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 Une grand mère pour mes enfants

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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Une grand mère pour mes enfants   Jeu 30 Déc - 1:03

Depuis quelques jours maintenant, Liiken était devenue mère à nouveau, et même si c’était sa quatrième grossesse, elle ne ressentait pas la même chose que les fois précédente. Elle avait énormément de mal à accepter ses deux fils, malgré ses tentatives pour les aimer du mieux qu’elle pouvait. Oh, elle ne les maltraitait pas, elle les nourrissait correctement, elle les câlinait quand ils pleuraient, elle s’occupait parfaitement d’eux, mais en son fort intérieur, une part d’elle les détestait. Elle leurs en voulait d’avoir été plus forts que leur sœur. De tout son être, elle voulait revenir en arrière, à ce jour maudit où elle avait donné naissance à trois enfants bien portants et dont un lui avait été arraché de la manière la plus cruelle qui soit. La jeune mère se sentait terriblement coupable de ressentir tous ces sentiments et pleurait souvent. Erwan essayait comme il pouvait de la réconforter, mais c’était rarement suffisant.

La jeune mère refusait de donner des prénoms à ses fils, autant pour sa fille, le prénom était venu, spontanément, autant pour ses fils, quelques chose la bloquait. En attendant, elle parlait toujours des bébés ou des jumeaux. Des jumeaux... Elle aurait tant voulu pouvoir parler de triplés ! Une larme roula à nouveau sur sa joue, c’était une chose courante, et elle ne s’en formalisa pas. Elle l’essuya avec sa manche et alla au chevet de ses nourrissons. Ils étaient adorables, ressemblant terriblement tous les deux à leur père, elle les aimait, oh oui, elle les aimait vraiment ! Mais pas assez... Du moins, était-ce là le sentiment qu’elle avait. En début d’après-midi, Erwan était parti en promenade avec les autres garçons qui en avaient assez de devoir rester à la maison. Ils n’étaient pas partis depuis une heure, et déjà, ils manquaient à Liiken.

Souhaitant se dégourdir un peu les jambes, mais n’osant laisser seul ses deux nouveau-nés, Liiken prit le parti de se promener un peu dans la maison et de la ranger. Cela faisait plus d’un mois qu’ils y habitaient maintenant, et tous, ils avaient appris à aimer cette maison, ce nouveau « chez eux ». Pour la première fois depuis de longs mois, ils s’étaient fixés dans un endroit plus que pour simplement camper, cette maison, bien qu’ils ne fassent que la louer était devenue un vrai foyer pour eux. Au fil des jours, ils avaient acquis des meubles et des bibelots pour la décorer. L’avantage que leur offrait leur origine Olarile pour le moment était largement perceptible. Erwan, grâce à l’aide d’Ergan Dialon avait trouvé un emploi correctement rémunéré, et comme il ne rechignait pas à travailler dur, il était apprécié et bien payé. Liiken, de son côté, créait des boites à bijoux dont les Ilédores raffolaient et qui constituaient un apport non négligeable pour le bien être de leur famille. Ils étaient fiers de leur succès, et leur vie serait parfaite si ce n’était cette tristesse qui ne quittait pas le cœur de Liiken.

Conformément au souhait de Liiken, Calathéa avait réussi à trouver un endroit discret pour enterrer le petit corps en attendant que le siège de la ville soit levé. Liiken y était allée une fois, une seule fois, et avait posé quelques fleurs sur la motte de terre fraîchement retournée. Erwan était avec elle cette fois-là, tous les deux, ils avaient versé des larmes de chagrin discrètes, pudiques, en cachette l’un de l’autre comme si cette douleur ne devait pas exister. Ils n’en n’avaient jamais reparlé, Liiken n’avait pas le courage de le faire, même si elle en brûlait d’envie. Encore une fois, elle eut les larmes aux yeux, elle était lasse terriblement lasse. Elle voulait que ce chagrin s’en aille, que sa douleur diminue, qu’elle puisse vivre et profiter aussi innocemment qu’elle le faisait autrefois, là-bas, en Arestim.

