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 Qui veut faire à la hâte un très grand feu...

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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Mer 12 Jan - 10:12

Ses yeux se trouvaient déjà grands ouverts lorsque le sergent frappa à la porte. Depuis qu’elle s’était allongée quelques heures plus tôt, Bellone n’avait pu fermer l’œil, ruminant les plans, s’angoissant pour rien sur un futur qu’elle ne pouvait deviner.
Avaient-ils pu pénétrer dans le camp ? S’étaient-ils faits repérés ? Atteindraient-ils l’objectif ? Autant de questions qui tournaient inlassablement dans son esprit et l’avaient maintenue éveillée alors qu’un peu de repos eut été le bienvenue. Depuis deux heures déjà la nuit était tombée. Et il faudrait encore environ deux heures avant que ne se produise l’explosion. La Générale tenait à y assister du haut des remparts et deux heures de marge ne seraient pas de trop si jamais ses hommes devaient avancer l’ultimatum…
Rejetant d’un coup de pied la couverture, elle n’eut plus qu’à enfiler ses bottes et son armure de cuir pour se trouver fin prête. Une cape de laine jetée sur ses épaules la garantirait de la fraîcheur de la nuit. Le ceinturon avec dague et épée se retrouva à sa taille, cette nuit ne serait pas la routine habituelle, cette nuit, ils étaient en guerre.
Elle quitta son bureau, le sergent sur ses talons, gagnant d’un pas énergique les remparts de la Cité. Cette nuit, elle serait aux premières loges pour le feu d’artifice qui ne tarderait plus à tonner derrière les murailles…

Tout était calme, presque aucun bruit ne filtrait dans l’air de la nuit, hormis le son de ses propres pas et celui de son garde sur ses talons. La Cité entière semblait dormir sur ses deux oreilles, inconsciente des projets qui se tramaient à l’extérieur de ses murs. Et Bellone espérait qu’il en était de même pour les Révolutionnaires massés tout en bas, cela faciliterait grandement ses plans... Elle continua d’avancer d’un pas sûr malgré la faible luminosité dans les couloirs et gagna enfin l’un des escaliers qui menaient au rempart. Gravissant rapidement les échelons, elle gagna enfin le faîte de la muraille. Les archers se trouvaient déjà postés là, l’air presque irréel à la seule lueur des étoiles. Les feux de ronde avaient été allumés comme à l’accoutumée, et les hommes faisaient leur ronde, certains ignorant des choses qui se tramaient, d’autres mais peu, mis dans la confidence, veillant à ce que tout se déroule comme chaque nuit avant celle-ci. Ayant vérifié d’un coup d’œil le bon ordre de ses hommes, la Générale s’approcha alors des créneaux et regarda vers le bas.
A bonne distance des remparts et hors de portée des tirs de flèches, le camp de Beltxior Olarii s’étalait dans la campagne tel du chiendent qu’elle ne pouvait s’empêcher de vouloir arracher. Des feux de camp brûlaient aux points de regroupement, et se devinaient parfois des silhouettes passant d’une tente à l’autre. Le fourmillement qui régnait habituellement en journée s’était calmé pour la nuit, ne laissant que le mugissement du vent atteindre leurs oreilles.

Alors l’attente commença… Une attente silencieuse et angoissée. Allaient-ils réussir ?

Tout bas, afin que personne ne puisse l’entendre, elle souhaita une bonne nuit à ses ennemis.

***

Tout était calme en contrebas, les feux qui deux heures plus tôt flambaient hauts se faisaient plus rares tandis que des autres ne restaient que les braises rougeoyantes. Le vent était tombé et la nuit s’était fait un peu plus froide encore, mais ses hommes restaient éveillés, les nerfs tendus à se rompre, tout comme l’étaient les siens. Cela aurait déjà du se produire !
Et lorsqu’elle fut tout près de penser que ses hommes avaient échoué, survint l’explosion, faisant sursauter tous ceux qui se trouvaient sur les remparts au même titre qu’elle. La déflagration atteignit les murs et entreprit de résonner à travers la ville endormie, provoquant à coup sûr le réveil de la Cité. De là où elle se trouvait elle pouvait voir des débris s’élever dans le ciel nocturne et retomber en une averse de feu sur les tentes environnantes. Et dans ses yeux, même à cette distance, se reflétaient les flammes de l’explosion, faisant chatoyer le cuivre de ses cheveux, lui donnant plus que jamais l’allure d’une lionne sur le pied de guerre.

