler absurde, pas avec cette compagne là. Son épée d’officier, remise des mains de la Générale, celle qui lui avait trop de fois servi. Sa fidèle compagne, elle lui adressa un regard profondément doux et affectueux. Elle observa le contraste entre sa peau et l’acier glacial. Elle se vit très clairement la poser à la base de sa nuque. Elle savait exactement comment trancher pour que les vaisseaux emplis de sang soient coupés nette et que la vie la quitte en une poignée de seconde.

Cette vision était si nette qu’elle en eut un frisson. Elle se voyait tomber, la douleur cuisante, elle la connaissait déjà. Et le noir serait définitif, cette fois. Il se trompait, il se trompait en disant qu’elle allait retrouver sa volonté d’avant. On ne le peut pas en désirant de tels actes faibles. Seule sa répugnance de la mort et la peur de le blesser, lui firent ôter la lame de sa peau. Elle la fit glisser dans son fourreau qu’elle regagna dans un soupire feutrer. Plus tard, mon amie. La souffrance ne sera plus qu’un souvenir. Rejoindre papa.
C’est avec une ombre de sourire confiant à faire froid dans le dos qu’elle replongea son regard sur lui.


J’aurais voulu pouvoir devenir noble, être digne de toi pour effacer l’inévitable.
Tu as de la chance de ne pas m’aimer autant que je t’aime toi.


Quelle vie lui laissait-il ? Celle de rester seule à jamais, de refuser les maris qu’on voudra lui choisir. De refuser de vivre, continuer à prétendre, jouer une comédie amère. Elle s’en sentait d’avance fatiguée. Le protéger dans l’ombre, le pouvait-elle seulement tant elle se sentait faible ? Cette bataille de sentiments la laissait déchirée et plus blessée que jamais. Mortellement atteinte, elle se débattait dans un méandre douloureux. Noir, gluant, sans échappatoire. Il ne sert à rien de se débattre dans les sables mouvants, tout au plus d’accélérer sa fin. Voilà ce qu’elle faisait, se débattre en vain. Je suis un oiseau pris dans des sables mouvants qui se débat sans comprendre qu’il ne fera qu’accélérer sa fin. Elle le murmura plus pour elle-même que pour lui. Les rapaces sont de terribles prédateurs mais sont fragiles une fois attrapé.
Elle soupira lourdement. Le pays était en guerre, leurs vies à tous en danger. Il y avait encore des gens qui comptaient sur elle. Elle ne pouvait pas avoir égotisme de mettre leur vie en danger par peur de la douleur. Elle endurerait, et quand la guerre sera finie. Qu’elle l’aura protégé, lui, Morghan et chaque Jagharii, chaque maudit noble, chaque âme présente dans l’enceinte de ses murs, elle pourra se permettre de savourer sa paix. De mettre fin à ce qui ne voulait plus rien dire, sa vie.

Ce constat la rassura. Il lui restait encore un peu de force. Ses sentiments étaient si puissants que malgré son rejet elle arrivait encore à penser à lui avant elle.


Je resterai pour vous protéger de cette guerre. Quand elle sera finie, je m’estimerai libre de mon devoir et penserai égoïstement à moi. Voilà ma décision. Je travaillerai à votre protection, puis je pourrais enfin me reposer, quitter ce monde et cette vie absurde. Voilà mon choix, ma Volonté préservée. La mort peut être un choix, et non pas une faiblesse.
J’en suis persuadée.

Sans vous, je ne veux aller nulle part, je ne veux plus rien d’autre que cesser de sentir cette douleur me briser le cœur. Vous n’êtes responsable de rien. On y peut rien, je suppose, on ne choisit pas ses sentiments.

Essaie de garder tout de même une jolie image de moi, celle de la jeune femme libre, cheveux au vent. Si tu veux me faire plaisir, une dernière fois…

La militaire lui offrit un sourire humide. Elle ne pouvait pas cesser de l’aimer, même à présent. Elle en fut intimement convaincue à l’observer là, assis sur son siège. Noble, empli de droiture et de douceur. Il ne renoncerait pas à ses serments, ne fuira jamais pour vivre à ses côtés, ne pourra jamais déroger à ce qu’il croit juste. Et elle l’admirait pour cela aussi. Pour le courage qu’il avait face à elle.