Le discours d’Éléni n’avait pas manqué de choquer Liiken qui avait du temps à accepter ces paroles choquantes. L’idée d’entrer de manière plus active dans les Révolutionnaires était en train de faire son chemin dans l’esprit de la jeune mère. Mais elle ne se pressait pas, le jour où elle serait prête, elle irait là où Éléni lui avait dit d’aller, et elle demanderait l’étrange surnom qu’elle avait reçu.

Liiken s’apprêtait à retourner voir ses deux bouts de choux quand elle entendit frapper à la porte. Elle alla ouvrir et fut très surprise devoir devant elle la doyenne des Olarils, la vieille Sorastrata, la seule Olarile très âgée qui avait traversé la Gérax avec eux, la grand-mère de Lysandre.

- Euh... Je ... Bonjour ! Sois la bienvenue Sorastrata !

Et même si elle ne lui avait jamais parlé, Liiken se sentit immédiatement à l’aise avec l’Ancienne. Représentante par excellence des traditions d’un peuple en exil, Liiken sut que pour la première fois peut-être, depuis son accouchement, elle retrouverait un peu de la sérénité Olarile, chose qui lui manquait depuis trop longtemps maintenant. Souriant, elle invita son hôte à entrer, mais sous son sourire, un voile de tristesse assombrissait légèrement son regard. Heureuse de voir un visage familier, oui, certes, mais non encore guérie de ses malheurs et douleurs. D’ailleurs, sur ses joues pouvaient encore se voir les sillons laissés par les larmes qu’elle avait versées à peine quelques minutes plus tôt.

- Entre, je t’en prie. Vu la chaleur, tu désires de l’eau ?


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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Dim 9 Jan - 22:54

La journée était bien avancée et elle s'annonçait belle. Sorastrata avait passé la matinée à faire ses rondes dans le Quartier des Humbles, entre ses amis et ses contacts, et pour l'instant la journée n'avait rien de sérieux. Les dernières heures avaient été passées sur le rebord de la vieille fontaine Ribambelle, devant le parterre d'enfants qui venaient écouter ses histoires, et à présent Grand-Mère s'apprêtait à faire la plus importante visite de la journée. Elle était passée à l'atelier d'un de ses amis Télaran pour acheter un cadeau et s'était mise sur le chemin de la famille Aryassat. La première naissance Olarile depuis l'arrivée à Edor Adeï, et c'était des triplés ! Liiken était encore une enfant, et elle en avait déjà eu six. Des félicitations, de l'admiration et de l'espoir étaient plus que de rigueur pour un tel événement.

Arrivée devant la porte, Sorastrata prit quelques secondes pour remettre ses cheveux et sa tunique en place. La saison chaude était là et la matriarche ne lésinait pas sur les efforts, et elle n'avait jamais eu honte de quoi que ce soit, mais cette famille en valait la peine. De plus, elle était une invitée constante dans les maisons des autres, il fallait bien se montrer présentable. Elle frappa à la porte du bout de son bâton et se prépara à être accueillie avec le sourire.

Ce fut bien un sourire qui l'accueillit, surpris mais heureux. Liiken semblait totalement prise de court, et sur le moment, l'Ancienne se dit qu'elle aurait peut-être dû la prévenir. Après tout, elles ne se connaissaient pas personnellement, à vrai dire elles ne s'étaient probablement jamais parlées, et voilà qu'elle arrivait à l'improviste pour visiter ses enfants nouveaux-nés ! Mais lorsqu'un peuple est réduit à si peu, les distances aussi se réduisent. Sorastrata passa simplement sa main sur l'épaule de la jeune femme, plutôt que de la prendre dans une embrassade un peu prématurée, et entra avec toute la confiance de son âge.