Désormais, dans le camp réveillé en sursaut on pouvait voir s’agiter de nombreuses silhouettes sur fond d’incendie qui se précipitaient dans un même mouvement vers la source des flammes. Un incendie qui cependant serait vite maîtrisé, la Poudrière présentait trop de risque pour qu’ils n’aient pas pourvu les lieux de baquets d’eau qui suffiraient à éteindre les feux des tentes environnantes.
Cependant, ils avaient réussi. La Poudrière était sans aucun doute en grande partie détruite, Bellone Lastareth venait de mettre un grand coup dans le nez des Révolutionnaires. Depuis le temps qu’elle préparait cet assaut, avec minutie et précaution, ne sélectionnant les soldats participant à cette mission qu’avec la plus extrême prudence. Ses efforts venaient d’être couronnés de succès, et voici une petite victoire qui ne manquerait pas de redonner du corps à ceux qui doutaient d’elle.

« Gardez l’œil ouvert, il pourrait y avoir des représailles. Sait-on jamais… »

La directive serait sans doute inutile, mais mieux valait prévenir que guérir. Elle avait déjà vu l’éclat de quelques victoires aveugler les vainqueurs qui s’étaient ensuite vu terrasser par une simple escarmouche, le succès leur étant monté à la tête.
Des cris leurs parvenaient jusqu’à leur point d’observation sur la muraille, déformés par la distance. Des cors résonnaient, et les nombreux incendies se faisaient de plus en plus petits, finissant par disparaître totalement. Bellone aurait souhaité qu’ils se propagent un peu plus, mais on ne pouvait assurément pas tout avoir.

-« Sergent, dites au sergent Coenge d’aller prévenir le seigneur Jaktarii de la réussite de la mission. Je suis certaine qu’il sera enchanté d’apprendre que cette explosion provient du camp révolutionnaire plutôt que l’un de nos murs.
-Bien Générale, à vos ordres. »


Au seigneur Jaktarii maintenant de ramasser les honneurs et de gérer la populace terrifiée par ce réveil… explosif. Il serait sans doute furieux de ne pas avoir été mis au courant de la date et de l’heure de la mission, mais étant donné les nombreuses fuites qu’il pouvait y avoir, Bellone avait préféré n’informer qu’un petit nombre de ses intentions. Et le conseiller n’appartenait assurément pas à ce petit nombre. Il serait furieux, cela ne faisait aucun doute.
D’un léger haussement d’épaules, la Générale détourna ses pensées du seigneur Jaktarii pour replonger son regard dans le camp en ébullition. Un groupe se rassemblait en lisière des tentes et elle concentra toute son attention sur celui-ci…


Dernière édition par Bellone Lastareth le Ven 11 Mar - 10:24, édité 1 fois
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Beltxior Olarii
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Jeu 13 Jan - 22:46

« Je m'en fous de vos « mais » et de vos avis, lorsque j'ai dit de réunir ma garde d'apparat, ce n'était pas une demande, EXECUTION! »

Beltxior Olarii était certainement la personne la plus en colère de toute Isle a ce moment précis, alors que la Poudrière vomissait ses flammes comme un arbre de flammes rouges et jaunes. L'éclairage unique de cette scène provenait de l'incendie, contre lequel la quasi totalité de l'armée révolutionnaire luttait à présent, en se gênant les uns les autres. A la lumière orangée, le visage ordinairement peu esthétique de Beltxior Olarii était quasiment laid de rage et de déception.

« Général, il vous faudra votre armure argentée... »
« Évidemment qu'il me faudra ma belle armure, qu'est ce que tu attends fils de crétin? »

Beltxior Olarii a ce moment précis n'était vêtu que d'un pantalon de toile grossier, à peine maintenu sur ses hanches par une ficelle déjà desserrée. Lorsque l'explosion avait retenti, il était en sous vêtements dans son lit, seul. Il avait enfilé ce pantalon en un éclair, et était sortit sans penser qu'il était torse nu, sans se préoccuper de l'image qu'il pouvait donner. Il y avait plus grave que sa semi-nudité.

Cette explosion, cet incendie, c'était plusieurs semaines de délai à rajouter pour le siège. Les hommes ne seraient certainement pas rentrés pour le nouvel an désormais, c'était une chose sûr: le bâtiment abritaient des armes qui auraient pu changer le cours du siège, et le raccourcir drastiquement, Beltxior espérait s'en servir alors que la ville se serait affaiblie encore un peu plus, mais désormais, il était obligé de faire ce siège à l'ancienne: avec du sang et des larmes. Des échelles contre le mur et des centaines de morts. Des heures de préparation, des dizaines de Tholens, des semaines de construction, des mois qui auraient pu être économisés...

Un sentiment de gâchis amer dominait, et avec l'amertume, les vieux démons de l'Olarii se réveillaient toujours: frustration, colère, perte de contrôle le plus élémentaire. Il en était à la fois conscient mais pour une fois ne voulait pas juguler sa rage noire. Cela dit, il ne frappait pas la moindre contrariété comme ça lui était déjà arrivé dans d'autres crises: cette défaite était simplement au delà des mots, assommante comme un foudre de liqueur.

