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Nydearin Hirune Olaril

Nombre de messages: 575 Date d'inscription: 08/01/2009
.:: Le Carnet ::. Âge du Personnage: 33 ans Profession: Grand Prêtre d'Hesione et Guérisseur Positionnement : Révolutionnaire
 | Sujet: Re: "Rentrons" Jeu 2 Fév - 13:49 | |
| Le Grand Prêtre attendait peut-être une réaction de son épouse mais il n’en eut aucune et cela ne l’étonna guère davantage que quelques instants. Le silence envahissant le fiacre, il avait préféré laisser glisser la discussion vers un autre sujet, d’importance lui aussi, car il signait leur départ de la Capitale pour le Camp des Révolutionnaires. Nydearin avait déjà hâte d’être le lendemain. Non pas parce que cela abrègerait le moment présent, bien au contraire, mais simplement car cela signerait un renouveau entre eux, et, bien au-delà de cela, il s’agirait de leur première action commune depuis leurs « retrouvailles ». Ils se retrouveraient ensembles, loin de ceux qui n’approuveraient pas les choix de Lysandre et, peut-être, mais il aimait à le penser ainsi, ils parviendraient à se reconstruire et tout ceci ne serait qu’un passé qui aurait contribué à les rapprocher comme jamais. Mais, pour cela, il leur faudrait du temps, de la confiance et des paroles, beaucoup de paroles surement. Cela n’effrayait pas l’Olaril qui avait toujours aimé partager ce qu’il avait sur le cœur avec Lysandre. Quelques sujets restaient sur des non-dits, mais cela ne signifiait pas pour autant que le reste n’était pas sincère. Chacun gardait juste un petit jardin secret pour ses propres démons. Des démons que l’autre ne parviendrait pas à vaincre. Assurément. La vérité n’était pas toujours bonne à dire et son annonce était très dépendante du contexte actuel. Qui plus était, réveiller des ombres du passé n’avait jamais apporté beaucoup de bien.
Quand elle lui fit remarquer qu’ils n’avaient surement pas beaucoup d’effets à eux, il acquiesça doucement. En effet, les bagages de Nydearin étaient même déjà prêts, car il ne les avait jamais vraiment défaits, puis, il fallait l’admettre, il portait la plupart de ses effets sur lui, qu’il s’agisse de ses vêtements ou du reste. Ils voyageraient légers, ce n’était pas plus mal étant donné qu’ils risqueraient leurs vies dans cette entreprise. Être trop chargé pouvait signifier la mort à coup sûr. Le Grand Prêtre avait entendu parler des arrestations du Guet, et pire encore, il savait que Lysandre y avait été soumise. Il était hors de question qu’ils finissent en cellule tous les deux surtout qu’ils avaient toutes les chances de se retrouver séparés. Un peu pensif, il observa Lysandre se pencher pour visiblement dire quelques mots au cocher. Voulait-elle changer de direction ? Non, d’autres mots s’échappèrent de ses lèvres. Il eut un peu de mal à les saisir à cause du fracas des sabots et des roues sur les pavés mais apparemment il s’agissait de quelque chose concernant le lendemain. La modification du programme peut-être. Lorsqu’elle revint enfin vers lui, il l’interrogea du regard, patient mais désireux d’être mis au courant de ce qu’il venait de se passer. Après tout, ils embarquaient tous les deux sur une même galère et, à ce titre, il aurait été malvenu de se faire des secrets inutiles. Ainsi donc même le cocher était un révolutionnaire ? Il jeta un regard dans sa direction comme pour l’observer.
