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 Au détour des arcanes...

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Keefe Logaro
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MessageSujet: Au détour des arcanes...   Jeu 15 Sep - 20:32

Les pas s’emballent dans la ruelle, raisonnant avec rage sur la pierre encore humide de rosée. Un écho qui se brise parfois avec rage, frustration et sueur pour ceux qui le poursuive mais pour lui, il n’y a encore qu’excitation, langueur et adrénaline. Il se plaque dans un recoin que la lumière encore paresseuse peinait à transpercer. Ses yeux se fermèrent, si désireux d’étreindre l’obscurité. Ses pensées se vidèrent alors qu’il n’écoutait plus que son rythme cardiaque…Cette sensation de n’être qu’instant présent….Sensations exacerbés sans futur, ni passé…Cela comblait son être au point qu’un sourire s’étira sur ses traits fatigués étouffant non sens mal un éclat de rire.

Ce n’était pas la seule chose qui l’aurait trahit de toute façon. Il était encore prisonnier du parfum capiteux de cette femme qui s’évadait sous une légère brise…Plus persistant que le souvenir de sa maitresse d’un soir qui resterait une merveilleuse anonyme. Mieux valait que cela reste ainsi. Il n’était jamais bon de savoir à qui ont plantait des cornes, encore plus quand la dive bouteille et la misère était vos compagnons. Un mot de trop et il aurait été vendu à un mari plus soucieux de sa réputation que de sa famille.

TCHAK


La pointe de la lance frappa un panier non loin de lui. Le jeune homme garde les yeux fermés. Plus que la lance, c’est sa propre peur qu’il craint. Ouvrir les yeux rendraient l’épreuve encore plus difficile…Il ne pouvait affronter sa peur…Pas maintenant que la fatigue avait prit son dut. Pas maintenant qu’il était encore en pleine extase. Ce n’était qu’un coup de semonce, le garde armé ne savait pas qu’il se trouvait là. Il ne pouvait pas le voir…Tout au plus soupçonner sa présence. Un second coup le rata de peu, puis un troisième avant qu’un autre garde ne l’appelle. Le groupe s’éloigna lentement en plaisantant, peu motivé de courir après les amants nocturnes de leurs seigneurs.

Il laissa plusieurs respirations passer avant d’éclater de rire, passant sa main sur son visage fatigué avant qu’il ne se fige dans une expression de douleur. Jusqu'à quand allait il continuer à vivre ainsi ? Obligé de provoquer le destin pour se sentir plus vivant que jamais. Pour donner une preuve qu’il était vivant et non l’une de ces âmes mortes des bas fonds. Si seulement il avait un moyen…Une chance de montrer qu’il valait plus que cela. Keefe prit une longue inspiration, laissant s’échapper ses rêveries et ses espoirs. Il avait une famille dont il devait s’occuper…Et surtout une sœur qu’il fallait surveiller de près.

La dissidence…

Un pari plus que risqué. Son regard s’ouvrit sur la place non loin alors que ses pas l’y menaient. Les échoppes s’ouvraient, la vie s’éveillait lentement à l’image de ses pensées. Il était entré dans ce mouvement pour sa sœur…Qu’aurait il fait autrement ? La révolution ? Il ne croyait pas que des bons sentiments puissent changer la face du monde. Les élus ? Aucune prophétie ne remplissait le ventre et empêchait les guerres ou les intrigues. Il secoua la tête pour ne plus y réfléchir et plongea la tête dans une fontaine pour la ressortir ruisselante.

Il recommença plusieurs fois l’opération pour laver son esprit mais aussi son corps de toutes ses effluves qui n’étaient pas les siennes. De sa luxure. De son impuissance et sa frustration. Il n’y avait que l’instant présent pour lui. C’était la dernière chose qui lui restait et qui n’était qu’a lui. Une chose qu’il ne pouvait et ne voulait partager avec personne. Qui lui faisait ressentir son individualité et le paradoxe de son existence. Keefe se laissa glisser sur le sol, regardant le spectacle des marchands, analysant et détaillant les passants pour garder son esprit vierge et se concentrer sur ce qu’il devrait pour ses maîtres dissidents.

Choses qu’il abandonna rapidement, le cœur encore tiraillé par ses doutes il sortit d’une de ces poches son jeu de carte divinatoire et commença a en étaler quelques unes à même le sol, méditant sur les cartes qu’il tirait lentement…
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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Dim 2 Oct - 16:57

Elle avait beau y penser aussi fort qu'elle pouvait, Thérasia ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois où elle était sortie de la Tour. Cela devait faire des années, ou peut-être n'était-ce qu'un ou deux mois. La Jumelle passait tant de temps absorbée dans ses réflexions et ses études qu'elle en perdait souvent le compte des heures et des jours, alors pourquoi pas celui des années ? Les profondeurs de sa bibliothèque et la vue depuis le sommet de sa demeure lui avaient largement suffis, depuis la mort de son maître ; elle avait autrement plus important à faire que d'aller batifoler dans les couloirs du Palais et de s'encanailler avec des nobles louvoyants, et quand bien même ces tâches seraient importantes, il y avait Therdorus pour s'en charger.

Mais les choses avaient changé entretemps. Les Elus de la Prophétie approchaient, la ville était assiégée et l'Histoire rôdait sur le seuil de la Tour, comme pour signifier à l'Oracle qu'elle allait suivre son cours avec ou sans elle, et que si elle voulait y avoir une quelconque influence, il lui faudrait sortir sa tête des tomes poussiéreux et des réflexions abstraites. Après sa discussion avec son frère, la Jumelle avait bien dû accepter à contrecœur qu'elle ne pouvait rester sur la touche, pire encore, qu'elle ne le voulait pas. Elle devait bien être la seule âme dans tout Isle à prétendre n'avoir cure du tour que prendraient les évènements, mais il fallait bien se rendre à l'évidence : elle n'avait pas vraiment envie de laisser un massacre se produire et les ténèbres teinter les prochaines décennies et elle ne voulait pas laisser Therdorus décider seul de l'avenir et encore moins le laisser confronter seul tout ce chaos.

C'est donc après mûre réflexion qu'elle avait fait appel à quatre membres de sa garde pour l'accompagner dans une promenade parmi le peuple, un ordre qui avait dû prendre toute la maisonnée de court, à voir les têtes surprises des hommes d'arme. Ils avaient dû croire à une plaisanterie pendant un instant, avant de se rappeler à qui ils avaient affaire et à quel point sa patience était fragile. Les massives portes de la Tour s'étaient ouvertes sur la file des fidèles innombrables qui venaient consulter la sagesse des Oracles, une assemblée qui elle aussi avait été abasourdie de voir la grande Thérasia Uldarii, sage entre les sages, s'avancer entre eux, grande silhouette presque fantomatique, son corps frêle enveloppé dans un grand voile diaphane. Réprimant un soupir, l'Oracle composa son visage de mystère impénétrable et s'avança d'un pas tranquille, encadrée par ses gardes qui étaient très occupés à tenir la foule à distance. Elle n'adressa pas un regard ou un geste aux croyants qui tentaient de s'approcher, apparemment convaincus que la sainte femme allait venir à eux pour leur délivrer quelque grande révélation. Pauvres idiots...