Il la surmonterait, la Révolution la surmonterait, mais pour l'heure, c'était l'heure d'éteindre les incendies, et de faire le deuil. Ensuite s'abattrait la honte et le sentiment de défaite. Avant que les forces de Beltxior Olarii osent relever la tête et affronter de nouveau Edor Adei, il y aurait au moins une semaine de sursis. Gâchis, gâchis, gâchis.

Le serviteur ramena le mannequin qui portait l'armure, là au milieu du camp. Sans aucun commentaire sur la procédure insolite, Beltxior enfila les diverses pièces avec aussi peu d'aide que possible, malgré ses mains fébriles qui tremblaient pour lacer et attacher les diverses pièces entre elles. Lorsqu'il sentit le baudrier de son arme attaché, il eut la tentation de sortir son glaive et de faire siffler l'air pour se défouler. Mais ce serait donner le spectacle d'un fou dangereux, et peut être qu'on pourrait même le voir sur les murailles. Il refusa le bouclier et la hache qu'on lui tendait, il ne se battrait pas cette fois ci, mais il se ferait malgré tout entendre. En dernier lieu, il arracha le casque des mains de son page et s'en coiffa lui même. En partie dissimulé derrière le nasal, et ayant a supporté le poids du métal sur sa tête, il trouva le moyen de conserver une façade calme, bien qu'il continuait de bouillir intérieurement.

La garde d'apparat des Révolutionnaires arriva enfin. C'était quasiment de la dérision que de l'appeler garde d'apparat: elle n'était pas vraiment une garde d'élite, tout juste des soldats avec une armure plus esthétique, le plus vétéran d'entre eux était sous la bannière depuis dix huit mois. A comparer avec les compagnies qui patrouillaient dans le palais du Gardan Edorta, on voyait vite le ridicule. Beltxior avait dû mettre sur pied ce petit corps en arrivant à Edor Adei, pour les rares cas de négociations qui avaient eu lieu: les envoyés du Gardan s'étaient déplacés accompagnés d'une escorte scintillante aux couleurs des Arlanii, et Beltxior dans les premiers temps s'était trouvé bien seul... On amena des chevaux.

« Vous êtes si fatigués? On ira à pied, bande d'estropiés! »

Il était à moitié connu que Beltxior Olarii était un piètre cavalier, et il n'avait pas envie ce soir de se donner en spectacle en tombant d'un canasson. De plus, seul une assez longue marche pouvait le défouler et le calmer un peu avant de dire ses quatre vérités aux portes de la Capitale.

A l'avant un soldat portait le drapeau des Olarii: le taureau couronné d'épis sur fond violet. Ces couleurs, or et violet, étaient reprises sur les plumeaux des soldats d'escorte. A la droite du premier, un autre soldat portait un grand drapeau blanc, et s'assurait qu'il soit visble. Beltxior se différenciait des autres par le taureau gravé sur le plastron de son armure, là où les autres n'avaient pas de motifs. Cette marche obstinée et rapide, menée par le pas tambourinant du Général dura un très long quart d'heure, et visiblement, sur le rempart, tout le monde se pressait au spectacle. Mais tout était faux sur les remparts: avant l'explosion, tout était normal.

Les armures argentées gravirent la pente qui séparait la plaine de la porte sans être une seule fois menacée ou acclamée. Le drapeau blanc était montré de façon visible et ostensible. Parlementaires, proclamait il. Dans l'esprit de Beltxior, ce n'était pas vraiment des négociations ou un compromis qui en sortirait. Il ne voyait venir que l'aube d'une radicalisation. Il avait laissé Edor Adei respirer un tout petit peu, et cette salope de ville en avait profité pour lui porter un coup douloureux.

Alors qu'il n'avait pas fini de gravir la pente, Beltxior eut un sursaut de rage et il beugla de sa voix caverneuse et rauque:

« A L'ATTENTION DU SALAUD QUI COMMANDE: CETTE ATTAQUE ÉTAIT DÉLOYALE!! »

Il cria si fort qu'il dut s'arrêter dans sa marche, et se racler la gorge profondément. Elle était méchamment irritée désormais, mais à en juger par l'écho et la poussière qui s'était légèrement détachée du grand linteau, ca en valait le coup. Le soldat à côté de lui essaya de rester stoïque, mais il finit par porter sa main à son oreille, visiblement au martyr.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Mar 18 Jan - 12:56

« Sergent, prenez la longue vue et gardez moi à l’œil ce groupe là bas… »

Plus le temps passait, moins le terme de groupe semblait adéquat au rassemblement en périphérie du camp. Ils restaient pour le moins immobiles, autant qu’elle pouvait s’en rendre compte à cette distance, ce qui détonnait avec le fourmillement affolé du reste du camp.
Ils nous préparent quelque chose…
Un simple coup d’œil lui permit de s’assurer que ses hommes tenaient leur place. Pour ceux que Bellone ne voyait pas d’ici, ses capitaines surveillaient pour elle. Les ordres avaient été clair, tout homme pris à quitter son poste avant l’heure se verrait bon pour un séjour au trou. Voilà qui devrait dissuader les plus curieux et les moins disciplinés de se précipiter à toutes jambes pour venir contempler le spectacle… Devoir en arriver là pour que les ordres soient respectés était intolérable mais la Générale était déterminée à maintenir la discipline qui semblait avoir désertée les lieux depuis quelques temps…

