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 Devoirs inattendus [PV Morghan]

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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Devoirs inattendus [PV Morghan]   Sam 7 Juil - 1:11

[Je crois que je t'avais un peu oublié. Mille excuses !]

En vérité, Thérasia n'aimait pas dormir. Elle ne pouvait pas étudier ou réfléchir dans son sommeil, et il lui était déjà arrivé de se réveiller pour apprendre que quelque chose d'important s'était produit pendant la nuit, tandis qu'elle perdait son temps à ronfler. Ce n'était que le lendemain de l'attentat contre la Reine qu'elle avait été mise au courant, et ses serviteurs avaient fait les frais de sa colère. La Jumelle avait pris depuis longtemps l'habitude de travailler jusque tard dans la nuit et de passer des jours entiers sans dormir, mais la fatigue et la faiblesse de son corps finissaient toujours par la rattraper, ce qui lui déplaisait d'autant plus. Qui plus est, elle n'aimait pas dormir car avec le sommeil venaient les rêves, des visions incertaines et floues, qui venaient de son esprit faillible et non de la Volonté divine. Elle ne voulait pas de tout ceci, mais à son grand dam, elle restait humaine et avait besoin de sommeil, et les domestiques de la Tour savaient qu'après plusieurs nuits blanches, l'Oracle pouvait faire une matinée bien grasse et dormir jusque dans l'après-midi.

Aussi Thérasia fut-elle surprise lorsqu'on la tira de sa torpeur et qu'elle entendit ses servantes s'excuser de la réveiller à une heure si matinale. Encore à moitié endormie, elle s'efforça de discerner ce qu'elles lui disaient, et comprit bien vite. Il semblait que Therdorus ait décidé de revenir à une de ses vieilles habitudes et de découcher ; les domestiques avaient cherché dans chaque recoin de la Tour sans le trouver, et les fidèles amassés devant les portes commençaient à s'impatienter. Thérasia poussa un grognement de frustration et, d'une voix pâteuse, elle ordonna à ses dames de compagnie de l'aider à se préparer. La nouvelle avait achevé de la réveiller et ni la réticence ni la fatigue ne saurait la dispenser d'accomplir son devoir.

Les servantes sortirent de la pièce d'un pas affairé. Thérasia n'avait que quelques minutes. Avec un grand effort, elle s'arracha aux douces couvertures et s'assit sur le bord du lit, se frottant vigoureusement les yeux pour en chasser le sommeil. Elle se sentait plus lasse qu'elle ne saurait dire, mais si elle avait eu son frère sous la main, elle aurait bien eu assez de force pour l'étrangler. C'était Therdorus qui se chargeait des audiences journalières, c'était sa charge ! Les Jumeaux alternaient de temps à autre, bien sûr, mais jamais à l'improviste, jamais sans que Thérasia n'ait le temps de s'y préparer. Si elle avait su, elle aurait pris une bonne nuit de sommeil, précédée d'une journée plus calme et détendue. Mais à présent elle n'y couperait pas ; son corps était épuisé, elle était d'une humeur massacrante et elle allait devoir être le visage impassible et serein du Divin pour tous les pouilleux et ignorants d'Edor Adeï.