J'ai appris la bonne nouvelle et je suis venu voir le résultat en personne. Je t'ai apporté quelque chose...

C'est alors qu'elle posait le petit paquet de papier qui contenait les trois pendentifs jumeaux que Sorastrata commença à remarquer. Les regards en biais, les mains occupées, la voix qui tremblait encore un peu, et les traces sur le visage...La Chasseresse était vieille, mais ses yeux et son esprit étaient encore aiguisés. D'une voix forte et d'un ton protecteur, elle alla droit au but.

Liiken, que s'est-il passé ? Dis-moi, tu peux me le dire.

Qu'est-ce que c'était ? Des problèmes avec son mari, entre eux ? Des ennuis au travail pour Erwan ? Des Ilédors qui les importunaient ? Etait-il arrivé quelque chose aux enfants, aux bébés, les Dieux les en préservent ? Grand-Mère ne savait pas, mais quoi que ce soit, elle ne le laisserait pas continuer. Ceci devait être un moment de bonheur pour Liiken, elle l'avait mérité, et par Hégoa, la matriarche ne tolèrerait pas qu'il en soit autrement.


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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Sam 5 Fév - 13:00

Les larmes que Liiken avait eu peine à retenir jusque là se mirent à couler discrètement sur ses joues. La jeune mère se détestait de se dévoiler aussi faible et triste, mais elle ne parvenait pas à se contenir devant la compassion teintée de colère de la matriarche des Olarils. Et puis, ces trois pendentifs étaient réellement magnifiques, emprunts de tout l’art des Olarils. Sorastrata, à l’évidence, n’avait pas la moindre idée de ce qu’il s’était passé le jour de l’accouchement, le jour où elle avait mis au monde ses trois bébés mais où aussi... Sachant d’avance qu’elle ne teindrait pas debout si elle recommençait à parler de tout cela, elle choisit de s’asseoir sur une chaise recouverte de coussin, et proposa à Sorastrata de faire de même. Elles étaient à peine installées que l’un des bébés commença à pleurer. Immédiatement, Liiken bondit sur ses pieds pour aller le chercher. Peut-être qu’elle-même ne sentait pas l’amour qu’elle ressentait pour eux, mais il était bien réel...

Braillant de toute la force de ses petits poumons, l’enfant ne semblait pas triste, juste mécontent ou colérique. Liiken savait ce dont il avait besoin et le prit délicatement dans ses bras. De crainte qu’il ne réveille son frère toujours paisiblement endormi, elle l’amena au salon. Elle s’amusait régulièrement de voir la différence de caractère entre ses deux derniers fils, l’un était le calme incarné et l’autre avait un besoin constant de signaler sa présence en faisant le plus de bruit possible. Liiken n’avait en général aucun mal à le calmer, il aimait particulièrement être en présence de ses grands frères. Mais ici, ce n’était pas de cela dont il avait besoin, il avait faim, tout simplement. Dans un geste très naturel, Liiken déboutonna donc sa robe et entreprit de donner le sein à son fils. Goulument, l’enfant se mit à téter, il mettrait du temps à se rassasier, mais il en laisserait aussi largement assez pour son frère. Désormais plus apaisée, Liiken se sentait mieux d’aborder le délicat sujet de la naissance des triplés. Rassurée par la présence du petit corps chaud contre sa poitrine, elle se sentait plus forte.

- Je pensais que tout le monde le savait… Nous n’avons pas pu procéder aux rituels habituels, à cause du siège, ce n’est pas possible, mais je pensais que la nouvelle avait fait le tour des Olarils. Je… J’étais enceinte de triplés, tous les trois sont nés en bonne santé, mais…


Les souvenirs l’assaillirent brusquement, elle revoyait le visage de Sieben, confiant, lui disant que tout allait bien se passer pour ses enfants. Elle revivait cette attente interminable, pourquoi ne revenaient-ils pas ? Que se passait-il ? Puis, ils étaient là à nouveau, tous les trois, Erwan, Calathéa et Sieben, la mine défaite. Puis Calathéa s’approchait. Le cœur de Liiken se serra et elle fit un effort pour ne pas pleurer encore une fois. Avec des mots simples, elle tenta d’expliquer à Sorastrata ce qui s’était passé.