Elle devait se taire, avant de recommencer à déverser un flot incohérent de paroles. Elle finirait par les regretter. Heureusement, elle était tellement confuse qu’elle ne se souvenait plus déjà de ce qu’elle avait osé lui dire ou lui imposé. Tout cela était comme un brouillard. Elle se mit à marcher vers les escaliers mais une douleur physique lui coupa le souffle. Elle souffrait tant, la révolte gronda en elle, alors qu’elle trébuchait sans pouvoir se rattraper autrement que sur les marches. Non, non. Elle ne voulait pas, pas maintenant. Elle poussa sur ses bras tremblants pour tenter de se relever, puis s’affaissa tout à fait sur elle-même, éclatant en sanglots bruyants. Elle ne pouvait plus contenir le flot de larmes et de douleur. Son corps avait besoin de se vider de toute cette souffrance, les larmes inondaient furieusement ses joues, roulaient jusqu’au sol poussiéreux. Elle ne pouvait plus rien contenir, elle avait mal. Le malheur ne vous quitte plus une fois qu’il vous a trouvé. Perdre ses hommes ne suffisait pas, il fallait qu’elle perde le seul qui ait trouvé faveur à ses yeux. L’injustice, les larmes la faisant hoqueter misérablement.

Elle n’était plus rien d’autre qu’une femme détruite, effondrée sur elle-même dans la cage d’escalier d’une vieille masure. Plus rien d’autre que de la souffrance et des larmes. Qu’importe l’image qu’il se fasse d’elle. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime plus. Il ne l’a jamais aimée. Il ne l’aime pas.
Il ne l’aime pas.

Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas.Il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Dim 29 Juil - 19:29

Il l’aimait. Il l’avait aimée. Et il l’aimerait probablement toujours si la vie ne leur avait pas offert un destin cruel et misérable. Quel choix lui restait-il concrètement que celui de se détourner d’elle à jamais, d’enfouir ses sentiments pour elle au plus profond de lui-même avant de l’oublier jusqu’à la fin de leurs jours ? Les contradictions de ses paroles le frappaient. Un instant, elle ne voulait rien lui imposer, de l’autre, elle lui ordonnait de choisir entre sa mort et ses sentiments. La dualité qui s’était emparée d’elle était le reflet de ses sentiments pour lui, assurément, mais il ne pouvait s’empêcher d’y voir surtout l’instabilité d’une chose naissante. Et si elle ne l’aimait pas, comme elle se l’imaginait, mais plutôt qu’elle espérait l’aimer ? Etait-elle seulement convaincue de tout cela ? Le ressentait-elle vraiment ? Il savait qu’on pouvait facilement se méprendre à la naissance d’une passion, confondre l’attirance et les sentiments. N’avaient-ils pas seulement été aveuglés de cette manière, tous les deux, se montant le bourrichon, ne se faisant que des idées, des histoires, alors que finalement, il n’y avait rien de durable entre eux ? N’était pas la passion qui les poussait à faire des choses stupides, comme, notamment, aller à l’encontre des règles qui régissent la noblesse ? Ou simplement enlever un noble afin de lui déclarer une flamme plus ardente encore alors qu’il a clairement exprimé son devoir de ne plus la revoir ? La raison et le calme des sentiments pouvaient-ils seulement avoir quelque chose à voir avec ce déchainement passionné ? Il se demandait si elle ne l’avait pas idéalisé, si elle se rendait vraiment compte de l’homme qu’il était, pensait-elle vraiment être amoureuse de lui à ce point ? N’avait-elle pas poussé jusqu’à l’idéalisé, avec le peu de temps qu’ils avaient passés ensemble, à se faire une image de lui, à en aimer une représentation qui n’était finalement pas proche de ce qu’il était ? Sa façon de croire qu’il pouvait lui enfoncer une lame dans le corps pour se débarrasser d’elle ou trahir un serment de mariage pour prendre une maitresse… Il en restait encore sans voix rien que d’y penser, jetant un regard à cette épée qui trainait encore sur le sol. Songeait-elle vraiment à mourir pour le « débarrasser d’elle » ? Possédait-elle à ce point la Volonté de mourir pour lui être moins pénible ? Pensait-elle vraiment à la mort comme une délivrance pour quelque fardeau que ce fut ?

