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 Sipik, ça pique !

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Keefe Logaro
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 19 Fév - 13:12

La réponse avait l’air de lui aller. Il n’y avait pas d’expression de dégout, pas d’ire ou de fureur à l’idée de partager cette mission avec moi. Rien qu’elle n’aurait fait à contre cœur. Rien qui aurait pu compromettre la réussite de notre petite entreprise. Cependant j’étais dubitatif sur ces derniers propos. Je la voyais mal s’en prendre à quelqu’un d’innocent ou de désarmé...Moi même je ne savais pas comment je réagirais. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un de parfaitement innocent. Tout ceux que je connaissais était soit des crapules, soit des décadents immoraux. L’un dans l’autre, cela ne m’avait jamais causé le moindre cas de conscience. Quand à quelqu’un de désarmé, la question ne ce posait même pas. Je n’allais pas laisser une petite frappe me poignarder dans le dos plus tard.

‘‘Un simple oui aurait pu suffire effectivement’’ Je haussais les épaules ‘‘Tu l’as bien souligné tout à l’heure. Tu ne connais pas mon nom, le passé qui y est associé et encore moins mon travail ou mon genre de vie. Je considère que répondre complètement à une question d’une personne avec qui je vais mettre ma vie en jeu est la moindre des choses. Un peu d’honnêteté contre un peu de confiance. Je trouve que ce n’est pas un si mauvais échange que ça’’

Je me relevais, époussetant la poussière sur mes jambières. Attrapant l’épée d’entrainement, je vis ma partenaire sourire tranquillement, reconnaissant que je pouvais faire l’affaire. Mon regard glissa sur l’épée de bois. Je n’étais pas spécialement le genre de personne sur qui on pouvait compter. Je n’allais pas affronter toute une armée pour elle s’il lui arrivait quelque chose. Je n’avais pas l’intention de mourir pour la sauver…Mais définitivement, je ferrais en sorte qu’elle s’en sorte. Ma Volonté contre Son Destin. Cela promettait d’être intéressant si les choses tournaient mal. Je reposais l’épée de bois contre un mur.

‘‘Je connais une petite taverne pas loin’’

Il aurait été plus aisé de dire qu’il n’y avait pas un débit de boisson que je ne connaissais pas. Qu’il soit officiel ou non. Dite moi ce que vous voulez : Jouer, écouter de la musique, boire, trouver de la compagnie, trouver quelques pigeons et je vous dirais où vous rendre. En repassant par le forgeron, j’en profitais pour voler un bout de tissus qu’on pouvait vaguement appeler une chemise. Comme je l’avais déjà dis, je n’avais l’habitude d’être nu que dans l’intimité et j’avais déjà assez attiré l’attention pour aujourd’hui.

J’attrapais Sipik par la main, l’entrainant dans un dédale de petite ruelle. Pas qu’il s’agissait d’une envie particulière mais je savais d’expérience personnelle qu’on pouvait ce perdre facilement. D’ailleurs il m’avait fallut au moins trois ou quatre de ces expériences pour commencer à comprendre la logique de ce labyrinthe de rue qui m’était finalement très pratique dès qu’on quittait les rues principales. Surtout quand on vous recherchait. Je fredonnais une petite chanson entre mes lèvres. Des paroles au sens sibyllins qui me donnaient les points de repère, les directions et les distances approximatives. J’aurais aimé voir la tête de ma compagne quand nous traversâmes une maison ou deux l’air de rien.

Un dernier regard autour de nous avant que je m’engage dans un petit escalier qui descendait dans une cave de pierre. Bien caché, une pancarte discrète « La perle cachée » marquait l’endroit. J’ouvris naturellement pour retrouver la petite pièce que je connaissais. Un comptoir, quelques tables et forcement peu de client qui jouait jusqu’au dernier sous qui leur restait. ‘’J’espérais ne plus voir ta sale tête…Je sais pas si je suis heureux ou énervé de te savoir encore en vie.’’ Il m’indiqua le comptoir d’un mouvement de tête, y déposant deux chopines à l’hygiène douteuse. Je lâchais la main de la jeune femme avant de m’assoir à ma place de prédilection. A mi chemin des deux sorties, de là où je pouvais surveiller du coin de l’œil tout la salle.

‘‘J’espère que cela t’ira. Mais au moins ici nous sommes tranquille et personne n’ira nous déranger’’

Je levais ma chopine dans sa direction.

‘‘A nous ?’’
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 19 Fév - 17:46

Elle n’avait pas formulé cela comme un ordre… D’ailleurs, elle n’avait pas non plus escompté qu’il la conduise derechef où que ce soit. Elle aurait tout aussi bien pu le congédier et s’en aller descendre assez de pintes pour oublier son nom au coq en pâte… Mais lorsqu’il saisit sa main et tira dessus, l’entraînant à sa suite, elle ne se déroba pas et le laissa faire. Elle n’avait pas l’habitude d’être guidée où que ce soit… D’ordinaire, c’était même plutôt elle, qui guidait autrui. Quel qu’il soit… Guerrier, enfant, femme… Soulard du Guet. Alors pourquoi cet homme, dont elle ne savait volontairement rien, pouvait-il ainsi la traîner à sa suite comme une vulgaire fillette ? Pourquoi ne soustrayait-elle pas sa main à la sienne, avec son grognement habituel, en lui faisant comprendre qu’elle n’était pas une poupée de chiffon que l’on traîne à sa suite.

Mais le fait était qu’à l’heure actuelle, elle n’est était pas vraiment loin. Ses jambes suivaient le mouvement, sans Volonté. Son regard posé sur leurs mains jointes était plissé… Ses doigts quant à eux étaient raides, puisqu’il avait saisit sa main gauche. Vulnérable, elle était comme morte, endormie.

La trajet lui sembla long, et inutile, mais là encore elle n’en dit rien. Elle suivit le mouvement avec une certaine condescendance. Muette, jusqu’au bout, elle écouta sa chanson avec un haussement de sourcils. Il avait une voix agréable, et douce. À l’entendre, elle tenta bien de s’approcher discrètement afin d’en distinguer les mots, mais ce fut peine perdue. Alors elle s’abandonna au son, qui calfeutra ses sombres pensées, les isola.

Lorsque, finalement, il ralentit le pas et lui fit signe de descendre à sa suite à la « Perle cachée ». Elenor demeura là quelques instants, seule et observant en silence la descente qui s’offrait à elle. Son instinct aurait pu crier gare, voir tout simplement sa raison. Elle baissa les yeux, et distingua un instant à peine une petite lueur en bas, avant que celle-ci ne soit avalés par l’obscurité. Un soupir, elle sentait l’odeur de l’alcool monter en volute. Il semblait de toutes les façons qu’elle n’avait pas le choix et, déjà, la pression de la main de l’homme sur le sienne la ramena à la réalité. Il fallait descendre.

Lorsque ses semelles foulèrent le sol poisseux, en bas, elle hasarda un regard circulaire. L’endroit n’était pas des plus mal famés (s’il était comparé à ceux qu’elle-même fréquentait depuis qu’elle se refusait à mettre les pieds chez ce porc de Raetan) mais l’ambiance lui sembla néanmoins lourde, à des lieues de la légèreté qu’avait apportée la voix de l’Anonyme. Elle le suivit tout de même d’un pas qui pouvait sembler tranquille, jusqu’à la place qui, de toute évidence, avait été la sienne un certain nombre de fois. Il avait des gestes directs et droit d’habitué. Les mêmes qu’elle avait eus, autrefois, lorsqu’elle rendait visite à son amant. Porte, tabouret et aubergiste. L’endroit n’était pas des plus confortable, et le manque de lumière avait quelque chose d’incommodant, mais elle ne s’en formalisa pas et, toujours sans un mot, s’installa à ses côtés. Elle lorgna sur la chope qui lui était attitrée d’un œil un peu vitreux, et tout à coup celle-ci lui semblait hostile. La voix de son compagnon la rappela à lui, et elle leva ses yeux plus noirs que jamais, dans cette semi obscurité, en sa direction. Saisissant la hanse de sa chope, elle répondit à sa question en trinquant sans conviction. « Comme tu voudras. »

Plongeant le nez dans la chope, elle se sentit, une fois de plus, nauséeuse à l’idée de la boire. Elle ne sentait pourtant pas mauvais. Par rapport au coq en patte, elle sentait même plutôt bon. Mais c’était autre chose, une barrière mentale qu’elle força en y trempant les lèvres. Le liquide était frais. Peu de goût, mais ce n’était pas grave. Le sentant pétiller sur sa langue, elle ferma un instant les yeux, presque soulagée de la trouver à son goût, puis reposa la chope sur laquelle elle posa un regard vaguement rasséréné. Elle demeura ainsi silencieuses quelques instants, avant de glisser, sans le regarder : « Tu chantes bien. Je ne connais pas beaucoup d’hommes qui chantent ainsi. » Ceux qu’elle avait été contrainte et forcée d’écouter étaient pour la plupart des chanteurs d’Opéra, recouverts de pied en cap de fanfreluches, glabres voire même castrat. Elle même ne chantait jamais, supposant que sa voix, grave et posée, ne s’y prêtait pas. « Je t'écoutais, tout à l'heure. »

Puis elle l’observa quelque temps en silence, hésitante. Elle n’avait jamais fait ça, boire en compagnie d’un autre Dissident. D’ordinaire, les gens comme eux se croisaient, le temps de se passer quelques messages brefs, puis se séparaient sans avoir à tenir le temps d’une discussion. Que dire à un homme qu’il ne fallait pas connaître… ? Elle ne pouvait pas le questionner, ni se livrer. Juste l’observer, le cul entre deux chaises. À cette idée, elle eut un léger sourire. « Ce ne sera pas évident… » À nouveau, elle observa l’alcool ambré de sa chope, sans en boire.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Lun 20 Fév - 0:07

Elle n’avait pas l’air aussi à l’aise qu’à l’air libre, une épée à la main et sûr de ce qu’elle désirait. Un objectif, des moyens et une volonté implacable. A ce demander pourquoi elle avait ainsi acceptée de venir dans ce lieu perdu au milieu de nulle part avec un étranger qu’elle ne connaissait que depuis quelques minutes et trois passe d’arme. Au moins, elle avait fait l’effort de goûter à la bière sans la recracher. J’ingurgitais la mienne d’un long trait avant que ces paroles ne me parviennent. Je m’arrêtais net, m’étouffant devant ce compliment surgit d’on ne sait où. Je passais le bord de la chemise sur la bouche pour m’essuyer, rougissant légèrement et pas uniquement du à l’étouffement.

‘‘Merci, c’est l’un de mes …[Keuf Keuf]… nombreux talents’’

J’écrasais une larme au coin de l’œil tout en la détaillant par la même occasion. Elle semblait assez tendue et j’étais prêt à parier que cela ne venait pas uniquement à l’endroit ou au fait qu’elle partageait une bière avec un homme. Devant le silence qui tombait entre nous, il devenait évidant qu’il n’était pas toujours facile de parler de chose et d’autre avec une personne qui devait cacher son identité à tout prix. Ce qu’elle sembla confirmer d’elle-même en l’ajoutant d’elle-même. A moins qu’elle ne parlait de la mission ? Mes doigts s’agrippèrent à ma chope et d’un sourire je touchais son épaule de la mienne.

‘‘Tu sais, la nature humaine est ainsi faite que quelques mots ne peuvent pas la résumer. Je pourrais te dire par exemple que je suis un merveilleux chanteur, que je suis très doué avec me doigts au point que je puisse délester n’importe qui de sa bourse…Que je sais cuisiner, tricher, jouer aux cartes, mentir sur n’importe quel sujet avec assurance…Cela ne te dira toujours pas qui je suis. Il y a une différence entre qui je suis et ce que je suis.’’

J’usais d’un de mes bras pour soutenir ma tête, pointant de mon autre main la jeune femme avec un sourire en coin.

‘‘Un peu comme dire que tu ne te résume pas à être une jeune femme douée pour les armes avec un charme fou dès que tu commence à te concentrer. Je suis certain que je serais très surpris si je te rencontrais par hasard. Nous pourrions discuter des heures que je n’aurais pas fini de te connaitre et quand à me faire arracher tout ce que je sais, je doute que savoir que tu sais apprécier des hanches bien entrainées leurs soit d’une quelconque utilité ’’

Je ris doucement

‘‘La profusion d’information tue l’information. Je suis assez doué pour noyer le poisson, je pourrais parler des heures sans que tu apprennes quelque chose de déterminant sur moi. Parce qu’après tout, je ne suis qu’un homme dans la masse, parmi tant d’autre. Et puis connais t’on vraiment les gens ? Je suis certain que tu connais cette sensation. Celle de penser que tu puisses connaître quelqu’un et que cette dernière arrive tout de même à te surprendre. ’’

Mon regard croisa le sien alors que je me faisais plus joueur qu’à l’ordinaire. Il n’y avait pas à dire, les tavernes étaient mon terrain de jeu. Quelque chose de familier où j’avais aussi bien mes repères que mon personnage. Une identité, un masque que j’arrivais à poser sur ma vie, qui me protégeait instinctivement. Une chose qui me permettait d’esquiver les questions dérangeantes ou d’être totalement franc vis-à-vis de mes sentiments. Tout n’était qu’une façade et il n’y avait eut que Lysandre pour arracher un brin de franche honnêteté de ma part.