Nydearin eut lui aussi un rictus d’une douleur imaginée lorsqu’il appris ce qui frappait le pauvre hère. Voilà une chose que ne souhaitait pas se voir infliger l’Olaril. Il se reprit néanmoins assez rapidement avant de continuer à observer Lysandre qui préféra passer à ce qu’elle avait déjà évoqué le soir de leurs retrouvailles : la curieuse maladie qui frappait les révolutionnaires du campement. Elle lui avait déjà demandé s’il pouvait essayer de les aider et il avait déjà accepté ce soir-là. S’il la suivait demain, c’était entre autre pour honorer cette parole même si elle en était la principale raison. « Je verrai ce que je peux faire. Être à l’extérieur de la ville me permettra d’avoir plus facilement accès aux plantes dont j’aurai besoin. Ne m’avais-tu pas dit qu’ils seraient suspicieux avec moi ? » Il se souvenait qu’elle avait mentionné le fait que certains ne vouaient pas une confiance absolue en les Olarils et guérir des gens lorsqu’ils ne vous font pas confiance n’a rien de facile. Nydearin se voyait déjà être obligé d’expliquer ce qu’il y aurait dans chacune de ses décoctions, potions, et autres mélanges qu’il aurait à soumettre aux malades. Un tel interrogatoire ne faciliterait en rien les soins, surtout sur les propres guérisseurs du campement ne voyaient pas d’un mauvais œil que l’on vienne piétiner sur leurs plates-bandes avec des connaissances en lesquelles ils ne croyaient pas. L’Olaril aurait surement à faire ses preuves et cela ne serait pas forcément très aisé.
« J’ai hâte de quitter la ville. » Il avait dit cela dans un souffle, le regard un peu perdu sur l’extérieur qui défilait autour d’eux. « Tu crois que nous aurons le temps de profiter d’un peu de cette nouvelle liberté ? » Il avait continué de fixer l’extérieur, attendant avant de se retourner vers elle, son regard cherchant le sien. Il avait dit cela sur un ton légèrement songeur, qui indiquait clairement qu’il repensait à la nostalgie de leurs jours passés, comme notamment cette nuit où il avait été fait Grand Prêtre. Mais il y avait aussi toutes ces journées passées ensemble, à chasser dans l’Umber ou à simplement vagabonder à deux. Tout semblait si lointain, si révolu, il osait espérer qu’ils n’étaient pas définitivement perdus et que, peut-être, un jour, ils en reviendraient à ces moments simples, délicats, si particuliers qu’ils avaient partagés à deux. Il mourrait d’envie de la prendre dans ses bras mais ce n’était pas le moment, pas encore. Tout était à refaire mais il avait espoir que cela irait vite et que le temps ne serait pas leur adversaire principal. Ils avaient tant de choses à partager, tant de choses à retrouver. Il songea un instant au souvenir de la saveur de ses lèvres. Il chassa cette idée de son esprit, aussi agréable fut-elle, préférant ne pas s’infliger davantage de douleur. Pourtant il n’y parvint pas facilement, se souvenant de leur dernier baiser, si lointain maintenant. Existait-il en ce monde quelque chose de plus délicieux ? Il en doutait vraiment.
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|  | | Lysandre Hirune Olaril

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 | Sujet: Re: "Rentrons" Sam 4 Fév - 22:01 | |
| Lysandre soupira doucement. Non par lassitude, mais sans doute devant l’étendue des choses qu’il restait à accomplir pour eux deux ; En réalité, prendre la décision de partir avait été plus facile à prendre qu’elle ne l’avait imaginé. Désormais, après qu’elle ait été voir sa Grand Mère, lui permettant de le lui annoncer, Lysandre se disait qu’il faudrait parvenir à rejoindre Campement, et qu’ensuite, une zone d’ombre persistait... Peut-être que passer simplement les palissades seraient aisé, comparé à leur adaptation de l’autre côté ?
Elle ne regrettait pas sa décision, mais savait qu’il lui faudrait s’imposer face à Arngrim et surtout à Beltxior, avec qui elle n’était pas en excellents termes. Elle n’avait pas rencontré en lui ce Révolutionnaire qu’elle avait imaginé en entendant parler de lui. Il l’avait déçu, elle n’avait pas eu confiance en lui. Et il persistait des rumeurs désormais, elle l’avait réalisé lorsque Keefe lui avait rendu visite après le Bal : peut-être que Beltxior n’avait confiance, non plus, en Arngrim et les Olarils. Depuis l’Empoisonnement, les choses étaient lourdes, mais elle ne le ressentait pas encore, protégée par sa présence dans la Cité.