-« Générale, ils viennent par ici !
-Bien… Pouvez-vous voir de qui il s’agit ?
-Il fait trop sombre et l’incendie est derrière eux. Mais attendez… Je… Il sortit l’œil de l’oculaire et se tourna vers elle. Il s’agit de la garde d’apparat des Révolutionnaires, et ils viennent à pieds. »


Le visage de marbre, Bellone tendit la main et le sergent lui remit l’instrument d’optique. Il y avait bel et bien des hommes en marche vers le mur et grâce aux reflets de l’incendie, on pouvait distinguer la bannière Olarii et les armures de la garde d’apparat, comme se plaisaient à le croire les Révolutionnaires. Au niveau de l’apparence, pour sur, il n’y avait rien à redire. Cependant, la Générale doutait de la capacité de ces gardes. Elle n’en connaissait aucun de nom, et d’après ce qu’elle avait pu apprendre par la suite, la plupart ne tenaient une arme que depuis le soulèvement de l’Olarii. Des novices, tout au plus…
Mais cela avait eu l’effet escompté sur la Noblesse dépêchée pour les pourparlers qui suivirent l’arrivée de la garde du chef révolutionnaire. Comme quoi, l’apparence faisait beaucoup de choses…
Détournant son attention des subalternes, Bellone partit à la recherche de leur chef. Si la garde venait par ici, précédée de la bannière au taureau, Beltxior Olarii ne se trouvait surement pas tranquillement en train d’attendre au camp. Il n’était pas de ce genre d’homme à rester inactif tandis que d’autres courraient sus à l’ennemi. Et effectivement, confirmant ce qu’elle pensait, Bellone le découvrit marchant au milieu de sa garde, cuirassé dans son armure d’argent.

Repliant la longue vue d’un air pensif, elle la tendit au sergent. Le drapeau blanc annonçait l’intention des Révolutionnaires de parler, mais la Générale doutait qu’il s’agisse de mots tendres. Elle était plutôt prête à parier qu’ils seraient furieux de l’attaque, du moins le serait-elle si on venait de lui faire sauter sa réserve d’armes. Cependant, la perspective de devoir descendre parler au taureau ne la réjouissait guère. Malheureusement, le seigneur Jaktarii ne s’étant pas donné la peine de venir, il serait donc de son devoir de s’y coller.

« Sergent, faites allumer deux braseros et placez les suffisamment près pour que d’en bas on puisse nous distinguez, mais assez éloignés pour que s’ils décident de riposter, nous ne présentions pas des cibles trop faciles.
Archers, gardez une flèche à l’encoche, mais interdiction formelle de tirer sans mon ordre. »


Il serait malvenu de descendre un drapeau blanc.

En silence, ils attendirent l’arrivée de la cohorte jusqu’au mur. Les braseros furent allumés, et Bellone sentit la tension monter sur les remparts. Désormais visibles, les Révolutionnaires grimpaient la pente qui menait jusqu’à la porte, lorsque l’un d’entre eux, sans aucun doute Beltxior Olarii, s’arrêta net pour beugler :

« A L'ATTENTION DU SALAUD QUI COMMANDE: CETTE ATTAQUE ÉTAIT DÉLOYALE!! »

Les murs renvoyèrent les échos de ses mots si bien qu’elle ne fut pas sur d’avoir tout à fait compris la phrase. Cependant, le sens ne lui avait pas échappé. Furieux, ce mot était encore trop faible pour décrire l’humeur du chef ennemi.
Plaçant ses mains en porte-voix, la Générale prit son inspiration pour lancer à son tour :

« JE CRAINS QUE VOUS NE DEVIEZ ACCORDER AU FÉMININ. »

L’exercice avait quelque chose de ridicule – on aurait pu croire deux gamins en train de s’injurier en hurlant – mais grisant tout à la fois. Elle ne se faisait pas d’illusions, il ne sortirait rien du tout de ces parlementaires, il venait leur hurler à la face sa rage et peut être ses intentions.