‘‘Tu veux que je t’apprenne un tour de carte ? Un tour de passe passe ? C’est toujours très utile ! Je pourrais te montrer comment tricher aux cartes sans te faire prendre. A moins que tu ne veuille que je chante pour toi ? Je pourrais t’apprendre le chant qui te permettrait de te repérer ici…Où plus simplement parler de moi ? Ce n’est pas un soucis, me retrouver est normalement une tache qui n’est pas aisé. Plus d’un homme marié me cherchent ainsi en vain. ’’

Un peu de vantardise ne faisait jamais de mal. Mais ce que je ne voulais pas, c’était bien de laisser une jeune femme silencieuse et morne en ma compagnie. Encore un coup de cette fierté qui ressurgissait quand on s’y attendait le moins…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Lun 20 Fév - 17:40

Elle s’amusa de sa réaction à son compliment, ne s’attendant pas à une telle chose venant de lui. Il lui avait plutôt paru gouailleur, plein d’assurance et presque arrogant, et le voilà alors qui s’étouffait dans sa bière. Une demoiselle effarouchée. Dans ces mots toujours cette arrogance bien sur, qui la fit sourire avant de lui arracher un léger soupir. Elle peinait à se sortir de son cocon de malaise, ficelée à l’intérieur. Elle cilla, et laissa un silence s’installer, avant de sentir son épaule contre la sienne. Relevant les yeux, elle croisa un regard rieur et ne retint pas un sourire un eu gêné, en réponse au sien. Il était chaleureux, d’une chaleur douce et profondément réconfortante. Il émanait de la douceur moite de cette chair venue presser la sienne une générosité presque tendre, qui, sans qu’elle n’en dise rien, la bouleversa. Elle s’en voulut aussitôt de cette faiblesse qui la prenait. Il était un étranger, à qui elle imposait cet état presque léthargique. Que n’était-elle l’Elenor joueuse et enjouée, cette bonne vivante, coqueluche des tavernes. Elle en était sure : il aimerait beaucoup, cette Elenor là. Elle se lassait elle-même de cette pente douce mais certaine qu’elle empruntait, depuis son départ de l’armée. Affaiblie, en proie aux excès les moins vivaces, anonyme et trahie… Elle était loin de l’identité dont elle estimait qu’elle était la sienne.

Elle avait honte.

Son épaule s’attarda contre celle de l’anonyme. Elle ne quitta qu’à regret celle-ci, tandis qu’il se dérobait et lui parlait. Elle ferma les yeux sur un sourire et soupira, se laissant abreuver de ses paroles. Elle cédait volontiers à cette pression verbale, se laissait faire, se laissait submerger par sa présence chaude et son aura. Elle le savait en train de la manipuler par ses mots, tout comme il avait tenté de la semer dans ces ruelles où il l’avait entrainée, une inaudible ritournelle pour seul fil d’Ariane. Elle se perdait au carrefour de ses idées, sentant son esprit comme tronqué par sa morgue. Une ivresse qui n’avait rien de commun avec celle de l’alcool ou de l’amour. Celle-ci était pleine d’une douleur, d’une volonté trop endolorie, délicieusement saoule et vulnérable. Le portrait qu’il débitait de sa personne vint alors s’imprimer en elle, s’y presser pour y laisser une marque. En hôte digne de ce nom, elle le laissa l’habiter un peu, accueillant les mots un à un, avec attention. Une fois encore, elle le laissa prendre ses quartiers. La position qu’il prit alors, flatteur, elle l’avait vue chez de nombreux séducteurs de comptoir…
Si le début, lorsqu’il reprit la parole, pouvait laisser entendre que c’était bien là ce qu’il était, elle finit à nouveau par se sentir happée par ces visions qu’il tendait entre eux, comme autant de câbles dans le petit espace qui les séparait. Il cherchait à leur faciliter la communication, et par ces mots, à la libérer. Elle réalisa alors qu’il devait, dans une certaine mesure, pâtir de cette attitude fermée qu’elle avait adoptée. Une once de culpabilité, et elle se redressa alors, piquée au vif. Non pas parce que ses mots lui étaient désagréables, mais parce qu’il révélaient innocemment son propre égoïsme. Cela concorda avec la boutade, concernant des hanches bien entrainées. Elle partagea alors plus volontiers son rire, s’ouvrant à peine.

« Cela dit, glissa-t-elle à voix basse, cela me rappellerait sans doute au souvenir de quelques hommes » Un sourire complice, elle lui faisait une confidence ténue, sur ce qu’elle avait été autrefois. Cela faisait des mois à présent qu’elle n’honorait plus sa réputation sulfureuse. Des mois qu’elle ne s’était plus sentie libre et forte, dans les bras d’un homme. Et compte tenu des derniers évènements, ce n’était pas partit pour s’arranger. Réalisant cela, une légère vague de révolte s’éleva en elle, brusque, mais éphémère. Elle se sentait dévalorisée par cet état de fait, petite résurgence de sa liberté d’antan. Elle qui ne se voyait mariée à aucun homme, la voilà le fil à la patte, et ce contre sa volonté. Quelle stupide droiture d’esprit. Qu’est-ce qui l’empêchait, au fond, comme Lan, se s’abandonner dans les bras d’un homme, comme lui dans ceux de prostituées ? Qu’est-ce qui l’empêchait, au fond, depuis sa rupture d’avec cette ordure de Raetan, de se laisser elle aussi aller à sa nature ? Il était trop tard à présent qu’elle avait sur sa peau, comme marquée au fer rouge, la trace de l’Al’Faret, mais elle s’en voulait, par Therdone, de n’avoir pas réagi plus tôt, et d’être restée, tout ce temps, si noble et si droite. Pour arroser cette idée, elle avala une plus longue lampée de bière, tandis que, déjà, son inépuisable compagnon reprenait la parole.

Il confirma en quelques mots le sentiment qu’elle avait à son égard. Noyer le poisson, c’était exactement cela. Elle connaissait cette sensation, celle de penser connaître quelqu’un et de tomber des nues devant sa nature véritable… Si, à quelques occasions, la surprise avait été bonne, les dernières quant à elle s’étaient révélées des plus décevantes. Elle lui sourit cependant et le regarda en silence, songeuse, avant de lui souffler : « Et avec toi, la surprise est-elle bonne, en général ? » Sa voix grave et posée, elle avait retrouvée un peu de sa fluidité habituelle. Elle sourit de ses propositions, amusée ; elles lui semblaient disparates et envolées, un peu l’impression globale, en fait, que lui faisait cet inconnu enjôleur. Elle l’imaginait sans mal séducteur, égarant les donzelles respectables pour les incliner sous sa coupe avant de les abandonner, une fois consommé leur vin. Car elle décelait un peu de ce prédateur également, sous ses mots sucrés. Ce n’était alors qu’une impression assez vague, mais bruyante, au fond de son esprit. Son arrogance lui arracha un nouveau rire, puis, elle lui fit un signe d’encouragement : « Va pour le tour, j’ai besoin d’occuper mon esprit. » Un regard complice, puis celui-ci retomba sur la bière dont elle but quelques gorgées.

Lui laissant le temps de prendre ce dont il avait besoin, elle jeta un coup d’œil circulaire et constata que certains avaient les yeux posés sur elle. Elle mit cela sur le compte d’une physionomie qu’elle devait à l’entraînement et à l’exercice, mais par précaution, remonta un peu se son col, fermant quelques agrafes de sa chemise, puis rabattit les manches qu’elle avait laissées haut sur ses coudes, masquant les tatouages que l’on pouvait y deviner. Il n’était pas bienvenu d’être repérée par qui que ce soit dans un lieu pareil.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Lun 20 Fév - 22:21

Elle ce livrait difficilement. Offrant un regard distrait, un sourire, un besoin d’être ailleurs et ici à la fois à croire qu’elle était perdue dans sa propre vie. Bien sûr, ce n’était qu’une réflexion gratuite de ma part. Je reconnaissais pourtant facilement ces petits signes que je voyais tout les soirs sur les visages des habitués des tavernes. La joie qui cachait la tristesse. L’ivresse qui dissimulait la fuite de responsabilité. La colère qui voile le désespoir de voir enfin une main ce tendre. L’envie de tout changer. De simplement voir le temps suspendre son vol pour nous donner l’occasion de reprendre notre respiration. Je ferrais preuve de narcissisme si je disais que j’étais mon plus grand admirateur dans ma façon de jongler entre ma conscience, mes sentiments contraires et mes désirs les plus profonds. Si une Divinité Supérieur en tout existait, je devais avouer que quelque part, j’attendais son jugement comme je le redoutais.

En d’autres termes, je comprenais sans la comprendre. Je désirais la connaitre sans rien demander de son passé. Mais ce n’était pas comme si j’aimais faire les choses simplement. Lui offrir simplement une occasion de discuter, de lui faire oublier le monde pendant quelques heures, de lui montrer autre chose qui resterait durablement en elle…C’était ma spécialité…Ma vie devrais je dire…Moi l’amuseur publique au masque toujours souriant qui cache comme chacun son lot de souffrance. Néanmoins ce n’était pas de moi dont on parlait. Moi je me contentais de tisser des liens entre elle et moi. De la même manière qu’elle m’avait testée, je la rapprochais de moi autant que je le pouvais. De la même manière qu’elle avait essayée de savoir ce dont j’étais capable ou non, j’essayais de faire ressortir le meilleur d’elle-même. De la même manière qu’elle avait essayer de s’assurer si elle pouvait compter sur moi, j’essayais de lui faire oublier tout ce qui aurait pu la distraire. Nous étions si semblables et si différent pourtant.

‘‘Qu’est ce que je devrais dire ?’’

Je ne la jugeais pas sur ce qu’elle avait pu faire. Après tout, je n’étais pas le mieux placer pour parler de moral. Mon sourire s’adoucit encore plus par voie de conséquence. Mon regard complice ce fit plus amusé alors que je guettais sa réaction quand sa dernière phrase sur les surprises que je pouvais donner me foudroya. Bien ennuyé, je passais ma main à l’arrière de mon crane, essayant de réfléchir à ma réponse. Une question simple mais encore une fois une réponse bien plus complexe que cela en avait l’air. Mes yeux roulèrent avant que je reprenne ma position à moitié avachi sur le comptoir.

‘‘C’est…Plutôt dur de répondre.’’ Je me raclais la gorge, une petite moue au bord de mes lèvres.’’En vérité, tout le monde à des préjugés sur ma vie et sur ce qu’elle devrait être. En me conformant à cette image, j’ai une certaine liberté de mouvement. Etre un vaurien séducteur dont on sait qu’il a une mauvaise réputation…Disons qu’on sait plus ou moins à quoi s’attendre et j’essaye de faire en sorte de pas les décevoir. En fait, pour moi la vie est un immense théâtre où je joue mon propre rôle. Au point que parfois j’oublie d’être moi-même. Du coup, je ne sais pas si certaines choses peuvent être des surprises…Qu’elle soit bonne ou mauvaise’’ Je glissais un regard vers elle ‘‘D’un autre côté, je suis toujours obligé de trouver de nouvelle chose pour étonner et séduire. On s’attend à ce que je fasse rêver et surprendre mon auditoire. De ce fait, il y a toujours des surprises…Mais elles ont rien de spontanées. Du coup je ne sais pas si cela compte dans les bonnes surprises. ’’

Ma propre réponse me laissait perplexe. Est-ce que j’étais capable d’étonner véritablement quelqu’un ? Dans le même temps, il n’y avait rien de surprenant dès que je posais mes habits de barde pour reprendre celui d’un homme simple. Enfin presque simple car j’ignorais si beaucoup d’homme appréciait les joies du bain comme je le faisais. Je lis beaucoup pour trouver de nouvelles chansons ou en apprendre d’autres. Je joue de la musique pour éviter de réfléchir. J’essaye de m’occuper de ma famille dès que je le peux. De là à penser qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire qui marque les esprits, il y avait un fossé.

‘‘Mais je suppose que si les gens savaient combien je suis simple et ordinaire au-delà du personnage…Ils seraient étonnés. Enfin je pense. Un peu comme toi je suppose ?’’

Je n’avais pas dis cela avec une grande conviction. Je passais sur cette question qui m’avait légèrement embarrassé. Je m’emparais d’un couteau, d’un bouchon et de deux serviettes pour mon tour de magie….

Démonstration en image


…Je découpais le bouchon en quatre part égale, les disposant en carré devant moi. ‘‘Tu vois, la magie n’a rien de compliqué. Il y a plusieurs écoles en la matière. Personnellement, j’aime deux points que j’essaye d’appliquer tout les jours. La première, c’est de créer une ambiance. Il ne s’agit pas de berner les gens.’’ Je disposais les deux torchons sur les deux morceaux les plus proches de moi. ‘’Au contraire, je leur montre quelque chose d’autre. Quelque chose qui n’est pas pragmatique et logique. ’’ Je pris un bouchon, le tapant sur le côté du comptoir puis relevait un des torchons, laissant apparaitre deux bouchons là où il y était censé n’y en avoir qu’un.’’Ce petit rien de spécial qui rend la vie plus joyeuse. C’est là que tout commence. Parce que quelque part, au plus profond d’eux, ils attendent quelque chose.’’ Je recommençais l’opération avec le troisième bouchon et de la même manière, il semblait traverser le comptoir pour venir sous le torchon. ‘’Si tu arrive à leur donner, ils y croient. Même s’ils cherchent une solution, ils y croient…’’ Je claquais des doigts dans un sourire. Le dernier morceau c’était volatilisé et apparut avec tout les autres chez sa voisine. ‘‘…Et c’est ce qui fait toute la différence.’’

Je lui souris tendrement, dévorant sa réaction du regard.