Fort heureusement, une fois passé le pont, la plèbe se fit moins pressante ; les passants du Quartier Religieux ouvraient eux aussi des grands yeux sur son passage et la plupart se mettaient à genoux, mais bien peu nombreux étaient ceux qui venaient lui poser des questions ou lui adresser la parole. Thérasia était bien moins accessible que son Jumeau, tout Edor Adeï le savait, et il suffisait de voir son visage pour en être assuré. L'Oracle continuait d'arborer une expression distante, rêveuse, comme perdue dans les brumes de son omniscience ; elle était en réalité occupée à voir à quel point la ville avait changé en son absence, à étudier le décor comme elle le faisait du sommet de la Tour, comme si les moines, les passants et les vendeurs de babioles n'étaient que de curieux insectes. S'il lui fallait revenir dans le monde, il était nécessaire qu'elle en prenne de nouveau la mesure, d'une manière que les livres ne pouvaient pas. La Jumelle tenta d'absorber ce que sa bibliothèque ne pouvait lui offrir, les senteurs et les sons, les histoires que racontaient les gestes et visages des badauds, et ce qu'elle vit peignit un tableau vivant de ce que son regard reclus lui avait esquissé : une ville apeurée, cloîtrée mais qui tentait désespérément de donner une impression de sérénité, de confiance. Le Quartier Religieux souffrait manifestement du siège, à voir les mendiants et les cerbères du Guet qu'on y croisait, mais il préservait sa superbe avec peine. La fatigue se lisait sur les traits des uns et des autres, tantôt cachée par la détermination, tantôt exacerbée par l'abandon. Thérasia savait que le siège épuisait la Cité, que le peuple était au bord du gouffre, mais il y avait une différence entre savoir et sentir, elle le voyait bien, à son déplaisir. Les visions que les Oracles recevaient de Therdone avaient toute la force de la réalité, toutes les sensations et les certitudes qu'elle retrouvaient dans ce spectacle, mais elle n'était pas une créature de sensations, et il était frustrant pour elle de voir que son domaine de prédilection ne suffisait pas.

Ce fut toutefois lorsqu'ils entrèrent dans les Quartiers des Humbles que le goût de cette journée devint vraiment doux-amer, lorsque les sensations se multiplièrent, que la foule redevint hardie et que les souvenirs de Thérasia se rappelèrent à elle en légion. Dans ces rues sales, la Jumelle retrouva son enfance, ces années où la Tour lui insupportait, les échappées et les sorties nocturnes en catimini pour retrouver la ville et son vacarme. Tandis que ses gardes l'accompagnaient dans le dédale des ruelles, elle retrouva des senteurs et des visions qu'elle croyait avoir oubliées, là une échoppe qui vendait déjà son poisson de seconde main à l'époque, ici le coin sombre où attendait sans doute un voleur à la tire, et là-bas l'auberge infecte d'où sortaient à toute heure des hommes ivres jusqu'aux yeux. C'était tout une vie qui lui revint en mémoire, une époque où ce monde et ses sensations grossières étaient pour elle une délivrance ; elle n'était pas sûre d'en aimer le retour. Le souvenir était doux, il était vrai, mais c'était une existence révolue, qu'elle avait abandonnée il y a bien longtemps pour se consacrer à sa vraie destinée, son devoir d'Oracle. Que pouvait-elle bien trouver ici qui allait l'aider dans cette tâche ? A quoi servait-il de ranimer le spectre de ses années passées ?

C'est alors qu'elle était absorbée par ces pensées qu'un de ses gardes décida de faire un peu trop de zèle. Dans cette partie de la ville, les gens n'étaient pas aussi respectueux qu'au milieu des Temples, et à plusieurs reprises des passants s'étaient approchés d'elle avec des questions sur leurs lèvres, des inquiétudes pour leur avenir et des mystères à résoudre. Les hommes d'arme se chargeaient de les tenir à distance, mais cela ne les empêchait pas de parler, de cracher leur ressentiment si elle ne répondait pas ou de se confondre en remerciements lorsqu'elle leur accordait sa sagesse. Car elle avait parfois une réponse à leur donner, une solution à leurs petits troubles ; Therdonne ne parlait pas à ses Oracles que de grandes prophéties et de terribles catastrophes, et bien qu'ils ne soient pas omniscients comme le croyait le reste du monde, Thérasia et Therdorus recevaient chaque matin quelques réponses, quelques mots de sagesse qui allaient, ils le savaient, donner le repos à quelques pauvres hères troublés, qu'ils soient paysans ou Nobles. La Jumelle n'en tirait pas de gloire ou de satisfaction ; quel plaisir y avait-il à aider ce marchand à savoir qui avait volé son enseigne, quand elle n'avait pas le moyen d'arrêter la guerre ou de placer les Elus entre les bonnes mains ? Leurs remerciements comme leurs reproches l'oppressaient, et elle commençait à songer à rentrer à la Tour lorsqu'arriva l'incident.

Après avoir repoussé un homme un peu trop offensé par le silence de l'Oracle, un de ses gardes sembla aviser un quelconque mendiant assis sur le bord du chemin, un jeune homme aux habits sales qui était occupé à étaler devant lui un jeu de cartes divinatoire. Prenant offense pour sa maîtresse, le garde attrapa l'homme au collet sans ménagement et le força à se lever, avant de le souffleter de sa main gantée de métal.

"On se prend pour un Oracle, vermine ?!" cracha le garde avant de désigner Thérasia. "Tes tours de charlatan sont une offense à la vraie Elue de Therdonne !"

Il s'apprêtait à frapper l'homme de nouveau, mais il suffit à Thérasia de faire un geste pour l'arrêter. Le visage de la Jumelle était encore teinté d'un air mystique et distant, mais à présent mâtiné d'une sévérité qui fit reculer le garde d'un pas, tandis que l'homme se rendait compte de sa faute. Elle aurait pu le faire exécuter d'un mot. Avait-elle pris offense de ce joueur de cartes ? Avait-elle demandé à sa garde de le punir ? La sage entre les sages était fatiguée d'avoir affaire à des idiots qui n'écoutaient que leur stupidité. Tenter de prédire l'avenir sans l'aide des Oracles était considéré comme un blasphème et un délit, il était vrai, mais on commettait des crimes bien plus graves tous les jours, et peu importait à l'Oracle qu'un charlatan escroque quelques passants crédules. Toutefois, elle était venue ici pour prendre la mesure de ses contemporains et peut-être y avait-il plus intéressant chez cette homme que dans le souvenir stérile de ses années passées.