« UNE ATTAQUE DÉLOYALE ? VOUS VOUS TROUVEZ ÊTRE MAL PLACÉ IL ME SEMBLE POUR PARLER HONNEUR ET LOYAUTÉ. »

C’était jeter de l’huile sur le feu, mais en attisant ainsi sa colère, peut être parviendrait-elle à lui faire commettre une erreur bienvenue. Mais le provoquer était risqué, elle pourrait bien perdre d’avantage qu’elle n’en gagnerait. Alors, le jeu en valait-il la chandelle ?
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Beltxior Olarii
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Jeu 20 Jan - 20:23

« Salope si tu veux espèce de garce »

Cette remarque là ne fut pas entendue du corps de garde et à peine des soldats autour de Beltxior. De temps en temps, il s'abstenait aussi de partager ses derniers éclats de colère. Ce n'était pas seulement pour insulter qu'il était venu, et il n'aurait pas sorti la garde d'apparat et les banderolles pour un concours d'injure. Il était là sans trop savoir pourquoi, sans avoir d'idées précises en fait. C'était un coup de sang qui l'avait porté sous ces murailles, mais puisqu'on y était, on pouvait bien rester et dire ce qu'on avait sur le coeur. Ce qu'on avait d'utile.

« NOUS RESERVERONS CE DEBAT POUR UNE AUTRE FOIS SI VOUS VOULEZ BIEN, LORSQU'ON SERA EN FACE A FACE »

Avoir à plaider la cause de la Révolution à des sourds de l'autre camp était déjà assez pénible sans qu'on y rajoute en plus l'égosillement qui mettrait à rude épreuve l'endurance du larynx de Beltxior Olarii, qui était pourtant en pierre depuis le temps qu'il tempêtait à la face du monde.

« Quelqu'un a une gourde? »

Aucun des gens de l'escorte ne réagit. Beltxior lâcha un sifflement, la soif attendra, et le confort d'une gorge humectée aussi. Il râcla, cracha par terre, et reprit, sans mettre les mains en porte voix, le volume de sa voix suffisamment puissant pour porter en haut des murs à lui seul:

« JE VENAIS POUR QUE VOUS EVITIEZ D'AVOIR DE FAUX ESPOIRS: CE N'EST PAS UNE VICTOIRE QUE VOUS VENEZ DE REMPORTER, C'EST SEULEMENT UN SURSIS. »

Il marqua une pause autant pour laisser le temps à la phrase de s'imprimer dans les têtes des soldats que pour avaler un peu de sa salive.

« DONNEZ NOUS DEUX SEMAINES, ET NOUS SERONS PLUS NOMBREUX ENCORE DEVANT VOS PORTES VOUS ENTENDEZ? »

L'écho se propagea comme un flot le long des remparts.

« DEUX SEMAINES ET UNE MAREE D'HOMMES VIENDRA DECHIQUETER VOS PORTES! »

Certes, la voix était éraillée, rauque, plus proche du corbeau que du rossignol. Mais le message qu'elle transportait curieusement en gagnait davantage, comme si c'était une force naturelle qui parlait, et qu'elle annonçait l'inéluctable. Une petite apocalypse. Ce n'étaient pas des recrues impressionnables qui étaient sur les murailles, aussi ne joua t-il pas trop au prophète du malheur.

« JUSQU'AU MOMENT OU VOUS AVEZ DETRUIT LA POUDRIERE, JE CROIS QUE J'AI ETE TROP CLEMENT AVEC VOUS. CETTE ERREUR, JE NE LA FERAIS PLUS. »

Il scruta le haut des remparts, mais mis à part quelques formes sombres qui se détachaient sur une lumière rougeoyante encore plus sombre, on ne pouvait rien voir. Il n'était même pas sûr du côté où se trouvait la Générale conservatrice.

« DANS DEUX SEMAINES, LES ATTAQUES REPRENDRONT. ON SE BATTRA PIED A PIED SUR LES REMPARTS. DANS DEUX SEMAINES, VOUS SEREZ SUBMERGES! »

Voilà ce que finalement il était venu dire, ça lui revenait en tête maintenant. Lancer un ultimatum à ceux qui avaient rompu le semblant de trêve pour leur dire qu'ils regretteraient leur geste, et qu'ils n'avaient pas remporté de victoire...

Non, ils n'avaient pas remporté de victoire. Ils avaient signés une défaite prochaine.

Ils avaient réveillé la fureur de Beltxior Olarii.
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Mar 25 Jan - 0:54

Bellone devait bien l’admettre, Beltxior Olarii possédait un coffre impressionnant. Non seulement elle percevait clairement ce qu’il gueulait depuis le pied du mur, mais elle était persuadée que chacun de ses hommes, dans un vaste périmètre sur les remparts, ne pouvait en rater une miette.
Une flèche bien placée en travers du gosier lui ferait ravaler son caquet à celui-là. Heureusement pour lui que je ne suis pas autant dépourvue d’honneur qu’il le prétend. Tirer sur un drapeau blanc, ça, ce serait déloyale…

- « Sergent, avez-vous des nouvelles de Coenge ?
- Non Générale, il n’est toujours pas revenu.
- Bon… »

Pas de Coenge, pas de seigneur Jaktarii, à elle donc de s’égosiller ! Une gourde d’eau eut été la bienvenue, mais n’ayant pas prévu cet échange à longue distance, il faudrait faire sans. Avec un peu de chance, en bas n’en aurait pas non plus. Ce qui n’empêchait pas l’Olarii de s’époumoner de toutes ses forces.