‘‘C’est ce qu’on devrait faire nous aussi. Je pense qu’apprendre quelques tours nous serraient bien utile.’’

J’attendis un peu avant de Expliquer le tour…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Mar 21 Fév - 19:49

Elle écouta sa réponse avec un certain intérêt. Elle avait bien vu sa gêne, sur le coup, et s’en voulut peut-être un instant, mais sa curiosité était telle que ce sentiment ne s’attarda pas en elle. Elle l’observa parler tranquillement… Il évoquait un auditoire, parlait de théâtre et parlait de rôle… Elle savait qu’elle ne devrait pas, mais elle était incapable de s’empêcher tout à fait de se creuser les méninges. Il y avait dans ses attitudes quelque chose de sur joué, une permanence de la mise en scène, jusque dans ses sourires, et les positions qu’il adoptait. C’était sans doute ce qui la troublait le plus, cette impression de ne pas savoir à quoi s’en tenir du premier coup d’œil. Peut-être était-ce également pour cette raison, finalement, qu’elle avait écourté aussi tôt cet entrainement. À quoi bon tester un homme dont on savait qu’il ne livrerait fatalement rien de lui même, ou alors, que jamais on ne pourrait être sur de soi, et de son ressenti à son sujet ? Elle fut tentée de lui dire qu’elle, au moins, n’attendait rien de particulier, mais elle trouva cela déplacé, et ne l’interrompit pas. Quelque part, le fait qu’il admette être loin de la spontanéité qu’elle avait pensé lui trouver un peu plus tôt avait quelque chose, en effet, de décevant… Mais sans doute était-ce l’envers de tout artiste (elle penchait plutôt vers cela, il n’était de toute évidence pas homme à surprendre par sa force, et ces références scéniques perpétuelles ne faisaient que la conforter dans cette opinion…) par trop bariolé et affriolant. Nul homme, à moins d’être le fou en personne (Therdone ce que cet énergumène pouvait la mettre mal à l’aise…) ne pouvait réellement être pétillant, et coloré en permanence. Elle était bien placée pour savoir qu’il y a souvent derrière le sourire une inquiétude, un malaise, voir une détresse… Et qu’ici en ces bas quartiers, ceux qui s’en sortent le mieux sont les menteurs, et ceux capables de déguiser sans vergogne aucune leur état d’esprit réel.

Mais en un sens, elle se sentit frustrée par ce postulat, car malgré cela, elle avait une envie réelle de le connaître. Une fois encore, ce n’était pas là une chose sérieuse. Une très mauvaise idée. Quoi qu’il en dise, il était possible de convaincre de crime des hommes sur des détails, et ce type de soif pouvaient mener l’anonyme derrière des barreaux plus facilement qu’il ne le pensait. Et pourtant, tel que cela lui avait été présenté, il y avait fort à parier que leur collaboration ne s’achève pas de sitôt, et Elenor n’avait jamais confié plus durablement qu’au cours d’une action ponctuelle sa propre vie à un parfait inconnu. Ses hommes, elle les connaissait jusqu’au bout des doigts. Leur personnalité, leur passé et leurs angoisses. Elle avait même poussé le vice jusqu’à coucher avec un certain nombre d’entre eux (cela ne posait à ses yeux pas de problème en terme de hiérarchie, contrairement à beaucoup d’autres Capitaines… Sans compter qu’un soldat bien entrainé était souvent un amant tout à fait honorable) afin de dévoiler une part même de leur intimité, et de leur nature réelle. Et c’était là une chose réciproque, la Jagharii se livrant, souvent dans les moindres détails, sans aucune gêne. De par sa naissance et de par son aplomb naturel, elle n’avait jamais été étouffée par la pudeur.

Mais il leur faudrait cette fois demeurer dans un flou qui, elle le savait, la ferait rapidement trépigner. Jusque là elle n’avait eu, au sein du mouvement, de relations suivies qu’avec des personnes qu’elle connaissait bien. Elandor bien entendu, Lell, qui venait ensuite, petite protégée, ou Eleni qui, au contraire, était quant à elle trop opaque pour laisser ne serait-ce qu’une once de chance à ce genre de réflexion. Lui était à mi-chemin, une situation bâtarde qui, elle en était convaincue, serait difficile à tenir. Son petit récit terminé, elle ne déguisa pas vraiment son scepticisme. À l’entendre il était un homme tout à fait normal et ça, non, elle n’y croyait pas. Le voile était peut-être lourd, mais elle distinguait au travers une lueur colorée et dansante, cette lumière qui, précisément, rendait aussi inconfortable sa situation présente.

Sa question finale la troubla cependant beaucoup plus. Pour une raison simple : elle n’était pas tout à fait sure de la comprendre. Plutôt que de se creuser les méninges trop longtemps, elle opta pour la simplicité, et répondit à ce qu’elle avait cru saisir, avec davantage de spontanéité qu’elle n’en avait montré jusque là : « Si ce que tu veux savoir, c’est si moi, je serais surprise de te découvrir simple et ordinaire, je vais devoir te contrarier… En revanche, si tu penses être surpris, s’il advenait que tu apprennes un jour ma véritable identité, alors là oui, je pense pouvoir affirmer sans risque que tu tomberais des nues… » Ce qui serait tout à fait naturel, le barde étant alors en train de parler à l’héritière de l’une des plus prestigieuses lignées de tout le royaume… Le nom de ses ancêtres figurait en lettres d’or dans l’histoire des origines d’Isle, ce qui n’était définitivement pas donné à tous, pas même parmi certains nobles, si fières du patrimoine circulant dans leurs veines. C’était là quelque chose, en dépit d’une allure souvent droite et altière, qu’Elenor avait appris à déguiser. En frayant avec le soldat de base, tout d’abord, puis en fréquentant avec assiduité les bas quartiers, et ce depuis bien avant son entrée dans le mouvement. Bien que ses valeurs ne soient pas celles du badaud moyen, il fallait bien avouer qu’elle le côtoyait sans grande difficulté. Elle n’avait pour autant pas perdu sa noblesse, dont elle était fière et qu’elle cultivait dans une direction, simplement, qui n’était pas celle de ceux qui étaient au pouvoir, mais dans celle qui transpirait des récits du passé, où honneur et bravoure avaient encore une signification.

De cela bien sur elle ne lui dirait rien, étouffant dans un clin d’œil ces pensées avant d’observer en sirotant sa bière les préparatifs de son tour.

Dès le départ, elle comprit une chose : elle serait incapable de faire la même chose. Et ce pour une raison très simple, quoi qu’elle ne saisisse pas les gestes fatidiques qui rendaient l’illusion si parfaite, elle voyait bien qu’il avait des mains agiles, et rapides. Ses mots qui endormaient sa vigilance ne maquillaient pas cette très grande agilité, et à mesure qu’il lui faisait apparaître ces maudits petits morceaux de liège sous l’une des serviettes, elle se sentait prise par deux sentiments distincts. L’envie de comprendre, d’une part, ajoutant à la frustration déjà ressentie quant à cette fameuse surprise qu’elle ne devait pas avoir, mais également la certitude qu’elle ne réitèrerait pas l’exploit. Elle goûtait en avance à l’amertume de devoir refuser d’essayer à son tour, sans oser cependant le lui dire. Alors, cherchant une parade là où ceux de son espèce la trouvaient toujours, elle porta à nouveau les lèvres à sa chope, l’air songeur. Elle lui rendit son sourire, sa propre tendresse mêlée d’un peu plus de piquant. Elle n’avait pas, bien évidemment, compris ce qu’il avait fait, mais avait néanmoins cherché avec une assiduité tout à fait louable. Finalement, sentant qu’il attendait une réaction, elle reposa lentement la chope et, de sa main droite toujours, tripota l’une des serviettes, les sourcils froncés. Elle la reposa avec des gestes précautionneux, comme si celle-ci, de par l’illusion, revêtait tout à coup une aura tout à fait mystique avec laquelle elle se devait d’agir en femme prudente.

« Tu n’es qu’un sale petit manipulateur. » Les mots acerbes étaient démentis par son regard amusé, presque rieur, et par le sourire qu’elle lui adressait, et qui témoignait d’un fond d’admiration qu’elle retenait par correction. Elle ajouta, se redressant et sa voix légèrement moins bien assurée : « Je crains cependant de ne pas être capable d’en faire autant. » Le regret était sincère. Elle finirait bien par le lui expliquer. Ce n’était pas là un secret, et tout comme elle déposerait en lui sa confiance, il allait bien falloir qu’elle ait l’honnêteté de lui faire part, elle aussi, de sa faiblesse. Face à lui, elle avait tenu la route l’épée au poing, mais face à des adversaires plus expérimentés, la lutte armée comportait un risque qu’elle ne pouvait décemment pas lui cacher. « Cela dit, c’était instructif, et agréable. » À nouveau un sourire, un peu plus tranquille, puis elle joua silencieusement avec l’anse de sa chope.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Mer 22 Fév - 22:45

Elle avait appréciée…J’avais capturé son attention l’espace de quelques minutes. Quelques secondes qui n’appartenaient qu’à moi. Un sourire. Une expression amusée. Des instants que je glanais ici et là. Des expressions dont j’étais parfois le rare témoin. Je pouvais dire sans être trop sentimental qu’il s’agissait là d’un véritable trésor. Une richesse qui alimentait ma propre joie. Mon inspiration à poser ma plume sur le papier. A continuer dans une vie qui n’était jamais des plus simple et qui semblait gagner en complexité à chaque seconde.

J’aurais pu continuer longtemps. Que ce soit de m’épancher sur ma vie ou continuer avidement de chasser son sourire…Après tout, cela n’aurait pas été moi si je ne cherchais pas avidement à obtenir tout ce qu’elle pouvait me donner. Que ce soit un peu plus d’attention, de tendresse ou autre chose. Ce que je désirais, c’était simplement voir son véritable visage derrière cette façade si…Chaste ? Effectivement, j’abusais légèrement sur le terme à employer. Ce que je sentais chez elle était surtout cette retenue qui semblait l’entraver. L’empêcher de passer un bon moment. Peut être que là encore c’était ma fierté mal placé qui parlait. A moins de l’imputer sur mon instinct de coureur de jupon ? Moi-même je ne savais pas mais il était clair que je voulais mieux la connaitre.

Non son identité…Mais ce qu’elle cachait en elle.

‘‘Ce n’était pas si naturel pour moi de commencer des tours de magie. C’est venu plus tardivement…’’Je roulais des yeux, hésitant à vouloir entrer dans des détails dont je ne savais si cela l’intéressait…Ou si elle me ferait une remontrance pour avoir trop parler ‘‘…Ce n’était pas comme si j’avais véritablement eu le choix. J’ai appris rapidement plusieurs choses pour essayer de m’en sortir et faire en sorte que les miens ne manquent de rien. J’ai volé, mentit, triché, brisé des cœurs pour nous permettre de faire plus que survivre.’’ Je vidais ma bière d’une traite en souriant ‘’Mais je mentirais si je n’avais pas trouvé cela excitant. Que je n’aimais pas cette sensation d’être au cœur de l’action. Cette impression de maîtriser sa vie malgré tout ce qui s’acharne à vous tomber dessus. Un défi face à la destiné.’’

Je recommandais deux autres alcools avant de me raviser. Je demandais une bouteille de ce qu’il avait de plus fort. Le tavernier me regarda un moment avec suspicion avant d’abandonner l’idée de me demander de payer. Quelques pièces de plus à déduire de sa dette. Après tout, je ne perdais jamais. Sauf quand cela m’arrangeait de contracter une dette qui me rapprochait d’une personne. Avoir des mains agiles étaient certainement ce qui m’avait été le plus utile. Plus qu’avoir une langue bien pendue.

‘‘Mais ce n’est pas comme si j’y comprenais quelque chose. Et puis ces derniers temps je ne fais plus que des coups faciles. Je crois que je commence à faire un début de vieillesse ’’ Je versais l’alcool dans mon verre en éclatant de rire ‘‘Ou de sagesse ? Je ne sais jamais.’’ Idée totalement ridicule encore que l’age commençait doucement à me rattraper. Même si j’étais dans la force de l’age, je commençais à me rendre compte que jouer les acrobates m’épuisait plus que de raison. Excès d’alcool ou d’autre chose ? Peut être ‘‘Ces derniers temps, je m’adonne plus facilement à la musique et aux cartes.’’

Je me rapprochais une nouvelle fois d’elle. Epaule contre Epaule pour lui soutirer quelques confidences sur un ton doucereux.

‘‘Et bien sûr à donner du plaisir à toute celle qui me paye pour mes services. Encore qu’elles se font un peu plus rare. A croire que la crise rend les gens plus paranoïaque et moins enclin au plaisir. J’ai toujours été un pacifiste…Faire l’amour et pas trop la guerre’’ Je ricanais terminant mon second verre d’une traite avant de grimacer. La bouteille se vida une nouvelle fois, remplissant mon auge d’un liquide ambré. Je le fis tournoyer un moment dans mon verre pour profiter de la chaleur qui commençait a monter depuis mon estomac…Avant d’être prit par un énorme doute. Je vidais mon second verre d’une traite, commençant à réfléchir à mes derniers déboires sentimentaux. Celle qui venait en tête était bien entendu la chef olaril qui m’avait légèrement laissé dans mon jus. Je fus soudainement pris de panique.