Thérasia étudia l'homme attentivement, d'un regard consommé qui semblait pouvoir percer la chair jusqu'à l'âme. Therdorus lui avait appris ce truc, une astuce qui consistait à fixer un point derrière la tête de son vis-à-vis, de sorte qu'on avait l'impression que l'Oracle voyait à travers vous. L'homme aux cartes devait avoir à peu près le même âge qu'elle, et à bien y regarder il n'avait pas grand chose d'un mendiant. Ses vêtements le montraient comme ayant sa place dans les Quartiers bourgeois, ses cheveux, sa barbe et son air goguenard en faisaient un homme trouble, résolument charmeur qui était probablement capable de se faufiler de milieu en milieu. La Jumelle devenait peu à peu curieuse ; que pouvait-elle apprendre sur son époque de ce voyou ? Pourquoi les gens iraient-ils demander à des cartes le secret de l'avenir, lorsque la Tour des Oracles, ouverte à tous, en détenait la clé ? Peut-être s'agissait-il d'un Olaril, vêtu à la manière Ilédore mais encore ignorant de leur coutume ?

Prenant sa voix la plus mystérieuse, Thérasia lui adressa la parole.

Quelles réponses crois-tu pouvoir trouver dans un jeu de cartes, grand Oracle des rues ? Ne sais-tu pas qu'une Tour s'élève à quelques lieues d'ici, ne connais-tu pas ceux qui y résident ?
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Lun 3 Oct - 20:48

Il y avait quelque chose d’apaisant à simplement retourner ces cartes. Peut être était ce simplement la force de l’habitude. Un rituel qui me faisait oublier tout le reste l’espace d’un doute. Le temps d’une simple respiration dans ma vie. Quelques instants qui m’appartenaient vraiment et que je n’avais nul besoin de partager avec qui que ce soit. Mon doigt caressa les images depuis longtemps usés par une utilisation répétée...Beaucoup de ces moments me revirent en mémoire.

Indécision, doute, sentiment de frustration et d’impuissance…

La calme assurance n’était venue qu’avec les années et pourtant restait si fragile. Le détachement difficile à acquérir car le poids de mes désirs et de mes espoirs revenaient sans cesse me hanter. Des rêves fous qui me propulseraient bien loin de ce que je suis actuellement. Plus de gloire, de richesse, de reconnaissance…Mais même là, le poids de ce que je laissais derrière moi me hanterait tout autant. Coincé entre rêve et réalité, ces cartes étaient ma seule échappatoire…L’assurance que quoique je fasse, la réponse resterait invariablement la même. Je la connaissais depuis le temps, mais j’avais toujours autant besoin de m’en persuader.

Quoique je fasse…Je resterais un moins que rien des bas fonds. Condamné à protéger les siens. Lié à la pauvreté. Condamné à être vu comme la lie de la cité. Enchainé à ses regrets. Des pensées qui me hantaient sans cesse et qui ne perdaient de leurs éclats uniquement dans le fond d’un verre, le rire d’une courtisane, les bras d’une amante, le tintement des pièces d’or facilement acquises…

C’est à peine si je remarquais le garde. J’avoue avoir eut beaucoup plus de mal à ignorer le ceste de métal si désireux de faire partager une leçon de théologie bien à propos. La douleur à moins que le gout cuivré qui se répandait dans la bouche m’ouvrit les yeux sur ma situation actuelle : Celle d’un homme qui souffrait visiblement de penser par lui-même et désireux de me faire partager son mode de vie à grand coup de taloche dans la bouche. Un concept plus intelligent que cela en avait l’air…Si on était tous à son niveau, on vivrait certainement plus heureux. Malheureusement, tout le monde ne pouvait pas avoir la chance d’avoir pour parent des gens d’une même famille…

Je laissais là mes conclusions à l’annonce de l’élue de Therdonne

A cet instant, plusieurs choses traversèrent ma tête…Le souvenir d’une jouvencelle, que j’avais peut être oublié de fermer la porte en partant de chez moi et que je préférais éviter de mourir dans d’atroce souffrance entre les mains de garde avide de zèle. Allez savoir pourquoi, mais lorsque son regard semblait me transpercer, ce n’est pas tant la peur qui étreignait mon cœur…Mais les mots du poète qui se calquait sur mes lèvres muettes. Une litanie silencieuse faite de crainte et de respect…

*…Les griffes de l’amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.

Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.*

Le poème silencieux ou plutôt son souvenir s’estompa quand elle finit par prendre la parole. Un mélange de sarcasme et pourtant quelque part d’une candeur que je trouvais véritablement naïve. A moins qu’elle ne faisait que se moquer de moi ? Je restais interdit une bonne minute, m’attendant à la voir rire, demander à l’un de ces gardes de me rouer de coup dans la boue…Et pourtant elle semblait pourtant…Désireuse d’avoir une réponse. J’avais du mal à comprendre le sens de sa question, n’était ce pas pourtant évidant ?

‘‘Si je vous avais connaissais, me poseriez vous vraiment la question ? Je suis plutôt du genre inoubliable et si je vous connaissais, soyez sur que je ne l’aurais pas oublié non plus…’’

Je regardais le garde du coin de l’œil, m’attendant à recevoir une nouvelle correction. Si je devais m’en ramasser une, je préférais qu’elle soit méritée.

‘‘Mais pour répondre à votre question …Pour quelle raison devrais je vous connaitre ?’’

Je pouvais sentir bien malgré moi la rancœur commencer à ronger mes lèvres. Mes dents retenant ces dernières pour ne pas laisser échapper les mots qui coulaient bien malgré moi. J’essayais de conserver ma fierté malgré le peu d’espoir qui devait flotter dans mon regard.

‘‘Bien sûr que je sais ce que vous représentez…Ce que vous faite…Mais pourquoi devrais je me présenter ? Pour en savoir plus sur mon destin ?’’

Un léger rire blasé franchit la barrière vigilent de mes lèvres qui se gorgeait de mon propre sang.

‘‘Vous l’avez dit vous-même. Grand Oracle des Rues…Vos mots résument bien ce que vous pensez de moi: Un vaurien. Quand bien même j’essayerai de vous donner tord…Quel grand destin peut bien m’attendre ? Combien de personne avez-vous croisés qui valaient réellement le temps que vous leur avez consacré ? Devrais je alors faire moi aussi la queue ? Pour vous demander de quelle famille sera issue une éventuelle femme ? De combien d’enfant je serais le père ? Si j’aurais un fils ou non ? Sans parler du fait que ce ne sera probablement pas un mariage d’amour mais certainement d’intérêt ?’’

Mon regard blessé se posa sur la femme. Bien décidé a ne pas me laisser impressionné par ces grands airs.

‘‘Devrais je vous demander plutôt dans quelle ruelle je mourrais ? Qui sera mon assassin ? De combien d’or je pourrais encore débarrasser ma prochaine victime ? Je sais qui je suis…Et savoir comment je terminerais ne m’intéresse guère. Je ne me fais aucune illusion…Un homme sans espoir et un homme sans avenir, non ?’’

