AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Il ne faut jamais couper les ponts

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Laetia Télaran
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 1285
Age : 24
Date d'inscription : 11/02/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 17 ans
Profession: Orfèvre Commerçante - Recrue
Positionnement : Révolutionnaire
MessageSujet: Il ne faut jamais couper les ponts   Jeu 23 Déc - 2:07

Laetia remontait la Grande Rue Commerçante, admirant par ci par là les multiples échoppes qui commençaient à se fermer alors que les rayons du soleil coloraient les murs de la cité d'une jolie couleur rose orangé, Laetia avait fini la journée à la caserne et voulait s'aérer. Elle regardait les travaux de ses confrères mais aussi d'artisans qui œuvraient dans d'autres catégories que la bijouterie. On ne savait jamais d'où l'inspiration pouvait venir.
La jeune fille avait eu une chance inouïe lorsqu'elle avait obtenu cette boutique sur la Grande Rue. Toute personne se rendant dans le quartier y passait forcément, par nécessité, nonchalance ou simple curiosité. Il fallait bien dire aussi que tous rivalisaient d'ingéniosité pour rendre leur boutique plus tape à l'œil que celle du voisin, et l'on ne pouvait les plaindre.
Dans une si grande ville il arrivait inévitablement que bon nombre de gens exercent le même métier, il fallait alors se faire préférer à son concurrent. Laetia l'avait en effet vite appris, ils n'étaient pas de simples confrères, ils étaient des adversaires féroces. L'autre jour encore, avant l'Appel, un bijoutier Ilédor était entré furieux dans sa boutique menaçant la jeune femme. Ni une ni deux, elle l'avait mis dehors, avec l'aide d'un soldat qui patrouillait. Elle n'avait pas d'état d'âme là dessus, elle devait bien vivre elle aussi !
Un problème qui s'était vite résolu, le commerçant s'étant excusé de son emportement envers la jeune à la fermeture des boutiques. Un autre problème qui se résoudrait beaucoup moins vite serait celui des bijoux à fournir. Aujourd'hui la boutique ne s'était même pas ouverte, faute de pièces. Les croquis s'amoncelaient bien sûr, mais personne pour les créer. Il était rare que Laetia finisse aussi tôt sa journée, et le reste du temps elle était bien trop fatiguée pour pouvoir ne serait-ce que garder les yeux ouverts sur la tâche. Elle avait bien essayé une fois. Une fois de trop apparemment. Le résultat en avait été une horrible chose dorée absolument difforme que Laetia avait conservé sur l'établi pour la dissuader de reprendre ne serait-ce qu'une seule fois un chemin pareil. Elle avait réfléchi à de nombreuses personnes de confiance mais n'avait réussi à en trouver aucune, un vrai désastre !
Elle avait encore un peu de temps devant elle pour ça, pas trop bien sûr, les prix augmentant vite avec le siège et l'embargo qu'il créait.

Toute cette promenade n'avait pas un but touristique, loin de là. Elle était sortie pour voir une bonne amie comme elle l'avait dit à sa voisine. Liiken lui manquait, il fallait l'avouer. Elles ne s'étaient pas ou peu revues, chacune devant s'établir. De plus lors de la réunion elles s'étaient croisées, certes, mais n'avaient eu le temps que d'échanger un regard avant d'être séparées par la foule et d'autres obligations.
Tout cela faisait qu'elle avait plus que tout envie de lui parler. La jeune fille aurait voulu se faire belle mais le temps lui aurait manqué. De fait elle n'avait mis qu'une simple robe bleu pâle, retenue au niveau des hanches par une cordelette en cuir tressé,.Ses cheveux nattés, au bout retenus par un bijou en demi cercle plutôt que par un ruban, et une légère poudre d'invention Ilédore sur le visage pour masquer les traces de fatigue et elle était partie. Tout ce qu'elle voulait c'était ne pas se présenter sous ses habits rudes de recrue. La soirée s'annonçait chaude et de fait elle n'avait pas pris de cape.
On avait entendu parler de Liiken, une nouvelle arrivante ne se manquait jamais. Qui plus était une nouvelle arrivante dans les Fières Masures. La famille le méritait bien tant ils étaient nombreux. Elle avait dû redemander plusieurs fois son chemin. Elle n'avait jamais dû se déplacer par ici, ses clientes venant généralement chez elle.
Enfin elle arrivait devant la maison. Elle douta un instant, elle aurait pu s'être trompée, néanmoins elle frappa sans hésitation.
Ce fut Jehan qui ouvrit la porte, il lui fit un énorme sourire qu'elle lui rendit, elle adorait les enfants de Liiken et ne pouvait pas croire que ce n'était pas réciproque. Son jeune âge lui permettait de jouer à la grande soeur avec eux et sa petite taille la faisait souvent accepter parmi les plus jeunes.
S'ensuivirent embrassades et salutations d'usages en de telles situations, Laetia en profita pour admirer l'intérieur. Elle aurait deviné que son amie résidait en cette demeure si personne n'avait été là pour le lui dire.