Sans lui laisser plus de temps pour s'adonner à sa colère, la porte de ses appartements s'ouvrit et un cortège de jeunes femmes entra, apportant baquets et cruches d'eau, robes et voiles, un arsenal de peignes et de brosses, ainsi qu'une dizaine de coffrets dont le contenu tintait et cliquetait à chacun de leurs pas. L'Oracle s'avança au centre de la pièce et n'eut qu'à écarter les bras pour que le ballet commence. On lui d'abord sa robe de nuit, puis le baquet fut posé à ses pieds et rempli d'eau fumante. Après qu'elle y eut posé le pied, elles la lavèrent avec diligence, frottant sa peau, démêlant ses cheveux, récurant jusqu'à ce que son corps nu soit immaculé. Sur ses frêles épaules qu'elles venaient de sécher à grandes frictions, les jeunes femmes déposèrent un grand manteau de soie d'un vert profond, qu'elles ornèrent de châles qui déclinaient délicatement les couleurs de l'automne. Tandis que trois d'entre elles brossaient ses longs cheveux cuivrés, les nouaient en un arrangement exquis et les décoraient d'anneaux et de broches de bronze, deux autres façonnaient son masque. Sur ses traits creusés par la fatigue, elle peignirent un visage blanc comme l'aurore, dont les yeux étaient deux perles de sagesse, serties dans des cercles de turquoise et d'émeraude. Enfin, sur ceci elles déposèrent la vive couleur, sur les lèvres de l'Oracle qui sont les portes de la Voix de Therdone elles mirent un rouge éclatant, tel un coquillage écarlate d'où résonne la rumeur sans fond de l'océan. Un grand miroir fut amené devant elle, et elle n'y vit plus la jeune femme qui s'était réveillée à grand peine il n'y a pas une heure, mais n'y trouva que la face sereine et impénétrable de l'Oracle. Les servantes ouvrirent la porte une nouvelle fois et Thérasia Uldarii partit affronter ses ouailles.

En entrant dans la grande salle d'audience, elle se rappela à quel point cet office lui déplaisait. Les épais murs de la Tour isolaient cet endroit du brouhaha du dehors, mais elle avait déjà vu les fidèles s'amasser devant le seuil, elle pouvait donc s'imaginer à quoi ressemblait ce qui attendait de l'autre côté. La file s'étirait souvent jusqu'au cœur du Quartier Religieux, un amoncellement éparse de pauvres et de riches, de bourgeois et de Nobles, du plus pieux des moines jusqu'au plus grossier des voleurs, tous attendant patiemment que vienne leur tour, que les antiques portes de bronze s'ouvrent et qu'ils puissent enfin venir s'agenouiller devant l'Oeil Omniscient du Divin. Tous devaient être égaux dans cette attente, mais cela n'empêchait pas les nantis de se frayer un chemin à travers la plèbe grâce à leurs escortes. Toutefois, une fois l'entrée accordée, les compagons et les gardes devaient rester sur le seuil ; le supplicant entrait seul, passant entre les gardes de la Tour qui le menaient à travers un long couloir aux murs ornés de vitraux, jusqu'à deux nouvelles portes, en bois gravé, qui s'ouvraient enfin sur la salle d'audience.

C'était une grande pièce ovale, conçue par les plus grands architectes de leur temps, pour déstabiliser, pour mettre mal à l'aise par ses étranges dimensions. L'atmosphère y était sombre et pesante, l'air rendu lourd par la chaleur des encensoirs et par leur parfum entêtant, les ombres s'accrochaient aux pieds du fidèle et épousaient la silhouette de l'Oracle, qui siégeait sur une grande estrade, assis en majesté et toisant le visiteur. La voix du divin résonnait sur les murs, et il lui suffisait de changer de posture pour se révéler, présence rassurante et éclairée, ou pour plonger son visage dans les ombres et se faire menaçant comme le sombre futur. Thérasia détestait cette pièce tout autant que Therdorus l'adorait ; tout ici était fait pour mystifier, pour tromper, tandis que son être tout entier voulait la clarté de l'intelligence et la lumière de la vérité. Mais plus encore, la Jumelle ne pouvait qu'à peine supporter l'idée qu'elle allait passer des heures, peut-être la journée toute entière, à écouter des histoires d'ambitions mesquines, des suppliques pathétiques, des soucis minuscules de la part de gens qui n'avait pas la Volonté de prendre leur existence en main, alors qu'elle aurait pu se plonger dans l'étude d'évènements d'une échelle et d'une importance autrement plus grande. En somme, que ce soit en dormant ou en faisant ceci, Thérasia sentait bien qu'elle allait perdre son temps.