Désormais, il en serait autrement... Devait-elle se préparer à n’être pas la bienvenue ? Non, Lysandre avait le sentiment que c’était là la meilleure solution et qu’elle aurait sa place parmi eux. Ragaillardie par cette réflexion, elle eut un léger sourire.
« Nous ferons tout pour qu’ils t’acceptent, mais cette maladie a touché principalement les Ilédors, et a épargné les nôtres, il est normal qu’ils aient quelques doutes. » Elle se frotta les yeux dans son geste machinal. « Tes compétences devraient effacer leurs craintes. » Il n’était pas l’heure de se montrer pessimistes, après tout...
Lysandre surprit le regard de son mari qui observait les devantures défiler, au rythme du trot des chevaux. Elle était du même avis que lui et son visage prit une expression plus douce. Elle-même avait désormais une seule envie en tête : partir, et prendre enfin en main son destin. Cela passerait par l’altercation avec Sorastrata, elle le savait. Mais cela voulait également dire qu’elle aurait à reconstruire les bases de son couple, et c’était là une perspective plus encourageante. Ne laissant pas les difficultés du lendemain l’assombrir, l’Hirune haussa légèrement les épaules.
« J’aimerais... » Mais, malgré qu’elle souhaite être positive en ce soir, elle savait que leur entrée pleine parmi les Révolutionnaires signifierait également de devoir quitter un calme relatif, apporté par les murs d’Edor Adeï... La vie au Campement n’était pas du tout celle qu’ils connaissaient, et n’avait non plus rien à voir avec la vie au Village, ni dans leur petit campement de fortune lorsqu’il avait été détruit.
« Mais j’ai peur que notre départ signe la fin de notre tranquillité... » Cela ne voulait pas pour autant dire qu’ils ne seraient pas libres, au contraire... Mais ils n’auraient plus le choix : ils seraient touchés de plein fouet par chaque assaut ou chaque décision. Son timbre de voix devint plus rauque. « Même lorsque la Révolution aura vaincu, et qu’Arngrim sera roi, je devrais rester à ses côtés pour élever les enfants de Lis. J’ai été soulagée de la voir ce soir... » Elle été pourtant mécontente de devoir prononcer ces mots. « Lorsqu’un de ses enfants sera roi à son tour, alors je pense que nous retrouverons notre liberté. »
La Chasseresse n’avait pas l’habitude de voir si loin... Cela voulait-il dire attendre durant quinze, ou vingt ans ? Elle sacrifierait beaucoup pour pouvoir tenir sa promesse faite à Laclaos, et respecter les engagements qu’elle avait inscrit dans les Tables. Mais avait-elle vraiment le choix ? Cette perspective à long terme avait pourtant, en second plan, l’attrait silencieux de lui permettre de toucher du doigt la maternité. Il était évident qu’il ne faudrait pas laisser Lis élever ses Jumeaux, car elle avait déjà été capable de les vendre aux Arlanii, les Dieux seuls savaient ce qu’elle serait capable de faire pour son confort et son pouvoir. |
|  | | Nydearin Hirune Olaril

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 | Sujet: Re: "Rentrons" Jeu 9 Fév - 9:52 | |
| Il existait entre eux deux quelque chose de fort, de puissant, un rien que même l’éloignement et le temps n’avait complètement défait mais, et Nydearin le ressentait pleinement, même si ce lien invisible n’avait cessé d’exister, il ne faisait pas tout et il allait falloir le reconsolider, lui redonner une véritable consistance, un but, une vraie raison d’être, d’exister. Il y avait tant à faire… Si peux de temps peut-être devant eux et pourtant il restait l’espoir de pouvoir tout recommencer presque comme avant, de retrouver cette complicité perdue, de ressentir à nouveau l’ivresse de la passion et cette sensation si particulier de pouvoir être compris d’un seul regard, sans un mot, sans que rien ne soit échangé d’autre. C’était tout cela que voulait retrouver le Grand Prêtre, tout cela et même plus encore si Hésione le lui permettait un jour, mais, pour le moment, il devait se faire fort et silencieux. L’objet de son amour reposait à quelques centimètres de lui et pourtant il ne pouvait s’en approcher davantage, pas encore, pas maintenant. Il s’agissait un peu comme d’une tentation. Le futur lui promettait de retrouver Lysandre mais elle était déjà près de lui, inaccessible, ce qui rendait finalement tout plus difficile car ils avaient conscience tous les deux que céder maintenant aurait facilité la plus dramatique des issues. Ils ne devaient pas céder à la facilité, non, mais l’Olaril parviendrait-il réellement à accepter que le Temps continue de le séparer de son aimée ? Il n’en savait rien et, pour ainsi dire, il en doutait un peu.
