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 [Chez Liiken] Il est temps de partir.

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Lysandre Hirune
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MessageSujet: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Mar 14 Fév - 18:23

La nuit avait été courte. Difficile de dormir dans ces circonstances. Difficile de fermer l’œil sereinement. Dans sa tête dansaient des visions confuses de scènes passées, récentes, de mots et de sensations. Le visage de Nydearin tournait devant ses yeux, le contact de la main de Grand Mère sur son épaule, son expression qui l’avait fait tressaillir. Les voix s’élevaient avec force, jusqu’à n’être que des cris. Aux pleurs répondaient les hurlements de fureur. Des appels à l’aide contre des tambours guerriers qui résonnaient dans son crâne.

Elle voyait des champs jaunis par le soleil et sentait la fumée dans ses narines. Un renard passait furtivement, mais il fuyait l’incendie. Elle voyait des tentes, et lentement le campement de fortune érigé à la hâte après la Colère de la Gérax se transformait en immense camp où Beltxior, immense de plusieurs mètres, écrasait de minuscules Olarils.

Dans une autre vision, elle manquait d’air, tendant les bras désespérément vers la surface, vers deux mains qui cherchaient à la retenir sans y parvenir. Elle voyait le bois d’une barque et le manque d’oxygène la faisait chuter ; l’eau se transformait en falaise sans fin, et jusqu’elle touchait le sol, elle partait la tête en avant jusqu’à une faille dans la terre sèche. Elle sentait dans ses mains les Tables d’Olaria qui lui échappaient, et en heurtant le sol, son ventre était transpercé par des débris.

Elle s’était réveillée en sursaut, baignée de sueur et avait mis plusieurs minutes à reprendre connaissance, et retrouver où elle se trouvait vraiment. Après une toilette salvatrice, elle ne prit pas le temps de manger quoi que ce soit ; Lysandre était impatiente de sortir pour rejoindre la maison où Liiken et les siens résidaient. Un léger soulagement la gagna lorsqu’elle constata que, dans la pièce principale de l’Auberge, il n’y avait aucun visage qui la retiendrait, pour un salut comme une conversation amicale : elle n’avait envie de parler à personne, et souhaitait vite sortir. Sa crainte en réalité, était de croiser Nydearin.

L’Hirune devait rester concentrée sur l’Ancienne et ce qu’elle devait lui dire, et avoir une interférence de ce type n’aurait pas facilité sa tâche. Aussi se pressa-t-elle et se surprit à courir dans les rues qui la séparaient de chez Liiken. Arrivée, elle frappa prestement. Le visage de Liiken s’illumina quand elle lui ouvrit la porte, ce qui surprit la Chasseresse... Trop préoccupée par sa nuit agitée et son objectif qui la rendait nerveuse, elle s’étonna de voir un visage sympathique. Mais ce souffle rayonnant fut bénéfique, et détendit la jeune femme.

Dans ses bras, un nourrisson, qui la fit sourire malgré elle. Un sourire attendri, qu’elle adressa également à sa mère. « Excuse-moi de te déranger si tôt, mais je dois voir Grand Mère. » Elle-même avait entendu son timbre de voix, un peu trop rauque pour être détendu pleinement.

Elle savait que la tension la rendait électrique, et qu’elle risquait de partir trop vite et de façon incontrôlée. Elle se concentra, longuement, sur le petit qui semblait, lui, d’un calme jovial et sain. Elle fut enchantée de le voir finalement, après les malheurs qui avaient frappés Liiken et Erwan... Elle s’en voulut soudainement de n’avoir eu aucun mot de réconfort pour cette mère meurtrie. La gêne la fit garder un silence mal à l’aise, mais Liiken lui indiqua rapidement de s’installer dans le salon, allant chercher Sorastrata.

L’instant qu’elle passa seule lui permit de souffler. Elle était à fleur de peau. Mais au contraire des altercations qu’elle avait déjà eues avec la Matriarche, Lysandre se sentait aujourd’hui beaucoup plus sure d’elle. Elle savait qu’elle prenait le bon chemin, et ne doutait pas autant que jadis. Elle était prête à imposer sa vision, et à recevoir les avis contraires de sa Grand Mère. Pourtant... elle craignait cependant le regard de la vieille femme, quoi qu’elle veuille en dire... Elle le craignait quand il était déçu et dégoûté par sa Petite Fille, quand il était sévère et méprisant envers elle. La comprendrait-elle, cette fois ?

L’Ancienne se fit entendre au loin, le son du bâton sur le sol était reconnaissable entre tous. Lysandre se leva pour aller à sa rencontre, et salua Liiken d’un signe de tête qui devait être très raide. A l’apparition de Sorastrata, tout le travail de la Chasseresse pour se détendre s’envola.

« Je dois te parler. » Lança-t-elle sans attendre, et sans avoir décidé encore de ce qu’elle allait dire...





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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Mar 28 Fév - 4:00

Cela faisait bien longtemps que les nuits de Sorastrata étaient brèves. Même étant enfant, elle ne laissait que rarement la journée commencer sans elle, mais depuis la mort d'Erymanthe, la Chasseresse n'aimait pas le sommeil. Au plus sombre de son deuil, elle restait éveillée toute la nuit pour se remémorer son époux, comme si elle pouvait évoquer sa présence par sa seule pensée ; lorsqu'Ebanelle avait pris le chemin de la Chaume, c'était son ombre qui s'était présentée au chevet de l'Ancienne et lui avait volée quelques heures de plus chaque nuit. Dans les jours qui avaient suivi le Feu, l'Hirune avait passé presque toutes ses nuits éveillée, assise sur le bord de sa couche, caressant Kuna qui dormait comme un bienheureux tout en détournant les yeux pour ne pas croiser le regard silencieux des fantômes. Chaque soir elle croyait les voir se tenir devant elle et chaque soir elle tentait de leur répondre, elle faisait mille reproches à son mari, elle parlait avec douceur à ses enfants que la Gérax avait enterrées, elle maudissait sa fille exilée, elle pestait et pleurait jusqu'à ce que la fatigue la prenne enfin.

Même aujourd'hui, des mois après la catastrophe, le sommeil la fuyait encore, mais les ombres avaient laissé la place aux images des vivants. Grand-Mère avait la tête pleine de soucis, elle songeait à ses filles et à son peuple, aux dangers qui les entouraient et à l'immense tâche qu'elle devait accomplir. Mais cette nuit-ci, ce n'était ni la guerre ni sa prochaine audience au Palais qui la tenait éveillée, mais bien le souvenir de ce moment où son beau-fils avait montré ses vraies couleurs. Lorsqu'elle était rentrée hier soir, Sorastrata avait souhaité bonne nuit à Liiken et à sa famille avant de se retirer dans la petite chambre sous le toit, sachant bien que le sommeil ne lui viendrait pas avant des heures.

Mais ce soir-là, lorsqu'elle se trouva seule avec ses pensées, la vieille femme ne sut que faire. Elle avait déjà épuisé toute sa colère la veille ; Nydearin était resté insupportablement serein et s'était retranché dans son bon droit arrogant. Quant à Lysandre...