Mais elle ne saurait s'y soustraire. La Volonté de Therdone l'assignait aussi au destin des plus modestes et des plus ignorants, et parce qu'un tel pouvoir était sien, l'Oracle se devait d'être humble et de ne jamais oublier que son devoir était de servir. Se répétant les leçons de son maître, Thérasia s'assit sur l'estrade, appuyant son dos contre le dossier qui allait la soutenir pendant cette longue journée, et instruit aux gardes de faire entrer le premier fidèle. Les plis de son manteau la rendait plus imposante que sa frêle carrure ne laissait penser et son visage était un masque de sérénité mystique. Juste avant que les portes s'ouvrent, elle se permit un dernier soupir. Que Therdone lui vienne en aide.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Devoirs inattendus [PV Morghan]   Sam 14 Juil - 14:56

[Il n’y a pas de soucis, vraiment !]

Depuis son arrivée en Edor Adeï, hormis les premiers jours, chargés de formalités diverses et variées et passées le plus souvent en compagnie de sa mère, son père, ou même, à une ou deux occasions, en compagnie d’Amarante, Morghan avait passé son temps à courir après un fantôme : celui de sa cousine. Avec passion, patience et méthode, il avait commencé à épurer les moindres recoins de la Ville Basse pour essayer de la retrouver. Chose vaine jusqu’à aujourd’hui. Il avait même demandé à ses hommes d’avoir les yeux ouverts mais aucun d’eux n’avait réellement d’informations. La Lionne Blanche des Jagharii s’était volatilisée et ce n’était que de rares bribes sans utilités qui parvenaient jusqu’aux oreilles du cousin qui approchait du désespoir. Il devait la retrouver, il ne pouvait pas en être autrement. La nuit, il priait Therdone, espérait qu’elle lui fournirait la Volonté nécessaire pour parvenir à accomplir ce nouveau but qu’il avait fixé à son existence, à cette nouvelle vie qu’il s’était offerte en rentrant chez lui, chez ses parents, au sein des Jagharii. Il lui était impensable de renoncer, de la laisser ainsi, privée de toute source de soutien de sa propre famille. Elle devait savoir que quelqu’un la comprenait, qu’il existait une personne qui portait le même nom qu’elle et qui ne s’était pas détournée d’elle, qui ne comprenait pas les choix qu’avaient fait ses parents, qui désirait revoir ardemment la Lionne Blanche et l’épauler, afin qu’elle puisse faire à nouveau face, face à tout ce qu’on mettrait en travers de son chemin, sans avoir à se cacher, de ses ennemis, et, pire encore, des siens. Bien entendu, personne chez les Jagharii étaient au courant des réelles motivations du jeune homme et ses affaires ne les concernaient pas suffisamment pour qu’ils s’y intéressent réellement et tous devaient probablement penser qu’il passait ses journées à les gérer et passait un peu de temps à redécouvrir cette ville à laquelle il s’était arraché dix longues années.

Une nuit, alors qu’il réfléchissait à ce qu’il n’avait pas encore tenté pour parvenir à ses fins, il se rappela qu’il existait des personnes, spéciales, auxquelles les gens accordaient beaucoup de crédits et de foi et qui semblaient être les maitres de l’avenir : les Oracles. Il connaissait la Prophétie, sa mère la lui avait rapportée mais pour lui, elle semblait un sujet trop vague pour être réellement compréhensible. Y avait-il seulement un véritable sens dans tous ces mots ? Les Olarils étaient-ils vraiment les Elus ou était-ce simplement un « coup de chance » ? Il avait de toute façon d’autres chats à fouetter pour le moment mais cette idée fit un petit bout de chemin dans son esprit. Voilà ce qu’il n’avait pas essayé, voilà ce que pouvait peut-être l’aider. Il n’y croyait pas aussi fort que certains mais on ne pouvait réellement juger qu’une fois avoir essayé et il n’avait de toute façon rien à perdre, si ce n’est un peu de temps, ce qui, a priori, n’était pas quelque chose dont il manquait énormément même si, d’un certain côté, il préférait ne pas trop traîner et retrouver Elenor au plus vite, il n’avait que trop tardé. S’endormant sur cette idée, il se réveilla au petit matin. Il ne prit qu’une maigre collation et demanda quelques conseils à sa mère, levée elle aussi aux aurores pour s’occuper de ses fragiles fleurs, quant à la conduite à tenir. Il prétexta un besoin d’éclaircissement sur la Volonté de Therdone, peut-être également avait-il besoin d’être rassuré pour le futur. Les questions potentielles, et en quelque sorte égoïstes, ne manquaient pas pour justifier qu’il se rende chez les Oracles. Peut-être allait-il également demander s’il allait être libéré un jour de son handicap, complètement, cette fois-ci. Ce dernier n’était plus gênant mais, s’il pouvait se débarrasser de son fardeau à jamais… Il avait envisagé un instant l’Armée mais il fallait se rendre à l’évidence, il n’était plus fait pour ça, il ne pourrait décemment pas rattraper tout son retard. Embrassant sa mère, il chassa ses idées et se mit en route. Il refusa le cheval et préféra s’y rendre à pied.