En silence, il accusa sa réponse, ses accusations, cette manière de penser qu’il se voilait la face, qu’il préférait se bafouer lui-même en l’honneur de règles et d’honneur auxquels elle ne semblait pas accorder d’importance. Il ne broncha pas. Essaya de maitriser cette colère qui montait en lui et cette envie de lui répondre que c’était elle qui ne comprenait pas à quel point il était tout aussi perdu qu’elle, une chose qu’apparemment elle ne voyait pas. Ce n’était probablement pas de l’égoïsme mais il semblait impossible qu’elle puisse mettre le doigt sur ses souffrances dont elle n’était pas la cause, pas du fait de cette rencontre, mais simplement de ce qu’il avait pu ressentir pour elle avant qu’il n’enferme cela dans un coffre sans clef afin de ne plus pouvoir l’ouvrir et d’en souffrir encore. Elle devait faire de même, quoiqu’elle puisse en dire, quoiqu’elle puisse ressentir pour lui. L’heure n’était plus aux choix et aux possibilités qui restaient accessibles à eux deux. Il le lui avait dit, ils ne pouvaient rien faire d’autre que se séparer à jamais. Dans un silence impérieux, il la regarda s’approcher, récupérer son épée, l’observer quelques instants avant de la poser sur sa nuque. Qu’allait-elle faire avec cette lame ? L’espace d’un instant, il imagina le pire tandis qu’il se rendait compte que si elle décidait de passer à l’acte, il ne pourrait rien faire pour l’en empêcher. Interdit, il l’observa, dans l’expectative, son regard fixé sur elle sans ciller. Il accueillit son mouvement suivant avec un soupir de soulagement tandis qu’elle rangeait son arme. Toutefois, il n’en était pas complètement rassuré pour autant. Nisa s’était déjà montrée très instinctive et imprévisible, ne serait-ce que pour monter cette rencontre, et ses paroles étaient tellement désordonnées, sautant du coq à l’âne, qu’il ne savait réellement s’il pouvait réellement supposer tout danger écarté. Après tout, elle lui avait proposé de la tuer, devant son refus elle pouvait bien décider de mettre fin à ses jours… L’idée même lui faisait froid dans le dos mais cette crainte fut rapidement remplacée par son esprit alors qu’elle louait sa chance de ne pas l’aimer autant qu’elle. A cet instant, ses poings se fermèrent dans l’obscurité. Comment osait-elle dire cela ? Imaginait-elle seulement ce par quoi il était passé avant de se retrouver ici ? Elle n’en savait surement rien…