Sorastrata poussa un long soupir et laissa ses larmes couler. Sa jambe lui faisait mal. Sa main tâtonna le bord du lit mais elle se souvint que Kuna n'était plus là. Sa fille s'éloignait de plus en plus, elle le sentait. Il lui semblait qu'elle l'avait mise face à un choix, entre son époux et sa famille, et elle savait bien vers qui son cœur balançait. Que lui resterait-il si ses enfants l'abandonnaient ? Elle avait fait le choix de vivre pour elles, seulement pour elles, mais fallait-il qu'elles la délaissent pour être heureuses ? Aurait-il fallu que Sorastrata taise ces reproches et laisse ce vaurien avoir son triomphe pour garder Lysandre auprès d'elle ?

Elle se sentait impuissante et seule, et vieille, si vieille...Elle ferma les yeux et enfouit son visage dans l'édredon, et attendit que le sommeil vienne enfin la prendre.

Lorsqu'elle se réveilla, presque en sursaut, la main de Liiken était sur son épaule. La vieille Chasseresse se redressa avec peine tandis que ses muscles protestaient ; encore à moitié endormie, elle entendit la jeune mère lui dire que le Chef des Olarils l'attendait en bas. A ces mots, Sorastrata secoua la tête pour chasser la fatigue qui alourdissait ses paupières. Lysandre était venue la voir ? Elle ne s'y serait pas attendue, mais après tout elles s'étaient séparées sur une question la veille ; il n'était pas surprenant qu'elle veuille clore le sujet au plus vite. Grand-Mère remercia Liiken et attendit qu'elle sorte pour se lever.

Avec des gestes lents, incertains, elle alla vers le baquet qui se trouvait dans un coin et aspergea son visage d'eau, tentant tant bien que mal de débarrasser ses traits des signes d'épuisement. Elle ne sut quelle apparence prendre, quelle attitude ; devait-elle se montrer sévère et intraitable, ou bien douce et pleine d'affection ? Comment pouvait-elle enfin faire comprendre à son enfant, comment pouvait-elle la convaincre de voir la raison, de cracher le poison qu'était Nydearin et de revenir à ceux qui l'aimaient vraiment ? Le temps resta suspendu un instant, mais la douleur dans sa jambe infirme finit par ramener Sorastrata sur terre. Pendant qu'elle hésitait ici, Lysandre s'impatientait en bas et sa patience diminuait certainement de minute en minute.

Prise par le temps, elle oublia de se coiffer ; après avoir revêtu une robe simple et couvert ses épaules d'un châle, elle attrapa son bâton et se dirigea vers l'escalier, qu'elle descendit à pas lents, délibérés. Elle voulait désespérément retarder l'instant où elle allait enfin se trouver face à sa fille et entendre son choix, mais bientôt les marches prirent fin et elle se trouva face à son enfant.

L'Ancienne entendit à peine Liiken qui parlait de leur amener quelque chose à boire ; ses yeux étaient fixés sur le Chef des Olarils, ils cherchaient un signe, un indice de la décision qu'elle avait prise. Mais sur le visage de Lysandre elle ne vit qu'un air qu'elle connaissait bien, une détermination qui semblait trop forte, comme si elle voulait cacher l'hésitation que son cœur recelait. Grand-Mère avait vu cet air s'afficher un millier de fois sur ce même visage ; lorsqu'une toute jeune enfant avait voulu lui apprendre comment il fallait vraiment bander un arc, lorsqu'une adolescente trop maigre lui avait juré qu'elle tuerait le plus grand cerf de l'Umber pour son initiation, lorsqu'une femme à présent adulte lui avait dit qu'elle épouserait qui elle veut et que toutes ses paroles n'y changeraient rien...Mille fois les deux femmes s'étaient opposées, têtue contre têtue, et ni l'une ni l'autre n'avait voulu céder sur le moindre sujet, du plus sérieux au plus idiot.

Mais tandis que Lysandre lui disait qu'elles devaient parler, Sorastrata pensa que cette fois-ci n'était pas comme les autres, que cette fois-ci serait peut-être la dernière. Aux mots de sa fille, l'Ancienne s'approcha d'elle et tenta de ravaler la boule qu'elle avait dans la gorge. Ses traits étaient fermés, mais dans son regard il y avait une lueur presque éperdue. Faisant un geste vers la table, elle frôla son bras d'une main noueuse pour l'inviter à s'asseoir et éleva une voix que la fatigue rendait faible.

Alors parlons. Que veux-tu me dire ?


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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Jeu 1 Mar - 15:31

Voir la mine fermée de sa Grand Mère fit accélérer le pouls de l’Hirune. Elle frémit en sentant la main de l’Ancienne la frôler, mais compris bientôt qu’il ne s’agissait que d’une invitation pour qu’elle s’assoie. Pourtant, Lysandre n’avait aucune envie de rester immobile, ses muscles tiraient comme après une longue course dans les Bois. Cependant, comme pour tenter de chercher dès lors un terrain qui serait neutre, pour elles deux, la jeune femme s’installa comme l’encourageait la Matriarche.

Dès qu’elle voulut ouvrir la bouche, Lysandre se releva immédiatement d’un bond, et ne fit que tourner en rond autour de la pièce, passant devant et derrière la vieille femme.

« Grand Mère, je vais rejoindre la Révolution. » Ce n’était pas ce qu’elle voulait dire, elle se reprit. « Je vais quitter le Ceste Clouté et m’installer au Campement, de l’autre côté des murailles de la ville. » Lysandre avait estimé qu’en lui disant immédiatement son choix final, l’Ancienne saurait que sa décision était déjà prise depuis longtemps : ce ne serait pas cette dispute qui la déclencherait. Et il était trop tard pour qu’elle revienne dessus. L’altercation entre la Matriarche et Nydearin n’avait fait qu’affirmer son sentiment. Elle avait besoin d’air.

Mais n’avait pas envie d’expliquer son choix à sa Grand Mère. Comme elle-même n’avait jamais eu à s’expliquer devant sa petite fille, sur ces décisions. Elle leva le menton malgré elle, prise d’un profond sentiment d’assurance. Ainsi en mouvement, elle canalisait son énergie et réussissait à s’exprimer sans à-coup.

Devait-elle désormais parler de Nydearin ? Lysandre avait le sentiment qu’elle ne devait pas tout lancer à la figure de la Matriarche, du moins pas d’un seul coup. Elle avait lu dans le regard de la vieille femme quelque chose d’étrange qui l’avait faite se sentir mal à l’aise, presque se sentir coupable… Sans savoir pourquoi. Marcher l’aidait également à ne pas s’en soucier. Elle devait dire à Sorastrata qu’elle partait, et qu’elle resterait avec le Prêtre d’Hésione, que cela lui plaise ou non : une chose à la fois.
Son tour de piste la fit bientôt s’arrêter devant l’Ancienne, qu’elle observa avec distance. Jusqu’ici, elle avait réussi à ne pas exploser et s’en félicitait même, au vu de son état avant qu’elle ne se croise… Elle ignorait pourtant si elle pourrait contenir quoi que ce soit lorsque la vieille Chasseresse ouvrirait la bouche.