- Il y a ce rituel qu’ils pratiquent à la naissance, les Ilédors. Sieben… Sieben m’avait convaincue que c’était une bonne chose pour mes enfants. Mais ma fille… ma fille unique, elle était trop faible, l’accouchement avait été plus difficile pour elle. Elle n’a pas survécu. Ils l’ont tuée ! Ils l’ont tuée, et pour ça, je les hais, tous ces prêtres, ces moniales, aveuglés par leur Volonté… Et Sieben ! J’avais confiance en lui, il m’avait promis que tout se passerait bien, que c’était sans risque ! Ils les ont baignés dans un bain d’eau glacée, c’est Erwan qui me l’a dit après. Ils étaient à peine nés qu’on les a trempés dans de l’eau glacée ! Mais qui est assez cruel ou inhumain pour faire vivre pareille épreuve à des nouveau-nés ?

La colère et la haine brillait dans les yeux de la jeune mère. Instinctivement, elle avait resserré son étreinte contre son fils, dans un geste maternel protecteur. Elle se l’était juré, plus jamais les Ilédors ne toucheraient à ses enfants si elle n’était pas là. Plus jamais, elle n’avait mis et ne mettrait les pieds à l’auberge, quand bien même Sieben semblait anéanti par ce qu’il s’était passé. Si jamais elle devait avoir d’autres enfants, elle refuserait qu’on y touche. Ils ne seraient pas acceptés comme Ilédors ? Hé bien tant mieux ! Si ces gens semblaient parfois plus évolués que les Olarils, ils étaient également plus barbares ! Jamais un Olaril n’aurait fait subir un rituel pareil à ses enfants.

- Mes deux fils sont heureusement en bonne santé maintenant, tout comme mes trois aînés. Mais c’était ma fille, mon unique fille, et ils me l’ont enlevée…


Son fils, repu, cessa de téter, et Liiken se rhabilla. L’enfant, heureux ne mit que quelques seconde à s’endormir paisiblement. Le visage paisible du bébé avait quelque chose de rassurant et Liiken s’absorbait dans cette vision pour retrouver contenance. Elle s’en voulait terriblement de ne pas arriver à passer au dessus de tout cela, même après plusieurs semaines. Peut-être était-ce encore trop récent pour qu’elle puisse faire le deuil, mais elle en avait assez de cette mélancolie qu’elle traînait sans cesse derrière elle. La jeune mère voulait retrouver son bonheur d’antan, sa joie de vivre, son sourire…


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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Ven 22 Juil - 2:38

L'instinct maternel de la Matriarche se réveilla sitôt que les larmes de Liiken commencèrent à couler, mais elle ne sut que faire. Si elle s'était écoutée, elle aurait immédiatement pris la jeune mère dans ses bras, mais il lui semblait qu'un tel geste offenserait la dignité que montrait ces pleurs contenus. Une fois assises, Sorastrata se contenta donc de poser une main sur le poignet de l'Aryassat et d'écouter avec attention ses pénibles aveux. Comprenant qu'ils s'agissait de ses enfants, la vieille Chasseresse sentit son coeur se serrer d'appréhension ; il n'y avait pas plus précieux à ses yeux que les nouvelles générations, que le futur de son peuple, et alors qu'Hégoa avait accordé le présent de triplés aux Olarils, voilà qu'ils étaient mis en danger ?