Je vidais un troisième verre avant de plisser les yeux et me frotter le menton. Est-ce que par le plus grand des hasards mon charme naturel commencerait à ce faire la malle ? Je me frottais la nuque, les coudes sur le bar, la mine basse et prit du doute que le passage du temps avait peut être prit plus que sa part sur mon physique. ‘‘Enfin plus trop dernièrement.’’ Je soupirais avant de regarder ma compagne. Hésitant…Puis sans prévenir la prendre dans mes bras pas loin des sanglots . ‘‘Dit moi que je suis toujours attiraaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaant.’’
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Jeu 23 Fév - 15:42

Le moins que l’on puisse dire, au sujet de l’anonyme, était que celui-ci ne rechignait pas à livrer un peu de lui. Il y avait un certain plaisir coupable dans la façon qu’avait Elenor de boire ses mots. Elle avait l’impression de boire une liqueur lourde et sirupeuse, à la saveur interdite. Épicée par le danger de découvrir, au détour d’un mot, une information qui ferait sens. Un sens interdit, proscrit. C’était une sensation ténue, mais grisante, relevée d'un soupçon d’excitation. Et ce qui fit sens, au cœur de tout cela, c’était une idée, une idée qui concluait innocemment son propos, mais aurait pu la bouleverser.

Cette impression de maîtriser sa vie malgré tout ce qui s’acharne à vous tomber dessus.

Elle lui envia cette liberté, et cette force. Elle la lui envia si bien qu’elle alluma dans ses prunelles une étincelle de regrets. Elle avait loué cette impression, elle s’y était développée, épanouie avec volupté. Chaque passe d’armes, chaque heure et chaque pas avait été le fruit d’une puissante Volonté. En témoignait son corps illustré de ces étapes, ces paliers franchis. Depuis sa mise à pieds, elle n’avait plus marqué sa peau du moindre tatouage. Parce qu’elle était absente en elle-même, une coquille vide et abandonnée. Elle avait perdu cette énergie vitale, cet emportement, cette fougue et cette faim de loup. Autrefois, devant cet homme elle se serait montrée drôle, et agressive. Elle se serait tenue droite et fière, charmante. Elle l’aurait charmé, pour voir. Parce qu’il était bien fait, et aimable. Mais cela aussi, c’était là quelque chose de terminé. Elle n’avait pas faim, ou alors une toute, toute petite faim. Tout juste celle d’un oiseau, inhibée et polie. Elle se savait sur ses gardes, l’œil brillant et à l’affut. Elle ne donnait plus. Elle ne donnait rien.

Amère, elle descendit alors d’un trait ce qu’il restait de bière, et reposa la chope avec un léger soupir, prenant soin de ne pas la faire heurter le comptoir. Elle la déposa plutôt avec légèreté, avec une souplesse toute feutrée. Ce n’était que de la bière, et il en fallait beaucoup plus à la Jagharii pour sentir un début d’ivresse la prendre, mais cette fraicheur qui se glissait jusqu’à son estomac éveillait sur son passage de la couleur, et un plaisir qui ternit presque aussitôt. C’était là une félicité par trop éphémère, sans volume. Elle en avait connu trop, et de trop savoureuses pour ne pas ressentir une fois éteint le petit crépitement qui l’avait envahie, un certain dépit. Il reprit, par chance, la parole, et récupéra du même coup son attention, reléguant à un second plan, certes pas bien éloigné, sa mélancolie. Elle amena rapidement à elle un petit verre, qu’elle remplit de l’alcool que lui-même venait de demander. Cul sec, elle l’avala, les sourcils froncés au moment de déglutir. Cette mixture était fichtrement forte, et cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus rien bu de cet acabit. La dernière cuite de ce type qu’elle avait prise datait de ses fiançailles forcées d’avec Xander Venarii, qu’elle avait prise en solitaire, avec une liqueur à base de pomme, tellement forte que percevoir le goût du fruit suggérait des dons de divination.

Il lui parlait de vieillesse. Alors elle chercha à deviner son âge d’un œil scrutateur, qui ne se cachait pas. Se resservant l’air de rien un second verre, elle observa son visage, écouta sa voix, s’attacha à son timbre. Cet homme était plus vieux qu’elle. De peu, elle en était convaincue, cet écart-là étant loin de celui qui la séparait de Sieben… Certains facteurs la troublaient. Sa peau semblait lisse, ses mains surtout, qui n'étaient pas vraiment celles d'un homme mûr… Son visage n’était que modérément marqué… Pour un homme de son rang, en général la dégradation allait plus vite, mais celui-ci… Un âge qui n’était que très abstrait, donc. Elle pouvait concevoir cependant qu’une fatigue soit interne, invisible et pernicieuse. Elle bu à nouveau, avec plus de parcimonie cette fois, laissant à l’alcool tout le loisir de lui brûler lèvres, palais, langue puis œsophage jusqu’à se recueillir sagement au plus profond d’elle-même.

Elle fut, cette fois, surprise de sentir à nouveau son épaule contre la sienne. Elle entendit distinctement sa voix baisser d’un ton, et en frissonna malgré elle. Ses mots lui arrachèrent un léger rire, silencieux. Un gigolo. Ça ne la surprenait qu’à peine. En fait, à bien y réfléchir, ça ne la surprenait même pas vraiment. Elle le voyait facilement comme un homme à prodiguer un plaisir savoureux mais, tout comme la bière, éphémère. Il parlait des femmes au pluriel, comme elle avait parlé des hommes, autrefois. À ce qu’il dit par contre, se reposant un peu contre son épaule, elle haussa un sourcil et lui glissa : « Il y en a certains pour qui l’amour est toujours coloré d'un peu de guerre, et vice versa. » Elle but une petite gorgée d’alcool, puis après une légère pression à travers l’étoffe, elle ajouta doucement : « Je suis incapable de faire un choix entre les deux. Encore qu’en ce moment, la vie ait décidé pour moi d’éluder l'un des deux. » Et à en juger par la mine qu’elle tirait, il n’était pas bien difficile de deviner lequel.

Un soupir, profond, puis elle termina d’un trait, une fois de plus, ce qu’il restait de son petit verre de liqueur. Il avait lui aussi une bonne descente, compte tenu du fait que cet innocent petit liquide ambré était pour le moins chargé. Mais il fallait croire qu’il ne le tenait pas si bien que cela. Elle vit distinctement le changement dans son attitude et resta interdite, hésitant sur la conduite à adopter. Il en décida pour elle, puisqu’après un petit regard, elle le trouvait tout contre elle, à geindre. Spontanément, elle se raidit, son torde bandé comme la corde d’un arc. Souffle coupé par l’aspect soudain de cette étreinte. Elle ne s’y était pas attendue. Pas un instant. Il devait à priori cet état à des déboires… amoureux ? Elle ignorait si un tel terme pouvait convenir pour cet homme. Sans doute s'agissait-il davantage d'une fierté contrariée que de sentimentalisme. Elle garda le silence un moment, espérant trouver dans son verre (qu’elle avait remplit tandis qu’elle était dans ses bras, dégageant une main de cette étreinte pour se resservir) une réponse à cette question. Ses bras la ceignaient de trop près pour lui permettre de le porter à ses lèvres, aussi s’en dégagea-t-elle un peu, juste assez du moins pour pouvoir descendre, d’une traite encore, le petit verre. Sa chaleur la réconforta et, agrippant de sa main droite l’épaule de l’anonyme (elle garda la gauche entre eux, incapable de saisir quoi que ce soit, fusse-t-il une épaule, avec) le décala un peu pour croiser son regard.

Que répondre ? Du moins, que répondre qui ne porte pas à confusion ? Elle ne le connaissait pas encore, ne lui parlait pas en tant qu’ami, mais en tant que vague connaissance. Elle toussota légèrement, puis soutint son regard avec, toujours, une certaine hésitation. « Je ne sais pas trop quoi dire… ? » Elle était troublée, cilla et rougit légèrement sous ses yeux. Alors, toussant à nouveau, le repoussa cette fois afin de rompre le contact, trop étroit tout à coup, qui les avait liés. Son timbre plus grave, elle posa résolument son regard sur son verre, et grogna : « Il y a des drames bien plus graves dans la vie. Allons, reprends-toi, tu es en vie, et tu es libre. » Elle releva, en dépit de la dureté du propos, un regard presque timide dans sa direction… Et pour éteindre le feu qui lui était monté aux joues, avala d’une traite une énième ration de liqueur. On faisait difficilement plus ironique que ses propos, tant elle avait, depuis quelques temps, tendance à s'apitoyer sur son sort plutôt que de se tenir droite, et fière.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 26 Fév - 13:15

Elle aussi venait de refuser l’étreinte. Certes, elle ne l’avait pas fait de suite…Mais le contact était tout de même rompu. A se demander si je ne commençais vraiment pas à perdre de mon charme. Si cela continuait comme cela, je finirais par ne plus que chanter dans l’arrière boutique d’une taverne de seconde zone…Ou pire encore, escroquer les gamins à force de jeux de cartes. Je soupirais, laissant tomber ma tête lourdement sur la table en essayant de remplir un nouveau verre. S’il y avait bien un remède à tout les maux, c’était bien l’alcool. S’il y avait bien un repère qui jamais ne vous jugerait jamais et qui serait toujours là pour vous, c’était bien une bonne bouteille.

Je grommelais aux quelques mots de maigre réconfort qu’elle m’offrit. Au moins je suis libre et en vie. ‘‘Libre de quoi exactement ?’’ Je ne pouvais m’en empêcher néanmoins j’avais fais un effort pour ne pas rentrer dans les détails. Libre ? Si la liberté consistait à rester seul et à ne pas pouvoir jouir comme on entendait de la vie…Libre ? Si cela comprenait le fait que je finirais comme je le craignais comme un vieil homme radotant ses exploits passés…Je préférais encore la captivité.

‘‘La liberté est différente du bonheur ou de l’épanouissement. Sans connaissance ou réelle possibilité, on ne ferra jamais que subir ce qu’on nous a offert ou choisit. Rien qu’à regarder autour de toi. Pense tu qu’il y aurait autant d’alcoolique si ces gens étaient réellement libre ? Pourtant ils n’ont aucune obligation particulière ’’

Bien sûr, j’étais différent. Ce n’était pas une question de possibilité…Simplement que je n’acceptais pas que l’age commençait doucement à me rattraper ! Je haussais soudainement un sourcil. Je me remémorais les mots qu’elle venait de prononcer. Liberté. La vie avait choisit pour moi. Elle venait de livrer très certainement la chose qui la minait le plus ces derniers temps. J’en étais presque certain. Je me relevais lentement, soutenant ma tête de ma main avec un demi sourire aux lèvres.

‘‘ Des drames…Je suppose que cela veut dire que tu es entrain d’en vivre un en ce moment ? Si je devais parier sur ta situation…Je dirais que quelqu’un t’a privé de ta liberté de choisir. Une décision familiale qui t’obligerait à déposer les armes pour épouser quelqu’un qui te répugne ? Tu ne sais pas si tu dois accepter de baisser la tête ou au contraire de leur tenir tête ?’’

Les quelques neurones actifs qui me restaient commencèrent à ce mettre en branle, analysant cette donnée douteuse. Sa famille devait désirer soit plus d’argent, plus de pouvoir ou une position confortable. Il était difficile de dire à ce niveau où elle pouvait se placer sur l’échelle sociale car on désirait ce genre de chose à tous les niveaux. Bien que je voyais mal une jeune fille de bonne famille se tatouer ainsi de la sorte et avoir un genre de vie débridée….Enfin si je le pouvais. C’était parfois la raison pour laquelle j’avais du succès. Sortir avec quelqu’un qui fait mauvais genre en signe de rébellion contre l’autorité. Je vidais un nouveau verre en coulant un regard inquisiteur vers elle avant de hausser les épaules et poser ma tête contre son épaule.

‘‘J’étais sérieux en te disant que tu devrais te mettre à la magie.’’ Je libérais son épaule pour lui sourire. ‘‘La responsabilité n’exclue pas la liberté. La liberté c’est d’avoir le choix. Avoir le choix dépend de ta Volonté. Je doute que tu sois du genre à la mettre de côté alors la vrai question qui s’impose à toi c’est ce que tu n’est pas encore prête à abandonner. Jusqu’où tu es prête à aller pour obtenir ce que tu désire réellement. Le reste n’est qu’une question de moyen et de possibilité ’’

Je remplis nos verres avant de m’emparer du mien et le faire tinter contre le sien.

‘‘Impose tes règles du jeu. Qu’elles soient tacites ou clairement définie…Manipule en coulisse…Conserve les apparences…Et si tu as la peur de ne pas être acceptée comme tu es, alors laisse moi être celui là. S’il te faut quelqu’un qui t’aide à imposer ta volonté, il y a certainement une chose ou deux que je peux faire. La vie est trop courte pour qu’on subisse les règles des hommes. Autant s’amuser et mettre un peu d’ambiance.’’