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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Mar 13 Mar - 16:11

Les deux femmes étaient à peine assises que Lysandre se releva brusquement, avec une précipitation qui était tout sauf confiante. Sorastrata esquissa un geste pour la retenir, mais lorsqu'elle voulut elle aussi se lever, sa jambe eut un élancement qui la força à se raviser ; elle ne put que regarder sa petite-fille faire les cent pas autour de la pièce, tournant en rond comme un fauve en cage. Grand-Mère commença par la suivre des yeux, mais à mesure que la Chasseresse finissait son tour de la table et en commençait un autre, la vieille Hirune laissa son regard baisser, jusqu'à ce qu'il retombe sur le bois usé de la table. Elle croyait comprendre ce qui était en train de se passer.

Elle avait déjà vu Lysandre nerveuse et inquiète, bien sûr ; fut un temps où voir son enfant se mettre dans de tels états la faisait sourire, attendrie qu'elle était de la voir si vulnérable, mais aussi ravie à l'idée de pouvoir parader sa sagesse et sa supériorité en venant à son secours. En un temps plus récent, cela aurait également été un signe que la discussion qui s'annonçait était courue d'avance et que la jeune fille finirait bien vite par admettre que son aïeule avait raison.

Mais les choses étaient différentes aujourd'hui et Grand-Mère sentit la boule dans sa gorge se faire plus lourde ; ce n'était pas le poids de ses soucis qui rendait sa petite-fille si tendue, ni l'humeur défensive dans laquelle elle se mettait avant une dispute. Ce matin l'ambiance était malaisée entre les deux femmes, les gestes maladroits et hésitants, car elles savaient l'une comme l'autre ce qui devait se passer mais ne pouvaient se résoudre à y arriver enfin.

Aussi Lysandre choisit-elle de retarder l'échéance et commença-t-elle par parler de la Révolution avant d'aborder la grande question. Sorastrata ne fut pas surprise par ce qu'elle entendit et hocha la tête d'un air à moitié absent. A bien y réfléchir, c'était probablement la meilleure voie que le Chef des Olarils pouvait prendre, si ce n'était la seule ; étant donné son caractère et le scandale qu'il avait provoqué dès leur arrivée, elle ne pouvait espérer faire quoi que ce soit au Palais, et que pourrait-elle bien accomplir entre les murs de la ville, là où le Guet surveillait ses moindres faits et gestes ? Elle avait déjà rendu visite à Beltxior à plusieurs reprises, il était logique qu'elle finisse par s'installer au camp.

...D'accord, fit Grand-Mère d'une voix plate. Je pense que c'est la meilleure chose à faire. Tu pourras y accomplir bien plus de choses qu'ici.

Ni elle ni Lysandre n'avaient évoqué l'autre part de cette décision : Sorastrata ne pouvait pas la suivre. Un camp militaire n'était une place pour une vieille femme infirme, et la Matriarche avait déjà commencé à se faire une place à Edor Adeï ; bientôt viendrait le jour de son audience avec le roi et avec lui une nouvelle vie en tant que conseillère auprès du pouvoir, du moins si tout se passait bien. L'Ancienne préféra ne pas penser au vide que laisserait son enfant et ne lui dit pas à quel point elle lui manquerait ; il était plus important que la jeune femme trouve sa place et puisse être heureuse. Se mentant à elle-même, elle se dit que ce n'était que temporaire et qu'elles se reverraient bien vite lorsque la guerre serait achevée, bien qu'elle sût très bien que ce conflit pourrait durer encore des années et avoir mille conséquences imprévues.

Mais par-dessus tout, elle se dit que ce n'était pas l'essentiel. Elle pouvait accepter que son enfant parte loin d'elle pour suivre sa voie, qu'elles ne se voient plus pendant de longs mois, elle pouvait même supporter l'idée qu'elle aille vivre sur ce qui était presque un champ de bataille. Mais elle ne pensait pas pouvoir accepter qu'elle y vive aux côtés d'un homme lâche et égoïste, qu'un vaurien qui méprisait jusqu'à la vie des autres puisse avoir son amour, sa confiance et aille jusqu'à partager sa couche. Sorastrata poussa un soupir et décida de se lancer.

Lysandre...est-ce que tu as parlé à ton époux comme je te l'avais demandé ?

Elles arrivaient maintenant à l'instant de vérité. Deux questions entre toutes brûlaient les lèvres de l'Ancienne : sa fille savait-elle qui était vraiment l'homme à qui elle s'était lié ? Et si oui, comment pouvait-elle encore l'aimer et le chérir ? Grand-Mère connaissait bien son enfant, elle savait à quel point elle pouvait se montrer aveugle, mais en cet instant, elle était terrifiée à l'idée que Lysandre ait tout compris, qu'elle soit parfaitement lucide...et qu'elle ait tout de même choisi son mari plutôt qu'elle.


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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Lun 19 Mar - 21:20

Lysandre avait été d’abord désarçonnée par la réponse de sa Grand Mère. Elle avait songé à bien des manières de s’exprimer pour l’Ancienne, perdre sa patience, ne pas comprendre sa décision, puis bientôt lui interdire de faire quoi que ce soit sans lui en parler au préalable. Désapprouver son choix et la rendre coupable d’abandonner son peuple, ici, dans la Cité, en voulant jouer les fières et les guerrières avec les Ilédors Révolutionnaires, et avec l’Edorta.
Mais il n’en était rien, et elle fut tant étonnée qu’un épais silence envahit la pièce, uniquement coupé par les bruits ménagers de la vie de la famille Aryassat, à l’étage.

A son expression coite, un sentiment profond succéda. C’était sans doute l’une des premières fois où Sorastrata affirmait que sa petite-fille avait raison. Elle avait été d’accord. Elle le lui avait dit, même. Lysandre cilla une seconde, et ne put réprimer un sourire, presque sot, d’un enfant qui s’était attendu à des réprimandes, et que l’on félicite. L’Hirune aurait tant aimé que leur conversation s’achève ici, qu’elles s’étreignent et que la Chasseresse conforte sa Grand Mère dans son sentiment. Oui, là bas, elle aura bien plus sa place qu’ici. Elle accomplira de grandes choses, pour leur Peuple, et ces actes seront marqués à la plume sur les pages délicates des Tables d’Olaria.

Mais la Matriarche ne semblait pas aussi soulagée qu’elle ; bien que Lysandre ressente elle aussi le déchirement que provoquait cet éloignement, son besoin de respirer l’air du dehors était le plus fort. Et aveuglait pour l’instant la peine que provoquerait son départ, et l’absence de la vieille femme à ses côtés. Malgré ceci, elle sentait comme une autre ombre, plus sombre, et comme si cet étonnement avait effacé, pour un temps, le véritable sujet de leur opposition ce jour, Lysandre réalisa bientôt qu’elles avaient d’autres choses à se dire.