Je baissais les mains pour montrer les cartes.

‘‘Ce n’est pas tant l’avenir…Que l’expression de ma propre volonté que je cherche dans ces cartes. Certain l’exprime par d’autres moyens, moi je lui donne l’occasion de me débarrasser de mes doutes. Est-ce si terrible que je doive me présenter devant vous pour n’entendre rien de plus ?’’

Je me mordis la langue en pensant qu’au moins, je pourrais peut être des victimes plus crédules sur les marches de la tour. Une perspective somme toute agréable...Si j’arrivais à survivre a ma petite confrontation.
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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Jeu 20 Oct - 1:59

[dsl pour le temps que j'ai mis à répondre Embarassed ]

L'Oracle avait espéré obtenir quelque chose d'intéressant du devin des rues et elle ne fut pas déçue. Toute personne sensée se serait confondue en excuses devant Thérasia et ses protecteurs bardés d'acier, mais pas lui. Devant le garde qui avait menacé de lui briser les os, le faux mendiant osa répondre et pire encore, il se mit à discourir. Avec un front qui n'avait d'égal que son cynisme, il parla et parla, rejetant le pouvoir sacré des Oracles et affirmant qu'il n'avait pas besoin de leur sagesse. Il professait n'avoir cure de son avenir et de son destin, avec la sérénité d'un homme qui s'était résigné à son sort, que ni le doute ni le regard des puissants ne pouvait intimider.

La sage entre les sages faillit éclater de rire devant l'absurdité de cette situation. Soit cet homme était d'une Volonté à toute épreuve, soit il était d'une stupidité sans borne ! Que s'imaginait-il prouver par ces mots ? Il en savait apparemment assez pour estimer la valeur que le discours d'un pouilleux aurait sur une Noble comme elle. S'il était tombé sur n'importe quel autre nanti, il se serait retrouvé mort avant même sa seconde phrase. A vrai dire, il risquait d'être réduit au silence d'ici peu, à en voir les regards que lui jetaient les gardes de Thérasia ; les hommes d'armes semblaient plus méprisants que furieux et ils auraient sans doute été très amusés de voir cet homme disserter avec une lance entre travers du ventre. Avec un sourire toujours aussi énigmatique, l'Oracle lui répondit.

Tu dois en effet avoir bien peu de foi en ton avenir, pour inviter le trépas par tant d'insolence.

Mais la Jumelle ne voulait pas faire taire cet étrange philosophe, si insolent et inconscient qu'il soit. Au contraire, elle était curieuse d'entre ce qu'il avait d'autre à dire : c'était toute la fierté rabaissée d'un peuple qu'il lui servait, le désespoir plein de superbe de ceux dont le malheur n'émousse pas la Volonté. Il semblait ne plus avoir aucun espoir, mais son esprit n'en restait pas moins farouche, ou du moins c'était ce qu'il voulait faire croire. Certes, elle n'aurait pas été fâchée de mettre fin à ses effets de style, mais il lui semblait que cet étrange personnage était la clé pour accomplir sa tâche d'aujourd'hui. Si elle pouvait tirer de lui quelque chose d'intelligible, elle aurait réussi à se rapprocher de son époque et à la maîtriser un peu plus. Hors de question cependant de le conforter dans son insolence. Elle jeta un bref regard à l'un des gardes, comme si elle s'apprêtait à donner l'ordre qui s'imposait.

Mais puisque je puis disposer de ta vie, je veux en faire un usage qui me convienne. Marche avec moi et parlons un peu, sans craintes ni courbettes, comme tu l'aimes.

A cet ordre, dit sur ce ton qui s'attendait à être naturellement obéi, l'homme d'arme agrippa le bras du mendiant et le remit sur ses pieds sans ménagement. Son expression disait bien qu'il ne se partageait pas la moindre once de cette clémence. Thérasia prit quelques instants pour regard l'homme dans les yeux. Il n'était pas si mal fait, sous sa couche de saleté. Sa rancœur envers elle grandissait probablement devant le traitement qu'elle lui infligeait, mais elle n'avait cure de ses états d'âme. Il devait bien avoir compris que sa survie dépendait de son obéissance et des volontés mystérieuses de la Jumelle, laquelle comptait bien le laisser dans l'ignorance. Son maître lui avait appris il y a bien longtemps le secret des confessions que tous faisaient aux Oracles ; être impénétrable, tel était la règle d'or, se montrer si ineffable que le fidèle finisse par accepter qu'il ne parlait pas à un être humain. Un être humain pouvait trahir, il pouvait juger et surtout il pouvait ne pas comprendre, mais les Oracles savaient tout et on pouvait donc tout leur dire.

Elle se remémora ces principes tandis qu'elle reprenait sa marche, maintenant accompagnée par ce devin des rues dont la souffrance était telle qu'il avait voulu l'exprimer, au mépris de sa vie. Il semblait encore méfiant et jetait de temps en temps des regards aux gardes qui les encadraient. Thérasia laissa le silence s'installer et promena un regard paresseux sur le spectacle du Quartier des Humbles et ses habitants ; la plupart observaient cette étrange compagnie d'un air intrigué et semblaient maintenant hésiter à aborder l'Oracle. Au vu de ce qui avait failli arriver au faux mendiant, leur méfiance et la sienne était compréhensible. Elle ne prit pas la peine d'y remédier ; l'Oeil Omniscient de Therdonne ne faisait pas la conversation, car il était difficile de dire des banalités ou de poser des questions triviales sans mettre en doute son pouvoir. L'homme ne semblait cependant pas décidé à ouvrir le débat, aussi Thérasia sorta-t-elle un nouveau tour de son sac.

Tu parles d'avenir et de destin, mais crois-tu que mon devoir s'y limite ? Ne représenté-je que de grandes prophéties et de nobles fatalités à tes yeux ?

C'était un ton de professeur qu'elle avait adopté cette fois-ci, le teintant des accents aériens que prenaient toujours sa voix en public. Il n'y avait pas mieux qu'une question pour amener les gens à parler et cet homme n'était apparemment pas du genre à ignorer une apostrophe, au vu de sa propension à parler là où d'autres se seraient sagement tus. La Jumelle espérait juste qu'elle n'aurait pas à déployer trop d'ingéniosité dans cet échange ; elle était pour l'instant dans le rôle de la sage malicieuse, mais en son coeur, elle voulait obtenir du savoir concret et pas mener un joute verbale sans fin. C'était le domaine de son frère, pas le sien ! Quoi qu'à bien y réfléchir, Therdorus aurait probablement fait exécuter le philosophe des bas-fonds plutôt que de perdre son temps.
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Dim 23 Oct - 21:59

C’est dans ce genre de moment qu’on ce dit que s’il existe réellement une divinité, elle devait avoir un sacré sens de l’humour. Pas que j’étais fermement athée, mais si personnellement, j’étais un être immortel aux pouvoirs conséquents…Disons que j’aurais d’autres chats à fouetter que de m’occuper d’un peuple aussi rongé par la peur, ne priant que lorsqu’ils en éprouvent le besoin et à la gratitude pour le moins douteuse. Mais force était de reconnaitre que pour le moment, malgré mon insolence, j’étais le grand perdant de cet échange.