J’éclatais de rire en posant mon verre. Probablement parce que je sentais que j’allais un peu vite et que je commençais à m’engager très rapidement sur des questions que je ne contrôlais pas. Dans le même temps, je n’étais jamais le dernier à mettre le brin dans la vie des autres. J’étais certain que d’une manière ou d’une autre j’arriverais à m’amuser et à en tirer quelque chose au passage. Je me faisais assez confiance pour cela. Et comme pour sceller ce pacte, je vidais mon verre une nouvelle fois d’une traite, sentant que cette fois, l’ivresse n’était plus très loin…
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Lun 27 Fév - 0:20

Elle sentit bien que son comportement l’avait froissé, mais choisit de ne pas se rattraper. Elle était toujours mal à l’aise et, elle le sentait, elle avait toujours les joues légèrement roses de surprise. Tandis qu’il s’effondrait sur le comptoir (un reproche silencieux pour elle ?) elle se servit un verre qu’elle descendit cul sec. Elle allait enchaîner sur un second lorsqu’il prit la bouteille à tâtons. Elle la lui laissa, et réfléchit. Cet homme avait-il réellement des doutes quant aux effets qu’il produisait sur les femmes ? Il n’avait en tout cas pas su lire entre ses lignes, et dans ses regards, ce qui la laissait pantoise. Elle s’était trahie par son étouffement, et l’air presque timide qu’elle lui avait opposé… Mais il semblait aveugle à ces signes. Un début d’ébriété, songea-t-elle. Mais elle ne pouvait décemment pas formuler clairement son opinion sur ce sujet. Certainement pas dans les circonstances actuelles…

Il répondit à ses mots, ses mots révoltant intérieurement Elenor. Ce qu’il disait était, pour elle, un contresens. Sans doute était-ce là un raisonnement purement noble, selon lequel la liberté a encore du sens ici bas, mais pour elle il n’était de Volonté, et de valeur que dans les hommes qui pouvaient l’exprimer librement. S’incliner devant la Volonté d’autrui n’avait pas la plus petite espèce d’intérêt. Non, contrairement à ce que beaucoup pensaient, Volonté n’était pas ténacité pour Elenor, mais un pouvoir qui transcendait celle-ci. La Volonté était un bénéfice mais aussi et surtout une responsabilité… Celle des actes, et des choix. Être dépossédé de sa liberté d’agir et de choisir l’annihilait pour elle. Nulle responsabilité pour l’esclave asservi. Quant à la noble qui ploie l’échine devant le paternel et accepte de perdre sa liberté, alors son dernier acte de femme libre aura été celui d’une femme faible.

Sur ces pensées, elle se servit un dernier verre qui, pour la première fois, anesthésia pour de bon ses idées. Elle se sentit vague, un instant et, sous le coup de l’éthanol, agrippa sans même s’en apercevoir le comptoir. Ce n’est que lorsqu’elle reprit ses esprits, quelques secondes plus tard, et qu’elle constata que sa main droite la maintenait, tandis que la gauche s’était élancée par réflexe, mais n’avait pu que se poser passivement sur le bois, qu’elle réalisa qu’elle commençait déjà à être ivre. Cette main gauche, au fond, c’était elle, comme ça l’avait toujours été. L’œil assez vitreux, elle se resservit, trouvant dans ces pensées engourdies un certain confort. Elle fut surprise de le voir se redresser, pour l’observer de la sorte… plus encore de le voir lui sourire avec cet air énigmatique… Cela ne présageait rien de bon… et ça présageait plutôt juste, pour le coup.

Dès qu’elle l’entendit évoquer ses propres drames, Elenor se sentit pâlir… Ses doigts se crispèrent sur le verre dont le liquide se mit à frémir. Elle tenta de maîtriser son geste, à grand peine, mais quelques gouttes mouchetèrent néanmoins le comptoir. Afin de ne pas lui laisser voir ce trouble plus longtemps, les sourcils froncés tandis qu’il lui proposait un choix illusoire, elle descendit le verre d’une traite, encore, mais cette fois suivit d’un grognement sourd et mécontent. Elle évitait consciencieusement son regard, fixant le petit verre dont les contours perdaient déjà en netteté, avant d’articuler péniblement quelques mots de réponse. « Je n’ai plus à savoir quoi que ce soit, les choses sont faites, les têtes se sont déjà baissées. » Elle se faisait honte à elle-même. Jamais elle n’avait aussi peu assumé quoi que ce soit. Elle reposa le verre avec un bruit sourd, plus fort, et demeura ainsi quelques instants, le souffle court, à fixer le petit récipient avec une colère qu’elle dissimulait mal. Sa voix s’était elle-même faite plus rauque. « Je ne prétends pas vivre de drames, la situation est juste… compliquée. »

Elle sentit à peine sa tête contre son épaule, concentrée sur la rage qu’elle renfrognait péniblement, la sentait gonfler comme le pain dans le four. L’alimenter de l’intérieur. Les mots qu’il prononça ensuite lui semblèrent légers et improbables. Elle ne prétendait même pas les saisir au vol, les laissant lui passer au-dessus, tandis ruminait. Il doutait mal. Elle l’avait mise de côté, sa Volonté. Elle n’était pas partie comme escompté à Hurg Aari. Elle n’était pas allée mener cette vie de plaisirs et de douceurs dans le désert, retenue par cet idéal qui les unissait. Pour la Dissidence.

Pour l’Al’Faret.

Pour Lan.

Cette espèce de sale avorton. Cet homme à qui elle avait juré une allégeance totale, et qui la poussait à présent dans le plus odieux des retranchements. Il fut bienvenu de le voir remplir de nouveau le verre d’Elenor, qui dès lors lorgna sur l’alcool avec une fixité d’ivrogne. Ces quelques instants passés sans boire avaient laissé à la liqueur le temps de lui monter à la tête pour de bon, et elle se sentait alors distinctement mettre un pied prudent dans l’ivresse. Ses pensées se désorganisées, tandis que ses sens se faisaient plus lourds et incertains. Elle le sentait contre son épaule, mais il était lourd, si lourd qu’elle avait peur d’en perdre l’équilibre. Son dos lui-même était lourd, et ce tabouret si étroit sous ses fesses qu’elle risquait de basculer. Non, elle ne basculerait pas, jamais, pas même ivre. Même dans cet état elle demeurait redoutable. Elle pourrait les prendre, un par un, et les foutre dehors à grands coups de pieds au cul, comme elle l’avait toujours fait lorsque le besoin s’en faisait sentir. Elle en était toujours capable, elle était capable de tout, car elle était Elenor Jagharii, une lionne blanche et carnassière. On pouvait bien lui mettre un collier, on ne la dresserait pas.

Le tintement du verre la fit sursauter, et elle ne réagit pas aussitôt. Mais à ses mots, un déclic se fit, et un sourire redoutable apparut sur ses lèvres. Elle le regarda boire sans l’imiter tout d’abord, puis fronça les sourcils et réfléchit. Elle n’était pas tout à fait sure de comprendre ce qu’il lui proposait, concrètement, tant cette situation lui paraissait inextricable. Il ne pourrait rien faire. Il se targuait d’un pouvoir qu’il n’avait pas. Le temps des manipulations était révolu, et elle était la perdante de ce temps-là. Pour autant, défaite n’était pas mort, et, l’alcool faisant tout à coup affluer un sang brûlant en ses veines, elle but, presque brutalement, reposa le verre et se pencha vers l’anonyme. Elle lui murmura de sa voix grave, à l’oreille : « Et qu’est-ce que tu proposes ? » Elle s’écarta pour croiser son regard, le sien pétillant tout à coup. Elle était avide de ses idées, là, tout de suite, pour pousser plus avant l’enivrement, et l’oubli. « Je te fais oublier ton âge, tu me fais oublier mes chaines. » À nouveau, elle se pencha à son oreille, puis, sans sourire cette fois, ajouta : « Trop tard pour les apparences, nous verrons bien demain. » Elle était encore suffisamment lucide pour comprendre qu’elle commettait une erreur, quoi que celle-ci, avec tout ce qu’elle avait pu faire par le passé, était bien légère. Que pourrait-elle faire de pire que ses coups d’éclats tonitruants qui l’avaient rendue célèbre, par le passé ? Sans doute pas grand chose…

Et sur ce, un énième verre vint rejoindre les autres, tandis qu’Elenor toussotait légèrement.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Lun 27 Fév - 22:27

Cela ne m’arrivait pas souvent…Mais parfois j’avais cette impression que je passais complètement à côté de quelque chose juste histoire qu’il me tombe bien sur le coin de la figure. La question n’était pas tant si je le faisais de manière inconsciente ou non…Mais si je venais pas d’appuyer sur un nerf sensible. Comme je le disais plus tôt, cela n’était pas dans mes habitudes. Voir une femme muette soudainement reprendre vie après quelques verres et m’envoyer paitre derrière mes retranchements.

Oh, je vous rassure, il n’y a rien de péjoratif derrière cette pensée. Bien au contraire, c’était plutôt agréable…Si j’avais su quoi en faire. Il ne lui avait fallut qu’un regard et quelques phrases bien sentit pour me plonger dans le trouble le plus complet. Je frottais mes yeux, essayant de reprendre un peu de contenance à défaut de sobriété avant de décortiquer les mots qu’elle m’avait offert presque nonchalamment. J’avais beau les retourner dans tout les sens possible, mon esprit déviant les analysait comme une invitation à quelque chose de plus physique. Je vidais mon verre, les yeux écarquillés avant de secouer ma tête rapidement. Une tentative bien pitoyable d’effacer mon trouble ainsi que le rouge qui me montait aux joues.

Nooooon. C’était certainement moi et ma saleté de libido qui se faisait des idées. A moins qu’à force de courser de jeunes demoiselles farouches, je ne savais plus à quoi pouvait ressembler une femme qui savait ce qu’elle voulait ? L’étrange sensation d’être soudainement une proie m’enserra les entrailles. J’en aurais presque couiné tel la souris qui ce retrouve devant un félin faisant au moins dix fois sa taille.

‘‘Euh…Je dois avouer que des idées, là, tout de suite, genre maintenant…J’en ai pas des masses et la plupart intervienne dans une chambre à grand coup d’arrachage de vêtement…Et éventuellement avec du miel’’

A noter que le miel n’était pas indispensable. Tout en essayant de remettre un peu d’ordre dans ce qui me servait de temps en temps de cerveau, je resservis ma compagne tout en réfléchissant à ce qu’elle m’avait dit. ‘‘Tout le monde à une situation un peu compliqué. On accepte soit de mettre un coup de balais de temps en temps ou on trouve un exutoire à ses frustrations ’’ J’essayais de ne pas la regarder dans les yeux pour ne pas être troublé par les visions d’un lit. Le fond d’alcool dans mon verre fit un tour complet d’un mouvement de poignet avant que je ne reprenne la parole. ‘‘Pourquoi pas faire quelque chose dont tu as toujours eut envie ? Quelque chose qui te ferrait plaisir mais que tu n’as jamais voulut faire par soucis de convenance ? ’’

Je me grattais le menton en réfléchissant à ce que j’aurais fais pour me détendre. J’en avais rapidement fait le tour : M’enfermer avec un instrument de musique, trouver un cœur à prendre, dépouiller des joueurs, taquiner ma sœur…Mes loisirs n’étaient pas si variés que je ne l’espérais. Ma réputation d’homme du monde en prenait un coup. Encore que j’aimais…Je claquais des doigts ‘‘Une petite vengeance bien sentit ? ’’ Je me collais de nouveau à mon interlocutrice avec un sourire charmeur. ‘‘Je suis certain que tu as quelques personnes en tête qui t’auront déçu ou fait une crasse. Voilà de quoi remonter le moral tout en ce défoulant et en reprenant le contrôle de sa vie ! On va aller flanquer une raclée à tout ceux qui rendent ta vie impossible ! ’’

Je passais un bras autour de ces épaules, levant l’autre dans un cri de victoire !

‘‘Et après on descendra une autre bouteille ! Et on déclenchera une bonne bagarre ! ’’

Je commençais à énumérer ce qu’il fallait faire pour une soirée réussite sur les doigts de ma main.

‘‘Faudra aussi vomir partout, essayer de mettre le feu, courir dans la rue pour éviter la garde…Ah oui, il faudra aussi qu’on trouve un chat à raser et que demain matin on ce réveille à côté d’un inconnu sans qu’on sache ce qu’on a pu bien faire avec ! ’’

Je hochais la tête d’un air satisfait avant d’éclater d’un rire franc !

‘‘Voilà de quoi faire oublier toutes les chaines du monde. Et si cela marche toujours pas, j’veux bien faire tes quatre volontés pour m’excuser de pas y être arrivé ! Je suis même prêt à porter une robe de bonne si j’arrive pas à te faire passer une bonne soirée ! ’’

J’éclatais à nouveau de rire avant de reprendre un air sérieux dans la seconde. C’était l’alcool où j’avais l’impression que porter des vêtements de femme ne me gênait pas plus que ça ?
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Mar 28 Fév - 10:43

Son trouble la fit glousser, presque malgré elle. Elle ne s’était pas attendue à le déstabiliser à ce point. Lui qui se vantait de ses exploits de coureur de jupons, le voilà qui s’effarouchait d’un rien. Elenor n’était certes pas une donzelle comme une autre, mais allons bon. Il devait ignorer qu’elle était une lionne non ? À moins que ce regard carnassier ne la trahisse ? Lui aurait-elle tenu le plus indécent des discours, par ces quelques mots finalement assez innocents ? Mieux valait, finalement, que cet homme n’ait pas connu celle qu’elle était autrefois, mieux valait qu’il ne connaisse ni son nom, ni sa réputation redoutable sans quoi ces mots l’auraient plus impressionné encore.

Lorsqu’il reprit la parole, un sourire amusé découvrit ses dents. Il hésitait, tortillait autour du pot, ses mots se nouant avant de se désolidariser d’un coup. Il ne savait pas trop où il allait, ou mieux, où pouvait aller. Force lui fut d’admettre que l’entendre lui parler d’arrachage de vêtement titilla ses sens. Ce n’était pas vraiment sur ce terrain là qu’Elenor avait songé s’attarder (en fait, si elle avait eu pleinement conscience de ce qu’elle faisait, elle l’aurait même refusé tout net) mais son corps faisait presque malgré lui écho à l’anonyme. Un souffle court, et mal maîtrisé lui échappa, comme en souvenir aux voluptés d’hier. Elle ferma les yeux quelques secondes, rompant un contact presque oppressant. Ce qui, étant donné les visions qu’elle eut alors, n’était définitivement pas une bonne idée. Les rouvrant, elle se sentit rougir aussi, quoi que plus légèrement que lui. A mettre sur le compte de l’alcool, bien sur.

