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 Qui mettra le feu aux poudres ?

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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Qui mettra le feu aux poudres ?   Mar 28 Fév - 23:14

La migraine lui martelait le crâne, faisant chanceler son pas. Bellone avait tenu bon durant toute la durée de la réunion, mais son déroulement et surtout, son achèvement n’avaient pas amélioré son état. Déception et frustration, voilà tout ce qu’elle avait obtenu des conseillers. Après tout, cela n’était guère inhabituel…
Marchant seule dans le Palais, elle s’autorisa une pause pour appuyer son front contre un mur, recherchant la fraicheur que les vieilles pierres conservaient, été comme hiver. La douleur s’estompa légèrement, et elle s’adossa au mur, fermant les yeux pour un bref instant.

Rien n’allait plus dans les hautes sphères de la Cité. Une épée de Damoclès menaçait de tomber sur une Edor Adeï au bord du gouffre, mais ils continuaient à se chamailler pour conserver le plus de pouvoir possible. La Générale en venait à se demander quel était l’intérêt de continuer à défendre une telle cupidité et s’il ne serait pas mieux pour tous d’ouvrir en grand les portes et de les regarder s’entre déchirer avec l’armée de Beltxior.
Etaient-ils tous idiots ou bien feignaient-ils de ne pas voir le désastre qui leur pendait au nez ? Meurtres, trafic, enlèvements… Personne n’était à l’abri des actions de l’envahisseur, mais aussi des dissidents. Un sourire triste étira sa bouche. Comme elle l’avait dit à Elenor, il y avait Ysor…

Le pas d’une patrouille se fit entendre, résonnant sur la surface de marbre du Palais. Tirant un trait sur des pensées séditieuses, Bellone ouvrit les yeux et répondit au salut des soldats qui passaient dans le couloir. Il était temps de rentrer.
Quoi qu’à la réflexion…
Elle décida de modifier quelque peu son trajet initial pour un petit détour, se souvenant que l’atelier de l’Inventeur se situait non loin de l’aile du Palais dans laquelle elle se trouvait. Cela faisait un certain temps maintenant qu’elle n’avait pas revu Damian Olyn, à vrai dire, depuis la tentative d’assassinat de la Future Reine. Elle devait bien avouer que son esprit créatif lui manquait, surtout face aux idées conservatrices des conseillers.

La porte de l’atelier était entrouverte. Bellone frappa doucement mais n’obtenant aucune réponse, elle se glissa par l’embrasure pour retrouver l’atmosphère particulière de l’antre de l’Inventeur.
Sur la multitude de bibliothèques s’entassaient de nombreux livres et parchemins en tout genre, couverts de croquis et d’annotations diverses. Du plafond pendaient des maquettes, certaines de machines dont elle ignorait totalement le fonctionnement, d’autres dont elle parvenait à deviner l’utilisation.
Mais c’est penché sur son bureau que Damian se trouvait, toute son attention focalisée sur un parchemin qu’elle ne pouvait voir depuis le seuil de la porte. A pas feutrés pour ne pas le déranger, la Générale s’approcha de l’homme pour se retrouver dans son dos.
Espérant ne pas le faire sursauter, elle se racla doucement la gorge, un léger sourire aux lèvres…

« Serait-ce cette fameuse machine volante dont vous me parliez l’autre soir ? »
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Mer 29 Fév - 8:50

Il y était presque, il le savait il toucherait bientôt au but… Et pourtant dans son cœur il n’y avait que peu de joie à cette idée. L’ambiance n’était pas à la fête, et quand bien même la future Reine s’était-elle remise de son agression, les Elus fort heureusement épargnés par la tentative d’assassinat, il planait toujours dans l’esprit de Damian le caractère odieux, et sombre de ce qui s’était passé. Il était inquiet pour Ysor, son ami et Gardan Edorta… Car en dépit des formules de respect, et des révérences que comme tout membre d’une Cour il se devait d’accepter, il avait pour cet homme dont la bonhommie valait bien la sienne des sentiments très sincères… Et Damian n’était pas idiot. C’était Lis Diantha, pour une raison qui lui échappait, que l’on avait frappé… Mais demain, ce pouvait être Ysor, et celui-ci pouvait ne jamais s’en remettre.

« Non, ça ne va pas… » Le son était las, un épuisement qui n’était que moral, mais qui était profond. Il n’était pas à ce qu’il faisait, et cela faisait maintenant presque une semaine qu’il planchait sur un problème d’équilibre, pour sa machine volante… Il avait copié la structure des ailes et du corps des corbeaux qui venaient parfois sur le grand balcon de son atelier. Les os avaient été recensés, un alliage, le plus léger possible, trouvé pour articuler un bois qu’il avait également choisi d’un poids intermédiaire, pour que la structure pèse suffisamment sur les courants pour ne pas être emportée comme un cerf-volant… Mais il lui manquait la subtilité dont la nature avait pourvu ces créatures si banales, et qu’elle lui refusait obstinément. Il y avait là-dessous une injustice : elle donnait à ces bêtes ce qu’elle lui refusait, lui qui y passait parfois des nuits entières… Mais il le savait, si la Volonté permettait l’endurance propre à ces recherches, elle ne donnait en revanche pas de réponses. La Volonté, qui était une fin pour beaucoup, n’était pour Damian qu’un outil, mis au service de son raisonnement.

Frustré de savoir la réponse si lui, son esprit lui échappa une fois de plus, tandis qu’il se prenait la tête dans les mains avec un râle, pour vagabonder loin de cet atelier et de cette maudite entreprise, jusqu’aux remparts. Sa tension, et sa sensibilité étaient telles à présent qu’il avait une conscience aiguisée de la menace qui grondait en bas des murs de la Cité. Comment les hommes, et les femmes trouvaient-ils l’oubli nécessaire au rire et au plaisir, dans cette ville qui était sous la pression constante de la Révolution ? Comment faisaient-ils pour avoir l’esprit en paix ? Le sien répugnait tant à la violence, et à la destruction, qu’il lui arrivait la nuit de ne pas fermer l’œil, conscient de ces milliers de bouches qui soufflaient, là en bas, en ronflements assourdissants… pour les âmes. Il devait ce sentiment à la fatigue, il le savait, et à ce besoin de quiétude qui lui était si essentiel, mais également à l’empathie qu’il avait pour elle. Oh dire qu’il n’avait pas pensé à la Générale, depuis le soir du drame eut été un odieux mensonge, car se remémorer leur conversation et les sourires, seules encoches de tranquillité dans ces semaines d’ombres et de sang était sans doute les seules bouffées d’oxygène qu’il avait. Mais sitôt après le sourire venait l’idée qu’elle était responsable de la défense, et qu’elle se dressait avec courage face à cette masse organique dont la seule idée oppressait l’esprit de l’inventeur…

Bellone était l’héroïne des contes du passé, elle était ces hommes que l’on disait puissants, capables de détruire à eux seuls des monstres qui en avaient abattus des centaines avant eux… Car des centaines d’hommes, cette bête ignoble et hurlante qu’elle affrontait en avait déjà tué, et bien plus encore. Qu’il aimerait pouvoir l’épauler… Il le savait, il était sur que cela donnerait à son esprit un peu de repos… Son esprit qui, après avoir été conscient qu’il n’était pas resté inactif, cloitré dans son atelier comme dans une prison de l’âme, avait fait son possible pour éviter leur déchéance… Mais il se demandait alors, pragmatique, si cette quête aurait un jour une fin, si, le doigt mis dans l’engrenage, l’on pouvait en sortir un jour si ce n’était pas la mort. Et Damian n’était pas un guerrier. Il n’était pas homme à ôter des vies, et il devrait, indubitablement, se contenter d’admirer à bonne distance la bravoure de la Générale. « Au moins puis-je l’aider avec mes inventions, si tant est que je trouve la solution, que je trouve ce qui ne va pas dans celle-ci… »

Et il se pencha derechef sur le parchemin, sans rien écrire, mais tentant d’écarter ses obscures pensées de ses idées, pour voir, enfin, apparaître ce qui le séparait de son but.

Il resta longtemps dans cette position, repassant en revue tout ce qu’il avait déjà fait, testé, tenté qui eut pu être cette clef décisive, mais rien ne venait. Appuyant son front à la pomme de ses mains, le regard vague car plongé dans ses pensées, il n’entendit pas le léger mouvement opéré par la porte, ni les pas qui conduisirent l’intruse jusqu’à lui.

Il sursauta en l’entendant se racler la gorge… Se retournant avec vivacité, il la reconnut aussitôt et ne cacha pas le soupir de soulagement qui fut le sien. En un instant son visage recouvra sa douceur habituelle, quoi que toujours marquée par la surprise. Ce qui le marqua tout d’abord fut le sourire qu’il lui rendait volontiers, suivi bientôt par cette fatigue frappante qui, malgré tout, semblait avoir pris Bellone Lastareth. Elle n’était plus comme dans ses pensées, droite et puissante face à toute une armée, mais bien là, seule, fatiguée et face à lui… Alors il se repoussa doucement son fauteuil, se étira vaguement son dos long, et puissant, avant de saisir sa main pour y déposer un léger baiser. « Bellone… Je suis heureux de vous voir. » Glissa-t-il dans un sourire, avant de la quitter des yeux pour le parchemin sur lequel il travaillait. « Oui, c’est bien elle, elle qui m’échappe obstinément. » Il reporta alors son regard sur elle, balayant sa contrariété d’un soupir, puis lui demanda : « Que me vaut le plaisir de votre visite ? Je n’osais pas espérer votre venue, compte tenu des… circonstances… » Un doux euphémisme, pour ce qui rendait la vie de nombre d’Ilédors pesante, oppressante. Sans doute était-ce là ce qui faisait que les Olarils étaient les grands favorisés de ce conflit : ils n’avaient, au moins, pas à craindre de la victoire de l’un ou l’autre des groupes qui s’affrontaient. Il engloba donc dans ce bien neutre terme l’angoisse qui prenait Edor Adei, et pourtant rien n’indiquait sur son visage que cet intermède pouvait être de nature à lui déplaire. Au contraire, il semblait sincèrement touché qu’elle ait pris un peu du temps si précieux, qu’elle devait à ses obligations, pour lui rendre visite. Il avait lui aussi besoin d’une pause, et d’un peu d’une compagnie de nature à le détendre.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Dim 4 Mar - 21:21

Le sourire par lequel il l’accueillit malgré l’interruption qu’elle provoquait dans ses réflexions lui fit chaud au cœur. Il était vraiment rassurant de voir qu’en certains lieux encore, et surtout ici sa présence, même non annoncée, pouvait être un plaisir plutôt qu’un désagrément.
Le sourire doux et sincère de l’Inventeur tranchait vivement avec les mines austères et calculatrices qui croisaient quotidiennement son chemin, surtout dans le Palais. A croire que la simple vue de la Générale et de son état major provoquait un certain mécontentement – voire un écœurement ? – chez la plupart des Conseillers et pour la majorité du la Noblesse constituant la cour du Gardan Edorta.
La fatigue se lisait sur son visage, et Bellone y vit un reflet du sien. Ces derniers jours avaient été éprouvants pour tout le monde et personne n’avait échappé à l’atmosphère particulière qui avait baigné le Palais après l’attaque sur la Future Reine. La suspicion s’était propagée dans les couloirs, d’autant plus après que les tracts révolutionnaires y furent répandus malgré la surveillance mise en place. Heureusement que la Diantha avait échappé à la mort. Sans quoi…
Et bien sans quoi, il en aurait été tout autrement. Pour tout le monde. Ysor semblait suffisamment épris de sa belle pour ne pas être durement touché par sa mort. Ce choc lui avait permis de couper quelques uns des fils de ses marionnettistes et fait ressortir un petit quelque chose qui à la longue ferait de lui un véritable Gardan Edorta. Si on lui en laissait le temps.