La femme n’avait pas bronché pour un sous.

Elle n’avait même pas relevé le gant

Et comble de l’ironie, elle n’avait pas fait preuve de noblesse en me faisant battre ou égorgé avant d’être jeté sur le bas côté. Il fallait que pour le moment, elle m’était simplement supérieur à tout niveau et ne ressemblait en rien à ces parodies de noble qui enflaient dans les hautes rues. J’essayais de ne pas me sentir rabaissé dans mon rôle de pauvre hère des rues, totalement inculte, vulgaire et brutal. Une volonté que n’affichait pas le garde qui me ramena promptement sur mes jambes et ce sans aucune douceur.

Je lui jetais un regard en conséquence. Avait il peur que j’oublie sa présence ? Il n’avait vraiment rien à craindre de ce côté-là. Il revint assez vite sur cette femme semblait si désireuse de lui rappeler qu’elle pouvait l’exécuter d’une seule parole. Cependant, il devait bien avouer que ces paroles l’amusaient. Il en avait du mal à ne pas réfréner ce qui lui venait en tête. Car s’il aimait parler, il préférait de loin aborder des sujets plus ludiques sur les activités hommes/femmes. Ne parlons pas non plus de disposer de sa vie comme il lui convenait ! Etrangement, il pouvait sentir que ce n’était pas la tasse de thé de son interlocutrice et qu’elle désirait une activité plus platonique et sérieuse.

Néanmoins, il restait dubitatif sur son désir. Que pouvait faire un humble serviteur comme lui pour l’oracle ? Il se doutait bien que si elle voulait se faire déclamer quelques vers, elle avait nettement mieux au palais et quand au reste de ses activités, il n’était pas certain non plus qu’elle recherchait un monte en l’air et encore moins une lame. Enfin pas avec les chiens de garde qu’elle possédait. Et puis, ce n’était pas comme si la horde des fidèles ne pouvait pas lui apporter tout ce qu’elle demandait sur un plateau d’argent.

Alors quoi ?

J’étais toujours entrain de me masser le poignet quand elle reprit la parole. Je dus papilloner des yeux une bonne dizaine de fois. Il y avait tellement de répliques acides qui traversaient mon esprit à ce moment que j’en avais du mal à choisir. Une main sur mon épaule me rappela à l’ordre. Je soupirais. Très bien pas d’humour mal placé. Après tout, j’en terminerais beaucoup plus vite si je savais ce qu’elle attendait. Tout ce que j’espérais, c’était de ne pas passer par la case sermon avant la phase Regretter d’être né .

Laissez-moi deviner ! Ecouter le peuple puis le guider vers de meilleurs lendemains ? Sans vouloir vous vexer, écouter la misère du monde et répéter encore et toujours le même discours jour après jour à des gens qui manifestement manque d’estime de soit…Je peux trouver la même chose à la taverne. A la différence qu’on trouve plus d’alcool, de carte et de femme peu farouche !

J’étais vraiment irrécupérable

Je m’en voudrais de vous faire perdre votre temps quand il y a des choses tellement plus intéressante à faire. Non ? Et puis c’est pas comme si je souffrais de ne pas penser par moi-même.

J’enfonçais ma tête dans mes épaules, certain de déjà sentir la punition divine d’une main ganté de métal. Mais rien ne vint sur le moment. J’essayais de me détendre avant de hausser les épaules en soupirant.

Très bien. Quel est ce si grand devoir plus intéressant que le destin et l’avenir ?
Je roulais des yeux. Ce n’est pas comme si le savoir allait changer le cours de ma vie ou mes habitudes. Je n’éprouvais toujours aucun besoin d’aller consulter un oracle et je doutais toujours qu’un avenir brillant m’attendait. Oh…Parlait elle de la confession ? Encore une drôle d’idée. Quel problème ne pouvait se résoudre au fond d’un verre, dans les bras d’une femme ou l’arme au poing ? Si cela ne marchait toujours pas, il me restait la possibilité de l’exprimer au moyen de l’écriture ou de la musique.
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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Ven 23 Déc - 1:55

[je refuse de reconnaître que j'aurais dû répondre il y a deux mois...bon, d'accord, je le reconnais. Désolé, je suis vraiment pas dans une phase de grande inspiration.]

Il fallut un grand effort à Thérasia pour ne pas grincer des dents. A vrai dire, il lui fallut un grand effort pour ne pas ordonner à ses gardes de le tuer, et ainsi d'exaucer le voeu que le pouilleux formulait par son arrogance. Pourquoi diable fallait-il convaincre les gens ? Therdorus semblait y parvenir si facilement, et sa soeur n'avait pas manqué de lui voler quelques tours. Elle savait jouer un rôle, tourner sa voix d'une certaine manière et suggérer le mystère par ses gestes, mais apparemment celui-ci refusait de se laisser mystifier. Qui plu est, l'Oracle n'avait ni le temps ni la liberté d'argumenter avec lui, sous peine de briser son aura d'omniscience. La Jumelle aurait bien écouté sa lassitude, mais pas question pour elle de s'avouer vaincue. L'insolence de ce philosophe de pacotille lui rappelait trop celle son frère. Fort heureusement, cet homme n'était pas son Jumeau et ne savait donc rien d'elle. La carte du mystère était encore en jeu ; il voulait des réponses attendues ?

Pourquoi te répondrais-je ? dit-elle après un bref sourire. La réponse ne t'intéresse pas, puisque tu la connais déjà. Car tu sais déjà tout, n'est-ce pas ? Tu sais ce que je vais te dire, tu sais ce qu'un Oracle peut trouver intéressant, tu sais ce que renferme le coeur secret de chaque être et tout ce que l'avenir peut bien te réserver.

Il était étrange qu'elle fasse son arme de quelque chose qui la fascinait quelques instants auparavant. Bien qu'elle ne reconnût pas encore, la vérité était que ce cynisme d'époque déplaisait profondément à Thérasia. Son existence toute entière était tournée vers l'avenir et l'espoir de le voir se déployer correctement. Comment aurait-elle pu accepter aisément un monde qui n'attendait rien du futur ? D'ordinaire, le cynisme et le désespoir n'étaient que des faits abstraits à ses yeux, depuis les hauteurs de la Tour où elle résidait. Mais à présent qu'elle s'y confrontait en la personne de cet homme, son détachement faiblissait. Elle ne cherchait plus seulement à apprendre, mais aussi à convertir.