Savoir qu’il ne serait pas nécessaire le bienvenu ne lui fit pas plus « peur » que cela. Il savait surtout qu’il aurait Lysandre à ses côtés et que, malgré tout, ils finiraient bien par voir que ses talents seraient utiles à leur communauté. S’ils devaient persister dans leur refus, et bien Nydearin trouverait surement une autre occupation ou mettrait ses talents de guérisseur à qui voudrait bien les quémander. En tout cas, il faudrait qu’il se prépare à nouveau et se remette en tête tout ce qu’il avait tenu de sa mère sur les plantes et les onguents. Voilà plusieurs mois qu’il n’avait vraiment pratiqué cela et il aurait été malvenu de se tromper même si, comme l’avait dit toujours dit sa génitrice, il était impossible d’oublier, la mémoire des gestes rappelait rapidement tout à l’esprit. Un peu comme le guerrier retrouve ses mouvements de l’âme, l’Olaril retrouvait les gestes naturels du guérisseur qu’il était. « J’y veillerais. » Les guérisseurs du campement apprendraient. Il fallait que les Olarils remontent dans l’estime des Révolutionnaires qui semblaient soupçonneux avec cette histoire de maladie et la guérison qui s’ensuivrait leur montrerait que le peuple des Élus n’était pas du genre à ôter la vie ou à lancer toute sorte de malédiction. Alors que le silence se glissait entre eux, l’esprit du Grand Prêtre partait légèrement à la dérive, porté par le rythme du trot des chevaux, ses yeux glissant vers l’extérieur qui défilait assez rapidement.
La mélancolie le gagna un peu. Son épouse était assise près de lui et pourtant il ne pouvait pas la prendre dans ses bras, ni même lui montrer complètement son amour. L’attente serait le pire des maux de cette terre jusqu’à ce qu’elle soit terminée mais, d’ici là, elle le rongerait surement petit à petit, aussi surement que la rivière fait, sans en laisser un seul signe visible, son lit. La réponse qu’elle offrit à son interrogation lui laissa un goût amer dans la bouche. Elle n’avait probablement pas saisi le sens de la question qu’il venait de lui poser, ou alors l’avait elle sciemment évité mais rien que de savoir que leurs prochaines années étaient liées à celles d’autres personnes le révulsa. Tant d’années pour attendre qu’un bébé qui n’était pas encore né devienne enfin roi… Cela faisait long, même s’il pouvait vivre à ses côtés tout ce temps. Enfin… Tout dépendait… « Aurons-nous du temps pour nous deux, Lysandre ? » Son regard n’avait pas décroché le sien malgré le léger chaos semé par le fiacre et son cheval battant les pavés. Voilà ce qui lui importait. Plus encore même que la Prophétie, plus encore même que le rôle qu’avait à jouer la Chef des Olarils dans cette dernière. Il l’aiderait, c’était évident, il l’encouragerait toujours dans ce but, mais il voulait aussi penser, égoïstement peut-être, à eux. N’existait-il donc pas une Prophétie les concernant ? Si Hésione pouvait lui offrir un avant-goût de l’avenir…