Repoussant son fauteuil, Damian prit sa main et y déposa un baiser. Une galanterie qui lui seyait mal, vêtue comme elle l’était d’habits de cuir et d’un pantalon. Une tenue de soldat. Mais il semblait préférer voir la femme derrière la carapace, et elle lui en était plutôt reconnaissante. Quoi que ses joues se colorèrent légèrement, un peu gênée par cette courtoisie dont elle n’avait pas l’habitude, malgré l’aperçu qu’il lui avait offert au Bal.
Elle se pencha avec lui sur le parchemin qu’il lui montra d’un geste, dévoilant la machine dont qu’il avait si brièvement évoqué durant la réception des fiançailles, et l’évoquant avec… était-ce donc de la contrariété ? Cela la fit sourire.

« A vrai dire, les circonstances étaient plutôt favorables à ma venue et puis… je brûlais d’envie de voir cette fameuse machine volante. » Elle se concentra un moment sur le croquis, détaillant avec attention les schémas et l’assemblage. La simple vue de la machine, même sur un morceau de parchemin, l’emplissait étrangement de joie. La simple beauté de l’objet lui-même y était pour beaucoup, mais les perspectives qu’il offrait la ravissaient tout à fait. « Et elle me semble prometteuse. En avez vous fait un prototype ? »
Elle s’interrompit, soudain consciente de l’enthousiasme de sa voix. Mais il lui fallait bien avouer que ce projet l’avait fait rêver dès le moment où il lui en avait fait part. Voler… le rêve que tout gamin fait au moins une fois dans sa jeunesse. Et qui ne s’oublie pas une fois adulte.
« Je suis sûre que vous trouverez un moyen de la faire voler. Quand je vois tout ce que vos mains ont réalisé pour nous jusqu’à aujourd’hui, je ne peux pas douter de votre réussite. C’est un rêve que vous allez offrir à de nombreuses personnes.
Ce qui me chagrine le plus, c’est qu’il soit le résultat d’une nécessité de guerre… »


Cette guerre pervertissait tout ce qui se trouvait à sa portée. Les hommes, comme les inventions. Bellone était attristée de voir que l’Inventeur devait lui aussi subir cette influence pour le bien commun. Et malheureusement, la présence de la Générale ne faisait que renforcer cette influence.
« Je suis désolée de vous imposer tout cela Damian. Mais votre aide nous est infiniment précieuse et bien que je pense que vous ne devriez pas avoir à autant travailler pour nous, je… je vous en demande toujours davantage. »
Elle lui sourit à nouveau, plus tristement cette fois. La nécessité du bien commun… La question était, jusqu’où cela irait-il ? Trop loin sans doute pour de nombreuses personnes, mais Bellone préférait éviter d’y penser.
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Lun 5 Mar - 22:58

L’enthousiasme qu’elle montrait arracha un sourire complice à l’inventeur, qui observait ce visage détendu par son analyse avec une lueur bienveillante. Tout comme lors du Bal, il était touché par l’intérêt qu’elle portait à son travail. Ses yeux étaient animés, tandis qu’elle tentait de comprendre quelque chose à ses croquis, et notes, et il décelait sur ses lèvres et dans son ton une sorte de joie qu’elle camouflait mal. Une joie qui lui parlait tout à fait, étant lui-même étreint par ce même rêve depuis toujours. Il y avait quelque chose d’enfantin dans cette allégresse, à l’idée de voler. Quelque chose de propre à éveiller en lui le souvenir des longues heures passées à observer les nuages, les oiseaux, et à s’émerveiller du miracle qui leur permettait ainsi de se suspendre dans cette natte azurine. Il partagea cela en silence avec la Générale, une sensation d’intimité, le regard entendu d’une pensée captée sans que des mots n’aient eu besoin d’être lâchés. Puis il revint à l’atelier, et à eux deux, bien adultes, et déjà loin, hélas, de ces rêves de gamins. Enfin, pas si loin que cela, comme en témoignaient les cernes de l’inventeur…

Il perçut la pause qu’elle marqua, et en profita pour reporter son regard sur ses croquis. Prometteuse, c’était un bien grand mot. Elle était certes esthétiquement séduisante… mais pour ce qui était de l’efficacité, l’inventeur se pâmait toujours de frustration. Cette machine était sans doute la plus belle de celles qu’il avait créées, mais quel intérêt si elle ne volait pas ?

Il ne parvint pas à masquer un nouveau soupir de dépit tandis qu’elle reprenait la parole. Elle croyait en lui. Une foi que lui-même sentait le déserter comme souvent, lorsqu’il se heurtait trop longtemps à un obstacle… Il finissait par vaincre, en général (ce n’était pas là une règle irrévocable), mais passait comme tout un chacun par des phases plus ou moins longues de démotivation. Pires encore lorsqu’il s’agissait d’inventer quelque chose de nouveau, dont on avait en fait aucune preuve que cela fonctionnerait ailleurs que dans ses rêves. Il chercha alors ses yeux en silence, espérant y trouver cet espoir qui lui manquait. Il l’y trouva, et se sentit réconforté par cette idée, mais il y lisait également quelque chose de plus sombre, qui attisa son attention. Elle éclaircit son sentiment en rappelant la guerre à leur souvenir, et Damian haussa les sourcils. Elle semblait sincèrement affectée par le contexte dans lequel ils étaient plongés. Pire, elle semblait s’en vouloir de cet état de fait. Elle balbutiait, son sourire ayant quitté l’innocence charmante qui le nimbait plus tôt pour quelque chose de triste et de mélancolique.

Elle lui sembla plus fatiguée encore qu’à sa venue, accablée. A la voir ainsi à son côté, tandis qu’ils étaient seuls face à cette maudite machine, Damian reprit conscience du poids qu’elle avait sur les épaules, et fut saisi par un puissant sentiment de compassion à son égard. Un profond sentiment de tendresse. Il hésita, se faisant fort de respecter les convenances depuis son arrivée ici. Il savait que les ragots allaient bon train, et s’il ne craignait pas d’en savoir circuler sur son compte, il avait des scrupules à infliger cela à la Générale, déjà préoccupée… Mais ils étaient bien seuls dans le silence feutré de l’atelier, aussi céda-t-il et posa une main, légère, sur son bras. Il le pressa doucement et chercha son regard avec un sourire réconfortant. Se montrer chaleureux, lui transmettre un peu du soutien qu’il avait envie de lui insuffler. La rassurer, elle aussi. Il espérait que ce contact, doux et innocent, parvienne à lui donner une idée, ne serait-ce qu’infime, du soutient qu’il désirait lui offrir. Il n’était peut-être pas un guerrier, et pas le plus habile s’il était besoin d’une lame de plus, mais s’il avait un don utile à celle qui donnait tant de sa personne pour eux, alors il le lui confiait sans réserve.

« De quoi vous excusez-vous… ? » Il hocha la tête, regarda sa main et l’abaissa sans se presser. « Si vous n’étiez pas là, cela fait longtemps sans doute que j’aurais cessé mon activité ici… » Il eut une moue incertaine pour le balcon. « Je ne mettrais pas mes créations au service de ce Beltxior Olarii… La fureur que je perçois de ses troupes pèse trop sur ma conscience pour cela… » Il reporta alors son attention sur la Générale et lui sourit. « Vous êtes notre dernier rempart face à lui… Alors ne vous excusez pas, et laissez-moi, si vous le voulez bien, plutôt être l’ami qui décide de vous aider autant que possible. » Il saisit alors le parchemin et le souleva un peu. « Cette machine, ou devrais-je dire ces machines, seraient le fruit de la même impatience hors de ce climat… Je suis ainsi fait… »

Un sourire plus complice, et il se leva, étirant son long dos avant de lui faire à nouveau face. « Ce n’est pas vous, qui troublez mon sommeil, mais bien les hommes qui font face aux vôtres. » Disant cela, il était conscient de débiter un semi mensonge. Mais il ne blâmerait pas la jeune femme pour s’être invitée dans les pensées de ses nuits d’insomnies. Il toussota légèrement dans son poing, puis, espérant lui cacher le trouble qui le saisissait, la quitta pour s’approcher d’une maquette qui pendait au plafond, plus loin. Il la détacha avec précautions, puis revint à son hôte. « Si vous avez quelques minutes, je vous propose de nous installer à côté, vous serez plus à votre aise pour y jeter un coup d’œil. » Il était évident, dans leurs gestes et le ton qu’ils avaient, que tous deux avaient besoin d’une pause. Il avait à côté un petit salon confortable, quoi qu’humble par rapport à ceux qui étaient voisins. L’invitant d’un geste à le suivre, il écarta le rideau qui menait à ses appartements pour déboucher directement dans la petite pièce confinée.

Après lui avoir fait signe de s’installer où bon lui semblait, il se laissa tomber avec un certain soulagement dans l’un des fauteuils, avant de déposer la maquette sur la table et de croiser les bras. Il regardait la petite pièce de bois avec une certaine hostilité. Elle le contrariait, lui échappait. L’inventeur était certes d’un tempérament doux, et d’une patience à toute épreuve, mais ses nerfs étaient comme émoussés par la situation d’Isle… Le manque de sommeil avait raison d’une partie de son bon caractère. Celui-ci lui revint cependant sitôt ses yeux posés sur la jeune femme, à qui il adressa un sourire d’excuse. « J’aurais besoin d’un remontant… Désirez-vous boire quelque chose ? » Non pas qu’il fut un amateur forcené d’alcool, mais il avait un réel besoin de tout ce qui saurait le détendre un peu.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Sam 10 Mar - 16:16

La main qu’il posa sur son bras valait bien tous les réconforts, toutes les assurances qu’il pourrait lui témoigner. Cette main amie, d’une simple pression, lui ôtait une grande partie de cette culpabilité qu’elle ne pouvait s’empêcher de ressentir vis-à-vis de l’Inventeur. Une main dont elle apprécia le contact doux et sincère bien plus que ce qu’elle ne se l’avouait…
Son sourire acheva de la réconforter. Que ne pouvait-il y avoir davantage d’hommes ou de femmes du même mental ? Tant de choses s’en trouveraient alors nettement simplifiées…
Bellone se reprit, il était inutile de ressasser une nouvelle fois sur l’hostilité des Conseillers entravant trop souvent ses mouvements. Il lui fallait ignorer ces derniers ou tout au plus faire avec, et se concentrer sur des personnes telles Damian qui n’hésitaient pas à s’engager corps et âme pour protéger ce à quoi ils tenaient.
Voyant toutes ces machines décorant l’atelier et considérant tout ce qu’il avait créé pour eux, elle songea que s’ils sortaient vainqueurs de cette guerre, il lui faudrait penser à créer un corps d’ingénierie digne de ce nom pour l’armée. Avec, s’il l’acceptait – et quel honneur il leur ferait alors – peut être pour instructeur, l’homme assis dans ce fauteuil, celui là même qui parvenait à concevoir des choses si extraordinaires.

Un doux rêve, une agréable projection vers un futur tout sauf certain comme ses paroles le lui rappelèrent un court instant plus tard.
Il ôta la main de son bras et d’un même élan, la Générale tourna son regard vers le balcon alors qu’il évoquait Beltxior Olarii. Curieux de voir qu’à chaque mention des Révolutionnaires, les yeux regardaient vers l’extérieur, au-delà des remparts de la Cité. Pourtant, ce mouvement lui rappela que peu de temps auparavant, ils se trouvaient au cœur même du Palais à répandre leurs tracts. L’étau se resserrait, et les soldats en étaient réduits à patrouiller et à attendre. Si seulement…
Arrête de perdre ton temps avec des si Bellone. Avec eux, on pourrait refaire le monde. Seulement voilà, le passé est le passé et on ne peut pas revenir en arrière. Accepte les choses telles qu’elles sont et projette-toi de l’avant. Sinon, avant même de pouvoir ouvrir la bouche, tu n’auras plus de soldats à qui donner des ordres.
Le visage du vieux Lion se superposa aux paroles cinglantes qu’il avait proférées ce jour là. Aurait-elle fait mieux que Joaldor Arlanii ? Personne ne possédait la réponse à cette question et il lui faudrait bien vivre avec. La défense de la ville lui était échue, elle ferait tout pour que jamais Beltxior Olarii et sa clique n’entrent dans Edor Adeï autrement qu’enchaînés.