Lorsqu’il arriva à proximité du pont qui menait à la tour des Oracles, une file s’était déjà massée devant les portes. Certains avaient apparemment passé la nuit non loin pour s’assurer une place le lendemain. Sa mère l’avait averti qu’il y aurait du monde et qu’il ne devrait pas s’étonner, aussi prit-il sa place dans la file, comme tout le monde. Les personnes devant lui le regardèrent un peu suspicieusement, de peur peut-être qu’il n’essaie de leur voler leur place mais il se contenta d’attendre patiemment. Morghan Jagharii n’était pas homme à se croire supérieur aux autres et à les débouter pour seulement passer devant. Apparemment d’autres n’avaient pas ce genre de scrupules et s’ils n’avaient pas eu des hommes armés pour se frayer un passage pour eux, il n’aurait pas hésité à leur dire deux ou trois mots pour leur faire comprendre sa manière de penser. Les portes s’étaient ouvertes depuis un petit moment mais le flot de personnes n’avançait que très lentement, une bonne partie de la journée s’était écoulée quand ce fut enfin son tour d’être escorté par des gardes au travers d’un long couloir orné de vitraux. Un peu intimidé par les lieux, il le fut encore plus lorsqu’on le dirigea dans une grande pièce ovale. Il essaya de faire fi des odeurs d’encens, puissants et presque agressifs, puis s’approcha d’une estrade où reposait, assis, l’Oracle qui trônait tel un roi. Il se rendit compte en arrivant qu’il ne savait pas trop ce qu’il fallait faire, s’il y avait un protocole à respecter dans la manière de se présenter, de parler à cette personne, devait on attendre d’en avoir l’autorisation explicite de sa part ? Il aurait été malvenu de commettre un impair avec une personne presque élevée au rang de Dieu par le Peuple. Se fiant à son instant, décidant qu’il devait advenir ce que Therdone avait décidé qu’il adviendrait, il s’approcha jusqu’à une distance relative et s’agenouilla devant la personne qu’il ne discernait pas plus que cela, cachée dans un subtil jeu d’ombres diverses. Devait-il se présenter ? « Je… » Sa voix fut ridiculement faible. Il se reprit et parla plus fort. « Je me présente… Morghan Jagharii… Et veuillez pardonner ma franchise, mais je n’ai aucune idée de comment je dois m’adresser à vous… »
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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Re: Devoirs inattendus [PV Morghan]   Dim 12 Aoû - 0:47