Une fois les deux femmes installées dans le salon, une tasse fumante entre les mains, put commencer la vraie discussion.

- Oh Liiken, si tu savais combien de fois j'ai eu envie de venir ! Nous avons tant de choses à nous raconter. Et surtout toi, si tu vois ce dont je veux parler.

Laetia eut un sourire complice. Elle voulait tout savoir depuis le début, et notamment de l'état de Liiken. Un ventre aussi rond ne se perdait que d'une seule manière Laetia le savait depuis bien longtemps. Elle aurait elle aussi le temps de raconter ce qu'elle avait fait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Liiken Aryassat
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 3028
Age : 29
Date d'inscription : 15/03/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 45 ans
Profession: Marqueteuse
Positionnement : Insoumise
MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   Jeu 30 Déc - 0:24

Liiken s'était installée dans sa nouvelle vie bien mieux qu'elle ne l'aurait cru, ses journées étaient rythmées par le sommeil et les repas de ses deux plus jeunes fils. Les débuts avaient été difficiles, vraiment difficile, Liiken avait du mal à cacher son chagrin, et elle se détestait de ne pas parvenir à donner autant d'amour qu'elle le souhaitait à ses fils, ils n'avaient rien fait pour mériter une telle punition, survivre avait été leur victoire, et non un échec comme la jeune mère l’avait ressenti de temps à autre au début.

Mais cette déprime n'avait pas duré, ses autres fils étaient là, débordant de joie à la vie de leurs petits frères, Erwan soutenait également sa femme du mieux qu'il pouvait, et Liiken lui en était vraiment reconnaissante. Petit à petit, le temps faisait son œuvre, voilà deux semaines que ses petits les avaient rejoins et la jeune mère se sentait chaque jour un peu mieux. La visite de Sorastrata avait été un vrai réconfort, les prénoms qu’elle avait choisi pour ses enfants avait offert à Liiken un premier déclic. Ailean, Ciaran, Liiken les répétait sans cesse, si doux, si mignon. Ses deux fils étaient plein de vie et leurs parents en étaient excessivement fiers ! De temps à autre, une étrange tristesse apparaissait encore dans les yeux de Liiken, mais c’était de moins en moins souvent.

Les paroles d’Éléni avaient fait leur œuvre, au fil du temps, Liiken avait de plus en plus envie de s’investir dans la Révolution et changer le pouvoir en place. Ainsi, ce qui s’était produit n’arriverait jamais plus pour personne, en tout cas, pas pour les Olarils qui seraient fiers d’affirmer haut et fort leurs origines. Elle était pleine d’illusions innocentes et s’en rendait vaguement compte, mais refuser cet espoir, c’était admettre une défaite, ce qu’elle ne pouvait se résoudre à faire.

La journée s’écoulait paisiblement, rythmée par les tétées de ses deux fils plus jeunes, la maison bruyamment animée par les jeux des aînés. Liiken se sentait bien dans sa vie, elle avait même recommencé à travailler ce qu’elle n’avait plus fait depuis son accouchement. Oh, elle ne vendrait sans doute pas sa création du jour, mais c’était un bon début, retrouver ses outils lui avait fait un bien fou, comme retrouver un vieil ami après une longue absence. Ses amis, Liiken les avait vu s’éloigner peu à peu, Alia, Laetia, cela faisait des semaines qu’elle ne les avait plus vues, et elle était décidée maintenant à réparer ce manque. Dès qu’Erwan reviendrait de sa promenade, elle irait retrouver Laetia. Pour Alia, ce serait sans doute plus compliqué, mais Liiken ne désespérait pas ! La prêtresse n’avait plus reparu depuis des semaines, mais tout le monde savait où se trouvaient les Olarils, elle n’aurait aucune peine à se renseigner.