Il allait exploser quand elle brisa le silence qu’il allait remplir. Sa métaphore le calma quelques instants, tandis qu’il essayait d’en saisir le sens. Il lui échappa toutefois alors qu’elle lui annonçait presque solennellement qu’elle allait le protéger durant cette guerre avant de penser « égoïstement » à elle. Il resta quoi quelques instants alors qu’elle détaillait le fond de sa pensée. Elle allait se donner la mort à cause de lui ?! Il la fixa, muet, incapable de dire un mot devant une telle chose. Il aurait pu être touché des sentiments que cela impliquaient mais il ne put que considérer cela comme un gâchis, un énorme et monumental gâchis. Sa dernière requête l’acheva et alors qu’elle se détournait, il voulut la retenir mais ne le put. Il la regarda s’éloigner vers les escaliers avant de s’y effondrer. De loin, il voyait les spasmes des sanglots secouer son corps. Il avait horriblement mal pour elle mais ne connaissait que trop bien cette épreuve qu’il avait lui-même subi. Il soupira. Elle devait être forte, il le fallait pour elle, pour lui, pour tous les autres qui auraient sans doute besoin d’elle. Elle ne mettrait pas fin à ses jours, car elle comprendrait, il le savait, qu’il y avait autre chose de plus important dans sa vie que ses sentiments qu’elles pensaient absolus et qui prendraient beaucoup moins d’importance. Avec lenteur, il marcha en direction des escaliers et parvint à sa hauteur. Avec force de conviction, il retint un geste, celui de poser sa main sur elle, et se contenta de prendre la parole. « Je connais ta douleur Nisa, car je l’ai vécue. » Sa voix était douce, mais son ton distant. « Je suis peiné que tu doutes de l’ampleur des sentiments que j’avais pour toi et auxquels j’ai dû renoncer avec force Volonté pour un honneur qui représente toute ma vie. Je regrette amèrement le fait que nous ne vivrons jamais heureux, toi et moi, ensemble, comme nous nous l’étions imaginé probablement tous les deux. Mais si tu m’aimes comme tu le dis, alors je t’interdis de mettre fin à tes jours. » Il baissa les yeux vers elle, il mourrait d’envie de la prendre dans ses bras mais il ne pouvait pas faiblir, plus maintenant. « Le temps passera et emportera une partie de ces sentiments. Je ne dis pas qu’il te soignera mais tu comprendras que ta vie vaut toujours autant, même sans moi à tes côtés. Des gens comptent sur toi Nisa, d’autres compteront sur toi. Tu ne peux pas les abandonner. Tu trouveras un autre homme à aimer, un homme qui serait peut-être mieux que moi, je te le souhaite Nisa. Car finalement, nous ne savions que peu de choses l’un de l’autre, et même si nos sentiments étaient clairs, tu découvriras un autre homme qui lui, répondra à tes sentiments et saura t’aimer comme je ne pourrais jamais le faire. » Il monta une marche. « Soit forte pour tes combats à venir et reste en vie. Si tu m’aimes, c’est le seul cadeau que tu peux me faire. Reste en vie et retrouve la Volonté de te battre. » Il monta un autre marche. « Haïs moi de toutes tes forces pour cette requête si cela peut t’aider, mais tu verras, un jour, tu me remercieras de t’avoir forcée à vivre. » Il termina son ascension sans plus jamais s’arrêter. Arrivé devant la porte, il se risqua un regard en arrière avant de poser la main sur la poignée et la tourner pour sortir. D’une inspiration, il sortit. Il avait « réussi ». Il en avait souffert le martyr de la voir ainsi malheureuse mais il n’avait pas eu le choix. Un regard en arrière vers la masure lui fit se rendre compte qu’il ne méritait pas Nisa. Elle avait été bien plus forte que lui, en quelque sorte, malgré sa Volonté de mourir, mais il savait que son devoir était là, et que même s’il avait dû souffrir durant cette épreuve, il en ressortait grandi, digne successeur d’Amarante Jagharii, et que, comme ce dernier le lui avait promis, il comprendrait ce qu’impliquait une telle place. Il avait compris, dans la douleur et la peine, mais il avait compris. C’était la seule satisfaction qu’il pouvait tirer de cet épisode de sa vie : il saurait succéder à Amarante un jour…
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MessageSujet: Re: Piège à oiseaux.   Lun 30 Juil - 19:26

Elle ne le voyait pas vraiment à travers ses larmes. Elle le devinait pourtant encore si proche. Lui qui s'éloignait. La voix cassée qui explosa dans le silence de la rue lui sembla étrangère à elle-même. Et pourtant c'était bien la sienne. Elle ne sut pas vraiment pourquoi, ni comment elle réussit à se hisser jusqu'au perron.

Je tiens toujours parole ! Morghan !


Il insistait, toujours et encore. Elle le lui avait dit pourtant. Répété.
Il n'y aurait aucun autre homme.
Elle le protègerait de la guerre.
Ensuite, elle serait libre de disposer de sa souffrance.
Libre de l’aimer.