Bellone l’observa décrocher une maquette qu’elle reconnut être la machine volante du dessin, accrochée par des fils au plafond.
« Merci Damian, pour ce soutien. » Elle avait parlé plus bas qu’elle le voulait et ne sut pas s’il l’avait entendu car il l’invita aussitôt à le suivre dans la pièce attenante à l’atelier. Derrière le rideau, elle découvrit un petit salon simple mais confortable, principalement meublé d’étagères garnies du livres et de parchemins, ce qui ne dénotait pas de la pièce qu’ils venaient de quitter.
Qu’avait donc été ce lieu avant que l’Inventeur ne l’y investisse avec son atelier ? Trop petit pour avoir été une suite, trop grand pour être une chambre de commun, pas assez riche pour être un bureau… Le Palais comptait de nombreuses pièces, mais beaucoup restaient inoccupées. Plus de noblesse de Falang en visite ou d’émissaires de Hurg Aari depuis la mise en marche des troupes Révolutionnaires…
La Générale s’attardait à la visite et s’apprêtait à l’interroger lorsqu’elle le vit observer avec attention la maquette posée sur la petite table, une franche hostilité se peignant peu à peu sur ses traits, arrachant un léger sourire à Bellone. Elle prit place dans un fauteuil juste en face de lui, s’amusant quelque peu à ses dépends de l’animosité qu’il manifestait face à cette machine qui lui refusait obstinément la solution à ses problèmes. Une pause l’aiderait sans doute, ainsi qu’une nouvelle énigme. A trop se focaliser sur sa machine, l’Inventeur n’avait sans doute plus le recul nécessaire pour appréhender autrement son problème.

Avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche, il lui proposa un remontant qu’elle accepta volontiers. « Je prendrai la même chose que vous. Il faudra d’ailleurs me faire penser à ramener une bouteille la prochaine fois que je viendrai ici. »
Damian lui servit une liqueur de la région de Verdoya, aussi douce que son climat et piquante que ses mœurs. L’alcool, bien que fort, lui fit du bien et lui éclairci surtout la tête. Elle s’installa plus confortablement dans le fauteuil et s’abîma dans un silence contemplatif. Au bout d’un moment, elle émergea de ses pensées et adressa un sourire d’excuse à son interlocuteur.

« Je ne peux pas affirmer comprendre tout ce que vous faites, mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que vous avez passé beaucoup trop de temps sur cette machine, au point que maintenant vous semblez la détester. » Elle reprit une gorgée de l’alcool, son regard se posant sur l’objet du délit posé entre eux. « Vous devriez la laisser quelques temps de côtés. Je suis sûre qu’une fois sortie de votre tête, le problème qui vous accapare autant trouvera de lui-même sa solution. »
Posant le verre sur la table, elle regarda Damian droit dans les yeux. Il était temps de lui évoquer l’idée qui lui était venue ces dernières semaines.

« J’ai peut être un problème à vous poser. Si je vous parle de poudre, que pouvez-vous me dire à ce sujet ? » Depuis qu’ils avaient fait sauter la Poudrière dans le camp révolutionnaire et qu’elle avait observé de ses yeux sa puissance de destruction, elle n’avait qu’une hâte, pouvoir l’utiliser contre les assiégeants. Les Révolutionnaires n’en avaient plus, ou tout du moins mettraient du temps à reconstituer leurs stocks, tandis que la Cité en possédait une quantité plus que suffisante pour leur faire peur. Seulement voilà, la poudre était une matière terriblement instable et beaucoup s’étaient retrouvés avec des parties en moins de leur corps à avoir voulu faire des expériences avec elle.
Mais s’il y avait une personne qui pouvait en faire quelque chose, c’était bien celle qui se tenait en face d’elle. Bellone avait toute confiance en lui.
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Dim 11 Mar - 11:51

Il l’observait du coin de l’œil, tandis qu’il servait deux coupes d’une liqueur ambrée, au goût mielleux. Elle avait l’air de se détendre, curieuse et amusée. Ce tableau lui fit chaud au cœur… Un peu plus, sans doute qu’il n’en aurait été avec n’importe laquelle des femmes de la Cour. Elle dégageait un mélange unique de force, et de grâce… Ballerine dans une gangue de cuir, elle avait cet air redoutable des femmes soldats… Et pourtant son tempérament lui semblait si doux, et si posé… Reportant son attention sur ce qu’il faisait, il songea que jamais il n’avait croisé de femmes de ce type. Ils venaient pourtant de la même classe, tous deux bourgeois, propulsés ici pour leur travail… Il pensa un instant à son épouse, son sourire s’attristant doucement. Cette pauvre jeune femme, morte en couche. Elle était belle, et douce… Mais il y avait quelque chose qui lui avait manqué… Était-ce cela, la Volonté que l’on louait à longueur de journée ?

Nouveau coup d’œil… Et pourtant la Volonté de la Générale avait quelque chose de mélancolique, de retenu. De résigné ? Il peinait à s’imaginer ce qu’elle devait ressentir au quotidien, dans la tension qui devait être la sienne. Il ignorait si c’était bien là ce qui ravissait un peu de l’éclat de ses yeux, mais ses suppositions n’osaient s’aventurer plus loin. Quoi d’autre… ? Un deuil, il l’aurait appris… Elle était venue avec lui au Bal, aussi doutait-il qu’il puisse s’agir d’un homme… Et pourtant lorsqu’il l’observait, il avait parfois l’impression qu’elle arborait une blessure plus intime que celle de la guerre. Par pudeur pour elle, il laissa là son questionnement, et revint, son sourire doux aux lèvres, les mains chargées des deux coupes, et de la bouteille qu’il posa à côté de son fauteuil.

Portant la coupe à ses lèvres sans réelle parcimonie, il l’observait en silence. Elle semblait abîmée dans la contemplation de quelque chose de lointain. Distante, mais une distance douce, qu’il choisit de ne pas interrompre. Il se contentait donc de boire, sans doute un peu trop vite, tout en l’effleurant d’un regard léger. Croisant finalement le sien, il lui rendit son sourire, puis écouta avec intérêt ce qu’elle avait à lui dire. Il ne retint pas le rire qui lui vint lorsqu’elle évoqua son animosité pour cette machine, et posa délicatement le verre pour la manipuler un peu. Les ailes, toujours, parce que c’était là que cela se jouait. Il hochait la tête à ses mots, elle avait raison. S’écarter, pour mieux lui revenir une fois rasséréné. Il était entêté et n’acceptait que difficilement une défaite. Ce n’eut été, certes, que partie remise, présenté ainsi… mais il n’en était pas moins difficile pour lui d’admettre qu’il ne pouvait trouver la solution à un problème purement mécanique. Il ne croyait pas à la magie, il ne pensait pas que Therdone avait donné aux oiseaux la Volonté de faire quelque chose d’irrémédiablement inaccessible à l’homme… Seulement que les imiter lui demanderait un exploit intellectuel, un surplus, justement, de Volonté. C’était un défi, qu’il brûlait de relever.

Il allait cependant lui donner raison lorsqu’elle reprit la parole sans lui en laisser le temps. L’intensité de son regard alerta l’inventeur quant à l’importance de ce qu’elle escomptait lui demander. Quelque chose se jouait… Puis les mots tombèrent, et un long, long silence s’installa entre eux.

Oh, belle Bellone, redoutable rousse. Il cilla dans un premier temps, et appuya son poing fermé à ses lèvres. Il les tamponnait d’un air pensif. Peut-être penserait-elle qu’il regroupait ses idées, prêt à les lui débiter… C’était le plus évident, s’il n’y avait eu ce léger froncement de sourcils qui ne lui ressemblait pas… Il ne toucha d’ailleurs pas à son verre, resté sur la table, et ne chercha pas, pendant longtemps, le regard de la jeune femme. De la poudre. Arme de mort, pire encore que le feu grégeois, qui dévorait la chair comme la pierre. Damian s’était toujours refusé à mettre dans ce domaine-là un pied qu’il craignait de ne plus pouvoir en sortir. Les engrenages, les machines étaient de bien innocents jouets en comparaison de ce qu’elle lui demandait. Le statut, le rôle de cette femme lui revint tout à coup en plein visage, et tandis qu’il reportait sur elle un regard franchement hésitant, il fut frappé par l’étincelle qu’elle avait dans les yeux. C’était cela, qui séparait Bellone de beaucoup des autres femmes qu’il avait pu connaître par le passé. Cela, qui la rendait captivante. Un danger latent sous la douceur et un caractère posé. Un danger froid, pas calculateur, mais réfléchit.

Il n’avait pas peur d’elle, en cet instant. Au contraire, il se plongeait à présent dans son regard sans détours. Il se demandait, simplement, s’il la suivrait ou non sur ce terrain là. Son sourire avait disparu, pour quelques secondes. Parce qu’ils parlaient de quelque chose de sérieux. De la mort… De l’ennemi, certes, mais aussi de la leur car s’il était une chose que l’inventeur savait de cette maudite matière, c’était qu’elle était bien pénible à contrôler.

Silencieux, toujours, après de longues secondes, une minute peut-être, il la revit sourire. Pas nécessairement là, devant lui, mais dans son esprit. Puis il la revit, droite face à cette armée qui le répugnait. L’arme au poing… mais qu’était une arme, face à des milliers d’hommes ? Dans cette vision là, Bellone faisait face seule… Mais il était possible d’en créer une autre, où il se dresserait à son côté. Pour peu qu’il accepte.

« Je ne suis pas expert de la poudre. » Mots contre nature… avec un peu de Volonté on pouvait se faire l’expert de tout ce que l’on désirait. « Il s’agit plus généralement du domaine des alchimistes… Je suis plus connaisseur du mouvement, et de la mécanique que de la chimie, mais… » Un sourire, finalement, enfin. « … Mais je sais quelques petites choses. » Il récupéra alors son verre, tacha de faire silencieusement l’inventaire de ses connaissances (mais cela, contrairement à ses scrupules, ne prit qu’une toute petite poignée de secondes), et s’enfonça un peu plus dans le fauteuil.