« TOUT EST BON A PRENDRE DANS UNE GUERRE, MÊME UN SURSIS. ET SI CE N’EST QU’UN SIMPLE SURSIS, JE NE PEUX M’EMPÊCHER DE CONSIDÉRER CELA COMME UNE VICTOIRE, SI PETITE ET DÉRISOIRE SOIT ELLE. »

A vrai dire, il s’agissait de la meilleure frappe qu’ils aient pu faire au cœur du camp ennemi. Le vieil Amarante avait bien fait sécession et entreprit de lui-même d’aller mener des actions de son côté avec ses hommes, mais il n’avait rien obtenu d’une telle ampleur. La fureur du taureau en était la preuve : quoi qu’il en dise, ce sursis, comme il le dénigrait, apporterait du baume au cœur et un regain de confiance à ses hommes. Il était d’ailleurs plus que temps que cela arrive : certains avaient déjà tourné casaque – quelques uns avaient d’ailleurs été arrêté et elle finirait par trouver d’autres – tandis que les autres négligeaient leur devoir.
Ce n’était pas les hurlements de l’Olarii qui, ce soir, leur enlèverait leur victoire !

Deux semaines ? Un répit plus que suffisant pour la Générale afin de préparer les murs à recevoir des assauts. Leurs stocks se trouvaient être à peine entamés, et les réserves d’armes étaient plus que suffisante. Préparer davantage de poix, refaire les protections des hourds… Les défenseurs auraient de quoi faire, mais suffisamment de temps pour être prêts.
Quant à la menace de voir apparaître encore plus d’ennemis, à vrai dire, cela ne lui faisait plus ni chaud ni froid. Ils devraient déjà se battre à un contre dix, au mieux, alors un peu plus un peu moins… Quoi qu’un peu moins ferait plus son affaire. Mais elle doutait cependant que Beltxior dispose encore d’un si grand nombre d’hommes qu’il n’aurait pas massé au pied de la Cité.
Bravache, surement, et s’il voulait jouer à ça, Bellone aussi pouvait s’y mettre.

« APPROCHEZ VOTRE ARMÉE DE CES MURS QU’ELLE PUISSE TATER DE NOS FLECHES. PAROLES EN L’AIR ! QUAND BIEN MÊME VOUS RÉUSSIRIEZ A PRENDRE PIEDS SUR NOS REMPARTS, CHACUN DE MES HOMMES EN VAUT DIX DES VÔTRES ET EN EMPORTERA AUTANT DANS LA TOMBE AVANT DE MOURIR.
VOUS POUVEZ ATTAQUER SI CELA VOUS CHANTE, MAIS SACHEZ QUE CE QUE VOUS AVEZ VU CE SOIR N’ÉTAIT QU’UN SIMPLE AVANT GOÛT DE CE QUI VOUS TOMBERA DESSUS SI VOUS FAITES LA BÊTISE DE VOULOIR PRENDRE CETTE CITÉ ! »


Ces mots recelaient toutefois un brin de vérité. Les Révolutionnaires avaient beau constituer une armée considérable, la majorité d’entre eux ne tenait pas d’arme trois mois auparavant. Face à des vétérans aguerris, la plupart aurait toutes les peines du monde à ne pas finir en simple quartier de viande… Beltxior Olarii avait beau affirmer le contraire, cette guerre, ils ne la gagneraient pas d’un claquement de doigt. Pourquoi sinon avoir attendu ces deux longs mois avant d’haranguer ses murs de sa prochaine attaque ?
Non, ils ne se rendraient pas facilement sans leur avoir fait subir de lourdes pertes. Leur système actuel n’était peut être pas le meilleur, mais à la pensée de voir l’un de ces pouilleux d’en bas diriger Isles, un frisson d’effroi lui parcourut l’échine. Il y avait des choses à changer, mais ce ne serait pas les Révolutionnaires qui apporteraient les modifications nécessaires. Jamais !

C’était bien pour cela, sinon quoi d’autre, que le fil de son épée se trouvait toujours aiguisé…

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Beltxior Olarii
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Sam 29 Jan - 22:29

« PAROLES EN L'AIR? LORSQUE VOUS DERAPEREZ DANS LE SANG, VOUS VOUS SOUVIENDREZ DE CES PAROLES. »

Et il en connaissait des champs de batailles où la terre était devenue un marais tellement elle était trempée de sang. Il savait ce que c'était les carnages et les hordes de charognard. Il ne savait pas en revanche si la générale en haut avait déjà quittée ses remparts et participé pour de vrai à un bain de sang. Avait elle pris son arme et son bouclier dans une mêlée? Avait elle déjà ressenti la joie sauvage de décapiter un homme? Avait elle ressenti cette sensation à la fois grisante et insupportable d'avoir la vie de centaines d'hommes dans ses mains?