Elle fut surprise d'entendre Sieben être mentionné. Quel rapport avait-il avec cette affaire ? Le tenancier de l'auberge avait été un soutien pour leur peuple depuis leur arrivée et beaucoup d'entre eux en étaient arrivés à le considérer comme un ami, Grand-Mère y comprise. Mais jamais elle n'aurait pu imaginer ce que Liiken lui raconta ensuite : on pouvait lire la colère et la stupéfaction sur le visage de l'Hirune à mesure que la mère endeuillée laissait son chagrin s'exprimer. Une rage indignée monta dans sa poitrine et elle ne la contint qu'à grand peine, préférant épargner la jeune Olarile plutôt que de laisser ses émotions exploser. Elle n'avait qu'une envie, sortir de la maison et aller au Ceste cloûté pour trouver Sieben et lui fracasser le crâne. Quelle sorte de parent fait subir une telle horreur à un enfant, à un nouveau-né ? Et quelle genre d'homme place l'enfant d'une amie dans un tel danger ? La bouche de Sorastrata tremblait de rage et elle laissa s'échapper un murmure d'une voix acérée.

Les monstres...ces gens sont des monstres. Je devrais tuer ce misérable de mes propres mains...

Comment les Ilédors osaient-ils soumettre les enfants d'Arestim à leurs coutumes absurdes ? Comment pouvaient-ils traiter ainsi leur propre progéniture ? Et ils se prétendaient civilisés ?

Les paroles de Liiken ramenèrent l'attention de l'Ancienne sur elle et la vieille femme reprit sa contenance peu à peu, s'efforçant de passer outre ses propres sentiments pour s'occuper d'abord de la jeune mère : son chagrin était bien plus important que ce que Sorastrata pouvait ressentir. L'Hirune ne savait que trop bien quel effet pervers le deuil pouvait avoir, et elle voulait à tout prix éviter que d'autres connaissent cette souffrance. Son visage s'adoucit, prenant une expression de tendresse attristée, tandis qu'elle passait sa main sur le visage fatigué de la jeune femme.

Ma pauvre enfant...ne pense plus à ces gens. Ils ne mettront plus jamais la main sur un enfant Olaril, je te le promets.

Baissant sa main, elle caressa la tête de l'enfant, qui s'était endormi. Avec un faible sourire, elle se demanda ce que le destin cruel allait lui réserver ; il venait à peine de venir au monde et déjà le malheur faisait planer son ombre sur lui et les siens. Combien de fois Panpale allait-il encore faire pleuvoir les coups sur le peuple Olaril ? Ils n'avaient cessé de souffrir depuis que la Gérax avait fait entendre sa colère. L'ascension de l'Aiguille, les révélations d'Edor Adeï, la guerre, l'emprisonnement de Lysandre et maintenant ceci ? Comme il semblait loin, le temps où Sorastrata veillait sur ses petits-enfants dans les maisons paisibles des Hirune...

La Matriarche se sentait fatiguée au-delà de toute description, mais elle ne savait que trop bien que le temps n'était pas encore venu pour elle de se reposer : elle avait encore bien des péchés à expier et bien des enfants à protéger face à la cruauté du monde. Liiken avait plus besoin de réconfort que la vieille femme avait besoin de paix. Plongeant son regard bienveillant dans les yeux de la jeune mère, elle reprit la parole d'une voix douce.

Vide ton coeur, ma fille. Dis-moi ce qui se passe dans ton âme ; il ne faut pas que tu laisses ce chagrin y prospérer.


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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Ven 16 Sep - 12:54

L’indignation de Grand-Mère fut un véritable réconfort pour Liiken. Elle n’était pas la seule à penser que ce qu’ils lui avaient fait subir était une atrocité. Peut-être la Grand-Mère pourrait-elle lui donner des conseils pour l’avenir. Et toutes ses angoisses qui la rongeaient depuis des semaines, c’était peut-être le moment d’en parler. Liiken avait peur de ne pas aimer ses fils autant qu’ils le méritaient ou n’en n’avaient besoin, Sorastrata aurait sûrement quelque chose à lui dire là-dessus, elle était toujours d’un conseil avisé et si Lysandre avait suivi tous ses conseils, elle aurait sans doute eu moins d’ennemi parmi les siens.