Cela avait pris du temps, mais Thérasia s'était peu à peu glissée dans son rôle et se sentait plus à l'aise maintenant qu'au début de la journée. Il fallait dire qu'elle avait eu le temps ; plusieurs heures s'étaient déjà passées depuis l'ouverture des portes de la Tour et chaque heure avait apporté son lot de suppliques. Le premier avait annoncé la couleur, un bourgeois adipeux qui avait failli ne pas poser de questions, tant il était occupé à décrire son désespoir face aux refus de sa femme d'accomplir le devoir conjugal. L'Oracle faillit lui rappeler que le confessionnal du Sanctuaire existait pour une raison, mais elle garda sa superbe et tâcha d'apaiser ses peurs en citant quelques écritures. Le mari négligé fut suivi par un garçon qui s'était fait voler une commission de son maître, puis entra une femme qui désirait savoir comment séduire son beau-fils, ensuite un jardinier qui voulait les prévisions détaillées du climat pour le prochain mois...C'était exactement ce que la Jumelle craignait, et pourtant elle fut surprise de la patience qu'elle montrait. Sa malheureuse rencontre avec ce liseur de cartes et son insolence y était peut-être pour quelque chose, mais Thérasia parvenait remarquablement bien à se détacher de toutes ces trivialités. Elle s'efforça de prendre ceci comme un exercice et garda sa tête au-dessus des flots. A chaque nouvelle histoire sordide ou insignifiante, elle puisait la réponse dans ses connaissances et la sagesse que la Tour lui avait communiquée, et tournait l'épreuve à son bénéfice.

De temps en temps, un serviteur se présentait devant la file des fidèles pour leur demander quelques instants de patience, expliquant que l'Oeil Omniscient de Therdone méditait sur les vérités du Divin et qu'elle recevrait le prochain de ses ouailles d'ici quelques minutes. Pendant ce temps, à l'intérieur de la salle, Thérasia se levait de son trône et délassait ses jambes pendant que ses servantes lui offraient à boire. Dans la Tour, tout était affaire de niveaux de savoir ; pour le commun des mortels, les Oracles étaient pareils à des demi-dieux, entièrement omniscients, au-delà des besoins et faiblesses de l'humain, immortels même aux yeux de certains ; les serviteurs, eux, savaient que les Oracles mangeaient, buvaient et dormaient comme tout un chacun, qu'ils étaient en proie à la colère et au désir. Cependant personne ne savait que l'omniscience de l'Oracle était au mieux une demi-vérité, une faiblesse qui était probablement le secret le mieux gardé de tout Isle. Thérasia s'était bien des fois demandé si le grand Phaërl était aussi infaillible que le racontait sa légende, ou s'il avait comme eux usé de subterfuges pour confondre son époque et toutes celles qui suivirent. Pendant un de ces brefs moments de pause, elle se rappela la déception qu'elle avait ressenti lorsque leur maître leur avait confié cette vérité. Elle aurait presque tout donné pour ne plus jamais connaître le doute, pour toujours être baignée dans la certitude sereine de ses visions ; à vrai dire elle aurait déjà beaucoup donné pour qu'une vision vienne l'aider à satisfaire les importuns qu'elle devait accommoder aujourd'hui. Mais Therdorus était bien loin, probablement dans le lit d'une Noble gironde, et elle se rendit compte à quel point il lui manquait en cet instant.

La coupe était vide dans sa main et elle put sentir que les serviteurs devenaient nerveux ; elle leur fit un signe et s'installa sur le siège. Le moment était passé, il était temps de reprendre son devoir. L'homme qui entra après quelques instants attisa immédiatement sa curiosité ; il avait tout d'un Noble de campagne, aux habits élégants mais trop simples pour être de la capitale, bel homme, et ses traits portaient la rugosité des provinces, avec cette note d'hésitation que tous ont lorsqu'ils voient la chambre des audiences pour la première fois. Mais ce n'était pas que son aspect était inhabituel, non, Thérasia était intriguée parce qu'elle avait déjà vu son visage. Il lui fallut quelques instants, mais tandis que l'homme approchait lentement et s'agenouillait, elle comprit qui il était et son nom lui revint en mémoire, avant même qu'il ne l'annonce. Des bribes flottèrent à la surface de son esprit, des souvenirs et des images brèves venant de la dernière vision qui lui avait été accordée, le soir précédent lorsqu'elle avait enlacé son frère avant qu'il ne parte ; comme souvent, Therdone leur avait offert un aperçu des suppliques et fidèles qui leur seraient présentés le lendemain. La plupart n'y figuraient pas, et ne recevaient donc que de vagues mots de sagesse, mais certains apportaient des questions auxquelles même la ruse de Therdorus n'aurait su répondre, si triviales et ordinaires soient elles, et c'était pour eux que ces visions étaient envoyées.