La jeune femme en était là dans ses pensées quand ses réflexions furent interrompues par des coups frappés à la porte. Avant qu’elle n’ait eu le temps de se lever, Jehan avait déjà ouvert. Dans l’entrée, comme si elle avait lu dans son esprit se tenait Laetia, radieuse.

- Laetia ? Je suis si heureuse de te revoir ! Justement, je pensais à toi à l’instant, je m’étais dit que dès qu’Erwan reviendrait, j’irais te faire un petit coucou !


N’écoutant que son cœur, Liiken serra son amie dans ses bras. Elle avait presque oublié combien une étreinte amie donnait du baume au cœur. Son amie avait peu changé, ses vêtements, bien sûr, étaient nettement Ilédors, bien que simples comparés aux tenues des nobles, mais cette robe lui allait à ravir. Liiken devait reconnaître aux Ilédors d’excellents goûts en matière vestimentaire et d’habillement, même si elle avait du mal à prendre des bains tous les jours, cela lui paraissait légèrement incongru.

- Surtout moi ? Mais je suis sûre que tu as des tas de choses à raconter toi aussi, ça fait si longtemps !

Liiken, comme à son habitude, se laissa emporter par son propre flot de parole et devenait tout simplement intarissable. Alors qu’elle invitait à Laetia à la suivre dans la pièce de séjour où elles pourraient être plus à l’aise, elle poursuivit sa diatribe.

- Je suis si contente de te voir ! Comme tu le remarques, Erwan et moi, on se débrouille pas trop mal ici, mais pas autant que toi si les rumeurs sont vraies ! J’ai un peu de mal à me faire à cette notion d’argent, mais je crois que nous vivons très correctement, et nous avons réussi à louer cette maison à bas prix. Elle est assez grande pour nous sept ! Hé oui, nous sommes sept maintenant. Mes deux plus jeunes fils sont en train de dormir dans la pièce à côté, quand ils se réveilleront, nous irons les voir !

Elle reprenait à peine son souffle entre deux phrases, et il était fort probable que Laetia avait du mal à la suivre.

- Ils s’appellent Ailean et Ciaran ! Tu sais que Sorastrata Hirune est venue ici ! ? C’est elle qui leur a trouvé des noms. Je suis si fière d’eux. Et toi, tu as des nouvelles des autres ? Oh, mais pardon, il fait chaud, j’aurais dû commencer par te proposer un rafraichissement ! Tu veux de l’eau ou autre chose ?


Enfin, elle prit le temps de se taire pour écouter la réponse de Laetia. Liiken était une vrai pipelette quand elle s’y mettait...


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Laetia Télaran
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 1285
Age : 24
Date d'inscription : 11/02/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 17 ans
Profession: Orfèvre Commerçante - Recrue
Positionnement : Révolutionnaire
MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   Sam 5 Fév - 15:11

Elle grappillait par ci par là quelques informations qui lui permettraient de suivre la conversation.
Sept. Voici une information qu'il fallait retenir, donc deux de plus. Il n'était pas étonnant que la maison soit aussi grande. Deux petits, étaient ils des petits garçons ou filles ? Elle n'avait pu saisir, d'ailleurs elle ne saisissait pas grand chose, elle avait perdu l'habitude d'écouter Liiken ainsi parler, Elle en avait même fini par oublier ce léger détail de tempo. Elle aurait peut être pu deviner par elle même le sexe des enfants mais n'avait pas capté les noms, encore quelque chose qu'elle devrait reprendre sur le tas, elle ne voulait pas faire croire qu'elle n'avait pas écouté, ce qui était d'ailleurs faux.
Et voilà que la conversation déviait sur autre chose, Sorastrata et des.. des gonds ? Que faisait donc Sorastrata avec des gonds, surtout chez Liiken. Laetia avait beau savoir la matriarche Hirune des plus vertes pour son âge elle la voyait plutôt mal essayer de donner un coup de main quand à mettre des portes aussi lourdes que celles qu'étaient les Ilédores. Elle faillit même en rire quand elle réussit enfin à comprendre le sens de la phrase. Ce n'étaient pas des gonds mais des noms, bien évidemment cela changeait bons nombres de choses à en commencer par le sens de la phrase. La vieille Hirune avait donc dû aider Liiken à trouver des prénoms. Laetia était par là même assurée que même si elle ne les avait pas entendus les noms étaient forcément beaux. La vieille Hirune était connue au village pour ses qualités à conter. Il semblait même selon les quelques informations que Laetia avait pu récolter qu'elle fasse oeuvre de son talent pour subsister, comme ils le faisaient à peu près tous ici.