Elle ne pouvait pas détacher son regard du dos qui s'éloignait. Le soldat balafré et privé de son bras quitta son poste pour la rejoindre. Il croisa le noble sans lui accorder un regard. Il ne dit pas un mot à la femme qu'il rattrapa. Il le savait, que tout cela n'était qu'une mauvaise idée. Il le lui avait dit qu'on ne pouvait rien espérer de ces nobles trop emprisonnés par leur convenance pour vivre honnêtement comme eux. Il devait être bien malheureux et pour lui il n'y avait que de la pitié. Autant que pour elle qui sanglotait, humidifiant le col de sa vielle chemise.
Allons boire un verre, sergent. Le vieux vous trouvera bien quelque chose pour vous remettre l'âme en place. Elle refusa et finit sa journée dans le clos aux roses, seule. Allongée aux pieds de son arbuste favoris. Le soir elle put rentrer à la caserne, les yeux un peu rouge encore mais calme. Il lui avait fallu plusieurs heures pour retrouver maîtrise de ses émotions. A présent, elle se sentait simplement vide. Vide et épuisée. Étrangère à elle-même. Elle savait que ce vide et ce calme n'étaient pas bons, il vaut mieux ressentir quelque chose que rien. S'échapper ainsi des sentiments, elle le savait n'était pas signe que tout était mieux. Au contraire, c'était simplement le signe qu'elle souffrait trop pour le vivre consciemment.

Elle avait des recrues à mater, qui souffrirait de sa froideur. Elle ne pouvait plus se permettre de ressentir quoique ce soit qui la rapproche de lui. Et pourtant, elle s'arrangeait toujours pour trouver du temps libre. Principalement dans le temps qui lui était dévolu pour préparer leur entraînement et préparer ses leçons. Elle se devait d'étudier le milieu urbain pour mieux préparer ses soldats. Ils n'auraient pas à savoir lire des pistes, monter des tentes, résister aux intempéries. Ils auraient à connaître par cœur la ville, s'y perdre et s'y reperdre. Et elle les y perdrait, course d'orientation, exercices. Et elle s'arrangeait toujours pour passer non loin de la demeure des Jagharii. Pendant les repas également. Elle errait le long des murs, observait les fenêtres, partait et revenait toujours.

Relève-toi, relève-toi ! Recommence, c'est lent, c'est mou. L'armée n'a pas besoin de faibles !

Et ils sueraient, pousseraient sur leur muscle toujours, en la craignant. Apparaître dure et sans faille, invincible et que personne n'osera défier. Courir dans les rues pour les punir. Allez. Recommence, mon petit. Si moi je le peux, tu le peux. J'ai la jambe encore déchirée et tu es déjà en train de pleurer. Concentre-toi, le tir se passe dans ta tête. Ne me regarde pas moi, regarde ta cible. Recommence.

Eux souffraient, leur condition physique et des pressions mentales. On est en guerre, vous devez apprendre plus vite et mieux que quiconque. Cela l'occupait de mater ces pauvres erres, cela l'empêchait de trop penser à elle. A lui, surtout. Redresse-toi, respire. La force doit venir de ton ventre, de ton calme. Comme ils étaient faibles ces petits.

Parfois elle l’apercevait, au détour d’une fenêtre ou d’une rue. Elle se cachait toujours, s’éloignait, se faisant fantôme lointain et pourtant perceptible. Parfois, elle posait une fleur sur le rebord de sa fenêtre, ou plutôt elle les y jetait à l’aide d’une fronde. Sans jamais se faire voir, de temps à autre. Elle ne pouvait se résoudre à cesser de l’observer de loin. A caresser sa silhouette du regard en restant bien cachée dans l’ombre. Elle ne le quitterait plus.

Elle n’était apaisée que lorsqu’elle pouvait l’entrapercevoir.
Si loin.
Si proche.
Solitaire, oiseau survolant les azures. Toujours au-dessus de lui.

Elle tiendrait parole.

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