L'instant sacré était devant elle, et Thérasia n'eut pas de mal à parler selon son rang. Ses yeux se posèrent paisiblement sur le visage plein de doute du fidèle, et parmi les panaches odorants de l'encens, elle laissa résonner sa voix presque fantomatique.

Il n'est pas de courtoisie ou de rituel en ce lieu, Morghan Jagharii. Peur et courage doivent s'effacer, car ici ne demeure que la vérité. Il n'est aucune personne que tu doives satisfaire ; tu es ici seul. Face à toi est l'Oeil Omniscient du Divin, mais il ne reflète que ce que tu lui présentes, ne regarde que ce que tu portes en toi. Pose ton regard sur toi-même, élève la voix vers Therdone et entends ta propre confession. Le secret est tien entièrement, car Therdone ne connait pas le secret, et à travers son Oeil tu entr'apercevras la réponse qui t'appartient.

Elle cilla lentement, comme un chat bienheureux, et un faible sourire anima le masque que le maquillage et la maigreur avaient fait de son visage.

N'aie crainte. Parle sans gêne.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Devoirs inattendus [PV Morghan]   Sam 18 Aoû - 13:42

L’ambiance avait quelque chose de trop formel, de lourd et le silence était assourdissant. On donnait l’impression de se retrouver devant Therdone elle-même afin de recevoir un jugement de vie ou de mort. Etait-ce de cette manière que les gens revenaient de la mort ? En prouvant au Dieu lui-même qu’ils avaient encore la Volonté de vivre ? Toutes ces considérations théologiques étaient bien trop loin des intérêts du jeune noble pour qu’il daigne réellement chercher une réponse. Il s’agissait davantage de questions rhétoriques, d’idées fugaces qui voletaient dans son esprit, motivées par des perceptions biaisées par une ambiance parfaitement maitrisée. Il ne doutait pas du pouvoir des Oracles, loin s’en faut, il n’en n’avait simplement jamais eu besoin et n’y avait pas forcément placé de croyance particulière. Sans les adorer ni les déchoir de leur piédestal, il attendait simplement la preuve de leur omniscience et de leurs réels pouvoirs. Les raisons qui le menaient droit vers l’une d’entre eux étaient une bonne occasion de « tester » ce pouvoir, mais il s’agissait plus d’un dernier et maigre espoir qu’une réelle tentative de mettre en porte-à-faux une entité dans laquelle le petit peuple et même certains des plus puissants nobles de la ville semblaient croire. Qui était-il pour remettre en question la Volonté et le savoir de Therdone ? Probablement personne. Enfin ce n’était pas le sujet. Mieux valait se concentrer davantage sur la situation présente, sur cette personne qui se dressait devant lui, aussi majestueuse que le plus impressionnant des souverains, qui détenait entre ses mains le savoir de Therdone et lui partagerait peut-être la solution à son énigme, celle qu’il espérait résoudre depuis des jours : où pouvait bien se cacher Elenor ? La Ville Basse était sa seule indication tangible, mais elle était vaste et y trouver une personne relevait à trouver une fourmi au sein d’une fourmilière. Combien de visages avait-il croisé ? Combien de femmes avait-il observé espérant y déceler Elenor ? Leur nombre était incalculable, plus maintenant, et alors qu’il espérait ne pas avoir commis d’impairs, fermant les yeux en une inspiration qui devait l’apaiser, il s’imagina revoir tous ces visages qui avaient défilé devant ses yeux…