Contente qu’il la resservît, elle s’empara sans attendre du verre et y trempa les lèvres cette fois, sans le boire cul-sec. Encore que ce ne fut pas vraiment très utile, tant elle vacillait déjà, et tant son palais avait été endormi par les multiples rasades (elle n’avait pas compté) qui avaient précédé. Cela faisait en réalité longtemps qu’elle n’avait plus bu d’alcool, les occasions plutôt rares avec Elandor… Et elle n’avait rien mangé, ce qui n’aidait certes pas son organisme à encaisser avec son habituelle noblesse l’agression de ce petit liquide doré et pernicieux. Consciente qu’il évitait son regard (ce qui à en croire le grand sourire qu’elle lui servait toujours l’amusait profondément) elle descendit le verre d’une traite, puis le reposa avec un soupir tandis qu’il jouait avec le sien.

« Va pour l’exutoire. » Elle réfléchit, chercha ses yeux, mais ne les trouva pas. Lui aussi cherchait, de toute évidence, à démêler ses idées. Elle ouvrit la bouche, une réplique caustique sur la ô combien grande considération qu’elle avait toujours eu pour les convenances, lorsqu’il la coupa de court en se collant à elle. Il lui parlait de vengeance avec le sourire d’un homme qui propose toute une nuit de délices. À nouveau, à ce regard, des images fort peu orthodoxes lui vinrent… Mais elles se teintaient de sa proposition. À présent elle voyait également de l’alcool, et des flammes… Un peu de sang. Si elle avait la lionne de son emblème, elle aurait grogné de plaisir… Attendez.

Non en fait elle grogna de plaisir, pour de bon, lorsqu’il lui parla de flanquer sa raclée à quelqu’un. Elle se coula spontanément contre lui lorsqu’il passa son bras autour de ses épaules. Tout n’était pas bon à prendre, dans son programme, mais il lui avait donné un but. Sieben. Elle partagea son rire, le regard perdu sur la bouteille à laquelle ils avaient mis sa misère. Sans même regarder s’il avait fini ou pas son verre, elle le resservit d’office, fit de même avec le sien et biberonna doucement le petit récipient. L’alcool n’avait plus de goût, il n’était même plus fort, en fait. Non, ce qui serait fort, ce serait un barbecue géant. Restée contre Keefe, elle gloussa à nouveau et reprit la parole. « Il y en a bien un à qui on pourrait appliquer ce programme. Un pendard, un fils de chienne qui m’a remplacée par une truie de la pire espèce. » Sa joue frottant contre son épaule, elle chercha son regard. Foutre le feu au Ceste… Allons bon Elenor, tu n’es quand même pas sérieuse. Ça, comme la perspective d’assouvir ce dont il avait parlé plus tôt relevait du fantasme. Totalement déplacé. Elle était responsable (aha) elle était Sipik ! Elenor pouvait tout se permettre, parce qu’elle était libre, et que son père avait des nerfs d’acier. Sipik avait sur ses épaules beaucoup, beaucoup trop de choses pour se permettre de prendre un risque pareil.

Évitant alors son regard, elle fronça les sourcils et se resservit. La bouteille serait bientôt vide ? À moins que sa vue ne soit pas des plus claires. Non, il devait bien en rester le tiers, à peu près, peut-être. « Je ne suis pas encore assez ivre pour ce genre de chose… mais ça viendra » Elle réfléchit, descendit son verre puis joua avec la bouteille. Elle étouffait. Elle n’avait pas besoin d’une cave. Elle avait besoin de la rue. Alors elle se redressa, quitta ses bras pour fouiller dans le haut de sa cuissarde. Pour ce faire, elle releva légèrement son genoux droit ce qui manqua de lui faire perdre l’équilibre. Elle y trouva une petite bourse où elle plongea les doigts pour en sortir quelques plats. Elle les posa avec un son mat sur le comptoir sans demander son reste, puis fit signe au tavernier d’avancer. Celui grogna un peu, avant de poser un regard surpris sur ce qu’elle venait de faire sortir d’on ne savait quel recoin de ses atours. Il y avait largement de quoi payer une bouteille de cette qualité somme toute assez médiocre, peut-être même deux. Et ça tombait plutôt bien. « J’en veux une autre. » Il la regarda de travers haussa un sourcil, puis fouilla derrière lui pour leur ramener une autre bouteille. Son liquide était transparent, et son odeur plus sucrée. Elle éclata d’un grand rire. « De la liqueur de pomme ! C’est pas vrai ! » Sieben allait prendre cher. « C’est tout ce que j’ai à vous proposer » grogna-t-il, vexé par son hilarité. Elle lui lança un regard entendu. Elle savait comment ils procédaient avec les ivrognes : à quoi bon donner une bonne bouteille, quand la plus vulgaire des eaux-de-vie fera l’affaire ? L’aubergiste qui avait partagé sa couche lui avait déjà enseigné les ficelles du métier. Ce qui l’avait outrée, d’ailleurs.

Sans insister, elle se glissa au bas du tabouret et empoigna la nouvelle bouteille, faisant signe à l’anonyme d’embarquer l’autre. Tentant de garder l’air fier et altier, elle se dirigea vers la sortie d’un pas tranquille (elle opérait en réalité dans l’espace de grands zig-zag fort peu glorieux). Elle se retourna et jeta un coup d’œil à son compagnon de la soirée. Qu’est-ce qu’il attendait, lui ? Son sourire amusé toujours généreux, quoi que le regard un peu embué, elle s’appuya au mur d’un geste mal malhabile (à moins que ce mur ne fut l’un des clients) avant de tituber vers la porte. Elle savait qu’avec de l’air frais elle serait juste assez dégrisée pour retrouver au moins un équilibre potable. Elle avait simplement bu vite, et fort. Sa constitution s’en accommoderait pourvu que l’air ne soit plus aussi vicié qu’il l’était alors.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Jeu 1 Mar - 16:43

La vérité se trouve souvent au fond d’un verre de vin mais cela semblait aussi marcher avec le tord boyau. J’avais du mal à croire que ma vérité personnelle m’amenait toujours en dessous de la ceinture. Un constat risible qui venait du fait que je n’en revenais pas qu’une personne ne soit pas assez bourré pour faire des choses avec moi. Il m’avait quand même fallut quelques minutes de réflexions intense du à la qualité de l’alcool pour comprendre qu’elle ne parlait pas de prendre une chambre dans une auberge histoire de me faire oublier mon âge. J’étais décidément incurable mais quelque part…Je me préférais comme ça.

Il y avait trop de femme à connaître, trop d’alcool à découvrir et trop de poche à vider pour s’enquiquiner avec des histoires de vengeance et de haine personnelle. Je touchais d’ailleurs du bois pour qu’une telle chose ne m’arrive jamais. Bon, je ne doutais pas qu’une bonne partie de la gente masculine m’en voulait mais c’était plus leurs affaires que les miennes. Après tout, ce n’était pas ma faute s’ils ne s’occupaient pas assez de leur famille et je ne faisais que répondre à des besoins aussi impérieux qu’humain. Je hochais la tête, content qu’une fois encore mon autojustification me satisfaisait pleinement. La conscience n’était au mieux qu’une bonne diarrhée…Une fois évacuée, on ce sentait nettement plus léger et bien dans sa peau.

Mais pas aussi agréable qu’avoir Sipik qui semblait apprécier mon contact. Je devais avouer que le rouge me montant une nouvelle fois aux joues quand elle frotta sa joue contre moi…J’aurais aimé dire que mon cœur manqua un battement tellement elle était mignonne…Un coup a me rendre chez le fils de chien pour lui donner la leçon de sa vie…Avec quelques copains…Enfin quelques mercenaires vu que j’avais du mal à me faire des amis…Enfin des amis qui n’avaient pas de femme ou de fille. Ce qui réduisait toujours drastiquement la liste des connaissances sur lesquelles je pouvais toujours compter. Je haussais les épaules avant de voir ma compagne sortir un peu d’argent. J’allais lui dire que c’était inutile avant de me raviser. Je n’allais pas lui dicter sa volonté alors que je lui avais promis de lui faire oublier ces chaînes.

‘’Et bien on n’a plus qu’a aller terminer cette bouteille et aller lui faire payer sa bêtise’’ Je hochais vigoureusement la tête ‘’De toute façon, je vois pas comment on pourrait remplacer une aussi jolie fille que toi ! C’est une preuve de très mauvais goût. Je sais pas, personnellement si j’avais quelqu’un dans ton genre, j’aurais même plus à courir les lits ’’ Je plissais les yeux en me demandant si c’était moi ou l’alcool qui parlait. Moi ? Ne plus courir les plumards ? Même si c’était mes mots qui avaient franchit mes propres lèvres, j’avais du mal à y croire. Encore quelque chose de profondément caché en moi ou c’était juste que je commençais à être bien attaqué ?



Non, je devais être juste sérieusement alcoolisé. D’ailleurs, je m’en rendis rapidement compte en prenant la bouteille a moitié vide pour rejoindre ma partenaire. Je du battre des bras pour garder l’équilibre et essayer d’avancer dans sa direction. A croire que la cave c’était transformé en pont de navire sans m’avertir au préalable ! D’ailleurs ca me rappellait vaguement quelque chose maintenant que j’y pensais. Est-ce que je m’étais pas déjà réveillé tout nu sur un navire en partance ? Ou alors c’était quand j’avais rencontré cette charmante capitaine qui n’était pas vraiment capitaine…Et qui d’ailleurs n’était pas vraiment charmante une fois la gueule de bois passé…Presque autant que le vrai capitaine qui ce demandait pourquoi il avait un mec à poil dans son lit.

Je frissonnais rien qu’a repenser à cet épisode de ma vie que je préférais oblitérer de ma mémoire. Je me rattrapais contre Sipik, essayant de prendre appuis sur elle pour ne pas tomber. Après une montée des marches héroïques pour atteindre la rue, je plissais des yeux en essayant de me souvenir du chemin pour sortir des ruelles. Je fredonnais ma petite chanson, en ayant du mal avec les paroles avant de pointer une direction. ‘’Euh ca doit être par là…Ou par là…Euh…De toute façon on à le temps non ? Y a quelque chose que t’veux faire avant d’aller mettre un peu d’ambiance chez l’autre crétin ?’’
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Jeu 1 Mar - 20:24

Devil's Dance Floor - Flogging Molly pour l'ambiance...


Elle le laissa s’appuyer sur elle avec un gloussement, l’observant du coin de l’œil, sa propre épaule la collant au mur. Elle garda l’équilibre cependant, lui laissa le temps de retrouver le sien, puis le suivit dans son ascension des escaliers. Elle gloussa a plusieurs reprises en le voyant bien en peine, jusqu’à finalement déboucher sur la ruelle avec un soupir d’aise. Il était déjà assez tard, ou alors le ciel était lourd car l’atmosphère lui sembla beaucoup plus sombre qu’elle ne l’était avant qu’ils ne s’enferment là-dedans. Avant de faire un pas, elle déboucha la liqueur de pomme qu’elle but au goulot. Une gorgée qui lui arracha un infime gémissement. Gémissement qui s’étouffa dans un rire tandis qu’elle abaissait l’objet du crime. « Par Therdone, elle arrache ! » À nouveau un gloussement, puis elle se dirigea vers lui, et, bras dessus dessous, pointa son index dans l’une des deux directions qui s’offraient à eux. « Par là. »

Elle se tenait droite (enfin, autant que possible) et affichait un air décidé plutôt comique, ses yeux en amandes vagues témoignant de l’ivresse avancée dans laquelle elle se situait. Et pourtant, comme elle l’avait espéré, elle se sentait mieux. Oh elle vacillait toujours, mais l’air qu’elle inspirait lui semblait plus léger, ce qui était déjà, en soi, quelque chose de réconfortant. Elle eut alors un rire amusé, et, à voix basse, lui glissa : « Mais t’as raison, on est pas pressé. J’te propose qu’on s’enivre, qu’on profite de ce qui s’offre à nous. » Elle le détailla alors d’un œil appréciateur puis, marchant à reculons dans la direction qu’elle avait indiquée, ouvrit ses bras en signe d’invitation. « Tu m’as dis que tu avais de nombreux talents, tout à l’heure. J’ai vu la magie… Qu’est-ce que t’as d’autre à me proposer ? » Son sourire s’élargit et, faisant une pause dans ses pas plutôt désordonnés, avala une gorgée de plus, avant de glousser. « Les miens ne sont pas appropriés, j’te les réserve pour après la petite visite de courtoisie chez mon bon ami. » Elle fit semblant de réfléchir, puis ajouta avec un sourire énigmatique : « Si on doit semer le Guet par exemple. Par exemple. »

Puis un pas, deux en arrière et elle reprit sa démarche. Elle abaissa les bras, le liquide ambré laissant entendre un léger clapotis au rythme de sa marche chaotique. Du regard, elle le mettait au défi… De quoi ? De lui montrer ce dont il était capable en réalité. Elle avait dépassé le stade des tours de passe-passe, elle était trop imbibée pour ça. Il lui fallait du clinquant, du bruyant et du drôle. Quelque chose d’assez sucré pour aller avec la liqueur de pomme. Elle leva légèrement le menton, le défiant en marchant toujours. « Alors, tu t’y prends comment en général, pour te mettre une assistance difficile dans la poche ? » À nouveau un rire, léger, puis elle fit légèrement se balancer la bouteille entre eux, comme pour la faire danser un peu. Une petite danse endiablée, et liquoreuse. Elle s’amusait, prise par la sensation que débutait alors un jeu du chat et de la souris. Et elle adorait jouer à chat. Surtout quand les rôles étaient tout, sauf clairement établis. Tandis qu’elle l’observait, s’offrait en apparence à ses talents, mais reculait dans le même temps, restant obstinément hors de portée, elle s’imaginait proie, et chat. Elle pouvait tout aussi bien être rattrapée par un rire, sa chaleur ou la vivacité de son esprit, comme elle pouvait le dévorer avec délectation, dans un ronronnement.