« Je sais qu’elle est basée sur le système de la réaction en chaine. Comme dans un mécanisme, mais celui-ci invisible. Elle suggère la possession de nombreuses substances qui sont difficiles à se procurer, mais dont je suis pratiquement sur que vous les avez toutes aux quartiers militaires. » Un sourire entendu, il fit tourner la liqueur dans sa coupe. « Également que pour l’instant, nous n’avons rien su mettre au point qui permette de rendre l’explosion provoquée contrôlable. La charge à employer doit être d’une précision rigoureuse, et à l’heure actuelle cela prend non seulement beaucoup de temps à régler, mais les accidents sont également très nombreux. » Il but, pour se donner le courage de continuer. « Je sais également, comme en témoigne l’attentat récent… » Il marqua une infime pause, l’observant avec un sourire énigmatique signifiant qu’il en connaissait l’auteur. « … que de la poudre, les Révolutionnaires en ont, mais qu’ils ne sont pas plus capables que nous de maîtriser cet outil pour le moment. Dans le cas contraire, nous leur aurions cédé depuis longtemps déjà. » Il termina son verre d’une traite, se resservit dans la foulée et termina : « Enfin, si c’est sur la poudre que s’engage ce conflit, je sais que ce sera le premier à être capable d’obtenir ce contrôle qui vaincra. » Il parlait de victoire. Mais entre les mots elle pouvait aussi lire la défaite, lourde, qu’ils subiraient d’eux-mêmes s’ils n’étaient pas d’une prudence excessive…

Il se pencha alors en avant, les coudes appuyés à ses genoux et les yeux plongés dans sa coupe. « J’ai déjà une idée de ce que vous compter me demander. » Il releva alors vers elle un regard intense, toujours sérieux, et ajouta avec gravité : « Et je le ferais. Du moins, j’essaierais de le faire. » Après avoir bu un peu, il reposa la liqueur, avant de reprendre sa position, appuyé à ses genoux. « Les obstacles, cependant, seront nombreux. Il ne s’agit pas tant de mes connaissances, car par un heureux hasard je sais lire, et par un autre nous possédons sur le sujet de nombreux ouvrages. Cela prendra du temps, bien entendu, mais en y consacrant le plus clair de mon temps je devrais pouvoir expérimenter quelque chose dans des délais acceptables… Cependant, et c’est là le plus compliqué sans doute, nous sommes assiégés, et n’avons pas accès à nos campagnes. » Il fronça les sourcils. « Il est exclu de procéder à des expérimentations ici, dans cet atelier, bien entendu… Et l’intérieur de la cité n’offre pas à ma connaissance d’espace découvert assez grand, et assez sur pour ne pas engager la vie d’habitants… Je ne peux pas, et je sais qu’il en va de même pour vous, tolérer l’idée de mettre en péril la vie d’innocents. » Il hocha finalement la tête, et se redressa un peu. « Je peux d’ores et déjà commencer à me pencher sur la question, peut-être trouverais-je dans la formule des ébauches de solution, mais il me faudra bien les tester un jour, et pour cela j’ai besoin d’un terrain, assez grand, au sol de terre battue. Si, d’ici à ce que je sois prêt, vous avez un terrain de cette nature à me proposer, alors vous pourrez compter sur moi. »

Puis il l’observa, silencieux et la gorge serrée. Il lui en coûtait de dire tout ce qu’il avait dit. Il aurait rejetée l’idée, formulée par n’importe lequel des membres du Conseil (par chance, ceux-ci semblaient ignorer jusqu’à son existence). Mais c’était la voix de Bellone, ses mots, et son appel à l’aide. Et il y répondait. Il avait parlé d’une traite, ne lui avait pas laissé le temps d’intervenir. À aucun moment. À présent que c’était fait, il laissa un soupir de soulagement lui échapper, et descendit, d’une traite cette fois, son second verre avant de le remplir à nouveau, ainsi que celui de la jeune femme. Il l’observa alors avec intensité. Une intensité émue, mais pourtant ferme. Se proposer de travailler à une machine de mort et de destruction n’était pas dans sa nature, mais il avait la Volonté de le faire. Le calme, et la douceur de son caractère avaient cela de bon qu’ils en faisaient un homme réfléchi, dont les mots ne venaient pas du néant mais bien d’une réflexion posée.

Désirant la rassurer quant à ses sentiments, il lui sourit finalement, se détendant un peu.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Jeu 15 Mar - 14:38

Ses yeux ne quittèrent pas l’Inventeur tout le temps qu’il parla. Bellone suivit avec attention ses explications sans pour autant perdre les changements de la physionomie de l’homme. Bellone ne l’interrompit pas tout le temps que durèrent ses explications. D’ailleurs, il ne lui en laissa pas l’occasion.
Damian la mettait en garde, elle ne le comprenait que trop bien.

Sa dernière affirmation la laissa silencieuse et pensive. Damian lui promettait son soutien si la Générale parvenait à remplir certaines conditions d’ici le moment où il devrait commencer les phases expérimentales. Ce n’était pas cela qui l’inquiétait, rien ne lui venait en tête qui aurait pu constituer un terrain approprié, mais ils finiraient bien par trouver. Là n’était pas la question.
Non, en vérité, c’était une arme de mort qu’elle lui faisait promettre. Une arme qui tuerait bien plus massivement que les catapultes ou les trébuchets garnissant les murailles. Une arme qui blesserait bien plus efficacement que ce qu’ils possédaient déjà. Mort et destruction. Ils sèmeraient la peur… s’ils la possédaient les premiers.
La guerre oblige aux innovations, aux effets de surprise si l’on veut gagner. Mais la guerre n’épargne personne, ne fait pas de distinction entre le soldat armé et la femme qui a suivi son mari dans les camps. Ce serait bien pire avec ce que Bellone lui demandait. Il le savait, elle le savait. Mais il avait accepté de participer à la création de cette arme.
Et elle le connaissait suffisamment pour se douter que cela allait à l’encontre de plusieurs de ses principes.

« Vous savez Damian, vous n’êtes pas obligé d’accepter, même si c’est moi qui vous le demande. » Sa gorge était légèrement serrée. Ce silence de quelques minutes lui avait permis de réfléchir aux conséquences de l’acceptation de l’Inventeur. Ses yeux croisèrent ceux de son interlocuteur, elle reprit la parole.
« Vous avez eu une remarque tout à fait judicieuse tout à l’heure, les révolutionnaires possèdent eux aussi de la poudre en quantité. Si l’armée de Beltxior avait été constituée de soldats de métier, je ne m’en serais pas souciée autant, bien que la Poudrière aurait subi le même sort. » Les images de cette nuit là lui revinrent en mémoire, et surtout la minuscule silhouette de Beltxior beuglant comme un bœuf au pied des murailles.
« Seulement voilà, Beltxior a commencé sa campagne au printemps, le moment idéal pour une armée en marche. Mais cela fait maintenant deux mois que son armée campe autour de la Cité. Nous sommes en été, période des moissons. Et de quoi est constituée majoritairement cette armée ? De paysans, de fils de paysans, de la bourgeoisie de campagne. Des personnes qui ont cru en ces paroles, qui pensaient pouvoir contribuer à changer l’ordre des choses. Beltxior n’est pas fou, il sait que le temps lui est compté. » Ce que bien peu parvenait à comprendre…

« Les réalités vont bientôt se rappeler à la majeur partie de son armée. La fin de l’été, l’automne et puis l’hiver. Deux mois sont déjà passés, cela sera si vite arrivé. Et pendant qu’ils attendent devant une Cité dont on leur refuse l’attaque, une grande partie des moissons périt sur pied. Le temps commence à jouer contre lui… » Bien sûr, tous les paysans des campagnes ne s’étaient pas non plus joint à son appel, et beaucoup étaient restés chez eux. Mais de ceux qui étaient venu, combien s’inquiétaient-ils de leur champ, de leur troupeau quand ils voyaient que rien n’avait changé en deux mois ?

« Je ne dis pas tout cela pour me justifier, je sais ce que je vous demande de créer. Mais si mon premier objectif a été de faire exploser leur réserve de poudre, c’est qu’il s’agit d’un moyen rapide et efficace d’abattre un mur. Combien de temps lui faudra-t-il avant de rassembler à nouveau une telle quantité ? Trop peu à mon goût… Et lui possède toute la place qu’il désire pour faire des expérimentations. »
Il ne comptait peut être pas se servir de la poudre de cette manière là, mais c’était l’explication la plus logique qu’ils étaient parvenus à trouver. Celle là même qui avait motivé l’expédition jusqu’au camp révolutionnaire.

« Je voulais que vous soyez au courant de tout cela, afin que vous puissiez prendre votre décision en connaissance de cause, et non pas parce que je vous l’ai demandé. » Elle eut un léger sourire puis ses traits reprirent un air sérieux. « Si vous changez d’avis, que ce soit maintenant, ou plus tard, faites le moi savoir, je ne vous en tiendrais pas rigueur. »
Son regard se fit plus vif tandis que sa voix baissa d’un ton. « Je tiens plus à l’ami qu’à l’inventeur… »
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Ven 23 Mar - 19:19

Elle était trop fine, bien sur, pour ne pas percevoir ou du moins se douter de ce que sa demande avait pu inspirer à Damian. Il fut sensible, en retour, au malaise qui était celui de Bellone. Sa voix avait quelque chose de noué qui trouva un écho en lui. Et pourtant, à présent qu’avaient été lâchés les mots, ils avaient fait entre eux un inexorable chemin. Trop tard pour revenir dessus. Damian n’était pas homme à s’entêter en vain et ce contre son gré, mais il avait une conscience du devoir et celle-ci le plaçait aux côtés de cette femme. Car sa cause, il n’en doutait pas, était juste. Et car sa tâche, c’était une évidence, était ardue. Quoi que d’un naturel solitaire, ayant en horreur le conflit et les rumeurs pernicieuses, celles-ci venaient à lui, au détour d’un couloir ou dans les cuisines où il allait parfois se servir quelque chose. Il était ainsi au fait de nombreuses choses, parmi lesquelles la tension notoire qui opposait la Générale à certains membres du Conseil et, à travers elle, l’armée. Il la savait pourtant fidèle à Ysor et quoi qu’il n’ait pas d’animosité pour le Conseil, si ce n’était un léger malaise à leur égard, cela en faisait pour lui son alliée directe. Il aurait fallut être idiot, pour ne pas réaliser que peu de monde dans ce palais avait sincèrement à cœur l’avenir de cet homme que beaucoup disaient trop doux, et trop artiste pour le pouvoir. Caractère au demeurant fort proche du sien…

Silencieux, il se plongea dans les yeux de la jeune femme. Ce n’était pas un sentiment d’obligation qui l’étreignait alors. Aussi n’était-il pas pris au piège par cette amitié, du moins il ne le percevait pas ainsi. C’était plutôt un devoir soulagé qui s’était emparé de lui. L’idée que son acceptation, quoi qu’elle aille à contre courant de nombre de ses valeurs, le plongeait dans l’ombre de cette femme débordante de Volonté et de courage. Il n’avait bien entendu pas l’intention de se cacher dans ses jupons, et entendait bien tenir sa place, se rendre utile. Il en concevait tout de même un réconfort, celui de savoir qu’avec son aide elle les défendrait mieux. Et si ses nuits ne s’en calmeraient sans doute pas (il les savait par avance hantées par la culpabilité à venir), au moins ne seraient-elles plus aux couleurs de la solitude de la belle rousse.

Il soutint donc son regard sérieux sans faillir, et sans un mot ni émettre l’idée que sa Volonté puisse faiblir. Il l’écoutait attentivement tandis qu’elle développait l’image qu’elle se faisait de la situation, les tenants et aboutissants de ce siège qui s’éternisait… Il trouva l’analyse qu’elle faisait de cette situation fine, d’une subtilité qui confirmait l’idée qu’il se faisait d’elle. Il était trop rêveur, et trop préoccupé par mécanismes, formules et calculs pour s’ancrer de lui même dans ce réel si sordide. Elle était pour sa part immergée dans un concret dur et houleux dans lequel elle se débattait avec souplesse. Et lui, en silence, caressait l'espoir que ce soient-là deux attitudes de nature à se compléter.

À l'urgence qu'exprimaient ses mots, il répondait d'un hochement de tête entendu. Il assimilait, acceptait ses idées. Il ne voyait pas ce qu'il aurait pu y trouver à redire, et était de toutes les manières fort peu éclairé en matière de génie militaire. Puis, et comme elle le lui demanda ensuite, il pensa à la décision qu'il avait prise. Elle allait à l'encontre de chacun des principes qui étaient siens (à l'exception, peut-être de la loyauté qu'elle contentait tout à fait). Vie, paix, douceur. Se faire le bras armé d'un Général, fut-il cette femme, avait de quoi lui hérisser le poil. Mais alors qu'il la regardait posément, il était persuadé que cette sobriété avec laquelle elle envisageait la mort de beaucoup d'hommes et de femmes n'était en réalité qu'une bien nécessaire réserve. Qu'au fond, ces vies qu'ils prendraient lui importeraient autant qu'à lui. Bellone n'avait pas l'air de ces militaires avides et déshumanisés, prompts au combat. Il n'était pas naif bien entendu, et savait le calcul parfois plus redoutable que la violence brute... Il devinait une férocité qui, en d'autres circonstances, pourrait aller jusqu'à devenir fascinante. Mais il l'occulta sciemment de son esprit.