A boire ? Pourquoi pas, c'était Liiken qui avait parlé mais Laetia avait la gorge aussi sèche que l'était la terre après un mois sans pluie. Elle appréciait beaucoup les boissons aux plantes Ilédores. Surtout que ces boissons là étaient faites à partir de plantes fraiches cultivées dans des petits jardins. Les Olarils connaissaient de telles techniques mais la flore était différente des deux côtés de la Gérax et la jeune fille avait eu l'occasion de découvrir de nouvelles saveurs qui lui étaient jusque là inconnues.

- Une infusion me suffira, merci beaucoup.

A son tour de parler c'était ça ? Il lui semblait avoir entendu quelques remarques de la part de son amie sur sa situation à elle.

- En effet je ne m'en sors pas trop mal non plus, deux ou trois broutilles m'arrivent de temps en temps mais rien de grave.

Elle s'était déjà beaucoup étalé sur ses problèmes militaires autre part, ils n'avaient rien à faire ici.

- Il m'a fallu d'un contact parmi ces petites nobles qui font avancer les tenues vestimentaires à Edor Adeï et voilà ma prospérité de faite ! Une seule ayant décidé de porter un de mes bijoux a suffi pour que je me retrouve surchargée de commandes du jour au lendemain, toutes un peu fantasques mais me laissant assez de liberté pour exprimer mon art à ma manière. J'ai eu une chance inouïe qu'elle se soit attardée sur ma boutique, qui sait, peut être cela serait-il arrivé de toutes façons ? Quant à l'argent je te comprends, et sur ce point je dois remercier Amiguel de m'avoir appris la valeur des choses, ce n'est pas si différent de notre troc en fait, il faut juste bien compter pour ne pas se faire avoir et d'après ce que j'en connais maintenant je suppose que tu n'as pas perdu dans les échanges. On a bien failli me duper une fois, mais je suis moins bête que ce que j'en ai l'air on dirait.

Elle rit à la pensée de cette mésaventure là. Un homme tout ce qui avait l'air de plus respectable et qui avait réussi à se faire embaucher comme comptable dans sa boutique. Il n'avait tenu que deux jours et à raison. La jeune fille l'avait bien gentiment mis à la porte lorsqu'elle était repasséextw le deuxième soir sur les comptes pour vérifier et avait compris qu'une partie de ses recettes avait mystérieusement disparu dans une poche qui n'était pas la sienne, pourtant il avait une promesse de salaire pas trop mauvaise, enfin s'il était resté un peu plus. Un salaire proportionnel aux gains, mais il avait voulu jouer un double jeu, tant pis pour lui.

- Bien sûr j'habite dans un endroit moins grand, je n'ai pas besoin d'autant de place, vu que nous ne sommes que deux. Et puis c'est pratique, juste au dessus de ma boutique. Néanmoins je sens que nous allons devoir déménager. Suite à la réunion, il est probable que Kamélie retrouve sa famille et elle ne saurait me laisser toute seule. La place va donc nous manquer à partir de là, mais nous verrons au moment où, je ne me sens pas de chercher maintenant.


Elle savait qu'ils auraient à chercher un nouveau logement à ce moment là, plus grand. Elle était sûre que Kamélie ne quitterait pas leur maison sans elle, mais elle avait surtout peur et pas du tout envie de rester dans une indépendance totale et de se rendre compte de combien elle n'aimait pas la solitude.
En parlant de cette réunion, il était probable que le sujet reviendrait sur le tapis, elles connaissaient toutes deux apparemment l'opinion de l'autre sur la politique sur place. Néanmoins les choses sérieuses viendraient peut être après.