Elle arrosa cette joyeux pensée d’une rasade de liqueur (ouhh, ça tourne) puis accéléra, l’air de rien, le pas. Attrape moi si tu peux. Si t’as la force de prendre une lionne dans tes filets, petit homme. Ses lèvres rieuses, son regard s’assombrit un peu tandis qu’elle guettait une réaction de sa part.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Sam 3 Mar - 16:19

La bouteille avait presque trouvé le chemin de mes lèvres quand la question de ma ravissante compagne m’arrêta en pleine course. Je devais avouer que ce que je pouvais voir contrastait pour beaucoup avec tout ce qu’elle m’avait montré d’elle jusqu’à présent…Et que c’était nettement plus attractif aussi. Enfin, ce n’était pas vraiment ça. Elle était plus…Vivante…Plus elle-même…Et inévitablement cela attirait mon attention si bien que je me pris rapidement un mur semblant sortit de nulle part.

Je me massais le visage en maugréant sur la mauvaise gestion des sols et des batiments tout en réfléchissant à sa dernière question. ‘‘Ce que je fais pour gagner un public difficile ?’’ Je pointais du doigt Sipik en souriant. ‘’C’est pourtant simple ! Je me met tout nu ! Les femmes sont immédiatement conquise et les hommes sont béat d’admiration !’’ Je bombais le torse avant d’agiter ma main ‘‘En fait, j’évite la plupart du temps, sinon certains hommes ferraient des complexes ou m’attaqueraient par jalousie.’’ Bien sûr que ce n’était pas vrai…Enfin si on veut…Mais de toute manière, je doutais qu’elle voulait vraiment la vérité. Ce qu’elle désirait, c’était rire et être joyeuse. La vérité ne l’était jamais. Un pieu mensonge, caricaturer la vérité, mettre un peu de rose dans une vie trop sombre…C’est cela que je faisais pour gagner le cœur des gens.

En la voyant prendre de l’avance, je ne pus résister à l’envie de la poursuivre. De toute manière je ne pouvais la laisser ce perdre toute seule dans le coin. ‘‘Hey ! Attend !’’ Mes jambes se détendent, j’essaye de garder mon souffle intact en laissant l’équilibre de côté. Mon cœur bat plus vite, de plus en plus vite dans ma poitrine, chassant tout ce qui n’était pas l’instant présent. Tout ce qui n’était par regard, pulsion étrange et…C’est comme ça qu’on manque de se ramasser sur le sol. En butant sur une pierre mal agencé, je basculais en avant, fauchant la jeune femme au passage. Je l’attrapais par réflexe, la retenant au passage pendant que je me stabilisais. Par chance, Sipik m’avait évité de me vautrer lamentablement. Ou devrais je plutôt dire que par chance, je l’avais dans mes bras.

‘‘Euh désolé !’’

Me redressant, j’hésitais à la relâcher bien qu’au final, je me raclais la gorge. ‘‘En fait, j’ai d’autres dispositions. A part éviter de me prendre des murs quand je suis alcoolisé, j’arrive a faire de très bon massage…Ou aider les demoiselles à s’épanouir pleinement ?’’ Je relâchais un bras en continuant d’avancer. M’armant d’un léger sourire pour lui murmurer à l’oreille ‘‘Et parfois, j’arrive à rattraper les tigresses quand elles s’enfuient dans la rue !’’

Je lâchais un léger rire avant de me mettre devant elle. En marchant a reculons, j’exécutais une petite révérence. ‘‘Je peux aussi danser, chanter et pour peu que tu es une demande particulière, je saurais peut être l’exécuter. Encore que pour cela, il faudrait encore me convaincre de le faire’’ Je tirais la langue puis me retournait en écartant les bras pour conserver l’équilibre alors que je faisais semblant de marcher sur une ligne. ‘‘Et voici le Grand Cirque avec ses clowns, ses dompteurs de fauve, ses cracheurs de feu et son équilibriste ! Et dans ce seul rôle, votre serviteur qui se ferra un plaisir de rester avec vous toute cette soirée !’’
Un sourire plus niais apparut sur mon visage. C’est vrai que je n’étais pas loin d’une troupe de cirque à moi tout seul. Et j’aurais probablement du mal à nier que cela ne m’aurait pas plut de vivre ainsi. Nuit après Nuit. Dans un monde de rêve et d’enchantement où il n’y avait pas besoin de courir le client.

Je me retournais soudainement pour arborer une grimace tout en lui tirant la langue ‘‘Par contre, ce compte pas sur moi pour faire la femme a barbe !’’ Et cette fois ce fut a moi de la mettre au défi de me rattraper alors que je m’enfuyais bêtement en riant le plus simplement du monde.

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Sam 3 Mar - 23:44

Son regard brillait, tandis qu’elle le voyait s’approcher d’elle. Elle ne l’avait pas quitté des yeux, une moue gourmande aux lèvres. Les mots lui parvenaient dans le désordre, son esprit trop embrumé pour les accueillir comme il convenait. Et elle ne l’aidait pas, portant de temps à autre le goulot à ses lèvres… En revanche, elle lisait son corps, ses mouvements, ce qu’elle en devinait. Elle le parcourait sans s’en lassait, guettant ses gestes, et ses réactions. Il pouvait bien l’abreuver de mots, comme il l’avait fait plus tôt… Mais ce n’étaient pas les mots qui faisaient réagir Elenor. Par chance il délivrait également le langage auquel elle tenait. Peut-être pas volontairement, mais en filigrane. Il tendait entre eux les fils de messages muets, vivants.

Elle n’avait pas vraiment espéré qu’il lui dise ce qu’il faisait, mais qu’il le lui montre… Qu’il esquisse ses méthodes, qu’elle puisse en jouer, les entortiller pour le faire prisonnier… Juste quelques instants, le temps de l’avoir entre ses griffes. Grisée par cette envie de prédation, son sourire s’élargit tandis qu’elle le voyait approcher. Il l’approchait, courait à elle, et par la proximité grandissante qu’il instaurait, rendait plus profond, et plus saccadé le souffle d’Elenor. Mais il la coupa dans son élan, et tandis qu’elle pivotait pour rester de face à lui, trébucha. C’était la seconde fois aujourd’hui qu’il perdait ainsi ses appuis et l’emportait dans son élan. Mais il ne tomba pas, l’enserra et l’embarqua dans une danse rapide, courte mais envolée. Le geste était intense, et appuyé… Il coupa le souffle de la lionne qui l’observa, une fois revenu le calme, avec un sérieux qui ne présageait rien de bon pour l’oisillon.

Ses mains piquaient sa peau, comme du sel, et tandis qu’elles glissaient autour de sa taille, l’une pour la lâcher, l’autre pour la retenir, elle frémit à leur contact. À nouveau lorsqu’il se pencha à son oreille, et lui parla de tigresse. À ces mots, un sourire carnassier lui vint, amusé. Il n’était pas loin du but, le bougre. La comparaison la flattait, plus qu’il ne l’imaginait, et c’est en ronronnant qu’elle répondit sur le même ton : « Mais il est parfois imprudent de rattraper un tigre… » Nouveau glissement sur ses hanches, alors qu’il la lâchait pour lui faire face, adoptant à son tour l’attitude qui était la sienne un peu plus tôt.

Tout un cirque ? Elle n’en demandait pas tant. Elle était déterminée, monomaniaque. Une seule idée à la fois dans les vapeurs d’alcool qui parasitaient son cerveau. Il n’y avait qu’un rôle dans tout ce fatras d’identités qui l’intriguait vraiment… après ce qu’il venait de dire. Il jouait, jouait avec son équilibre, avec ses nerfs. Il changeait de directions, grimaçait, déguisait ses instincts par ses simagrées. Elle voulait les lui arracher, à mesure que l’alcool qu’elle ingurgitait à intervalles réguliers faisait son effet. Se débarrasser du jeu, du masque, et mettre à nu ce qu’il cachait derrière tout ça. C’était ça, la proie. Le reste n’était qu’enveloppe qu’elle écarterait volontiers pour se régaler du reste… Elle n’était pas femme à désirer du masque… C’était dans l’authentique, et le brut qu’elle oublierait ces chaines. Dans ce que tout être avait de pur… Et l’ébriété renforçait ce sentiment plus que tout. Cette entièreté de l’être était tout ce qu’elle pouvait, dans les moyens limités qui étaient alors les siens, comprendre.

Il partait en courant, devant elle, espérant briser le lien qui les unifiait, ou du moins le tendre à l’extrême… Et dans l’inconfort, l’obliger à le poursuivre, à le rattraper, à admettre son instinct…

Mais elle se maîtrisa, et tandis que ses yeux brillants ne lâchaient pas l’anonyme des yeux, son pas quand à lui ralentit. Il se fit plus chaloupé, presque tendre. Elle prit soin à se faire plus lascive et dévia son regard sur le côté. « Et tu domptes quoi, comme fauves, à part des tigresses ? » Elle coula en sa direction un regard rieur, puis, du bout des doigts de sa main droite, défit ses boutons de manchettes pour relever, comme elle l’avait fait plus tôt, les manches de sa chemise. Le geste cependant était plus lent, et plus tranquille. Tout comme elle avait ralenti le pas, elle semblait prendre son temps. Intérieurement, elle était en ébullition, brûlait de lui courir après et de le saisir, mais réfrénait son envie et, plutôt que d’y céder brutalement, préféra jouer un peu. Elle s’attaqua alors aux boutons de son col, qu’elle écarta doucement, comme en quête de fraicheur. Sa peau exposée à l’air frais de la soirée encore naissante, elle ferma les yeux et ramena la cascade noire de ses cheveux sur son épaule. Puis, après un regard brillant à son adresse, elle leva le coude, avant de séparer ses lèvres du goulot avec un sourire énigmatique.

L’alcool prenait le pas sur les mots, les idées et les Volonté, elle le savait, et l’acceptait tandis qu’elle suivait en zigzaguant le sillage tracé par Keefe…
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 4 Mar - 0:48

Elle ne voulait pas jouer…Ce qui m’obligeait à ralentir. Elle regardait, observait, se préparait pour la chasse de manière bien agréable pour mes yeux, déboutonnant sa chemise ici et là pour aiguiser mes sens. Ou mes appétits ? Peut importait car en ce moment les deux étaient étroitement liés pour ne pas dire indissociable. Les effets de l’alcool ou une invitation ? Je ne savais que trop et même ses mots me laissaient danser d’un pied sur l’autre. Que voulait elle dire par quel genre d’autre fauve ? J’étais certain qu’il y avait une allusion bien plus profonde qu’il n’y paraissait et pas uniquement sur le fait qu’elle ne se prenait pas pour une tigresse…Mais pour autre chose.

Seulement l’alcool passe sur les détails. Mes désirs sur ma raison et déjà cette question avait été éconduite dans une autre partie de mon cerveau. Qui sait un jour elle réapparaitrait. Probablement dans la brume du matin. Pour le moment, il s’agissait surtout de la faire courir. De lui donner envie. De lui faire reconnaitre ce dont elle avait besoin et d’en jouer. De la tirer en dehors de sa vie pour la découvrir comme elle était…Et bien sur d’en profiter. Mes yeux s’étrécirent, en voyant qu’elle continuait à se montrer fière.

Je ralentis jusqu’à m’arrêter dans un grand sourire. ‘’Voyons ce que je peux chasser aussi comme fauve’’ Je fis mine de réfléchir un moment, la laissant arriver jusqu’à moi. Encore trois pas, encore deux pas…Plus qu’un…J’avançais alors, l'attrapant par son décolté pour l’obliger à se rapprocher encore plus de moi. Mes lèvres se frayant un chemin jusqu’à son oreille. ‘’Je chasse tout ce qui me fait envie. Qu’elles soient des oiseaux en cage ou des lionnes enragées ’’ Je lui mordillais l’oreille pendant que je lui subtilisais habillement sa bouteille avant de reculer prestement, content de mon larçin.

Je lui tirais joyeusement la langue, marchant toujours a reculons. Je fis glisser sa bouteille jusqu’à mes lèvres pour en boire une bonne rasade pour la taquiner. ‘’Le goût de la victoire !’’ Je ricanais dans ma barbe, passant mon larcin dans mon dos certain que cette fois, elle viendrait chasser son dut quitte a me passer sur le corps. Une chose qui promettait d’être aussi sportif qu’agréable. Je lui offris un regard joueur avant de me pencher en avant. ‘’Et comment veux tu régler ça ?!’’ Je lui montrais sa bouteille avant de la cacher de nouveau derrière moi. ‘’Tu te sens prête à me courir après ?! Je souris naturellement en pensant à l’agréable sensation que cela me procurerait mais aussi a ce qu’elle pourrait ressentir. ‘’A moins que tu ne préfère enlever un bouton ou deux de plus ?’’