Elle déchanta, et son visage sembla tomber, alourdi par cette réalité. Est-ce qu’un jour, elle pourrait prendre Sorastrata dans ses bras sans qu’aucun différent ne les oppose ? Sans orgueil ni amertume ? Pourtant l’accablement de cette situation s’envola bien vite. En une seconde, les mots de l’Ancienne avaient donné un coup de fouet à la Chasseresse.

« Oui, j’ai parlé à Nydearin, comme tu me l’as conseillé »
. Conseillé. Car en réalité, Lysandre souhaitait appuyer sur ce point. Sa Grand Mère avait toujours insisté pour qu’elle n’ait pas peur de venir la trouver et lui demander conseil, qu’elle les prennent en considération dans ses choix et ses actions.

Le regard de Lysandre se releva, et elle ressentit dans son cœur des battements violents, orgueilleux et puissants, balayant ses dernières pensées, honorables et sages. Comment expliquer à l’Ancienne ses tords, et lui imposer son choix ? Aucune ne céderait du terrain, désormais, Lysandre le savait parfaitement. Elle resterait auprès de son mari, mais la Matriarche ne l’accepterait jamais. Devait-elle dès lors s’acharner tout de même, par besoin de s’imposer ?

« J’ai vu hier soir deux personnes qui m’ont blessée, par leurs attitudes ou leurs paroles. J’ai vu deux personnes qui tiennent à moi, et qui, plutôt que partager mon amour, préfèrent le déchirer et que chacun n’en garde qu’une partie plus petite encore. » Etait-ce un moyen de contourner les réels sentiments qui grondaient ?
Sans doute... Mais Lysandre estimait que revenir sur ce qui s’était passé la veille n’arrangerait en rien leur avenir commun. Qu’importait ce qu’elle avait dit à Nydearin lorsqu’elle avait appris de sa bouche l’horrible vérité ? Qu’importait ce qu’elle avait pensé de lui à l’instant ? Sorastrata savait que sa petite-fille pensait comme elle à ce sujet. Mais Ce qu’elle avait dit, et fait, ne regardait qu’elle. Il était impossible d’aller contre son cœur, et la Chasseresse avait l’habitude de suivre en priorité son instinct, puis son cœur, puis son devoir. Restait loin derrière sa Raison. Elle se tût, s’assombrit comme emportée dans ses pensées, puis se releva à nouveau pour marcher.


« Si je pensais qu’un de tes choix soient néfaste, et que tu t’obstines à le suivre malgré mes conseils, tu suivrais ta route, convaincue du contraire. Parce qu’il est des choses que l’on ne peut faire dévier. Lorsque j’ai vu les Tables tomber dans la crevasse, quand les Dieux ont déchiré la Gérax, j’ai sauté, j’ai sauté sans hésiter, prête à offrir ma vie pour sauver notre Héritage. Le prix à payer est plus lourd encore, mais si demain je devais de nouveau sacrifier ma descendance, je sauterais de nouveau. Parce que c’est ce que je veux sauver. »

Elle ignorait si elle s’exprimait clairement, ses pas étaient lents, jusqu’à ce qu’elle s’arrête. Lysandre avait les idées confuses et ne savait comment les offrir à sa Grand Mère pour qu’elle comprenne son ressenti, elle n’avait jamais été très bonne oratrice.

« Mes choix sont irréversibles. Lorsque je les fais, je ne peux revenir en arrière, ils ont entraîné trop de conséquences. Je ne veux pas d’autre mari que Nydearin. Et je ne veux pas d’autre Grand Mère que toi. Ne me force pas à choisir. »


L’Hirune détourna les yeux et sembla fixer la canne de la vieille femme. Elle avait l’impression d’avoir besoin d’une canne à son tour ; de pouvoir se décharger sur quelqu’un, et s’appuyer sans craindre de la rompre. Faire confiance aveuglément en sa fiabilité. L’émotion dans le regard du Chef Olaril était brillante, elle ne se sentait pas calmée, mais le bourdonnement rebelle avait cessé. Elle avait retrouvé son époux, elle avait la bénédiction de l’Ancienne pour partir hors des murs, elle prendrait un nouveau départ ; lui imposer une nouvelle épreuve serait injuste.

Oui, elle voulait se battre pour sauver son union, sauter sans hésiter. Mais sa Grand Mère la retenait trop pour qu’elle ne puisse se lancer dans la bataille. Lysandre n’attendait pas un consentement de la part de Sorastrata, mais comprenait-elle sa petite-fille ? Pouvait-elle faire ce sacrifice ?





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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Ven 20 Avr - 0:38

Sorastrata accepta avec passivité les reproches que Lysandre posa en préambule ; elle avait bien conscience que cette dispute blessait son enfant et compromettait la parfaite réconciliation qu'elle avait dû espérer au retour de son mari. Elle n'avait pas commencé ce conflit pour s'arroger tout l'amour de sa petite-fille, mais elle n'opposa pas de protestation ; peut-être méritait-elle ces accusations, après tout. Elle n'éleva pas même la voix lorsque le Chef des Olarils compara son époux aux Tables, ce vaurien à leur plus précieux trésor. Grand-Mère ne parvenait pas à comprendre la logique que la jeune Chasseresse élaborait, mais elle ne voulut pas la contester. Elle contint ses questions, sa colère blessée et son désespoir devant l'évidence qui se présentait à elle : sa fille avait déjà fait son choix et ne voulait maintenant accepter qu'accords et compromis. Que pouvait-elle faire ? Que dire pour la convaincre ?

La matriarche perdait ses moyens un à un ; son regard était perdu dans le vague, sa main tremblait sur son bâton et elle secouait lentement la tête, incrédule. Le soir précédent, dans sa tristesse résignée, elle avait fait une seule demande à Lysandre ; elle savait alors qu'elle soulèverait des questions dérangeantes et ferait naître des disputes, mais elle l'avait fait par amour et par égard pour son enfant, elle l'avait fait pour qu'elle puisse enfin regarder certaines vérités en face. Elle s'était préparée à ce qu'elle croyait être le pire, à ce que sa fille choisisse de pardonner à son époux, à ce que les conflits soient violents et à ce que des larmes soient versées. Mais pas un seul instant avait-elle envisagé ce qui se passait en ce moment pour elle : Lysandre avait parlé à Nydearin, mais n'avait pas vu un seul problème ou défaut. Elle avait fait son choix, et le seul inconvénient qu'elle y trouvait était qu'il déplaise à l'Aïeule ? Comment pouvait-elle être aussi aveugle ?

La main gauche de Sorastrata était crispée sur son genou. Ne trouvant pas la force de regarder son enfant en face, elle ne put que balbutier sa question.

Alors...c'est tout ? C'est aussi simple que ça ? Je...mais...mais bon sang Lysandre, comment peux-tu ?

Elle leva des yeux humides vers sa petite-fille et parla encore, ses mots se déversant de sa bouche sur un ton qui montait de plus en plus.