Mais là n’était pas la question, tout cela n’avait plus d’importance aujourd’hui, de suivre Lysandre ou non, d’adhérer à un mouvement politique, Liiken tenait plus que tout à protéger ses enfants, c’était ce qu’il y avait de plus important pour elle et son mari. À lui, elle ne parlait pas de ses craintes, de sa peur de moins aimer les deux derniers, de ne pas leur donner assez d’amour. Elle n’avait même pas été capable de leur trouver des prénoms. Inspirant calmement, elle chercha à expliquer à l’Ancienne ce qui la tracassait.

« C’est difficile pour moi, d’expliquer tout ce qui me passe par la tête. Tout est si confus, si difficile. Erwan... Erwan ne comprendrait pas et s’inquiéterait trop. Je n’arrive pas moi-même à mettre des mots sur tout cela. »

De fait, elle hésitait, mettait du temps à choisir ses mots, à parler. Tout cela était si difficile. Elle n’avait aucun doute quant au fait qu’elle s’occupait bien de ses enfants, mais elle n’était pas sûre qu’elle leur donnait assez de l’affection dont ils avaient besoin. Ce n’étaient que des bébés, des enfants innocents. Tous les rituels Olarils avaient été chamboulés. Aujourd’hui, elle regrettait de ne pas avoir pensé à demander à Sorastrata de venir elle aussi à son accouchement. Jamais elle n’aurait laissé ses barbares approcher de sa fille et de ses fils.

« J’ai fait des erreurs. J’aurai dû... J’aurais dû te demander de venir ce jour-là, et je ne l’ai pas fait... » Sa voix trembla, des larmes brillèrent à nouveau au coin de ses yeux, mais elle se retint de les laisser couler. Ce chagrin ne pouvait durer indéfiniment. « Je ne ressens rien pour eux Sorastrata ! Ce sont mes fils, et je n’arrive pas à les aimer comme je le devrais. Je... Une part de moi leur en veut d’être en vie alors qu’Aliéna n’a pas survécu. Et pour elle ! Pour elle, j’ai trouvé un prénom, et eux, eux dont je m’occupe depuis des semaines, je ne parviens pas à leur en trouver. Ils n’ont pas de nom... Et c’est de ma faute... Je voudrais les aimer ! Je te jure que je voudrais, mais j’ai tellement de mal ! J’ai trop de regrets... »

Dans ses bras, son fils s’agitait, il sentait sans doute la tension qui émanait de sa mère. Plutôt que d’attendre qu’il se réveille complètement, elle se leva et alla le déposer aux côtés de son frère dans la pièce d’à côté. Il s’agita brièvement avant de retomber dans un sommeil profond. Avec un léger sourire flottant sur ses lèvres, elle retourna auprès de l’Ancienne.

« Je suis désolée, je ne voulais pas qu’il se réveille. Quand il manque de sommeil, il devient très vite grognon. Son frère est plus facile, mais il est d’une gourmandise effrayante ! J’ai peur qu’il ne laisse pas assez pour son frère, mais jusqu’à présent, ça va. »

Liiken ne se rendait pas compte, elle ne comprenait pas que son affection pour ses fils était réelle, mais qu’il lui fallait simplement du temps pour achever son deuil. Non, aucun doute ne pouvait subsister quand on la voyait s’occuper d’eux, elle les aimait, au moins autant que les trois autres. Simplement, elle ne le savait pas encore, parce qu’elle n’avait parlé de ses angoisses à personne, et que personne n’avait donc pu la réconforter sur ce point.