Nydearin aspirait à retrouver sa plénitude avec son épouse, c’était là son seul et unique but actuel. Peut-être que d’autres viendraient avec le temps mais, pour le moment, il n’existait rien d’autre. Il avait déjà été rassuré qu’elle accepte son retour sans lui en vouloir énormément, trouvant dans sa présence le soutien indéfectible dont il avait eu besoin pour pouvoir se relever définitivement et enfin affronter la réalité. Cette dernière avait déjà été suffisamment difficile avec Sorastrata et le serait surement encore dans les jours à venir mais le Grand Prêtre ne pouvait songer à une autre possibilité que celle d’enfin, un jour, retrouver sa place au bras de la Chasseresse même s’il savait, et Lysandre certainement aussi, que rien ne serait vraiment comme avant. Ce serait à eux de faire de ces moments futurs des instants aussi voir plus beaux que ceux qu’ils avaient déjà vécu tous les deux. Oh ce qu’il aurait donné pour fuir avec elle, loin de tout ceci, pour mener une vie simple et loin de toute politique, de toute Prophétie… Les Ilédors et les Olarils pouvaient bien s’entretuer, du moment qu’elle restait avec lui, tout le reste n’avait que très peu d’importance, trop peu. Un nouveau trou sur la route le fit sursauter. La réponse de sa femme était importante à ses yeux et, en quelque sorte, il voulait savoir à quel point elle l’aimait encore. Où se trouvait-il dans l’échelle des priorités de son esprit ? Elle accordait beaucoup d’importance à la prophétie, c’était certain, mais lui, son époux, l’était-il plus encore ?
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|  | | Lysandre Hirune Olaril

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 | Sujet: Re: "Rentrons" Jeu 9 Fév - 22:24 | |
| Lysandre sentit l’atmosphère dévier vers une pesée significative qu’elle connaissait. Il lui sembla pouvoir ressentir l’air plus lourd et des fourmillements dans ses jambes. D’un regard appuyé, elle parut comprendre l’assombrissement qui gagnait son époux, bien qu’elle n’en détienne pas toutes les clés, la distance et l’absence avaient effacé les sentiers faciles à suivre lorsque l’on est uni et fort. Désormais affaiblis par leur éloignement passé, il lui fallait les retracer. Mais l’instinct n’avait pas perdu la piste de sentiments qu’ils échangeaient sans avoir besoin de communiquer, et elle sentit une boule dans son ventre.
Etait-ce le moment voulu pour lui confier ses rêves et ses espoirs ? Elle craignait de devoir se révéler et se montrer idéaliste, idiote sans doute. Il ne la trouverait bien sûr pas sotte, mais sa propre attitude risquait de les perdre en divagation, en nostalgie. L’Hirune avait, comme lui, les souvenirs heureux de leur vie d’antan, devenus mémoires tristes par le temps écoulé. Les peintures de Kamélie Télaran les plus joyeuses se trouvaient délavées par l’averse, et devenaient mornes...
Etait-ce l’instant idéal pour lui avouer combien elle regrettait son village ? Son village et la vie sereine, douce, d’avant. Avant qu’elle ne soit le Chef, quand ils étaient jeunes mariés et inconscients de ce qui adviendrait ? Ils parlaient de l’avenir comme étant une belle continuité, ils parlaient de famille et de chasse. Il fallait aujourd’hui songer à son Peuple, et aux Ilédors joints, leurs considérations étaient plus délicates, et mettaient en danger tantôt l’équilibre, tantôt la vie de centaines de personnes, il fallait penser à un avenir plus lointain qu’eux.