Ne vois-tu rien de ce que je vois ? Crois-tu vraiment que je fais cela parce que je veux garder ton coeur pour moi seule ?

Des larmes coulaient à présent sur ses joues ridées et la vieille femme se leva aussi vite que ses jambes le permettaient, détournant le visage et l'enfouissant dans sa manche pour cacher sa détresse.

Tu as à la bouche les même mots que lui. Ne voyez-vous ni l'un ni l'autre ce qu'il a fait ? Il t'a délaissée pendant deux mois entiers, alors que tu étais enterrée dans une geôle ! Pendant deux mois il n'a songé qu'à lui-même, alors que tu souffrais et devenais de plus en plus éteinte ! Moi et tes soeurs avons fait tout notre possible, mais ce n'était pas suffisant...tu le voulais, lui, mais où était-il, avec son précieux amour ? J'ai bien cru que tu finirais par te laisser mourir, mais voilà qu'il revient la bouche en coeur, demande ton pardon, et il l'obtient sans conditions ?

Elle ne savait pas comment convaincre, comment conseiller, elle ne savait plus où trouver la raison. Alors plutôt que de retenir encore et toujours ce qu'elle avait sur le coeur, elle laissa ses émotions parler, peut-être pour la première fois depuis les Feux. Elle s'était appuyée sur un meuble et gardait ses yeux rivés sur le mur, comme pour se remémorer ces semaines de calvaire, pour tenter désespérément d'ignorer l'absurde détermination que Lysandre affichait aujourd'hui.

Après ce qu'il t'a fait ? Après qu'il ait rejeté ta tendresse et notre aide pour se complaire dans son faux martyr ?Qu'a-t-il fait pour mériter tout ce que tu lui accordes ? Je n'ai pas vu un pénitent quand je l'ai observé, Lysandre, il ne tire que de la fierté du pardon que tu lui donnes. Il t'a abandonné, t'a tant fait souffrir, a refusé de revenir, et dès qu'il change d'avis, tu le récompenses ? Où est ta fierté, Lysandre, où est l'amour que tu devrais porter à toi-même ? J'ignore quelle passion ne souffre pas d'être trahie, mais ce n'est pas sain de fermer les yeux sur les fautes de l'autre, ma fille, non, ce n'est pas un mariage sain que je vois.

Sur ces derniers mots, elle trouva la hargne de se retourner et de porter son regard sur sa petite-fille. Son enfant, sa petite si impatiente et si malmenée, toujours inquiète de l'amour et de l'approbation des autres...était-ce ainsi qu'elle choisissait d'affirmer enfin son indépendance ? Ou bien n'était-ce que l'influence de Nydearin ? Sorastrata ne parvenait plus à voir clair dans cette situation, et ne voyait plus que ce que ses sentiments lui disaient : que sa petite fille avait droit à une vie meilleure que celle qu'elle avait subie depuis la mort de Laclaos. C'est l'indignation face à ces injustices qui résonna dans la voix de l'aïeule alors qu'elle parla au Chef des Olarils tout en secouant la tête.

Et après la manière dont il m'a traitée ? Si je t'ai demandé de lui parler, hier, c'était pour que tu saches ce qu'il avait fait. Est-ce que tu l'ignores ? Est-ce pour cela que tu le défends, parce qu'il t'a caché qu'hier soir, il a tiré le fer devant moi et m'a demandé de commettre un meurtre ? Ton époux, l'homme à qui tu sembles vouloir tout pardonner, a voulu me faire chanter hier soir, disant que je devais soit l'accepter entièrement, soit aller au bout de ma cause et le tuer ! Et c'est ça, l'être que tu aimes ? Un homme qui, lorsqu'on le confronte à ses péchés, menace de se suicider pour qu'on lui pardonne ? C'est à ça qu'on voudrait que je confie mon enfant ?

Sa voix enrouée par les larmes s'était élevée de plus en plus, et à la fin tonnait si fort que dans la maison on entendit des pleurs ; le bébé avait été réveillé par tout ce bruit et protestait maintenant tout aussi fort. Sorastrata s'était peu à peu avancée vers Lysandre au fil de son rédhibitoire, mais était à présent coupée dans son élan, et dû céder aux douleurs qui commençait à lancer dans sa jambe. Elle s'assit de nouveau à la table, comme si cette conversation était revenue au point de départ, sans avoir progressé d'un pouce. Une fois encore, la vieille Chasseresse se sentit vieille et lasse, et enfouit son visage dans sa main pour cacher les dernières larmes qui coulaient sur ses joues ridées.

Tout au long de cette dispute, elle n'avait cessé de penser aux fautes de Nydearin et à tous les dégâts qu'elles avaient causés ; mais il y avait d'autres fautes présentes dans son esprit, des actes dont elle ne ferait pas la confidence à sa petite-fille, mais qui l'accompagnait chaque jour que les dieux faisaient. Entre toutes les raisons qu'elle avait de ne pas vouloir pardonner au prêtre d'Hésione, la première était simplement la ressemblance qu'il y avait entre elle et lui, et la conscience aigüe qu'elle avait des conséquences de ses propres péchés. Par l'égoïsme de son deuil, elle avait mené l'une de ses filles à la folie et à l'exil, et par son refus de reconnaître sa culpabilité, elle avait mené ses petite-filles au bord de la ruine, Jézabel entre toutes, Jézabel, sa pauvre enfant qu'elle avait failli tuer dans un accès de folie.

Oui, ses péchés étaient nombreux et grands, et elle ne demandait pas le pardon, bien que sa punition ait elle aussi été immense ; pour la châtier, les Dieux lui avaient enlevé sa fille favorite, ils avaient sacrifié Una dans le bûcher de la Gérax, ils avaient frappé le village et les Hirune de leur colère, ils lui avaient retiré Gwyddion et Kuna, son vieux compagnon, et aujourd'hui encore il semblait à l'Ancienne qu'elle continuait à payer le prix de ses péchés. Elle ne demandait rien pour elle, mais malgré son abnégation, elle ne pouvait nier la colère qu'elle ressentait à l'idée que Nydearin, dont les fautes étaient nombreuses aussi, ne récolte que pardon et amour et ne montre ni vrai regret ni vraie souffrance. Peut-être cette injustice était-elle un autre châtiment qui lui était reservé, mais la matriarche refusait de laisser un homme si vil s'emparer de sa fille.

Elle releva un visage grave, creusé par la tristesse et les pleurs, et parla d'une voix fatiguée.

Tu mérites mieux que lui, Lysandre. Tu mérites mille fois mieux que ce qu'il t'a fait, et je ne veux pas voir un tel homme se pavaner avec ton amour en ornement, alors qu'il n'a rien fait pour le mériter. Je ne veux pas croire qu'après tout ce qu'il a fait, après tous ces affronts, il puisse ne subir aucune conséquence, je ne veux pas qu'il puisse afficher son air serein et arrogant et obtenir que tout redevienne comme avant.