Je fis une pirouette sur moi-même avant de reprendre mon numéro d’équilibriste un moment. Je plantais mon regard par-dessus mon épaule en souriant. ‘’Mais je peux consentir à t’en donner un peu…Mais seulement en t’embrassant’’ Je hochais la tête. ‘’C’est plutôt un bon marché non ?! Peut être l’alcool, peut être le fait que je poussais le bouchon un peu trop loin…Mais j’avais vraiment envie de lacher la bête hors de sa cage. De voir de quoi elle était capable même si ce n’était pas la chose la plus censé à faire. Dans le même temps, je n’étais pas connu pour faire des choses raisonnables. Si j’avais du m’arrêter à cela, cela aurait fait longtemps que j’aurais été marié, quelques enfants et même un travail honorable qui sait.

J’aurais eut une meilleure réputation, peut être même le sentiment d’être un homme bien et pouvoir mourir avec la pensée que j’avais fait quelque chose de ma vie. Oui…Je me serais bien ennuyé. Qu’est ce que ce genre de vie pouvait valoir quand une femme aussi excitante vous regardait avec ce je ne sais quoi qui vous ferrais damner si elle vous le demandait ?
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 4 Mar - 14:48

Lorsqu’il s’arrêta, elle comprit. Il la laissait la rattraper… Réfléchissait, du moins s’en donnait l’air, le temps qu’elle n’arrive à son niveau. Cela voulait-il dire qu’il se laissait sciemment piéger ? Ou bien cherchait-il à la piéger lui, à renverser la situation par son comportement mystérieux… ? Consciente du jeu qu’il jouait, elle décida de poursuivre son avancée tranquille. Le pas lent, ondulant à peine, elle ne voulait pas lui montrer de peur, ou de gêne. Non elle assumait ces coudées qu’elle comblait en toute quiétude, car elle ne le craignait pas. Qu’est-ce qui aurait pu inquiéter une lionne ? Lorsqu’il s’avança vers elle, subitement, sitôt qu’elle fut à portée de sa main, elle se cabra cependant un peu, mais, happée par son corsage, et son équilibre mis à mal par la liqueur, elle ne résista que faiblement au geste de l’anonyme. Elle le percuta doucement, en un contact feutré qu’elle retint, ne voulant pas le quitter des yeux. Buste contre buste, puis tempe à tempe. Sa voix dans son oreille lui arracha un frisson, et elle appuya spontanément le contact, les yeux clos de plaisir.

Elle n’y répugnait plus le moins du monde, à présent qu’ils avaient quitté la taverne souterraine, ainsi que leurs enveloppes mondaines. Elle n’était plus Sipik, lui n’était plus que superficiellement cet être bigarré et bruyant. Il devenait ce souffle dans son oreille, ces dents, sur son lobe. Elle voulu le mordre, le pincer en retour… Le lui faire payer, mais tandis qu’elle savourait l’odeur de son cou, acceptant les menus sévices qu’il lui faisait subir, elle sentit sa main droite s’alléger, et avec un courant d’air sa chaleur s’évanouir.

Il s’éloignait d’une Elenor qui, toujours les yeux clos, accepta sa défaite avec un sourire dépité. Alors qu’il fanfaronnait et vantait sa victoire, Elenor, qui devait bien admettre qu’elle s’était faite avoir comme la pire des pucelles, applaudit doucement la performance. Il y avait pourtant quelque chose de sarcastique, dans le geste, quelque chose qui laissait entendre qu’elle n’avait pas baissé les bras. Il cachait la bouteille dans son dos, l’air de dire qu’il lui faudrait lui passer sur le corps pour récupérer son bien. C’était une extrémité à laquelle elle ne répugnait pas, considérant son compagnon d’un œil appréciateur. Il était tonique, rapide, en bonne condition… Et cet homme qui plus tôt pleurait sa vieillesse lui semblait à elle avoir la force qu’elle aimait chez les hommes faits, et qui lui faisait répugner, la plupart du temps, à se hasarder entre les draps de jouvenceaux. À sa question elle effleura du bout des doigts les quelques boutons restants de sa chemise, au-dessus du corset de cuir qui maintenait son dos les jours où elle demandait à celui-ci trop d’efforts. Eut-elle tout à fait ôté sa chemise que le corset à lui seul l’habillait toujours. Certes pas de façon très honorable, mais suffisamment pour ne pas combler l’anonyme. Cette idée la séduisait.

Aussi, si ses doigts jouaient avec l’étoffe, et au passage avec les nerfs de son vis-à-vis, ils n’exaucèrent pas sa demande. Le sourire d’Elenor s’élargit pour découvrir, à peine, ses dents. Un grognement, et elle déclara doucement « Je n’ai pas l’intention de te mâcher le travail… » Un clin d’œil joueur, puis elle écouta, attentivement, la proposition qu’il formula ensuite. Un bon marché, elle hésitait. Cela faisait cher une bouteille qu’elle avait elle-même payé… Et elle n’avait pas envie de se montrer douce et obéissante. Il lui avait parlé de dompter des lionnes enragées, et elle était déterminée à lui montrer, à cet avorton, qu’une lionne n’est pas si simple à amadouer que cela. Que de la liqueur de pomme n’est pas une pièce assez grosse, et assez juteuse pour la transformer en chaton…

Alors elle réfléchit, décida, puis attendit. Elle attendit qu’il quitte sa vigilance, le temps de boire, ou de hasarder un regard dans la direction qu’il empruntait. Et là, elle pu s’activer. Un pas, puissant, avait pu alerter l’anonyme, mais avant qu’il n’ait l’occasion de réagir, elle était sur lui, le saisissait à la taille et lui infligeait un placage redoutable. Un placage du type de celui qu’il lui avait lui-même asséné lorsqu’ils s’entraînaient, mais cette fois-ci bien volontaire, et mieux maîtrisé. Elle accompagna sa chute, plongeant avec lui. Et quoi qu’il ait sans doute eu le souffle coupé sous le choc, elle savait pour avoir fait ça avec professionnalisme qu’il n’avait rien de cassé. Elle était sur lui, ses bras toujours autour de sa taille, et, avant qu’il n’ait l’occasion de riposter de quelque façon que ce soit, lui grimpa dessus pour s’installer, à cheval, sur lui. Un « A-ha ! » triomphant, et elle lui piquait la bouteille des mains, celle-ci ayant laissé s’échapper un peu de son contenu sous le choc, tandis que, dans une position pour le moins douteuse, et ce en plein milieu de la rue, elle s’octroya la gorgée du succès. Elle abaissa le goulot avec un soupir d’aise exagéré puis, toujours tranquillement assise sur lui, lui sourit.

Elle prit alors appuis sur ses genoux, les cuisses serrées sur ses flancs, pour éviter tout contact intime entre eux, ses yeux rieurs et provocateurs. Qu’il reste sur sa faim, ne la croie pas acquise à sa cause. Elle laissa cependant un petit souffle lui échapper, ce contact, quoi que contenu, étant tout de même de nature à l’émouvoir. Elle courba alors l’échine, laissant la bouteille hors de sa portée, et approcha son visage du sien. « Attention, avec les lionnes enragées… Même le fil à la patte, elles mordent toujours… » Elle mit sa menace à exécution, effleurant des dents les reliefs de sa mâchoire, avant de venir ravir ses lèvres. Un baiser léger, qu’elle n’appuya volontairement pas. Elle instaura derechef une petite distance entre eux et sourit, avant de glisser : « Mais comme je suis dans un bon jour, j’accepte de payer pour ma victoire… » Puis elle releva la tête, se redressa sur ses genoux, toujours au-dessus de lui, et aperçut au loin deux torches, accrochées à un mur non loin.

Le Ceste, Sieben.

Elle abaissa alors un regard gouailleur en direction de sa proie, avant de prendre appuis sur ses orteils pour se relever et quitter sa position. Elle fit quelques pas en direction des torches, puis se retourna. « Foutre le feu à la propriété de l’enfant de salaud dont je dois me venger, est-ce que ça te dit ? » On faisait difficilement plus éloigné de l’ambiance instaurée quelques instants plus tôt à peine… Et pourtant il y avait dans ses yeux noirs une lueur d’excitation qu’elle ne pouvait pas déguiser. Vengeance, violence et volupté, le tout lui semblait cohérent, et désirable, tandis qu’à nouveau de la liqueur gagna son estomac.
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MessageSujet: Re: Sipik, ça pique !   Dim 4 Mar - 16:22

J’étais plutôt content de moi et de ce que j’en voyais, la jeune femme réagissait plutôt bien à mes invectives. Heurter la sensibilité et la fierté était le premier pas vers la victoire. Maintenant qu’elle était agitée, elle n’allait pas tarder à frapper d’une manière ou d’une autre et laisser entrevoir tout ce qu’elle gardait en elle. Dire que j’étais excité à cette idée était peu dire. De toute manière, je l’étais déjà après ce bref contact qu’elle n’avait pas reniée. Plus encore en ne ressentant aucune résistance alors que je lui soufflais à l’oreille.

Même s’il ne s’agissait que d’un souvenir d’alcoolique, cela faisait partit des ceux qu’on gardait toujours en mémoire. Un début de quelque chose. Parfois de rien. Des fois rien de plus qu’un souvenir agréable. S’en souvenir distillait un peu de chaleur et redonnait un peu de courage dans les nuits solitaires passé à écumer les bas fonds. J’en étais presque reconnaissant dans cette certitude qui me laisserait rêveur.

Enfin jusqu’à ce qu’elle commence à déboutonner sa chemise. Etait ce un aveu ? Abaissait-elle les armes ? En la voyant continuer son œuvre, j’eu du mal à me concentrer sur autre chose que le ballet de ces doigts sur l’étoffe. Par Therdone, si j’avais été croyant j’aurais volontiers prié pour que ces doigts soient les miens. Et vu que je ne l’étais pas, je me serais facilement convertit si on m’offrait une telle récompense. Du moins jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle n’en faisait finalement rien. Elle jouait avec mes nerfs comme elle jouait avec l’étoffe. Elle n’était pas prête de rendre les armes. J’étais certain que bientôt elle passerait à plus d’action. La lionne c’était finalement décidée à sortir les griffes pour récupérer son bien.

L’espace d’un instant, j’espérais tout de même que ce qu’elle viendrait réclamer n’était pas sa bouteille. Un espoir que je savais vain mais ce n’était pas important. J’étais sincère avec moi-même et je reconnaissais bien volontiers que je brûlais d’envie de toucher sa peau. Savoir si elle était douce. Si elle était chaude. Connaitre la sensation qu’elle laisserait sur mes doigts. Je m’enivrais de cette sensation ne faisant pas attention à ce quelle pouvait faire. J’avais déjà eut ma victoire quelque part et puis même ivre, elle serait toujours plus redoutable que moi.

Cependant, je ne m’attendis pas à avoir le souffle coupé par un placage venu de nulle part. Je toussotais grassement alors qu’elle prenait triomphalement position au dessus de moi. Dominante et fière de son fait. Je lui concédais sa victoire facile, les bras en croix à profiter de son contact. A peine le temps de fermer les yeux, je la sentis essayer de me mordre ‘‘Hey ! Qu’est ce que..’’ Je passais une main dans son dos lorsque ces lèvre effleurèrent les miennes me laissant un moment interdit sur mon postérieur avant de laisser échapper un sourire un peu plus niais que d’ordinaire. Dire que je ne détestais ce genre d’attitude ne serait pas totalement honnête. Je me sentais…Peut être un peu entrainé dans son univers. Tiré un peu de ma réalité et de mes mensonges ? Je roulais des yeux avant de me laisser de nouveau tomber sur le dos en soupirant. ‘’Fait attention’’. Mais ce n’était pas comme si j’avais envie d’attendre, de vivre tranquillement ma vie ou de me montrer prudent. Et ce n’était pas totalement à cause de l’alcool. Et ce n’était pas totalement exclu que cela ne vienne pas en partie d’elle.

Je fermais les yeux, essayant de profiter du petit vent frais quand cette fois ce fut ces paroles qui me firent ouvrir les yeux en sursaut. C’était moi ou je l’avais entendu parler d’incendie criminel ?!? Je pris une longue gorgée avant de jeter ma bouteille vide. Mon regard se posa sur son postérieur avant de glisser sur le côté. Il était évidant que je ne pouvais rien refuser à de petites fesses comme ça. Ceci dit, je n’étais peut être pas assez bourré moi aussi pour accepter aussi facilement. Je me relevais péniblement, arrivant par derrière, lui caressant le fessier d’une main, l’embrassant dans le cou pendant que ma main cherchait sa bouteille…Mes doigts enlacèrent le vide une fois, puis deux…Je soupirais en me disant qu’il était idiot qu’elle se laisse avoir deux fois au même piège.

‘‘Ok…Mais c’est bien parce que je ne peux rien te refuser !’’

Je lui fis un clin d’œil et en la dépassant, je lui mis un petit coup de rein pour la bousculer gentiment avant de la dépasser et d’arracher une torche au passage. Avec un petit rire, je la remis au défi de me rattraper tout en m’enfonçant dans les rues. Après quelques tours et détours, je commençais lentement à me souvenir du chemin pour sortir. Malgré l’alcool, il y avait certaines sorties que je connaissais par cœur ou presque pour les avoir emprunté à peu près dans le même état ! J’en profitais parfois pour me cacher et réapparaitre au dernier moment pour la pincer légèrement et m’enfuir en courant jusqu’à retomber dans la rue principale.

‘‘On devrait bientôt y être ! C’est quelque rues plus bas mais j’pense que tu reconnais maintenant !’’

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