Celui qui n'a pas besoin de l'avenir n'a pas besoin d'espoir. Il ne craint ni n'attend rien du futur. En vérité, tu serais une bien triste créature si tu étais vraiment ce genre d'homme. Mais lorsque l'on sait que ce n'est qu'une mascarade...

Elle tourna de nouveau sur lui ce regard pénétrant et ce sourire énigmatique. C'était un pari qu'elle tentait, car si elle se trompait sur son compte il lui rirait au nez. Mais l'Oracle avait foi en sa logique, elle avait étudié suffisamment de traités sur l'esprit humain pour reconnaître les faux semblants, y compris chez ceux qui se trompaient eux-mêmes.

Il y a une grande faille dans ton masque, vois-tu : tu l'exposes trop. Nul besoin d'être un Oracle pour deviner ton mensonge. Un homme vraiment détaché de tout se serait contenté de ranger ses cartes, de s'incliner et de continuer son chemin, mais pas toi. Il te fallait montrer à tous ce détachement, il était indispensable que tous sachent à quel point tu te fiches de ce qu'ils pensent. A vrai dire, tu es si désespéré de paraître sans crainte et sans espoir que tu as même voulu le faire savoir à moi. Un Oracle. Tu t'estimes très malin, mais dis-moi, quelle sorte d'intelligence peut bien pousser quelqu'un à risquer sa vie pour apprendre quelque chose à une personne qui sait déjà tout ?

Donner une leçon, voilà quel était maintenant l'enjeu de la conversation pour Thérasia. En bonne grande soeur, elle savait mieux que lui ce qui était bon et ce qu'il devait faire de sa vie, et elle n'avait pas la patience de le laisser s'en rendre compte seul. La sage entre les sages avait beau se targuer de tout savoir, elle était guidée par sa fierté plus souvent qu'à son tour.

Tu devrais cesser de consider ceci comme un échange. Je sais déjà ce que tu vas répondre, d'où tu viens et tout ce que tu as fait, je sais jusqu'à l'heure et la manière de ta mort. Tu es comme un enfant qui croit charmer par son insolence et qui dépend entièrement de l'indulgence des autres, mais je ne suis pas un être à convaincre, à impressionner ou à abuser. Tu seul ici, avec moi. C'est pour toi que je suis venue jusqu'ici depuis la Tour, et c'est tout à toi que sont ces instants.

Elle espérait que cela le ferait s'arrêter un instant. Il se flattait apparemment d'être au fait des habitudes et traditions vides, il fallait donc le prendre par l'inattendu. Evoquer des devoirs envers le royaume irait contre son esprit rebelle et lui promettre un grand destin ne satisferait pas son cynisme. Elle avait mieux : une prédiction d'autant plus forte qu'elle était fatalement vraie.

Tu veux un secret des Oracles ? Fort bien. Dans notre affaire, le pouvoir ne vient pas des réponses que nous donnons, mais des questions que nous rendons possibles. Des questions que l'on n'irait pas poser aux autres et encore moins à soi-même, mais seulement à ceux qui les connaissent déjà. Et il traîne dans ta tête des questions que tu ne peux poser, auxquelles ta peur crois déjà avoir les réponses. Il faut un grand courage pour admettre l'inconnu, une Volonté plus grande encore pour en attendre quelque chose.

La touche finale était presque là. Ils avaient parcouru un bon chemin ensemble, deux diserts encadrés par une escouade de gardes armés, décrivant une boucle qui les avait ramenés sur le chemin du Quartier Religieux et de la Tour des Oracles. Thérasia s'arrêta, les hommes d'armes, bien entraînés, s'arrêtèrent avec elle et coupèrent le pas à l'homme. Le regardant toujours droit dans les yeux, la Jumelle affichait un sourire indulgent, mimique qu'elle aurait bien remplacé par la lassitude méprisante qui emplissait son esprit. Que de sacrifices ne faisait-on pas pour ses ouailles...

Je sais que ta fierté combattra mes paroles. Mais je suis l'Oeil Omniscient de Therdone, ô grand Oracle des rues, et je sais jusqu'où se déroule le fil de ton destin, fit-elle avant de laisser son regard changer de profondeur, comme s'il se plongeait dans les abîmes du temps, et sa voix se fit éthérée. Une épreuve arrive pour toi, une épreuve autrement plus cruelle que la répétition d'aujourd'hui. Elle t'est inconnue et pourtant attendue depuis longtemps. Tu la reconnaîtras à temps mais il n'est rien que tu puisses faire pour arrêter sa venue. La force que tu nourris en ton coeur te suffira pour l'affronter, mais pas pour y survivre, et la combattre ainsi ne fera que lui donner une vie plus longue et une emprise plus grande encore.

Son expression redevint normale, du moins aussi normale que pouvait l'être celle d'un Oracle. Elle savait que ces dernières paroles feraient leur effet, même si l'homme ne le laissait pas de suite transparaître. Les menaces d'un Oracle avaient infiniment plus de poids que ses leçons, et elle n'avait fait que dire la vérité : la guerre allait bientôt enfler et engloutir Edor Adeï dans son flot de mort et de sang, et Keefe Logaro ne vivait pas à l'abri des murs de la Tour.

C'est ici que nos chemins se séparent. Tu veux me reprocher l'imprécision de mes paroles, mais quelle liberté te laisserais-je, si je te disais tout ? L'omniscience est esclavage, ô grand Oracle des rues. Veux-tu me dire encore quelques mots, ou dois-je regagner ma retraite ?

Son sourire s'effaça pour les dernières paroles et d'un geste elle fit se lever les armes de sa garde. Cette dernière partie était pour sa satisfaction et pour la petite part de cruauté qu'elle gardait pour les importuns.

Ou bien me suis-je peut-être trompée sur ton compte ? Peut-être es-tu vraiment indifférent à l'avenir et à l'espoir, et préfères-tu mourir sans perdre de temps ?
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Lun 26 Déc - 21:33


C’était vraiment étrange. Cette impression d’avoir déjà entendu cela quelque part…Ah oui, je me souviens…A peu de chose près, cela ressemblait trait pour trait à ce que me débitait mon père quand il essayait vainement de me faire la morale. Plus ironiquement, à ce que je pouvais débiter pour mystifier les jeunes filles. Sérieusement, il y avait des gens pour croire à ce genre d’annerie ? A en croire ma bourses pleines, je ne pouvais qu’acquiescer…Et a en croire mes autres bourses, je n’aurais même pas du en douter.

Mais je devais reconnaître qu’à quelques détails par ci par là, je me retrouvais un peu dans ce portrait encore qu’elle exagérait avec un peu trop d’ironie sur mes capacités à tout savoir sur tout. Si j’étais vraiment omniscient et que je connaissais chaque réponse, je ne serais probablement pas entrain de vivre dans la rue, mais dans un château à devenir un roi de légende…Et immortel qui plus est. Je me doutais bien qu’il s’agissait là d’une manière peu élégante de mettre en doute non seulement mes capacités de voyance mais surtout de me prendre pour un abrutit fini. L’idée que je puisse m’en rendre compte ne lui aurait même pas caressé l’esprit…J’aurais bien eut une réplique acerbe ou deux mais étrangement, quand on avait une flopé de garde derrière soit, cela limitait quelque peu le débat. Après tout j’avais déjà bien tiré sur la corde, autant ne pas abuser.