En fait il ne pouvait pas savoir. La générale était peut être un femme aux cheveux gris, qui avait justement déjà vu tout cela, mais il ne le croyait pas: d'après sa voix, Beltxior imaginait plutôt quelqu'un de jeune, blonde brune ou rousse peu importait, mais avec une certaine fraîcheur et beaucoup de foi en l'avenir, une assurance réelle ou très bien feinte dans la voix. Lui ne se laissait pas impressionner par elle en tout cas. Il avait largement sa toise, voire plus.

« NOUS VERRONS CELA BIENTÔT. FETEZ BIEN VOTRE VICTOIRE, JE FETERAIS VOTRE DEFAITE. »

Cette fois il n'avait plus rien d'intéressant à dire, aussi fit il un geste impatient pour faire faire demi-tour à son escorte. Les soldats réagirent sans synchronisation, justifiant leur statut de « bleu » de la garde d'appart. Beltxior cependant était loin d'y faire attention. Il se garda d'ajouter une parole supplémentaire, trop occupé à laisser reposer sa gorge après l'effort qu'il lui avait demandé. Bientôt, il pourrait boire un plein seau d'eau fraîche, si l'incendie en avait laissé, et tout serait parfait. Après la séance de gueulantes, l'escorte fut surpris du silence du Général, même pas de grognement ou de grondements de sa part, et ils apprècièrent la moindre parcelle de silence. A cette distance, la Poudrière, toujours en flammes, n'était qu'un ronflement apaisant dans le lointain et une grande bougie qui illuminait comme un petit soleil en pleine nuit. Un spectacle non dépourvu de beauté et qui apaisait l'âme quand on mettait de côté la destruction qu'il signifiait.

Le trajet parut encore plus long que l'aller, car personne ne se pressait vraiment et il n'y avait d'ailleurs plus aucune raison de se presser. Lorsqu'on serait de retour au camp, on serait de nouveau happé par le tourbillon provoqué par le coup d'éclat d'Edor Adei, et fini la relative tranquillité de cette marche à la lumière des flammes. Beltxior regardait de travers le bâtiment qui vomissait son enfer, mais sa colère se diluait au fur et à mesure qu'il s'éloignait des remparts. Le balancement de la marche, la lumière apaisante y était pour beaucoup.

Le camp cependant arriva trop vite, trop proche. Et tout ce que les Révolutionnaires comptaient d'officiers, de responsables et de décisionnaires était là à attendre les décisions du Général, et le récit de ce qui s'était passé sous les remparts. Beltxior Olarii, attendit d'être à moins d'un mètre d'eux pour retirer assez lentement son casque à nasal, et il se passa la main dans les cheveux, retardant ainsi les révélations. Il fixa l'herbe à leurs pieds pendant quelques secondes, le casque au creux du coude, puis prit une inspiration, la retint et dit:

« Deux semaines. Dans deux semaines, cette ville, cette salope de ville... »

Il se retourna et désigna Edor Adei d'un doigt accusateur, mais son expression passa du martial au béat: à la lumière de l'incendie, les remparts d'Edor Adei semblaient doués de vie, et sur les murs des ombres dansaient comme une fresque vivante. Derrière les remparts on pouvait imaginer les maisons des humbles qui se pelotonnaient les unes contre les autres, comme transies de froid. Dans les quartiers bourgeois, elles s'éloignaient au contraire, pour affirmer leur individualité et étalaient leur luxe creux, leurs richesses toutes nouvelles. Les villas des nobles occupaient beaucoup d'espace pas loin, mais ignoraient royalement le reste de la ville derrière leurs clôtures hautes de plusieurs mètres. Au contraire, le quartier militaire, tracé au cordeau devait être en activité, fourmillant de miliers de soldats qui étaient son sang, sa vie, et qui déversait dans les remparts comme le coeur déverse dans les artères. Tout dans ce quartier était rigueur et efficacité. Le Quartier religieux, tout à l'opposé, avait depuis longtemps rejeté l'austérité au profit de la beauté: les temples, monastères et ermitages s'alignaient comme des fleurs dans un jardin, tout était vert et luxuriant, même en hiver la végétation ne perdait pas ses droits. Les rues pavées et les places colorées étaient la règle, les statues de toutes sortes étaient les panneaux et le nom des rues. Le Grand Sanctuaire était posé au centre de la plus grande place d'Edor Adei avec toute l'arrogance qu'on donne à une des merveilles du monde, et derrière lui, à l'écart, dépassant toute construction avec fierté, la Tour des Oracles, retirée derrière son pont improbable qui semblait presque se moquer de cette ville populeuse. Les canaux qui menaient le Phémur vers de gigantesques chutes d'eaux étaient uniques au monde, et le palais du Gardan Edorta était plus qu'une curiosité architecturale: il était l'âme, le coeur et la force des Ilédors, le fondement de leur fierté, la base de leur civilisation.