Avaient-ils une place ? Elle avait le sentiment profond, ancré en elle, que son devoir était de mener les Olarils vers une gloire qui leur avait manqué. Ils étaient le Peuple Elu, elle savait désormais que son rêve n’était pas faux, que ses desseins étaient salués des Dieux : désormais, son rôle était de faire asseoir sur le trône un Descendant de Bakarne et alors, elle aurait la paix. Mais d’ici là ? Aurait-elle le temps de vivre sa propre vie ?
Lorsque Nydearin avait été nommé Grand Prêtre d’Hésione, la Chasseresse avait craint que son époux n’ait plus le temps pour elle. Elle s’était trompée, et il l’avait rassuré. Il avait trouvé les mots pour lui garantir qu’elle passerait toujours en priorité... Lysandre n’avait pas son talent pour parler... Ses sourcils froncés indiquaient la frustration de ne pouvoir exprimer clairement ses pensées. Le regard, presque suppliant et inquiet, de son mari, n’arrangeait pas son trouble.
« Je n’ai jamais eu autant besoin de toi que depuis que nous sommes ici. » Elle déglutit lentement, mal à l’aise de ne pouvoir tout dire en une phrase. « J’espère avoir le temps pour nous... » La boule dans son estomac remonta vivement jusqu’à sa gorge qui piquait. En réalité, Lysandre n’était pas capable de dire si elle devrait sacrifier sa vie personnelle au profit de l’accomplissement de son devoir.
Elle avait bientôt trente ans... Quand les Jumeaux auraient l’âge de gouverner, dans vingt ans, il lui resterait plus du double de son existence pour vivre sa vie. Mais l’Hirune savait que cette réponse ne conviendrait pas à Nydearin, et elle ne lui convenait pas à elle, non plus. « Je ne suis plus attachée aux devoirs d’un Chef, comme à Arestim Dominae, mais j’ai des liens beaucoup moins souples aujourd’hui. Mais de l’autre côté des murailles, je ne suis rien d’autre qu’un Révolutionnaire de plus. » Elle haussa les épaules et un sourire éclaira son visage, sourire qu’elle se forçait à prendre pour ne pas terminer cette soirée de bien sombre manière.
« Mon utilité viendra quand Arngrim sera Gardan Edorta. » C’était là ce qu’elle se plaisait à croire pour se rassurer, ce soir. L’allure du fiacre baissait lentement. « D’ici là je serai à toi. » L’arrêt assez brutal de la voiture coupa net l’instant étrange qu’ils venaient de vivre.
Un lourd silence les entoura, sans qu’aucun ne semble vouloir descendre... La Chasseresse releva les yeux vers son mari. « Nous sommes arrivés. » Souffla-t-elle, sans savoir si elle le regrettait, ou était soulagée. Avant qu’elle ne puisse réfléchir, elle se penchait sur le Grand Prêtre et déposait un baiser tendre dans son cou. Le parfum de sa peau l’électrisa et une nostalgie beaucoup moins triste l’envahit.
Elle s’imprégna de son odeur une courte seconde à peine, et rompit un contact qui avait semblé naturel. « Quand nous passerons le fleuve demain, nous laisserons derrière nous notre passé et nos peurs. Nous laisserons ici tout ce qui nous retient ou nous éloigne, et nous débuterons une nouvelle vie. » Une vie à deux, naturellement, c’était une évidence pour la Chasseresse, elle savait que ce le serait également pour son compagnon.