Quand la voix de l’Oracle retentit dans la salle, fantomatique, elle lui arracha des frissons, et ce, même si les paroles en elles-mêmes se voulaient rassurantes. Mais, après tout, ne se confrontait-il pas à quelque chose qui le dépassait de loin ? Une entité qui s’approchait d’un dieu ne devait-elle pas nécessairement impressionner un pauvre mortel comme lui ? Il chassa de son esprit ces idées futiles et préféra se concentrer sur les paroles, sur ces mots prononcés dans une sagesse qui semblait déjà de loin le dépasser. Comment interpréter ces paroles dont le sens était quelque peu obscur ? Elles donnaient l’impression que la réponse était quelque part en lui, une idée complètement stupide puisque si c’était le cas, il ne serait surement pas ici entrain d’essayer de trouver la sagesse des Oracles mais, d’une certaine manière, était-on réellement certain d’avoir accès à tout le savoir disponible en soi-même ? L’idée du contraire le fit frissonner. Quels secrets pouvait-on avoir en soi sans même le soupçonner ? N’était-ce que pure rhétorique ? Ou bien essayait-elle seulement de le déstabiliser ? Une chose était certaine, c’était bien la première fois qu’il se posait autant de question face à quelqu’un, mais, d’un certain côté, c’était également la première fois qu’il se retrouvait dans une telle salle, avec une personne dont il ne saisissait rien d’autres que quelques ombres savamment et intelligemment utilisées. L’Oracle avait-il seulement un visage ? Il arrêta ses stupides idées quand elle l’engagea à parler sans crainte. Plus facile à dire qu’à faire, même si, d’une certaine manière, elle l’avait rassuré sur la façon de procéder. Il imaginait qu’il devait maintenant parler, expliquer sa situation et probablement prononcer sa question. Peut-être devait-il seulement poser sa question et ne pas l’ennuyer avec son « histoire », même résumée, après tout, l’Oracle ne devait-il pas tout savoir ? Lui raconter une histoire qu’il, ou elle en fait, étant donnée la voix qu’il avait entendue, connaissait déjà risquait de l’ennuyer voire d’user de sa patience…

Il se maudit intérieurement de son manque d’assurance et rompit le silence avant de paraître réellement trop impressionné par la situation qu’il vivait. « Voilà… Je suis revenu depuis peu parmi les miens et j’ai appris que ma cousine, Elenor Jagharii, avait trouvé refuge dans la ville basse afin de trouver la Volonté d’affronter les épreuves que Therdone a décidée de poser sur son chemin. » Espérant qu’il n’ennuyait pas son interlocutrice, il poursuivit, essayant d’en finir rapidement d’un résumé succin. « Nous sommes tous les deux passés par le même genre d’épreuves, j’en suis revenu et, certain de savoir ce qu’elle peut vivre et que je peux l’aider à trouver la Volonté de faire face, j’aimerai la trouver, mais, jusqu’ici, mes tentatives se sont révélées infructueuses. » Et maintenant… La question. Comment la formuler ? Etait-il seulement digne d’obtenir la réponse ? « La Volonté de retrouver Elenor est forte en moi, et je vous jure que ce n’est pas un pêché d’orgueil que de vous dire cela, mais si Therdone est témoin de celle-ci, je m’en remets à Elle, à a vous, afin de guider mes pas que je ne sais plus dans quelle direction mener. » Voilà qui était fait, enfin de manière détournée, implicite, indirecte, certes, mais la question était posée. L’Oracle viendrait-elle à son secours ? Therdone lui donnerait-elle une vision de l’endroit où il pourrait trouver Elenor ? Cette simple question le fit douter sur le bien fondé de sa démarche. Avait-il eu raison de venir ici ? Serait-il seulement possible d’obtenir de l’aide d’une Déesse ? En avait-il le droit ? Il ne trouva un maigre soulagement de son trouble intérieur que dans le fait que tout ceci serait bientôt terminé, assurément, et qu’il pourrait retrouver toute sa sérénité en foulant les pavés de l’extérieur de la tour, en respirant l’air libéré de toutes ces senteurs d’encens lourdes et capiteuses qui commençaient un peu à lui monter à la tête.
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