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Lysandre Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Lun 23 Avr - 18:32

Lysandre sentait son visage rouge de colère, et ses joues brûlaient. Plus encore que la fureur de vouloir couper à chaque mot sa Grand Mère, plus encore que la force qu’elle devait s’imposer pour ne pas riposter à chaque phrase en hurlant dans de grands gestes, l’impuissance de se sentir incomprise la rendait enragée.

Ne parlaient-elles pas la même langue ? Pourquoi ne comprenait-elle pas, quand dans sa voix elle pensait mettre des sentiments, quand elle choisissait les mots pour qu’ils soient audibles et forts, pour qu’ils touchent la vieille femme comme ceux qu’elle prononçait la brisait ? Pourquoi ses paroles n’arrivaient pas à lui faire comprendre ? Ni son visage, ni ses mains ou son regard ?

Elle voyait pourtant l’attitude de Sorastrata, elle avait vu l’extrême crispation avant de détourner les yeux, Lysandre n’avait rien manqué de ces réactions, mêmes minimes... Mais elle avait prononcé les mots qu’elle avait choisi avec soin, dans le seul but qu’ils entraînent une action toute autre... Elle voulait le lui dire ! Le lui crier pour qu’elle entende, cette fois.


Mais les larmes de l’Ancienne avaient coupé l’air dans les poumons de l’Hirune.
Ses décisions politiques n’avaient jamais trouvé l’écho escompté, il était humiliant de n’être pas approuvé par son Aïeule. Mais ses choix personnels, ceux qu’elle faisait non plus pour le bien de son Peuple, mais uniquement pour elle-seule, ne trouvaient pas plus de résonance. Etait-elle condamnée à ne jamais prendre le meilleur chemin aux yeux de Sorastrata ? Quoi qu’elle fasse, et quoi qu’elle dise. Mêmes leurs disputes n’étaient pas clamées dans le même langage.

Les doigts crispés sur son ceinturon, elle sentait ses ongles plier sur le métal sans ressentir de douleur ; ou alors celle-ci n’était pas assez forte pour dépasser le vrombissement dans sa tête.

« Non ! Non il n’est pas pardonné ! » Grogna-t-elle soudain comme une furie, l’air revenu dans sa gorge lorsque l’Ancienne s’était assise à nouveau, comme si son tour était passé. « Je mérite bien mieux que tout ce qui m’est arrivé depuis des années Grand Mère ! Je devais être Chef d’un peuple heureux et paisible dans sa Plaine, et je devais tranquillement vivre ma vie de Chasseresse, avoir un bon mari et de nombreux enfants, jusqu’à ce qu’à ma mort, je décide que ma fille prenne ma place ! »

Elle n’aurait jamais rêvé d’une telle vie... et en même temps, elle n’avait jamais plus regretté de ne jamais l’avoir eue. Dans son adolescence, ce modèle sage et plat ne lui avait jamais donné d’étoiles dans le regard, elle voulait la Chasse, la Passion, la Gloire. Aujourd’hui elle n’avait plus ni l’exaltation d’être Chasseresse, ni le feu d’un amour inconditionnel, ni l’honneur d’un Chef. Elle baissa les yeux, amère. Amère envers tous ceux qui lui avaient promis une Destinée... Comme si tout son Peuple, sa famille, ses proches et les Dieux eux-mêmes lui avaient menti depuis des années, faisait tourner devant ses yeux, comme les pages des Tables d’Olaria, un Destin unique et magnifique.

Elle n’était plus ni Chef, ni Chasseresse ; elle ne serait pas Mère.

« Je n’ai rien de ce qui m’était réservé, et je n’aurai pas ce dont je rêve ; tout a été détruit, mon Village, mon Titre, ma Forêt, ma Famille, mon Mariage ! C’est la seule chose que je peux espérer sauver. »

Il lui restait être Femme.

Elle se raccrocherait à cette seule issue. Devrait-elle pour cela n’être plus Fille aussi ? Sa salive peinait à traverser sa gorge, elle se sentait trop-pleine d’une énergie qu’elle contenait. Pourquoi Grand Mère ne voulait-elle pas comprendre ? N’avait-elle jamais fait un choix, délibéré, pour ne penser qu’à elle, sur une courte période, pour se sentir mieux ? Foncer, s’abandonner. Laisser le Destin choisir, après tout... Les Dieux lui avaient laissé choisir entre accepter le retour de son mari et le rejeter. Elle avait envie d’être heureuse à nouveau. De façon égoïste.

Elle se redressa et ressentit alors les douleurs de ses ongles contre son ceinturon, et frotta sa main contre son pantalon. Ce geste fit naître un lourd silence, dont elle ne réalisa pas la présence, ses pensées étaient trop bruyantes. Mais son ton, bientôt était plus posé. Elle avait le sentiment de n’avoir pas assez crié pour évacuer tout ce qu’elle avait en elle, mais ne parvenait pas à canalyser assez ses émotions pour construire ses réflexions. Pourtant, elle avait l’impression que tout était clair... L’Hirune pensait être dans son bon droit...

« Que ferai-je lorsque Arngrim sera sur le trône ? Lorsque je serai assurée que les enfants de Lis me libéreront de tout engagement envers Laclaos ? Rien. » Elle eut un rictus étouffé, malsain, terriblement douloureux qui lui arracha une grimace. Sa voix était pleine de larmes. « Rien, je ne ferai rien, je ne serai plus rien. Ma place ne sera pas au Palais, elle n’est pas ici non plus, pas dans cette ville, pas de ce côté de la Montagne. » Elle haussa les épaules et se releva pour reprendre les cent-pas, et murmurer.

« J’ai l’espoir qu’en reconstruisant ce qui me reste de mon passé, je retrouve une saveur que j’ai perdu depuis qu’on a quitté Arestim Dominae. Je n’aime rien de plus que ce que j’ai laissé là bas. » Et elle n’avait de cesse que de regretter et chérir la vie qu’elle avait abandonné sous les décombres.

Sa bouche se tordait pour retenir ses pleurs qu’elle ne contrôlaient plus, elle se sentait immature et enrageait, essuya d’un revers brusque de la mains ses larmes et resta dos à la vieille femme. Sorastrata dirait qu’elle est trop jeune ou qu’elle se berce d’illusions, peu importait, elle avait choisi cette voie-ci et c’était pour elle le meilleur chemin à prendre pour ne pas sombrer. Chacun faisait les choix qu’il pouvait...





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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Mer 13 Juin - 2:14

Les derniers mots de Lysandre restèrent suspendus en l'air pendant de longs moments, aussi figés que les deux femmes, qui sentaient sur leurs épaules le poids de cet instant. La jeune femme gardait le dos tourné, son corps doucement secoué par les sanglots, tandis que la vieille femme s'était affaissée sur elle-même, un bras sur la table comme pour ne pas être entraînée jusqu'à terre. Ses yeux étaient encore rouges de larmes et elle serrait la mâchoire pour éviter de pleurer à nouveau.