Au contraire, j’acquiesçais, en essayant de la conforter dans l’idée que flatter mon égo allait me rendre plus coopératif. Néanmoins je souffrais de ne pas laisser échapper un sourire cynique ou un roulement d’yeux. Comme j’avais l’habitude de le dire, il valait mieux que cela sorte. Il n’était jamais bon de ce retenir trop longtemps. L’instinct risquait de revenir au galop…Autant demander a ma sœur de ne pas voler.

Cependant, je devais reconnaître qu’elle n’avait pas tord sur quelques points. Je n’attendais rien de l’avenir et je savais que c’était passablement pathétique. Qu’on puisse s’en rendre compte et me prendre en pitié me rendait passablement malade. Ne pas avoir d’idéal….Je ne savais si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Quand il m’arrive de croser un idéaliste, j’avais toujours cette impression que…

Je ne sais pas

Si je devais le définir. Je dirais peut être que je me sentais particulièrement lâche ? Non, ce n’était pas cela. Plus cette impression que si cet homme devait mourir, cela aurait un sens. Même si je trouvais cela idiot de mourir pour une idée, ce genre de regard me donnait des frissons. Cette impression que dans ces yeux, ma punition devrait être de vivre à jamais. Que quoique je fasse, il n’y aurait jamais aucune noblesse dans mes actes ou dans ma manière de vivre. C’était un monde totalement différent et cela je devais le reconnaître. J’aurais beau essayer de le toucher du doigt, jamais je ne serais ce genre d’homme. Les idéaux…c’était un luxe au sens propre du terme. J’avais eu du mal à survivre, du mal à passer une journée de plus. Vivre n’avait aucun sens pour moi. Mais le fait de vivre était important. C’était instinctif. Même si cela ne m’apportait rien, c’était plus fort que moi. Une chose primale dont je ne pouvais me défaire aussi simplement.

L’avouer à cette femme par contre était définitivement hors de question. Et puis, je n’avais rien à faire de ce qu’elle pensait de savoir ou non sur moi. Qu’elle s’imagine des choses, cela ne me faisait ni chaud, ni froid. Encore qu’elle faillit me faire sortir de mes gonds quand elle parla de ce mentir à soit même. J’avais effectivement un masque mais elle ce trompait sur la nature de ce mensonge. Encore heureux qu’elle n’avait pas mit le doigt dessus.

J’étais par contre à deux doigts de rire quand elle parla de mon insolence ! D’ailleurs je ne pu m’empêcher de réagir.

‘‘Oh vous vous trompez sur ce point. Je sais que je charme par mon insolence. C’est pour cela que j’en joue si souvent devant les dames…D’ailleurs c’est devenu tellement une seconde nature que cela répond à votre précédente question. Je ne risque pas ma vie parce que je manque d’intelligence…Mais plus simplement parce que je n’arrive plus a m’en empêcher…c’est une seconde nature chez moi. Autant vous demander de fermer les yeux pour ne plus voir. Cela n’a rien a voir’’

Oui, je sais…Mais si je ne l’avais pas contre dit, elle se serait certainement posée des questions. Je haussais simplement des épaules, la laissant continuer à déblatérer. J’avais du mal à croire qu’elle était descendue de sa tour pour me parler à moi…Sans quoi elle aurait sut comment capter mon attention. Encore qu’une poignée de garde y arrivait très bien. Quand à poser des questions…Je ne craignais pas d’en poser. Il y en avait seulement une dont je n’avais pas envie d’entendre la réponse. Mais de cela, je ne lui ferais pas grâce de lui donner raison. Je me contentais d’acquiescer en ayant l’air intéressé par son prêche. Personnellement attendre quelque chose de l’inconnu était un concept particulièrement nouveau.

Qu’est ce qu’il y avait de si bien ? Je doutais que demain l’amour véritable tombe du ciel. Ou même une fortune. D’ailleurs, que ferrais je d’une fortune ou d’un statut. Une vie sans valeur c’était un bateau dans la tempête. Sans cap, il n’y avait aucune terre pour m’accueillir. Non, ce n’était définitivement pas mon truc. Un peu comme mourir prématurément pour une idée. Aussi ma fierté ne combattit pas les paroles de la prophétesse…Non, ces paroles furent carrément ignorées.

Une épreuve ? Rien que ça ? Avoir de quoi manger tous les jours sur la table, c’est une épreuve. Ne pas ce faire piquer par la garde en courant cul nu dans le château un soir où une reine manque de ce faire assassiner…Ca c’était presque un miracle. Et si elle appelait notre petite entrevue quelque chose de cruel, moi j’appelais cela simplement la raison pour laquelle je n’allais jamais consulter des prêtres : Long et douloureux. Un peu comme les mandales à répétition dans la tête de la part des gardes derrière moi. En fait, j’avais presque envie de dire que j’avais déjà passé son épreuve juste histoire de voir la tête qu’elle allait faire !

Rien ne pouvait arrêter sa venue ? Normal, sans quoi c’était pas une prophétie !

Quand à la force, si je n’affichais déjà clairement aucune motivation, il fallait bien me donner quelque chose pour l’affronter son épreuve ! Plutôt bien choisi…Par contre, je ne compris rien au reste de la phrase. C’était clairement sans queue ni tête pour moi. Peut être que je n’avais pas envie de chercher aussi. Et puis de toute manière, le but du jeu était de rester vague pour que je cherche de moi-même à interpréter les choses. Un peu comme le fait qu’elle n’avait clairement aucune récompense au bout du tunnel. A vrai dire, j’étais même étonné qu’elle ne me promette pas un château ou quelque chose du genre. Je mis plutôt cela sur le fait qu’elle ne savait pas ce qui pouvait me motiver…A part les femmes.

Ou plus vicieusement, elle s’attendait a ce que je lui demande quel était la récompense. La curiosité me tenaillait. Cette envie de voir jusqu’où elle irait dans son rôle était presque insupportable. Cela aurait été dommage de lui faire plaisir et la laisser croire qu’elle avait de l’influence sur moi au final. D’ailleurs sa dernière pique destiné à l’implorer de me laisser en vie me fit hurler de rire.