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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Ven 2 Déc - 1:58

La souffrance de Liiken était évidente aux yeux de Sorastrata, malgré les efforts que la jeune fille faisait pour la cacher. Sa douleur, sa bravoure et sa confusion la touchaient d'autant plus que ces sentiments étaient terriblement familiers pour elle. Elle se souvenait avec une clarté amère des années honteuses qui avaient suivi la mort d'Erymanthe, lorsqu'elle s'était abandonnée à son deuil, laissant ses pauvres filles seules face au doute. Serrant la main sur son bâton, Grand-Mère se détacha du flot de souvenirs qui commençait à l'assaillir et resta concentrée sur son interlocutrice. La jeune mère luttait pour contenir ses larmes et pour saisir le tumulte qui s'agitait en elle, pour expliquer ce qui la préoccupait. Le regret qu'elle exprima ne laissa pas Sorastrata indifférente, et fit même naître un nouveau sourire tendre sur son visage ridé. Il n'y avait pas plus grande source de fierté que l'idée que sa sagesse était utile à son peuple, qu'ils pouvaient avoir véritablement besoin d'elle. Lorsque l'Aryassat vint se rasseoir après avoir couché son fils, la matriarche l'accueillit avec un regard doux et lui répondit tout en passant une main sur son visage.

Tu te laisses aveugler par tes peines, ma fille ; tu n'as qu'à tourner ton esprit vers ce que tu fais, ce que tu dis, et tu verras la vérité. Crois-tu vraiment que tu t'inquièterais tant de tes enfants si tu ne les aimais pas ?

Ses inquiétude n'étaient plus : elle avait la preuve que Liiken ne commettrait pas la même erreur qu'elle. La jeune femme était une bien meilleure mère qu'elle, et le soulagement qu'en ressentait la Chasseresse était assez pour contrebalancer le choc de la mort du bébé. Même dans un moment de misère comme celui-ci, cette brave enfant ne succombait pas au désespoir égoïste et se remettait en question.

C'est l'amour qui te plonge dans cette souffrance, celui que tu ressens pour Aliéna. Elle t'a été enlevée si cruellement que ton cœur ne bat que pour elle. Tu n'as pas à te sentir coupable : rien de ce qui s'est produit n'était de ta faute, et nul n'a le droit de te condamner pour ce que tu ressens.

Prenant la main de Liiken, elle la serra légèrement et la regarda droit dans les yeux ; elle voulait l'ancrer dans le moment présent, dans le monde réel où ses enfants vivaient et respiraient, loin du royaume de doute et de traîtrise qui voulait naître dans son esprit.

Tu t'occupes déjà de tes deux fils. Continue de le faire, ne faillis pas à cette tâche et tu te rappelleras vite comme il est facile de les aimer. Et ne te laisse pas enfermer dans tes doutes, mon enfant : ton devoir est envers tes enfants, chacun d'eux, même Aliéna. Aime-la comme tu aimes tes fils, garde son souvenir et chéris-le jusqu'à ce qu'il soit une force.

Grand-Mère n'aurait pu dire à quel point le futur de Liiken et de ses enfants était essentiel à ses yeux. Elle n'avait révélé qu'à deux personnes le terrible péché qu'elle avait commis envers ses filles, et elle ne comptait pas le confier à d'autres. Elle ne voulait pas de compassion, elle ne voulait pas qu'on se préoccupe d'elle, elle voulait juste que plus jamais pareille erreur se reproduise. C'était la seule pitié qu'elle demandait aux dieux : que les siens aient un futur plus heureux que celui dans lequel son égoïsme les avait menés. Si la famille Aryassat pouvait survivre à une telle épreuve, c'était qu'il y avait un espoir, si ténu soit-il au milieu des ténèbres de l'époque.