En vérité, celui qui détruirait Edor Adei détruirait les Ilédors dans leur ensemble.

Sur quoi veux tu régner, Beltxior?

Il était resté un certain temps le doigt tendu vers la ville, Beltxior ne se rendait pas compte de combien de temps exactement.

« Cette ville... nous... j'ai dit... »

Il soupira comme un désespéré. De la même façon qu'un homme ne peut assassiner son épouse, il ne pouvait donner l'ordre de bombarder Edor Adei. Sa soeur mourrait avant même qu'une pierre du rempart de la capitale ne soit descellée.

« Eteignez l'incendie. Soignez les blessés. Préparez vous à rester. Le blocus n'est pas fini. »

Il se passa la main douloureusement sur le front, ayant une envie pressante de pleurer de frustration et d'indécision. En fermant les yeux très fort, il dit:

« Demain, je veux que le Conseil Civil se réunisse: nous ne pouvons pas nous concentrer ainsi sur la Capitale et oublier les provinces plus longtemps. Je m'occuperai d'elles en attendant. »

Il regarda encore une fois les remparts d'Edor Adei, écrin magnifique d'une cité encore plus belle. Une cité dont il était, sans jamais l'avoir reconnu, tombé amoureux dès sa naissance, comme la plupart des Olarii déchus.

« Rompez. »
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Bellone Lastareth
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MessageSujet: Re: Qui veut faire à la hâte un très grand feu...   Lun 31 Jan - 20:03

Qu’il en soit ainsi, Beltxior Olarii. Profitez, fêtez donc ce que vous souhaitez, tant que vous avez la possibilité de le faire. Mais je doute que pour l’instant, vous ne trouviez autre chose que feux et fumées pour vous accueillir

Hurler par-dessus les remparts ne lui apporterait rien de plus ce soir, aussi ne répondit-elle pas aux dernières invectives de l’Olarii. Il valait mieux conserver un silence digne que s’égosiller en vain sur un ennemi qui tournait déjà le dos, ostensiblement. Prétendant au trône et garde d’apparat faisaient demi-tour et regagnaient leur campement dévasté. De quoi passer assurément une excellente fin de nuit.

-« Sergent, à la première heure du jour, je veux mes Généraux dans la Chambre Azurine, et si possible le seigneur Jaktarii. S’il daigne seulement quitter son lit…
-Bien Générale. »


La plupart d’entre eux devaient sans doute tous se trouver déjà sur le pied de guerre, au courant des récents évènements, préparant déjà une ligne de conduite face à l’ultimatum des Révolutionnaires.
Mais Bellone doutait de les voir passer à l’attaque d’ici la fin de ces deux semaines. Ils menaient le siège depuis bien trop longtemps pour se décider si subitement à partir à l’assaut de la Cité. A son sens, c’eut été une perte de temps, d’hommes et d’argent. Et puis Edor Adeï restait un puissant symbole Ilédor. L’abimer un temps soit peu entacherait à jamais la grandeur de la Cité.
Tout cela, la Générale le savait, mais elle se garda bien d’en faire part à ses hommes.

Leurs yeux brillaient d’une nouvelle que rien jusqu’ici n’était parvenu à ranimer. La fierté se lisait dans leur regard, mais aussi la soif dans découdre, l’appel du combat. Il serait déçu à l’issue de l’ultimatum, déçu et en colère. Mais la colère pourrait être maîtrisée et utilisée à leur fin. Pas comme cette espèce d’apathie qui minait l’armée de l’intérieur depuis le début du siège. Bellone ne souhaitait pas les tromper, mais elle ne voulait pas non plus perdre le bénéfice de cette dure nuit de labeur. Ils avaient travaillé trop dur pour cela, et risqué beaucoup. Elle espérait de tout cœur que ses saboteurs rentreraient sans encombre à la maison…

Jetant un dernier regard à l’enfer de la Poudrière, Bellone ne put retenir le léger sourire qui fleurit sur ses lèvres. Oui, il s’agissait d’une victoire. Aussi petite et ténue soit elle. Une petite victoire, fragile, peut être futile, mais le jeu avait largement valu la chandelle. Si tout pouvait être aussi facile que ce soir…
Le souvenir d’une citation un jour lue quelque part lui revint en mémoire, et son sourire s’élargit encore. "Des moutons dirigés par un lion sont plus redoutables que des lions dirigés par âne." De qui cela pouvait-il être ? Le nom lui échappait, cependant que l’image de l’âne se superposait avec celle d’un homme en armure entouré d’une garde d’apparence et beuglant tout ce qu’il savait.
Hum… Encore faut-il pouvoir comparer ses hommes à des lions…

Laissant le mur à la garde de ses hommes, la Générale quitta les remparts suivie par son sergent pour regagner son bureau. Le jour ne serait plus bien long à venir, et il lui restait beaucoup à faire avant de rejoindre la Chambre Azurine.

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Qui veut faire à la hâte un très grand feu...

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