Elle n'était pas un prédateur, mais celle qui lui parlait d'amitié. Dont il se souciait et qui, par son engagement, se souciait en retrour de chacun d'entre eux.

« Je tiens plus à l’ami qu’à l’inventeur… »

Un sourire reparut alors sur ses lèvres, plus doux et plus tranquille. Le trouble et le doute passaient. Après l'avoir vidé, il reposa délicatement le verre sur la table qui les séparait, puis releva vers elle un regard intense. « C'est parce que je ne suis pas qu'un inventeur, mais aussi cet ami que j'accepte. » Et il était intimement persuadé qu'elle n'aurait pas non plus formulé cette demande à un pacifiste qui n'aurait été de ses amis... Sa voix grave, profonde, il reprit. « L'inventeur seul aurait refusé votre demande... » Un constat, mais elle s'en doutait déjà. En revanche... « L'ami, Bellone, ne tolère pas l'idée de vous laisser seule face à une telle fureur. Je veux me tenir à vos côtés si cela peut vous soulager. Ne serait-ce qu'un peu... Peut-être mon caractère n'est-il pas le plus préconisé, mais je suis intimement convaincu de pouvoir, et de devoir le faire. » Son sourire s'élargit alors. Il n'était pas assez près pour lui prendre la main, la serrer, laisser la complicité et l'amitié qu'il ressentait pour elle s'exprimer au travers de la chaleur de celle-ci. Alors ne restait plus que ce visage résolument tranquille. Il acceptait de lui offrir son aide, et il était conscient des sacrifices que cela supposerait... Elle pouvait, du moins pour cela, se reposer sur lui. Par ce déni qu'il faisait de sa moralité, il espérait aussi qu'elle sache qu'elle pouvait se reposer sur lui en général, ne serait-ce qu'afin de mettre de côté pour quelque temps au moins la pression, et le malaise qui pourraient étreindre la Générale... Un verre, une conversation, n'importe quoi, il se sentait l'envie de le lui concéder...

Il resservit son verre, avisa celui de Bellone, puis se renfonça légèrement dans son fauteuil et l'observa tranquillement. Il repensait à ce qui lui était revenu à l'esprit, au sujet du Conseil. Un froncement de sourcils un peu soucieux lui vint alors. « J'ai entendu dire que l'on vous menait la vie dure, en ce moment... J'espère que vous tenez bon. » D'un geste, il désigna l'endroit, puis ajouta à voix basse : « Si vous avez besoin de vous couper un peu de tout ça, d'être hors de portée de certains pour une heure ou deux, vous êtes la bienvenue ici. »
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Mar 27 Mar - 13:47

Damian lui avait dépeint le tableau bien noir de leur situation qu’ils allaient assombrir davantage par l’usage qu’ils risquaient de faire de la poudre. Et malgré cela, malgré les assurances qu’elle lui offrait si jamais il souhaitait abandonner ce travail, Damian persistait à vouloir lui offrir son aide dans ce projet qui allait sans aucun doute à l’encontre de sa nature.
Plus qu’un Inventeur, plus qu’un soutien, c’était un véritable ami qui se tenait face à elle. Un ami qui ne la trahirait pas, un ami en qui elle pouvait avoir confiance, un ami qui travaillait dans le même but qu’elle : soutenir Ysor et le siège. Jamais Bellone n’avait autant éprouvé de gratitude pour cet homme qu’en cet instant. Sauf peut être le jour où il était venu leur proposer d’innovants plans de défenses contre les Révolutionnaires. Alors que les défenseurs se trouvaient à un contre six, l’Inventeur avait renversé la donne…

Il n’y avait pas de mots assez forts pour le remercier de cette confiance qu’il lui accordait. Aussi se contenta-t-elle de lui sourire, un sourire franc, sincère, chargé de reconnaissance. Elle reprit une gorgée du verre qu’il venait de lui servir. Une chaleur réconfortante se répandit dans son corps à laquelle l’alcool, mais aussi cette démonstration d’amitié n’étaient pas étrangers.
Les soutiens se révélaient petit à petit, les uns après les autres. Certains sortants parfois de nulle part, comme Elenor dont l’amitié retrouvée lui avait ôté le poids de la culpabilité des épaules, mais qui devait rester cachée dans l’ombre. Et puis il y avait eu la Douairière dont le soutien avait été aussi surprenant que soudain, mais accueillit avec gratitude par des soldats se sentant délaissés par ceux qu’ils étaient chargés de protéger.
Et enfin Damian, mais peut être aurait-il plutôt fallu commencer par lui. Il était là depuis le début, non pas au cœur de l’action, mais en retrait. Une force tranquille…
Il faisait désormais un pas en avant. Du travail en retrait qu’il faisait jusque là, il se plaçait maintenant juste à ses côtés. La Générale espérait que cela ne lui porterait pas préjudice. Ces derniers temps, se reconnaître de ses amis était risqué tant l’Aîné des Conseillers l’avait prise en grippe…

Le visage de son interlocuteur changea légèrement, devenant plus soucieux. Il reprit la parole en évoquant justement la source de ses pires problèmes. La jeune femme fronça les sourcils puis ne put s’empêcher de rire. Etait-ce l’alcool qui lui faisait cet effet ?
« Excusez moi Damian, je ne me moquais pas de vous. Au contraire. Vous n’imaginez pas combien le soutien que vous m’offrez est important pour moi, mais aussi pour l’armée et ceux que mes soldats défendent. » Elle se tut un instant, avant de reprendre. « Si j’ai ri, c’est parce que si je n’étais pas autant débordée par le travail, je crois que je serais tentée d'abuser de cette offre si généreuse. »

« Le Conseil est sur les nerfs ces derniers temps, et je suis dans leur ligne de mire parce que j’ai, selon eux, l’audace de mettre à mal leur pouvoir en privilégiant celui du Gardan Edorta. Vous comprendrez sans doute pourquoi, vous le connaissez depuis un certain temps maintenant. »
A son tour elle se pencha pour resservir les verres. « Mais je peux vous promettre une chose, c’est de venir de temps en temps. D’ailleurs, vous me ferez penser de ramener une bouteille remplacer celle-ci. » Bellone lui sourit et son ton devint plus sérieux. « Si vous pouviez seulement ne pas parler de ce projet… C’est autant pour moi que pour vous. Je ne veux pas que le secret s’ébruite et parvienne jusqu’à des oreilles mal attentionnées. Et si vous voulez continuer à pouvoir travailler tranquillement, il vaut mieux éviter que le Conseil apprenne que vous êtes associés à moi. J’ignore quelle pourrait être leur réaction… »


Dernière édition par Bellone Lastareth le Mar 17 Juin - 22:11, édité 1 fois
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Mer 28 Mar - 21:08

Il fut interloqué par son rire, et chercha, une seconde ou deux, quelle était la part comique de son propos. Non pas avec dépit, ou par vexation, mais plutôt un intérêt hésitant. Il lui proposait son aide avec sérieux, la trouvait fatiguée, et espérait pouvoir lui être d’une aide quelconque… Cependant le rire fut trop bref pour lui laisser le temps de s’y attarder, et le sourire qui fut celui de la Générale ensuite le rassura aussitôt. Il n’avait pas laissé son incertitude envahir son visage, ne se défaisant pas de son habituel sourire, si ça n’avait été à la rigueur un léger plissement de ses yeux. L’explication de son hilarité lui arracha, à son tour, un rire, léger. En secouant doucement la tête, il plongea le regard dans sa coupe, et en fit tournoyer un peu le contenu. Elle était éméchée. C’était amusant, mais logique. Amusant parce qu’elle se détendait dans une forme de douceur qui lui convenait tout à fait. Au moins cela la rendait-elle joyeuse. Il but à cette idée, puis haussa doucement les épaules. Qu’elle « abuse », selon ses propres termes, de son hospitalité ne le dérangeait pas. Il le lui signifia d’un signe de dénégation, avant d’écouter avec une attention posée la suite.

Il but pour masquer le désagrément que cette nouvelle lui causait, au fond. Il n’aimait pas savoir qu’elle avait à supporter ce type de comportement, elle qui avait déjà tant à faire. Elle confirma ses soupçons, confirma les bruits de couloirs et une fois encore, il brûla de lui signifier sa sympathie, et la compassion qu’elle lui inspirait.

Lorsqu’elle marqua une pause, le temps de les resservir, il se plongea dans ses pensées. Ysor… Ce Gardan Edorta, qu’il considérait intimement, sans jamais l’avouer à qui que ce soit, comme un ami plus que comme un dirigeant, était tombé dans le pire des paniers de crabes. Ysor Arlanii était un artiste génial, mais qui comme tout génie pêchait par excès inverse… Il était trop doux, et trop sensible pour tenir bon face à ces politiciens chevronnés. L’inventeur se demanda subrepticement s’il aurait agi de la sorte, à la place de l’Arlanii. Aurait-il cette patience ? Serait-il réellement mou ? Il n’aimait certes pas le conflit, mais celui-ci le répugnait tant qu’il était possible qu’à force il ait choisi de se rebeller… Voir Bellone mise à l’amande sous ses yeux par un Conseiller aurait, en tout cas, pu le mettre hors de lui… A cette idée il plongea dans le verre qu’elle lui tendit, puis toussa doucement dans son poing. Oui, au fond, déguisée d’un sourire, il y avait un soupçon de colère pour poindre à son esprit. Il l’imaginait, elle, acculée par Riarg Karnimacii ou, celui que l’on disait le plus véhément à son encontre : Cyrilis Jaktarii.

Sa promesse adoucit un peu son humeur, et il ressortit du verre avec un sourire affable. Elle l’enjoignit alors au silence, qu’il comprenait tout à fait, et qui en plus l’arrangeait tout à fait. « Bien entendu, je comprends… souffla-t-il. Cela dit, il est fort peu probable que cela s’ébruite. Je n’ai de comptes à rendre qu’à notre Gardan Edorta, et celui-ci est, à l’heure actuelle, pris par ailleurs… » Mais il fronça les sourcils, sa dernière phrase n’était pas des plus rassurantes. « Pensez-vous vraiment que le Conseil pourrait en arriver à limiter mes recherches, et ce à l’encontre de la volonté d’Ysor Arlanii lui-même, pour peu que je sois votre allié… ? » Il s’avança alors un peu, quittant le fond de son fauteuil pour le bord, ses coudes appuyés à ses genoux relevés. Il ne la quittait plus des yeux, concentré. « En ces temps funestes, nous ne devrions pas oublier à qui revient notre survie… Il est inquiétant que le Conseil n’ait pas appris cette leçon. » Avec un soupir, il but une petite gorgée de l’alcool sucré, puis déposa sa coupe à même le sol pour saisir la machine qui les séparait. « Quoi qu’il en soit, je garderais votre secret. Les conseillers ne me considèrent de toute façon que comme un domestique insignifiant – ma noblesse est encore fraîche, je ne suis même pas sur qu'ils soient nombreux à avoir pris note de celle-ci – donc je n’aurais pas à essuyer de questions gênantes. Quant à Ysor, j’ai pour lui bien d’autres projets, et je pense que la fureur de la poudre n'est guère de nature à égayer ses bien tristes journées. » Un soupir à nouveau, un peu dépité. Il s’en voulait, à présent qu’il en parlait, de ne pas l’avoir vu, de ne pas avoir pris la peine de lui faire savoir son soutien le plus appuyé. Il était bien entendu venu présenter à la Reine ses vœux de prompt rétablissement, mais il aurait du faire bien plus… Comment, alors que le Gardan Edorta était demandé de toute part ?