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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Re: Une grand mère pour mes enfants   Jeu 5 Avr - 13:04

Liiken se sentait égarée, perdue, plus qu’elle ne l’avait jamais été. Ces dernières semaines, elle avait été convaincue d’être une mauvaise mère, incapable d’aimer ses enfants autant qu’ils le méritaient. S’occuper des jumeaux était parfois une véritable torture pour elle qui ne pensait qu’à sa fille perdue. Un instant, un seul instant, elle avait regretté que l’un d’eux ne fût pas décédé à la place de son petit ange... Et tous les jours, elle se blâmait pour cela. Ils ne méritaient en rien son courroux, c’étaient ses enfants, la chaire de sa chaire ! Ils méritaient tout autant d’amour que Jehan, Lorris et Aed. Alors pourquoi ne parvenait-elle pas à leur en donner ? Sorastrata était là, à côté d’elle, avec des paroles rassurantes et réconfortantes, mais des paroles que la jeune mère n’était pas encore prête à accepter et comprendre. Tout ce qu’elle pouvait voir, c’était la lassitude et la mélancolie qui l’étreignait sans cesse à l’évocation des jumeaux et de son accouchement.

« Je la vois partout tu sais... Chaque fois que je regarde les jumeaux, je vois leur sœur à la place. Je les regarde et je me sens vide, comme si on m’avait aspiré toute mon énergie. Comment je pourrais trouver la force de continuer encore et toujours alors que je ne vis que dans le regret du passé. Et si je n’avais pas écouté Sieben ? Et si nous étions restés à Arestim ? Et si seule Calathéa m’avait assistée lors de l’accouchement ? »

Les regrets. Sans doute ce qui la rongeait le plus ces derniers temps. Regrets de ne pas avoir pris une meilleure décision, regret de ne pas être à l’écoute des siens, regret d’être tournée sans cesse vers ce jour qu’elle voyait comme fatidique et non comme une bénédiction. Mais alors qu’elle réfléchissait à tout ce qu’elle venait d’entendre, certaines paroles finirent par atteindre son cœur. La Grand-Mère Olarile la pensait capable d’aimer, mieux même, elle semblait convaincue que Liiken pourrait aimer ses fils. La jeune mère avait du mal à s’en convaincre. Si tel était le cas, ne leur aurait-elle pas trouvé des prénoms depuis le temps ? Pour Aliéna, c’était venu tout seul, sans qu’elle ait besoin de réfléchir, alors pourquoi n’en n’avait-elle pas pour les deux nourrissons qui dormaient dans la pièce d’à côté.

Pas une seule seconde Liiken n’avait songé que si elle avait du mal à choisir les prénoms de ses enfants, c’était parce qu’il n’était pas dans les traditions Olariles que les parents choisissent les prénoms de leurs enfants. Ce privilège revenait aux Anciens. La culpabilité qui la rongeait n’avait pas lieu d’être, mais tout à son dépression post natale, Liiken en perdait toute la rationalité qui la caractérisait habituellement. L’évidence était sous son nez, mais la jeune mère était incapable de la voir : il suffisait de demander à Sorastrata de leur trouver un prénom.

« J’ai deux nourrissons qui dorment dans la pièce d’à côté. Tout le monde s’accorde pour dire qu’ils sont adorables, et moi, leur propre mère, je ne leur ai même pas donné d’identité. Sans prénom, ils ne sont rien aux yeux du monde, ils n’existent pas, et c’est de ma faute. Erwan n’ose trop rien dire, on ne se parle plus beaucoup ces derniers temps. Tout est si difficile... »

Erwan et Liiken s’aimaient toujours comme au premier jour, mais ils ne vivaient pas leur deuil de la même façon, excepté sur un point. Ils refusaient de s’en parler l’un à l’autre, comme si mettre des mots sur leur douleur les mettrait face à un fait accompli qu’ils seraient incapables de surmonter. Liiken connaissait suffisamment bien son mari pour savoir qu’il culpabilisait énormément de tout ce qui s’était passé ce jour-là, qu’il ne se pardonnait pas d’avoir laissé les autres emmener ses enfants. Lui aussi il avait perdu une fille ce jour-là, mais il était trop pudique que pour l’avouer.


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Une grand mère pour mes enfants
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