Pourquoi fallait-il toujours que cela se passe ainsi ? Pourquoi n'avaient-elles jamais été foutues de se comprendre simplement ? Aussi loin qu'elle puisse se rappeler, Sorastrata ne voyait que des situations similaires, des disputes qui se terminaient en cul-de-sac, tristesse, colère et frustration, où il fallait que l'une comme l'autre en viennent aux larmes pour qu'elles puissent enfin savoir ce qu'elles ressentaient l'une l'autre. Il ne pouvait jamais y avoir d'accord sans désaccords, sans blessures, et en fin de compte, cela en valait-il la peine ? Viendrait-il un jour où la souffrance accumulée serait trop grande, où tout le mal de ces disputes annulerait ce qu'il y avait de bon dans leurs accords ? Grand-Mère s'était déjà posée la question, et elle n'avait pas envie d'y avoir la réponse aujourd'hui.

Elle avait encore tant de choses à dire, des accusations à repousser, des détails qu'il lui fallait à tout prix faire comprendre...elle voulait avoir raison. Elle voulait que Lysandre puisse être heureuse en restant auprès d'elle, loin de Nydearin et près de sa vraie famille, mais elle se répéta que ce qu'elle voulait n'avait pas d'importance. Qui irait maintenant se soucier de qui a raison et de qui a tort ? Son enfant avait exposé tant de peines, tant de souffrances profondes que le débat était devenu dérisoire. Comment Sorastrata aurait-elle pu prétendre savoir, alors qu'elle n'avait rien pu anticiper des sentiments de sa petite-fille ?

Les dents encore serrées, elle ferma les yeux et fronça tout son visage dans un effort pour ravaler ses larmes ; avec un soupir douloureux, elle leva le regard, cherchant ses mots. Elle n'osait pas encore la regarder en face ou la toucher. La vieille femme égrena ses paroles d'une voix douce, affaiblie.

Je n'ai jamais voulu entendre ça, Lysandre. Je ne veux pas que tu croie que ta vie est finie, qu'il n'y a pas d'avenir pour toi. C'est pour votre avenir que je continue de vivre, mon enfant, pour ça et pour rien d'autre. Ma place n'est pas de l'autre côté de la Montagne, près de la tombe de mon époux, elle est auprès de vous, elle est là où je peux faire votre bonheur.

Comment devait-elle prendre ça ? Son enfant n'avait pas 30 ans, et elle parlait comme si elle était déjà morte, comme si dans toutes les années qui lui restaient, pas un seul moment heureux ne saurait se trouver. Etait-ce de sa faute ? Bien entendu, tout était de sa faute, elle était à l'origine de tout.

Je sais que tu as perdu tant de choses, mais je croyais...je croyais qu'il te resterait nous, notre famille, mais c'est devenu une autre source de souffrance, je le sens bien. Je m'en suis assurée. Tant de disputes et de larmes, tellement d'incompréhension et d'attentes, je...

Elle dut s'arrêter et réprima un nouveau sanglot. Elle devait être forte ; elles étaient au plus profond des bois, là où chaque coin d'ombre était une tanière pour un terrible danger. Il n'y avait pas de place pour la faiblesse, il ne pouvait y avoir que la vigilance, la détermination, et l'Aïeule devait montrer l'exemple.

J'avais espéré qu'une fois la guerre finie, nous pourrions avoir des terres pour rebâtir le village, un peu de paix. Que toi, ta soeur et ta cousine pourriez avoir une vraie vie, vous remarier, avoir des enfants. Mais il faut croire que cela non plus n'est pas pour les Hirune. Je m'en suis assurée aussi. Et cette guerre n'est pas prête de se terminer...nous ne pouvons pas nous battre entre nous.

Elle puisa dans sa rancoeur, dans sa culpabilité pour trouver de la dureté, pour s'armer contre elle-même. Son corps se raidit puis se détendit, et dans le silence qu'elle s'imposa, elle entendit les pleurs que Lysandre étouffait encore. L'Ancienne se retourna et la vit, qui s'appuyait des deux bras sur un meuble comme pour y exercer sa force, pour se prouver qu'elle avait encore de quoi tenir. Elle, c'est vers elle que doit aller ta vie, se dit-elle, vers qui doit aller tout ce qui te reste. Tu as voulu l'aider, tu as voulu la mettre sur le droit chemin, et elle se retrouve dans cet état. Qu'est-ce que cela dit de toi ? Son regard dériva et devint gêné, coupable.

Je suis désolée. Je suis désolée de tout ce que je t'ai fait, de tout ce que j'ai dit qui a pu te blesser. Je ferais tout pour toi, Lysandre. Je mourrais pour toi, tu le sais. Je mourrais cent fois et j'endurerais les pires tourments si cela te permettait d'être heureuse. Je ne voulais pas te faire du mal, je...je croyais juste qu'il t'avait trompée, manipulée...

Elle balbutia quelques secondes puis se tut. Que pouvait-elle dire ? Que pouvait-elle faire pour que cette peine s'en aille enfin et que son enfant puisse avoir un peu de bonheur ? Elle se leva lentement et marcha vers Lysandre à pas fatigués avant de poser une main tendre sur son épaule.

Si tu es sûre qu'être avec lui te rendra heureuse, va, pars, vis comme tu l'entends. Elle eut un petit rire amer avant de poursuivre. Les dieux savent que je n'ai jamais aimé ton mari, et jamais je ne lui pardonnerai ce qu'il a fait...mais ce n'est pas à moi de décider.

C'était étrange : sa main avait beau serrer l'épaule de Lysandre, elle venait de la relâcher, de donner enfin sa bénédiction à leurs désaccords, à la distance qui s'était peu à peu mise entre elles depuis des mois. Elle ne saurait dire si elle en était soulagée ou inquiète, mais que pouvait-elle faire d'autre ? Elles se disputaient depuis que Lysandre savait parler, mais depuis les Jeux de Bakarne, ce qui n'avait guère été qu'un jeu était devenu un étau douloureux, dont elles tournaient chacune la vis tour à tour. Sorastrata ne savait pas si elles étaient toutes les deux prêtes, et elle aurait voulu que les choses se passent différemment, mais qui pouvait avoir ce qu'il voulait en cette époque ?

Je veux juste que tu me promettes quelque chose : ne nous oublie pas. Garde-nous une place dans ton coeur. Lorsque mon aimé m'a quittée, je me suis adonnée à ma souffrance, mais j'avais oublié les miens. Lorsque je m'en suis souvenu, il était déjà trop tard pour ta tante. Je sais que ce n'est pas la même chose, mais...ne nous oublie pas, Lysandre. Ce...cet homme n'est pas tout ce que tu as, ni tout ce que tu es. Quand bien même tu perdrais tout, il te resterait ton sang, ton nom, et ceux qui le partagent.

Grand-Mère passa sa main sur la joue de la jeune fille, pour faire se tourner son regard vers elle. Elle caressa doucement sa peau de ses doigts ridés et écarta quelques mèches de son visage farouche, comme si elle était redevenue une enfant. Sur ses traits se dessina un sourire faible, presque triste.

Et peut-être qu'un jour, lorsque tout ceci sera fini, notre famille pourra de nouveau être heureuse ensemble ?