Son sourire, reparaissant, il reporta son regard sur la générale, s’occupant les mains en manipulant les ailes articulées de la machine. « En tout cas, je garderais votre promesse en mémoire. Je compte sur vous. » Une lueur malicieuse dans les yeux, puis il laissa les ailes retomber, piteuses. Inutiles.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Ven 30 Mar - 13:11

Son verre vide, Bellone le reposa sur la table sans le remplir à nouveau. Elle se sentait légèrement éméchée, comme l’attestait le rire qu’elle avait eu quelques instants plus tôt, et il était préférable que son taux d’alcoolémie n’augmente pas plus. Elle devait rester lucide, à tout moment, mais il fallait bien admettre que ces quelques verres lui faisaient le plus grand bien.
Pour un moment, bienvenu, tous ses problèmes s’estompaient et devenaient plus lointains, moins présents à son esprit. Ce qui lui laissait, elle s’en rendait bien compte, plus de latitude pour apprécier pleinement la conversation qui se présentait. D’autant plus qu’elle estimait beaucoup l’Inventeur.

Mais Bellone savait que ce n’était qu’une illusion induite par l’alcool. Si les problèmes se faisaient petits et discrets pendant quelques temps, ce n’était que pour mieux ressurgir un peu plus tard. Elle avait mis en garde Damian contre le Conseil et elle comprenait parfaitement qu’il lui pose des questions à ce sujet. Cependant, elle était bien en peine de lui répondre…
« Je ne sais pas quoi penser du Conseil. Je crois qu’ils sont habitués depuis trop longtemps à manipuler les gens à leurs souhaits pour qu’ils ne supportent plus la moindre opposition. Nous l’avons bien vu avec… » Elle hésita un instant. Il lui était toujours autant difficile de l’évoquer. La douleur partirait-elle un jour ? « … avec Elandor, avant qu’il ne disparaisse. » Avant qu’il ne l’assassine… La colère s’instilla à nouveau lentement en elle. Elle refluait parfois, mais revenait toujours. Un jour, ils paieraient. « Je crois qu’ils ont été soulagés le jour où Ysor est monté sur le trône… »

« Je ne prétend pas lire dans leurs pensées, mais j’ai cette impression qu’ils écartent tout ce qui menace l’exercice de leur pouvoir. Je ne suis pas assez docile pour eux, je leur tiens souvent tête, donc, ils ne m’apprécient pas. » Ce n’était que répéter ce qu’elle avait déjà dit, mais cela l’aidait à réfléchir. « Quant à la possibilité qu’ils limitent vos recherches… je suis incapable de vous dire s’ils le feraient. Mais souvenez-vous bien d’une chose, Ysor reste certes le Gardan Edorta, mais c’est le Conseil qui dirige. Et le Conseil seul. Après tout, rien n’est plus facile de changer une marionnette quand celle-ci ne convient plus. Ils l’ont déjà fait une fois, ils le referont si besoin. »
Bellone en disait beaucoup, elle s’en rendait parfaitement compte, mais elle ne pouvait – ou ne voulait ? – réfréner le venin qui sortait, d’où une certaine sécheresse dans son ton. Elle ignorait si Damian s’était posé des questions au sujet de leur précédent Gardan Edorta. Il était trop tard pour revenir en arrière, mais peut être était-ce un bien s’il tenait autant à Ysor qu’il le disait.

Cependant, la Générale s’arrêta là sur ce sujet. C’était à lui désormais de poser les questions s’il voulait en savoir plus. Quant à elle, son visage se radoucit, la colère s’estompant un peu maintenant qu’elle avait pu se décharger en partie. « J’espère que vous parviendrez à le distraire… s’il y a une personne qui en a besoin en ce moment, c’est bien lui. Pour rien au monde je ne voudrais être à sa place. Il subit des contraintes de tous les côtés et doit supporter des tensions que je n’imagine pas. Chacun a droit à son lot de pressions avec le siège que nous supportons, mais lui n’a pas été gâté ces derniers temps. »
Elle repensait à la tentative de meurtre sur sa future épouse, aux conseillers, mais aussi à la Douairière qui ne devait pas laisser un instant de répit à son fils entre toutes les sollicitations qu’il recevait. Non, Ysor ne devait pas avoir la vie facile. Une distraction serait sans doute la bienvenue pour lui.
Bellone eut un sourire. « Peut être lui ferez vous essayer votre machine volante lorsque vous l’aurez terminée ? »
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Lun 16 Avr - 15:23

Il était attentif au moindre mot qu’elle lui disait. Non pas que ce qu’il entendait fut agréable, loin s’en fallait d’ailleurs, mais plutôt qu’il avait une vague conscience que ce qu’elle lui livrait là était décisif. Pourtant, tandis qu’elle enfilait les mots comme des perles de plomb qui, peu à peu, alourdirent la nuque de l’inventeur, celui-ci sentit sur sa langue le goût amer du complot, et ne put refréner tout à fait un froncement de sourcils. Pas ses insinuations, on pouvait penser qu’elle croyait le Conseil responsable de la mort d’Elandor Arlanii… C’était là une accusation des plus graves, et Damian en avait pleinement conscience… Et pourtant il y avait dans sa façon de lui livrer les informations un naturel tel qu’elle perça ses défenses, et que cette idée, non seulement fut accueillie, mais germa très vite. Il avait noté la peine de la rouquine, lorsqu’elle avait prononcé ce prénom. Pas même son nom. Ils devaient avoir été intimes, songea-t-il, sans trop oser s’aventurer plus loin. Cette femme était secrète, et il n’avait que fort peu connu le précédent Gardan Edorta, pour qui il n’avait du coup pas eu un attachement aussi virulent que certains. Il savait que c’était de son décès que s’était levée la Dissidence, vengeresse… Et à en croire les traits affligés, la voix retenue de Bellone lorsqu’elle l’évoquait, il n’en concevait que davantage d’admiration pour elle… Elle était fidèle à Ysor, et le protègerait bec et ongles… Alors qu’elle aurait pu comme ceux-là qui grondaient dans l’ombre, abandonner à son sort celui que l’on disait trop faible pour gouverner. Ce positionnement, fidèle, pondéré et entier était à ses yeux gage d’une Volonté louable.

Une marionnette, remplacée… Elandor, puis peut-être Ysor… et Bellone… et lui ? Si Olynn n’avait pas fréquenté très souvent les Conseillers, il s’en était très vite défié. Parce qu’on les disait friands de manipulations, et surtout impitoyables avec leurs adversaires. Il était trop pacifiste, et trop doux pour être considéré comme tel bien entendu, mais il avait toujours eu peur d’être pris, d’une manière ou d’une autre, dans un engrenage. Il était expert en engrenage, et savait qu’il en était de nature à broyer un homme sans même se donner le temps de souffler. Et tandis que cette idée lui venait, il avait l’impression que le sol bougeait à peine, un frémissement, qui signifiait juste que la grande roue sur laquelle il était perché venait de s’enclencher. En acceptant d’aider Bellone Lastareth, il avait condamné sa paix et sa neutralité. Et peut-être qu’un jour, si elle finissait broyée, il en irait de même pour lui. Silencieux, il l’observa, s’attarda sur ses traits rendus farouches par le sujet dont elle lui parlait, et malgré lui s’attacha aux détails de ce tableau. Une boucle rousse qui s’échappait et ajoutait au désordre semé par un infime début d’ivresse, la moue contrite de ses lèvres à l’aspect d’ordinaire doux, l’étincelle combattive de son regard. Et malgré lui toujours, il accepta l’idée que, peut-être, il risquerait d’être broyé un jour. C’était idiot, sans lien avec sa nature profonde, mais il préféra ne pas lutter, et laisser tout cela s’éteindre tranquillement, plus tard. Si cela s’éteignait seulement.

Alors, non content de s’en méfier par nature, il lui faudrait craindre le Conseil, ne pas leur être utile, ne pas les intéresser. Il se confortait déjà dans le rôle très annexe qu’il jouait ici, au Palais, et s’y conforterait davantage encore, laissant aux quartiers militaires où il la retrouverait à l’occasion ce qu’il aurait à jouer de rôle plus conséquent. « Vos paroles sont… alarmantes, Bellone, mais je saurais m’en souvenir… » Un sourire d’excuse, et il ajouta : « Je ne suis pas rompu aux complots et aux intrigues, aussi ferais-je mon possible pour m’en tenir écarté. Espérons à présent que cela soit suffisant… » Puis autre chose effleura son esprit. Quelque chose qu’il n’était pas sur de pouvoir décemment confier… Et pourtant, il en avait envie. Car déjà cette idée s’était diffusée en lui, avec l’effet d’une tâche d’huile, pour le faire ciller face à son interlocutrice. Demeurer dans l’ombre, passif, détaché… Oui mais… Lui n’avait été que l’ultime maillon de cette chaîne de marionnettes à sacrifier, et si cela le répugnait que de s’impliquer dans une guerre intestine, mettant en péril sa propre sécurité, il savait également qu’il pourrait, peut-être, trouver en lui la Volonté de le faire pour elle, ou pour Ysor. Il avait pour son Gardan Edorta, cet homme à qui il devait tant, qui lui avait offert cette opportunité unique de surmonter son deuil, une affection très sincère, et s’il devait avoir des motifs de craindre pour sa sécurité, fut-ce à cause du Conseil lui-même, Damian ignorait s’il saurait en rester à sa passivité naturelle. Pour Bellone, la question ne se posait pas… Il l’avait déjà quittée.

Un léger soupir et il ajouta doucement : « Je n’ai pas cru, à l’époque, aux allégations qui étaient formulées à l’encontre du Conseil, et je dois admettre que la simple idée d’y croire m’inquiète un peu… » Son regard se fit alors plus sérieux, mais aussi plus déterminé. Il planta son regard d’ordinaire plus clair, dans les yeux de la Générale avant d’ajouter à voix basse : « Je ne sais pas si je serais capable de les voir se débarrasser d’Ysor… ou de vous, et de rester impassible. » Puis un sourire, infime, sans pour autant que son regard ne s’éclaircisse « Mais je n’ai hélas aucun pouvoir ici. Ou tant mieux, sans quoi serais-je peut-être plus vulnérable. Enfin, il est des hommes qui trouvent leurs armes dans l’urgence. Espérons que je sois de ceux-là si vos sombres prédictions devaient s’avérer réalistes. »

Un soupir, de dépit sans doute, puis il haussa les épaules et écouta la suite. C’était là un sujet qui lui allait davantage, lui arrachant un sourire réconfortant (et réconforté) tandis que sa voix retombait. Un rire, léger, puis il poussa vers elle sa machine dont les ailes, toujours, traînaient un peu. « Je crains cela dit que lui faire essayer une telle machine frise la félonie, et je ne me risquerais pas à figurer parmi vos ennemis ! Vous êtes une femme bien trop redoutable pour cela. » Son rire se mua alors en un sourire, plus doux, heureux de revenir à quelque chose de plus léger. Dans ses yeux toujours l’ombre de leur conversation, mais les mots, plus plaisants, la tenaient cependant à bonne distance. « Quoi qu’il en soit, je ferais mon possible pour l’égayer, je projetais d’ailleurs, tout à l’heure, de lui rendre une visite. Mais j’ai consacré tant de temps à cette machine que j’en ai quelque peu délaissé le reste… Ce que je projette de lui présenter n’est du coup qu’une ébauche, et je n’ai rien de concret à proposer à notre artiste de Gardan Edorta. » Encore qu’il pouvait lui offrir sa seule présence… Mais si une conversation suffisait d’ordinaire à les absorber tous deux, il en doutait pour cette fois, compte tenu de la gravité de la situation. En d’autres temps, il se savait l’asile de cet homme sur qui le pouvoir s’était abattu comme une averse, mais il était un asile si petit, et l’averse était si drue à présent qu’il se trouvait dérisoire… Pauvre Ysor.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Dim 29 Avr - 10:26

Bellone sourit. Se tenir à l’écart des manigances du Conseil était une résolution sage et avisée qu’elle aurait sans doute aimé pouvoir suivre. Mais vu sa position, cela lui était clairement impossible et elle était soulagée que Damian choisisse de s’y tenir. Quoi qu’être simplement fidèle à Ysor et accepter de lui prêter main forte à elle pouvait déjà être considérer comme une entrave à leurs manœuvres…
Mais bien que cela lui donnait désormais plus de crainte à se faire au sujet de l’Inventeur, elle ne regrettait pas de l’avoir informé de ce dont était capable le Conseil. Bien que Gardan Edorta, Ysor disposait de trop peu d’alliés réellement au fait de sa situation. L’était-il d’ailleurs lui-même ? Bellone en doutait parfois, à moins qu’il ne montre au contraire une véritable présence d’esprit.