‘‘C’est bien dommage, ô œil omniscient et omnipotent…Car vos douces paroles vous ont déjà condamné à me laisser en vie quoiqu’il arrive ’’ Je penchais la tête sur le côté en souriant triomphalement. ‘‘Après tout, même si je vous disais que je n’attendais rien de l’avenir et que vous pouvez me tuer sur l’heure, vous ne pourriez pas me tuer avec toute la Volonté du royaume…Sinon comment est ce que je pourrais passer votre épreuve ? ’’

C’était l’inconvénient quand on savait manier une langue en société. Mais j’essayais de ne pas avoir l’air trop réjouit. Après tout, vivre en cellule était une épreuve qui risquait d’être aussi longue qu’elle l’avait prédit…Tout comme une vie sans un membre…


‘‘Et puis, comment pourriez vous vous tromper. Je vois mal comment l’instrument d’une déesse pourrait faillir à sa tâche ? ’’

Je m’éloignais dans une révérence avant de lui tourner le dos et d’essayer de disparaître en souriant, content de ma matinée.
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Thérasia Uldarii
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MessageSujet: Re: Au détour des arcanes...   Sam 14 Jan - 0:52

Il ne l'écoutait pas. Thérasia avait déjà commencé à s'en rendre compte lorsqu'elle parlait, mais à présent qu'il répondait, elle pouvait voir l'ampleur de son échec. Cet homme se moquait joyeusement d'elle et de tout ce qu'elle voulait lui transmettre. En son for intérieur, elle se dit que ce n'était pas sa fierté qui était blessée, mais bien plus sa charité : elle avait voulu aider ce pouilleux, le sortir de cet abîme de misère et de cynisme où il se complaisait, et voilà qu'il lui crachait au visage. N'importe quel autre Noble l'aurait fait exécuter en voyant ses cartes, même un être plus clément l'aurait fait battre après avoir entendu ses premières réponses, mais Thérasia l'avait épargné, elle avait discuté avec lui et lui avait offert sa sagesse et ses conseils. Et qu'obtenait-elle en retour ? Un mépris à peine dissimulé pour sa compassion et pour tout ce qu'elle représentait. L'Oracle se fit violence pour garder une expression impassible tandis que le vagabond lui tournait le dos, sourire aux lèvres. Sa colère lui murmura qu'il n'était jamais trop tard...

Elle fut tentée. Ce miséreux paradait son insolence, plaçant sa confiance dans la prophétie qu'elle avait faite...mais Thérasia aurait très bien pu rétorquer qu'elle avait menti, ou lui dire que l'épreuve avait déjà commencé. Il aurait été facile de commander à ses gardes de l'estropier, de le battre jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une bouillie de sang. Elle aurait même pu le faire exécuter et pas une âme dans la Cité n'y aurait trouvé à redire. Qu'il aurait été doux de voir le désespoir sur le visage de ce maudit idiot quand il comprendrait enfin le prix de son arrogance...

Ce fut à cet instant qu'elle comprit. Elle n'aurait jamais dû venir ici et se laisser aller à de tels extrêmes. Thérasia se souvint des leçons de son maître, de la paix qu'elle pouvait toujours trouver dans sa bibliothèque et de la sérénité joyeuse qu'elle ressentait lorsqu'une vision l'étreignait. C'était tout ce qui donnait sens à sa vie et elle n'en avait rien trouvé ici. La Jumelle avait menti au sujet d'une vision, elle avait tenté de manipuler une de ses ouailles et voici qu'elle était prête à détruire une vie pour satisfaire son orgueil ? Elle se sentit dénaturée et coupable, mais un flot de jurons la tira de son état de choc.

Un de ses gardes n'avait pas attendu ses ordres et avait mis le vagabond à terre d'un coup de la hampe de sa lance, avec laquelle il battait maintenant sa victime tout en l'insultant. L'Oracle hésita un instant, puis fit un geste de la main et éleva une voix éthérée.
Assez...il est temps de rentrer chez nous..
L'homme d'armes la regarda avec un air incertain ; son visage était taché de boue et de sang et il était à bout de souffle. Dans ses yeux, elle lisait une colère et un désir de violence qui reflétait les siens. Lui aussi s'était trouvé furieux face au manque total de foi et de respect qu'affichait ce paon des ruelles. Thérasia ne comprenait que trop bien son protecteur ; quel calme pouvait-on garder face à tant de mépris ? Mais l'Oracle comprenait, maintenant que sa fureur passait, que les insultes de cet homme ne venaient que de sa douleur, pas d'une vraie malice. Emoussée, sa souffrance s'était changée en cynisme, mais c'était bien d'elle que venait ses piques et son humour et malgré leur tranchant, il n'en restait pas moins une triste créature dont les coups ne laisseraient que peu de marques. Il était sans foi, sans ressources et sans espoirs, que pouvait-il bien accomplir, en bien ou en mal, à part éveiller des rancoeurs ? La Jumelle se détourna et prit le chemin de la Tour, rapidement suivie par ses gardes qui jetèrent des regards mauvais au vagabond.

Thérasia pressa le pas tandis que les passants s'écartaient devant elle et que les commerçants penchaient la tête hors de leurs échoppes pour l'apercevoir. Elle n'aurait jamais dû venir ici. Pour quelque raison insensée, elle s'était crue capable de prospérer dans le monde extérieur et de manipuler les autres. Mais elle n'était pas Therdorus, elle n'avait rien de son talent pour charmer et intimider. Cet Oracle des rues en était la preuve : sans le poids de la foi pour la soutenir, la Jumelle n'avait aucun pouvoir sur les fidèles. Elle ne sut dire si elle s'en trouvait déçue ou rassurée. Après tout, quel besoin avait-elle de ce genre d'influence ? Et qu'aurait-elle bien pu trouver au-delà des murs de la Tour ? Là n'était pas son domaine. Tout en marchant, elle se dit que ce qui avait été révélé aujourd'hui n'était pas une faiblesse, mais simplement sa vraie place. Peut-être avait-elle espéré pouvoir retourner à ces rues qu'elle avaient tant arpentées autrefois, ces rues où elle était venue chercher un peu de liberté, d'inconnu et de passion, du temps où sa demeure lui semblait être une prison. Mais elle n'était plus la jeune fille rebelle de ces années là, elle était l'Oeil Omniscient de Therdonne et son monde n'était pas dans ces rues, au milieu des gens normaux. Elle n'avait jamais aimé les gens normaux. Ce n'était pas à elle de convertir les individus ou de se laisser affecter par leurs petits suppliques ou leurs insultes mesquines. Sa place était loin de tout cela, là où le tumulte du monde devenait un ballet sensé, intelligible. En fin de compte, cet homme avait raison : elle avait bel et bien des choses plus importantes à faire.

Débarrassée de sa colère, de sa nostalgie et des petites joies de la ville, Thérasia leva les yeux pour voir la Tour s'élever entre les toits et elle porta son esprit sur les tâches des prochaines journées. La Reine avait survécu, les Héritiers avaient gardé tout leur potentiel et chaque jour plongeait Isle un peu plus dans le chaos des conflits. Dans la demeure des Oracles attendait une autre des clés qui menait au futur, une jeune Olarile perdue et effrayée qui n'avait pas idée de son importance...
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