Une promesse d’une reconstruction qui se concrétiserait, loin des barrières que cette ville imposait. Leurs craintes à tous deux tomberaient, libérés des jougs du passé et de leurs appréhensions : ils pourraient se laisser aller à vivre pleinement leurs retrouvailles. Et même si elle avait souhaité attendre plus longtemps qu’un simple lendemain lorsque Nydearin était revenu vers elle, Lysandre avait la volonté de vite retrouver l’homme qu’elle aime. |
|  | | Nydearin Hirune Olaril


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 | Sujet: Re: "Rentrons" Mar 14 Fév - 9:38 | |
| Peu de choses étaient capables de faire vaciller l’esprit de Nydearin. En réalité, il n’en existait réellement qu’une seule. Une seule crainte, une seule peur, une seule raison sans laquelle toute sa vie n’aurait plus aucun sens et celle-ci se trouvait si près de lui qu’il pouvait ressentir la chaleur de son être et pourtant si loin qu’il ne pouvait poser la main sur elle de la tendre manière qu’il aurait préféré. Le Grand Prêtre avait besoin de Lysandre, de la Chasseresse, de son épouse, de la femme qui avait été à ses côtés, de celle aux côtés de qui il avait été. Ils avaient été un soutien indéfectible pour l’autre jusqu’à leur arrivée en Isle et maintenant qu’il avait failli à ce rôle primordial, il n’était que trop conscient de l’importance de celui-ci, à la fois pour elle, mais aussi pour lui. Veiller sur elle, la protéger, l’aider, la soutenir n’étaient pas des tâches ingrates, inhérentes à une vie de couple, mais bel et bien un honneur particulier, en plus de celui de pouvoir partager sa vie. Elle n’était plus la femme du Grand Prêtre, elle était la Chef des Olarils, dès lors qu’elle en avait eu le titre, et cela ne l’avait jamais gêné, il était devenu l’époux presque anonyme, celui qui vit dans l’ombre de l’autre. C’était une position qu’il aimait, la lumière n’avait jamais été faite pour lui, mais malgré toutes ces responsabilités, ils avaient toujours trouvé du temps l’un pour l’autre, ils s’étaient toujours accompagnés et ni l’un, ni l’autre, n’avait laissé ses obligations prendre le pas sur leur vie commune.
Jusqu’à maintenant. Nydearin était conscient que leur « vie commune » se réduisait actuellement à une peau de chagrin et qu’il était presque normal que Lysandre ait trouvé mieux à faire que d’attendre un mari qui ne semblait plus vouloir revenir mais il était là maintenant, et il ne voulait pas passer au second plan pour elle, pas alors qu’ils essayaient de reconstruire quelque chose tous les deux. Aujourd’hui, c’était lui qui avait besoin d’être rassuré, qui avait besoin d’entendre des mots qui lui feraient croire en l’avenir et qui lui prouveraient qu’il n’avait rien à craindre et qu’il compterait toujours autant pour elle. Oui, c’était un égoïste, peut-être même beaucoup, et les propos de Sorastrata lui revinrent en mémoire mais il les chassa avec force. Il aimait Lysandre, il aimait cette femme qui se trouvait à ses côtés et il ne pouvait imaginer une seule seconde devoir vivre éloigné d’elle, que ce soit par la distance ou par quelconque Prophétie, aussi importante fut-elle pour le monde. L’univers entier n’avait aucune importance sans elle. Sortir des murs d’Edor Adeï, quitter cette ville était l’occasion de poser de nouvelles bases entre eux mais que valaient de nouvelles fondations s’ils n’avaient pas le temps de reconstruire par dessus ? Le Grand Prêtre serait capable de construire seul un Palais s’il était certain qu’elle viendrait y vivre avec lui, mais sans cette assurance, le pourrait-il autant ? Il avait besoin d’elle, elle était une nécessité, un impondérable, sa vulnérabilité évidente, mais il l’aimait et à cela, le monde ne pouvait rien objecter.