Avoir mis Damian au courant de ce qui, plus que des soupçons, se voyaient être des certitudes allégeait quelque peu son fardeau. Dans le présent, ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour Ysor, hormis veiller sur lui, veiller à ce qu’il ne lui arrive pas la même chose qu’à son aîné, tout en servant au mieux ses intérêts. Car à moins de liquider un à un les membres du Conseil, ce qui n’était guère envisageable avec les Révolutionnaires aux portes de la Cité, leur champ d’action restait terriblement limité.
Et puis… bon gré, mal gré, il fallait bien admettre que certains Conseillers, si l’on excluait cette fâcheuse tendance à vouloir s’approprier un maximum de pouvoir, étaient réellement compétents. Riarg Karnimacii, pour ne citer que lui, avait fait énormément pour la Cité et pour Isles. Mais voilà, à trop faire passer leurs intérêts propres en premier, ils en avaient oublié une chose : une Capitale n’a plus aucune signification si elle n’a plus rien à rassembler autour d’elle.
Mais sans doute était-il trop tard pour en faire une préoccupation majeure maintenant que les campagnes se massaient devant leur porte pour en finir avec cette gestion qui les laissait de côté. Sans doute… ou plutôt certainement. Lorsque tout serait terminé, lorsque la Révolution serait matée – car il était évidemment hors de question de laisser gagner les Olarii – là, il serait temps de repenser à ce problème pour y mettre un terme. Tant que la Cité resterait fermée, tout effort en ce sens serait, au final, stérile. Mais une fois le siège levé… le pouvoir du Conseil pourrait être remis en question.

« C’est une sage résolution que vous prenez de vouloir vous tenir éloigné des agissements du Conseil. J’espère seulement que le chemin que je vous fais prendre vous permettra de vous y tenir. J’ai peur qu’une fois entré dans le… jeu, on ne puisse plus en sortir… » Vaincre ou mourir, n’était-ce pas l’adage en vigueur ? Elandor était mort, elle ferait tout pour que ce ne soit pas le lot de son frère… ou de ses amis.
« Quoi qu’il en soit, vous avez raison sur un point. Cela me chagrinerait beaucoup mais je crains de devoir vous déclarer ennemi public numéro un si jamais le Gardan Edorta venait à se rompre le cou sur l’une de vos machines. » Mais peut être qu’en manœuvrant habilement, peut être… Et Bellone ne put retenir la remarque ironique qui avait germée dans son esprit. « Faites les d’abord tester par quelques conseillers. S’il y a un problème, je ferai passer ça en perte et dommage collatéral. » Et peut être serait-il possible d’expédier un ou deux conseillers directement dans le camp de Beltxior. Avec un peu de chance et l’incompétence notoire dont souffraient en grande partie l’entourage d’Ysor, les conseils qu’ils fourniraient à l’Olarii contre leur vie suffiraient à le conduire à sa perte. Au pire, la capitale serait débarrassée d’une ou deux plaies qui cesseraient dès lors de leur empoisonner l’existence. Quoi ? On avait le droit de rêver non ?

Elle grimaça tout en jetant un œil à la bouteille puis força un léger sourire d’excuse à Damian. « Ou bien c’est moi qui ne suis plus habituée à la boisson, ou bien c’est cet alcool qui est plus fort que ce que je pensais, mais évitez de ressortir une de ces bouteilles avant longtemps. Sa capacité à délier les langues est impressionnante. » Elle sourit plus franchement avant de revenir au sujet de leur conversation. « Quant à Ysor, je pense qu’il vous accueillera avec joie même si vous vous présentez à lui les mains vides. Qui plus est, vous pourrez peut être enfin être présenté à Lis Diantha. Elle a l’air de vraiment bien se remettre de cette… attaque et a même pu assister l’autre jour à la Danse Taurine de l’une de ses compatriotes… » Le ton de sa voix baissa alors que les évènements se rappelaient à sa mémoire. « …vidant ainsi le Palais de ses gardes, avec les conséquences fâcheuses qui en ont résulté. Enfin… c’est tout de même une chance que la mère et les enfants s’en soient sortis. Je préfère ne pas savoir ce qui se serait produit dans le cas contraire… »
Défier ainsi la volonté de Therdone, il fallait être véritablement fou pour oser le faire…
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Lun 30 Avr - 8:39

Après les quelques mots défaitistes venus clore le sujet du conseil, la jeune femme reprit la parole et, pour le soulagement de l’inventeur, s’aventura sur le terrain de l’humour. Elle saisit l’occasion qu’il lui offrait de se moquer de sa bien piètre création, avant d’asséner une ultime boutade qui, après l’avoir laissé quelque peu interdit, lui arracha un rire sous cape. Elle plaisantait de sa situation, plutôt périlleuse, envisageait les difficultés qu’il avait à élaborer sa machine avec une désinvolture telle qu’ils pouvaient tous deux en rire… Mais le propos était osé, surtout au sein même de ce palais… Et si Damian n’avait pas été sur que personne n’était là pour les entendre, il se serait inquiété de la voir se découvrir ainsi. Elle avait besoin de repos, d’une pause. Elle avait besoin de décompresser plus encore qu’il ne l’avait perçu… Dans son état, il le percevait, elle eut été friande de toute distraction qu’il aurait à offrir. Il garda cette idée pour lui, cependant, se contentant de l’observer, pommettes rosées, œil rieur et visiblement éméchée. Pleine d’un charme différent. Elle semblait rajeunie par ses médisances… S’amuser, même avec ironie, lui allait bien. Un masque que peu de monde, au Palais, avait vu, il le savait pour n’avoir eu d’elle avant leur première entrevue un peu plus personnelle qu’une image sobre, et altière. Une image qui avait elle aussi un pouvoir de captation certain… Mais qui n’avait pas sur lui l’effet qu’elle avait un peu plus adoucie, en perte partielle de son contrôle.

Sans doute cela venait-il aussi de l’alcool, car il ne détournait pas les yeux, l’observait sciemment avec une intensité dont il espérait qu’elle ne la prenne pas mal. Elle n’était pas parfaite, si invincible… Et malgré tout elle aurait besoin d’être protégée, épaulée. Oh, cela il ne le lui proposerait pas, il n’était pas encore assez ivre pour ne serait-ce qu’imaginer y prétendre, mais en lui apportant le soutien offert, et accepté, il tâcherait de faire son possible en ce sens. Lui imposer, pourquoi pas, quelques instants de relâche… Quelques heures de sommeil. Un repas un peu équilibré ou un verre. Prendre soin d’elle par touche, comme pour cimenter un peu plus les défenses de leur ville. Un sourire innocent avait bien des pouvoirs, et le sien, patient et inébranlable, avait parfois celui de vaincre les Volontés. Il savait que dans l’état de la militaire, il eut été aisé de braver quelques barrières, mais il n’en fit rien, se refusant de jouer d’une force, quelle qu’elle soit. C’était de douceur qu’elle avait besoin, et tout ce qui s’apparenterait à une contrainte était à proscrire. Qu’elle ne regrette pas, le lendemain, les quelques instants passés en sa présence.

S’étant, sans doute, rendue compte de l’audace de ses mots, elle lâcha un commentaire sur la bouteille, qui lui arracha un léger rire. Comme pour y répondre, il la saisit et la reboucha, avant de la glisser, avec la coupe de la Générale et la sienne, le long de son fauteuil. Il s’adossa à son propre dossier d’un air plus détendu, pour écouter la suite. Elle était revenue à un sujet plus sérieux, aussi l’écouta-t-il avec attention, sans perdre son sourire… Jusqu’à ce qu’il entende prononcé le nom de Lis Diantha. Il en conçut un frisson qu’il déguisa mal, et déglutit. D’où venait cette impression de malaise... ? Il l’avait vue à plusieurs reprises, dans les couloirs en compagnie de ses suivantes et de quelques gardes, avait évité son regard… Cette femme le mettait mal à l’aise, profondément. Il s’en dégageait quelque chose qui jurait avec son statut, et son avenir. Elle n’était pas la promise virginale d’un roi, ou d’un prince. Ni la sainte mère des Elus d’une prophétie. Elle était une femme, encombrée sans sa grossesse, dont les regards lorsqu’ils se posaient sur les hommes comme sur les femmes étaient parfois d’une indécence manifeste. Il mettait cela sur le compte des mœurs olariles, que l’on disait libres, et savoureuses, et se disait qu’il devait être difficile pour cette femme, loin de chez elle, de se faire à ces règles qu’on lui imposait. Il ne la jugeait pas, donc, mais s’en défiait quelque peu. Peu adepte des jeux de séductions, auxquels il n’était pas rompu, et conscient des limites de son rang ici, il préférait autant ne pas avoir à soutenir le regard qu’elle faisait courir sur les mâles auxquels elle s’adressait, au détour d’un couloir.

D’autres ne se gênaient pas pour la juger, bien entendu, mais sans être de ceux-là, il n’en frémissait pas moins à l’idée de lui être présenté en tête à tête. Aussi repoussait-il cela le plus possible. Il ne le dirait pas à Bellone, cependant, cette affaire là touchant plus au contrôle qu’en tant qu’homme il souhaitait appliquer à son imagination, qu’à une impression qu’il pourrait partager avec elle. Par chance, elle avait aussitôt évoqué les tracts, qu’il avait vus placardés de partout, lui aussi. Cela lui offrit un répit appréciable. « J’ai moi aussi assisté à la Danse Taurine… et j’avoue avoir été quelque peu troublé par cette journée. Leur danseuse était très habile, mais la contingence de ce spectacle et des revendications placardées jusque sur ma porte me l’ont fait voir sous un jour plus… amer. » Comme un pied de nez à leur peuple. Réjouissez-vous, Ilédors, de la fougue de nos danseurs… Voyez le taureau qui se cabre, son rugissement annonce votre fin. « La Révolution Victorieuse s’engage à mener devant un Tribunal, présidé par Arngrim Edorta, et l’Assemblée, tout opposant à son Mouvement cita-t-il d’une voix morne. J’aurais aimé ignorer ces mots… A mes yeux, ils auraient pu être lus par cette créature qui dansait et a recueilli nos ovations. Le message eut été le même. » Un soupir lui échappa alors, puis il tenta de balayer l’idée d’un sourire malaisé, avant de souffler. « Mais vous avez raison, elle s’en est remise, Therdone soit loué. Pour beaucoup, cela sera sans doute la preuve de la légitimité de la prophétie. Un espoir, finalement, qui n’est pas de trop par les temps qui courent. Sans doute la rencontrerais-je bien vite… Je doute cependant de la nécessité de ma présence à son côté. Je ne suis, après tout qu’un étranger pour cette Reine. » Parce que cela l’arrangeait bien, un peu d’honnêteté… « Mais vous avez raison, je me rendrais auprès d’Ysor dès que celui-ci pourra me recevoir. Je n’ai que trop tardé… »
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Mar 8 Mai - 18:02