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MessageSujet: Re: [Chez Liiken] Il est temps de partir.   Lun 25 Juin - 17:49

Toujours, avant d’arriver aux mots ou aux gestes que l’une et l’autre recherchaient, il fallait qu’elles en passent par les cris et les horreurs. Lysandre souffrait de chaque parole prononcée, et réalisait seulement combien son aïeule souffrait elle aussi de ce qu’elle pouvait dire. Il n’était pas encore possible pour l’Hirune de comprendre que sa Grand Mère pouvait avoir mal autant qu’elle, elle songeait que la vieille femme était trop vieille, ou trop endurcie, pour ressentir ce qu’elle-même pouvait trouver au fond d’elle, et qui la brisait.

Elles ne savaient que se déchirer, jusqu’à ne plus pouvoir tenir qu’à des fils cassants, pour se retenir l’une l’autre dans la douleur. Jamais aucun dialogue n’avait été aisé, jamais aucune phrase n’avait été comprise comme celle qui l’avait dite ne le souhaitait. Une langue inconnue leur était réservée, chacune trop différente pour se comprendre. Chacune trop proche pour réussir à s’exprimer correctement.

Lysandre réalisait petit à petit le mal qu’elle imposait à la vieille Chasseresse, même si la colère qui faisait battre ses tempes l’empêchait d’y voir clair. Elle ne faisait que percevoir quelques contours obscurs, de ce qui pouvait se produire dans l’esprit de la Matriarche ; Sans doute devait-elle avoir de la peine en songeant à sa petite fille, et ce constat, bien qu’un peu flou, la rendit nauséeuse. Quand enfin elles réussissaient à s’entendre, à s’écouter, la douleur de faire souffrir l’autre devenait insupportable.

Le Chef Olaril essuya ses larmes et ne put retenir quelques gémissements plaintifs, la réserve de Sorastrata, dans son dos la rassurait comme l’angoissait. Une seconde, Lysandre crut que sa Grand Mère, elle aussi, pleurait. Mais elle n’osa se retourner.

« Je ne veux pas me battre contre vous. Et je n’ai jamais voulu me battre, contre personne. » Se plaignit-elle, comme pour elle même, dans un sanglot. Il était désormais trop pénible de se sentir observée, alors qu’elle se laissait ainsi aller à la faiblesse des pleurs. Cette distance lui paraissait infinie. Mais l’évocation de Nydearin la crispa. A moins que les phrases précédentes de la Chasseresse ne l’ait choquée... Elle ferma les yeux avec honte.

« Je n’ai jamais demandé à ce que l’on meure pour moi ! Arrêtez de saisir cette bannière pour me montrer votre amour, je n’en ai pas besoin ! » Sa tête s’enfonça dans ses épaules. Mais la Matriarche avait tout de même exprimé tant de sentiments dans ces derniers mots que Lysandre se sentait fiévreuse. Elles s’étaient tant de fois hurlé leur attachement comme des insultes...

Elle serra le bois du meuble sous ses doigts et sursauta bientôt, quand elle sentit la présence de la vieille femme derrière elle. Son épaule tremblait de sentir la main fatiguée de la vieille Hirune, elle n’eut dès lors qu’une seule envie, celle de se tourner et de prendre dans ses bras la seule femme, le seul modèle qui lui restait. Mais une fierté lourde et la honte de son visage enlaidit par les larmes abondantes la retenaient, l’empêchant de bouger.
L’Hirune rouvrit les yeux, fixant sans le voir le mur de la maison de Liiken. Grand Mère venait de lui accorder le droit de partir, de la laisser s’en aller aux côtés du Grand Prêtre d’Hésione. Contre sa volonté, elle le savait, mais elle l’avait dit. Son cœur tambourinait tant qu’il lui était difficile de tenir debout, comme prise de vertige.

La main ridée, usée par le temps, réveilla l’enfant lorsqu’elle caressa sa joue. Lysandre se tourna lentement, accompagnant le mouvement de la vieille femme, et leur regard se confondit comme jamais. Succombant à cette irrépressible envie, la Chasseresse étreignit l’Ancienne avec force, trop de sentiments mêlés l’empêchait d’être tendre et douce. A l’image de cette relation qu’elle entretenait, les contacts étaient rugueux et brutaux, mais non dénués d’une puissante affection. Tenir ainsi dans ses bras le corps frêle de son aïeule lui fit prendre conscience qu’elle était vieille, qu’elle était … fragile. Alors qu’elle l’avait toujours vue comme forte comme le roc.

« Je pourrai jamais être séparée des miens. »
Ils étaient sa force, elle n’était rien sans eux... Sans doute n’en avait-elle jamais eu besoin de s’en rendre compte, malgré les malheurs qu’ils avaient connus. Ils s’étaient sentis à l’abri des drames, malgré le chaos des derniers mois. Mais cette fois, leurs chemins se séparaient...

« J’ai besoin de respirer l’air des plaines, et quand Arngrim aura la couronne sur la tête, nous serons de nouveau réunies. » Elle frotta sa joue lisse contre celle à la peau tombante de la Matriarche dans un geste plus doux. Les pleurs de l’enfant de Liiken la firent reprendre connaissance. « Fais-moi confiance. » Murmura l’Hirune. En réalité, tout reposait là dessus... Lysandre avait besoin de se savoir soutenue, et malgré qu’elle avance dans le noir, elle avait besoin de se sentir épaulée. Dans l’immédiat, c’était le soutien de son mari qu’elle recherchait ; Mais bientôt, quand il lui faudrait prendre des décisions pour l’Avenir de son peuple tout entier, elle savait que sa Famille, et Sorastrata, surtout, seraient indispensables pour qu’elle prenne le bon chemin.

Redevenue honteuse, et un fond de rage grondant toujours, elle se sentait désormais mal à l’aise, et cessa toute étreinte. Seule sa main resta dans cette de la vieille femme, lui tenant les doigts avec insistance. « Ma place est de l’autre côté des murs, la tienne est ici, tu sauras te faire entendre d’Ysor, moi je ne suis qu’une Sauvage pour eux. » Avoir un discours plus politique l’aidait à reprendre le contrôle, malgré que son regard semble encore perdu.

Les larmes séchaient petit à petit, et elle avait encore du mal à savoir que faire, ou que dire. Lâchant la main de sa Grand Mère, Lysandre réajusta sa botte avant de faire quelques pas, vers la porte. Elle se tourna pour un dernier regard à l’Ancienne.

« Je te le promets. »
Souffla-t-elle dans un battement de cils, avant de préférer s’enfuir un peu brusquement, ne sachant comment mettre fin à tout ceci sans de nouveau craquer. Il était douloureux de la quitter ainsi, mais il aurait été bien pire de s’éterniser et d’étaler chaque tord et chaque regret. Chaque sentiment. Désormais, les deux femmes savaient combien elles étaient proches, Lysandre en avait douté... Mais Sorastrata l’aimait plus que tout, et forte de cet apprentissage, elle regagnait le Port d’un pas vif.





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