Les Dieux eux-mêmes l’avaient remis sur la voie de son épouse. Se pouvait-il qu’ils l’aient fait pour le faire souffrir davantage de ses erreurs, lui faisant miroiter un nouveau départ alors que Lysandre était maintenant tournée vers son devoir ? Leurs regards échangés, il sentait que ce n’était pas le cas mais les paroles de la jeune femme firent bondir davantage son cœur. Ce n’était que des mots que n’importe qui aurait pu prononcer, mais entre les lèvres de la Chasseresse, ils avaient une valeur inestimable. Rien n’était sur, rien n’était jamais sur, mais elle partait avec l’espoir de pouvoir passer du temps avec lui et cela, si ce n’était prononcé comme une promesse, en avait une saveur agréable dans l’esprit de l’Olaril sur les lèvres duquel s’était glissé un très fin sourire, signe d’un soulagement évident à la détresse qui avait menacé de s’emparer de lui quelques instants plus tôt. Ils avaient des choses à vivre en dehors de ces murs mais Nydearin voulait les vivre à deux, un sentiment partagé ce qui lui fit chaud au cœur. Ils avaient tous des devoirs, lui-même devrait faire ses preuves dans le campement en tant que guérisseur pour pouvoir légitimer sa présence et peut-être essayerait-il d’en apprendre plus sur ces Révolutionnaires mais, au-delà de cela, il ne restait qu’elle, elle était son unique devoir, le seul qui importait vraiment. Après tout, si les autres Guérisseurs ne voulaient pas de lui et de ses talents, et bien que les Dieux aient pitié de leurs souffrants, mais elle… C’était tout autre chose.
Le fiacre s’arrêta sur une promesse qui avait fait manquer un battement au cœur du jeune homme. Alors qu’il réalisait encore l’impact de ces mots et appréciait son sourire, il eut un instant avant de se rendre compte que le véhicule s’était arrêté, signifiant la fin de leur voyage et, surtout, la fin de cette proximité si agréable. Alors qu’elle lui rappelait qu’ils étaient arrivés, il hocha doucement la tête. « En effet. » Cette révélation n’avait rien de véritablement agréable et il aurait presque préféré que le cocher tourne toute la nuit autour de l’auberge pour ne jamais s’arrêter. Sans qu’il s’y attende, elle vint déposer un baiser dans son cou, lui arrachant un frisson tandis qu’il fermait les yeux pour un bref instant. Voilà longtemps qu’il n’avait ressenti telle sensation et elle était si agréable qu’il se demandait comment il avait pu en oublier une partie et vivre sans elle jusqu’alors. Alors qu’il savourait les reliquats de la sensation passée, il rouvrit les yeux et croisa le regard de la Chasseresse tandis qu’elle laissait courir la possibilité d’une vie à deux. Oui. Il se battrait pour cela, il vivrait pour cela. Une nouvelle vie à ses côtés, voilà ce qu’offrait le futur et ce qu’il s’apprêtait à saisir avec force sans désirer le relâcher une seule seconde. « Il me tarde d’être déjà demain. » Il eut un sourire, comme de ceux qu’il n’offrait qu’à elle, et, dans un geste tendre, passa la main sur sa joue.
Alors qu’il souhaitait faire durer cet instant, il se retint et, à contrecœur , retira sa main et se leva, descendant du fiacre avant de tendre sa main pour aider Lysandre à en descendre à son tour. Un regard au cocher lui permit de découvrir cette personne qui était « désormais », l’un des leurs. Rien n’était vraiment officiel mais tout cela le serait un peu plus le lendemain. Nydearin lui adressa une salutation de la tête et se retourna quelques instants vers l’Auberge presque endormie avant de se reporter son attention sur la jeune femme pour l’inviter à rentrer en ouvrant la porte du bâtiment devant elle. La chaleur de l’endroit frappa son visage mais il s’en accommoda avec plaisir, plus facilement que certains relents de personnes ayant visiblement trop bu. Il referma la porte derrière lui et parcourut la grande pièce du regard, reconnaissant certains Olarils, ne répondant par un salut que s’ils le faisaient les premiers. Il suivit sa femme vers l’escalier. Il n’était pas pressé d’arriver à leurs chambres mais il faudrait bien y arriver un jour. Retrouver la solitude de sa chambre n’était pas des plus engageant mais une certaine excitation de voir le sommeil se lever pointait déjà en lui et il passerait peut-être la nuit à attendre à la fenêtre de le voir arborer ses premiers rayons… Une excitation presque enfantine mais n’était-elle pas compréhensible ?
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