Etrange. Etrange de constater l’influence et le pouvoir de cette femme sur ceux qui l’entouraient. Sa simple évocation avait réussi à faire tourner au gris le teint de l’Inventeur à l’air pourtant si imperturbable. Certes, cela n’avait duré qu’une seconde tout au plus, mais Bellone avait perçu le malaise manifesté tant dans sa posture que sur son visage. Celui qui était jusque là détendu, participant de bonne humeur à leur conversation, s’était soudainement crispé au nom de Lis Diantha. Etonnant de voir qu’elle ne laissait personne indifférent, qu’il s’agisse de ses interlocuteurs masculins… ou même féminins.
On rencontrait la plupart du temps deux écoles concernant la Promise du Gardan Edorta. La première, subjuguée par la beauté étrangère de l’Olarile qu’il ne se lassait pas d’admirer, avec bien souvent une lueur de convoitise allumant leur regard. Celle là, Bellone avait eu l’occasion de l’observer avec un amusement teinté de dégoût lors du Bal des Fiançailles qui pour beaucoup marquait la première apparition publique de Lis Diantha.
Pour la seconde, on constatait plutôt un malaise tangible chez ces personnes se trouvant en sa présence. Damian semblait se trouver dans le second cas et la Générale se demanda ce qui pouvait bien le mettre à ce point mal à l’aise chez cette femme. Si elle ne l’avait jamais rencontrée personnellement, Bellone avait cependant entendu parler de son histoire et si c’est mœurs pouvaient choquer certains, elles n’étaient pourtant pas si éloignées de celles des Ilédors.
La curiosité lui aurait bien fait poser la question l’Inventeur, mais celui-ci prit la parole pour changer de sujet. Alors elle laissa tomber, mieux valait sans doute ne pas davantage aggraver le mal être de l’Inventeur en insistant sur ce sujet.

La Danse Taurine… elle-même n’y avait pas assisté, d’une part parce qu’aucune invitation officielle ne l’y contraignait, d’autre part, parce qu’il ne s’agissait pas de l’une de ses priorités et qu’elle n’avait pas trouvé le temps de se libérer pour y aller. On lui avait bien conté par la suite les prouesses de cette Olarile dansant avec le taureau, mais Bellone y avait surtout vu un message, un symbole qui lui avait donné des frissons. Le taureau n’était il pas l’emblème des l’Olarii ?
Peut être cette impression lui était elle venue plus tard, lorsqu’elle avait eu sous les yeux l’un de ces tracts remplis des revendications révolutionnaires. Peut être le rapprochement s’était-il fait à ce moment et non pas avant, cela lui semblait trop loin pour qu’elle s’en souvienne clairement. Amer… oui, c’était le mot. Une amère défaite pour les assiéger qui ne laissait rien présager de bon pour la suite. Trop de dissensions, jamais ils ne seraient suffisamment unis pour endiguer la menace révolutionnaire. Et dans ces moments où Bellone se prenait au défaitisme, elle se surprenait à penser à Elenor, se demandant si elle et son mouvement ne représentaient pas en réalité leur seul espoir.

La Générale grimaça à la citation de Damian. Connaissait-il le texte par cœur lui aussi ? Elle l’avait lu et relu au point d’avoir envie de vomir. Ces mots… La fin de la citation lui revint. « … et de procéder à un procès équitable, dans le respect de la Justice et des Volontés de Therdone. » Sa voix était aussi morne que celle de son interlocuteur. « Il est étrange de se réclamer de Therdone lorsque quelques lignes plus haut, ils parlent de placer Arngrim Edorta sur le trône en tant qu’héritier de Bakarne, puis de transmettre le trône à un héritier de Phaerl. Pas un mot sur les enfants élus par la prophétie. » Elle eut un léger rire sans joie. « On en viendrait presque à se demander si l’attaque de Lis Diantha ne viendrait pas d’eux, bien que j’en doute personnellement. »
Son regard devenu lointain revint se poser sur l’Inventeur et son sourire se fit plus chaud, comme pour excuser ce moment venu obscurcir leur conversation. Un moment qui n’était pas le premier, et ne serait sans doute pas le dernier aussi longtemps qu’ils connaîtraient cette situation.

D’ailleurs, il était temps pour elle de prendre congé, elle n’avait que trop tarder à regagner les quartiers militaires. Ses derniers stratèges l’attendraient sous peu, elle connaissait les limites de leur patience. « Je suis désolée Damian, mais il va falloir que je vous quitte. J’ai tardé alors que je n’aurais pas du, quoi que cet intermède m’ait fait le plus grand bien. »
Elle prononçait ces mots, mais ce n’était pas pour autant qu’elle avait envie de les suivre. Bellone resta quelques secondes encore assise, avant de se contraindre à se lever. La récréation était terminée, il était temps de retourner à ses responsabilités. « Merci… »
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Damian Olynn
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Ven 25 Mai - 21:13

Il accueillit très volontiers la fin de cette ambiance maussade, quoi qu’il eut préféré la voir se détendre un peu plus, plutôt que de retourner aussitôt à ses occupations. Elle lui était apparue femme, l’autre soir, puis frêle à présent. Générale, elle l’impressionnait, mais ce n’était plus là la fascination qu’il avait pour la figure emblématique qu’elle représentait dans la ville haute, à côté de ces femmes poudrées et parfumées à outrance. C’était une sympathie, profonde, qu’il s’autorisait pour l’heure, le marquait de l’envie d’être pour elle une forme d’oasis. Et tout à la fois, se rendait bien compte du caractère prétentieux, et déplacé d’une telle idée. Pour autant, il savait ne pas avoir de quelconque légitimité pour la contraindre à davantage de repos, et opta pour un silence respectueux. Il ne voulait pas lui compliquer plus encore la tâche qu’il ne l’avait déjà fait.

Il se leva alors avec elle, un sourire qu’il souhaita doux, et réconfortant aux lèvres. « Allons, ne dites pas cela. Vous avez comme chacun ici besoin d’un peu de repos. Nul ne peut tenir sans relâche, et sans la moindre pause. »

Tandis qu’elle s’apprêtait à partir, sans même y penser, il la retint spontanément. Il avait saisi son bras, sans le serrer, juste pour attirer son attention. Conscient tout à coup que le geste pouvait lui sembler déplacé, ce qu’il ne souhaitait pas, il la lâcha et laissa ses doigts en suspens avant de ramener à lui sa main. « Prenez soin de vous, Bellone. »

Ce n’était pas une formule de politesse, une formule d’usage. C’était une demande, sincère et pleine. Un besoin qu’il avait, rond et entier, de savoir qu’elle ne s’effondrerait pas, ni ne se briserait. Un besoin étrange, pour lui qui quoi qu’affable ne se liait que très occasionnellement à ses contemporains. Oui, c’était bien cela qu’il avait voulu lui dire, comme pour s’assurer qu’en le quittant elle ne se plongerait pas tout à fait dans un rythme qui ne la verrait pas remonter. Elle était au bord d’un gouffre, et la pression qui était mise sur ses épaules était un vent hasardeux et violent. C’était peut-être pour cela, en fait, qu’il l’avait retenue. « J’insiste, si vous êtes dépassée ou si vous avez besoin de souffler… Ces appartements sont modestes, par rapport au faste du palais, mais vous y êtes la bienvenue. » Son sourire ne l’avait pas quitté, et, ce disant, il l’accompagnait jusqu’à la sortie, écartant sur son passage le rideau qui séparait le petit salon de l’atelier. Il ne lui avait pas fait réitérer sa promesse de revenir, c’était inutile, et il n’avait pas envie de se montrer trop envahissant. Simplement être pour elle un support possible.

Avec un soupir, il songea que son atelier vidé de sa présence, il lui faudrait reprendre lui aussi le travail, frustrant… Ou bien non, il partirait en quête de ces ouvrages dont il aurait besoin, pour lui concocter sa mortelle ambition. Dès son départ, il quitterait lui-aussi l'atelier pour se mettre en quête d'un érudit capable de le renseigner, ou au moins d'une bibliothèque suffisamment riche, fut-elle privée, pour lui donner quelques clefs. A cette idée, il jeta à son atelier un regard circulaire. Si paisible, pour le moment. Ses machines vouées à l’art, positives… Sur son bureau les plans de son obsession… Et bientôt, tout ceci serait remplacé par de l’alchimie, des calculs fatals et la mort prochaine de leur ennemi. En ce lieu. C’était une idée étrange, et amère pour l’inventeur dont le sourire ne reparût que lorsqu’il quitta la pièce du regard pour la Générale, avant de lui ouvrir la porte. « Rentrez bien… » C’était pour elle. Elle n’avait pas l’air, comme cela, si redoutable... « De mon côté, je vous tiendrais au courant de mes avancées » ...Et pourtant, elle venait par quelques mots d’enclencher l’une des avancées les plus néfastes qu’Isle avait jamais connue… « Je vais d’ailleurs me mettre à l’ouvrage sans tarder… » ...Mais c’était, se dit-il, pour la bonne cause.

Il l’espérait. Et tandis qu’il plongeait ses yeux dans le regard brun, à bout de Bellone, il fut persuadé qu’elle l’espérait aussi.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui mettra le feu aux poudres ?   Ven 13 Juil - 23:53

Elle allait partir, mais Damian la retint encore un moment et elle ne lui en voulut pas. Au contraire. Il était sans doute l’une des seules personnes à se soucier réellement de son bien être et elle devait avouer que sa visite l’avait rendue plus sereine, presque prête à affronter Riarg Karnimacii en personne.
Non, cette pensée la fit sourire. L’Aîné était bien la dernière personne que Bellone souhaitait rencontrer au détour d’un couloir. Même au meilleur de sa forme. En vérité, il s’agissait d’une pensée plutôt suicidaire qui lui donna envie de rire.
La sollicitude de Damian la toucha néanmoins énormément, et son regard s’adoucit. A vrai dire, si elle suivait ses envies et les conseils de l’Inventeur, elle irait s’enterrer dans un coin tranquille pour dormir tout son saoul. Hiberner peut être. Se libérer de cette fatigue et de cette tension qui ne la lâchait jamais totalement. Elle la minait, mais elle l’aidait aussi à tenir, alors il lui fallait composer avec.

« Vous savez, les fastes du Palais… sont trop fastueux sans doute. Je viens d’un milieu modeste et malgré ces dernières années, je n’ai jamais réussi à m’habituer à tout ce luxe. Alors un coin tranquille et confortable, même s’il ne possède pas la somptuosité de la plupart des pièces du château, parvient bien plus à me détendre. »
Il l’accompagna jusqu’à la sortie, et à la vue de son atelier, poussa un soupir. Impulsivement, Bellone posa sa main sur son bras. « Ne vous inquiétez pas, j’ai toute confiance en vos capacités, vous y arriverez. Que ce soit pour ce que je vous ai confié, ou pour vos autres travaux. Vous en êtes tout à fait capable, sinon, vous ne seriez pas là où vous en êtes aujourd’hui. » Et elle non plus d’ailleurs, sans certaines de ses inventions qui leur avaient permis de tenir tête aux Révolutionnaires. « Je compte sur vous, et je sais que vous ne me décevrez pas. »
Bellone franchit la porte, mais s’arrêta sur le seuil avec une lueur malicieuse dans les yeux. « Et je n’oublie pas ma promesse de revenir avec une bouteille pour remplacer celle que nous avons bu. »

Elle se détacha enfin de cet instant de répit pour rejoindre le tumulte qui habitait ses journées avec une pointe de regret. Le dos résolument tourné, elle eut un petit sourire qui en disait bien long sur son état d’esprit.
Merci…
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