- Ils étaient donc deux ! Je comprends mieux maintenant pourquoi tu semblais si tôt dans un état très avancé. Deux bouts de chou alors que l'on attendait un seul. Que de nouvelles ! Et puis nous aurions pu nous en douter, après tout à moins d'accoucher d'un faon il n'y avait que peu de solutions.

Comme on avait jamais vu une Olarile accoucher d'un faon il est vrai que cela ne donnait qu'une seule échappatoire. Accoucher d'un faon aurait d'ailleurs surement été très douloureux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Liiken Aryassat
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 3028
Age : 29
Date d'inscription : 15/03/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 45 ans
Profession: Marqueteuse
Positionnement : Insoumise
MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   Dim 20 Fév - 23:27

Liiken était heureuse, entendre ainsi Laetia parler de tout et de rien lui rappelait le bon vieux temps. Celui où les Olarils étaient encore innocents et loin de tous les complots et intrigues politiques. Tout en écoutant ce que son amie avait à lui raconter, Liiken entreprit de lui préparer une infusion. Dans l'âtre, elle mit à chauffer une petite marmite d'eau, quand l'eau serait bouillante, elle y ajouterait quelque feuilles d'un délicieux mélange qu'elle avait découvert quelques temps après son arrivée. Il dégageait une douce odeur fruitée qu'elle aimait beaucoup.

Laetia avait réussi à se faire un nom parmi les Ilédors, elle était une orfèvre dont la réputation n'était plus à faire depuis que les Ilédors avaient décidé que les Olarils présentaient un intérêt artistique exotique et à leur goût. Grâce à elle, de nombreux autres villageois avaient rapidement pu se faire une place dans la ville, Liiken grâce à ses boîtes à bijoux, Sorastrata grâce à son talent de conteuse, etc. Nombreux étaient ceux qui ne pensaient plus du tout à un possible retour dans leur ancien village. Liiken, elle, ne savait pas trop. Elle avait laissé trop d'amis et de famille derrière elle pour totalement y renoncer, mais elle n'envisageait pas non plus de refaire le voyage en sens inverse pour découvrir sans doute un monde désolé par la mort et la maladie. De temps à autres, elle pensait à ses parents, Garrigue et Flèche, elle aurait aimé leur présenter leurs deux derniers petits-enfants. Ils en auraient été si fiers ! La dernière phrase de Laetia lui fit étrangement mal « Deux bouts de chou alors qu'on en attendait qu'un... » Liiken le savait, inévitablement, le sujet allait revenir sur la table, elle s'y était vaguement préparée, et l'émotion ne la gagnait plus autant qu'avant, mais ça restait difficile.

- Tu sais Laetia, ça faisait réellement trop longtemps qu'on ne s'était pas vues. Il y a de nombreuses choses dont nous devons parler. Puisqu'il faut bien en passer par là, je commencerai par la mauvaise nouvelle.

Liiken prit le temps de choisir ses mots avec soin. Perdre sa fille avait été excessivement difficile pour elle, mais aujourd'hui, avec le temps, elle parvenait à y repenser sans ressentir autant de peine qu'avant. Mais si son amie lui offrait en toute innocence toute sa compassion et sa pitié, il y avait fort à parier que de nombreuses larmes couleraient à nouveau sur ses joues.

- Autant commencer par le commencement, peu de temps après notre arrivée ici, j'étais inquiète pour ma grossesse, je me suis donc fait examinée par Calathéa. Elle n'a pas mis longtemps à comprendre qu'il s'agissait d'une grossesse multiple, que j'étais enceinte de trois enfants. Oui, trois...

Avant que son amie ne put commenter la nouvelle, Liiken lui imposa le silence d'un geste de la main.

- Laisse-moi poursuivre s'il te plaît. Ce sera plus facile. Une grossesse triple, c'était là une excellente nouvelle. J'espérais qu'elle me donnerait la fille dont je rêvais tant. Calathéa m'a conseillé de me reposer, ce que j'ai fait. Tout se passait bien. Finalement, avec plus d'un mois d'avance, l'accouchement s'est déclenché, malgré toutes mes précautions. Ça a été un moment très difficile pour moi, et je n'aime pas en reparler. J'ai mis au monde trois enfants en bonne santé ce jour-là, même si pour l'un deux, l'accouchement avait été plus difficile. Il y avait deux garçons... Deux garçons et une fille.

Comme elle s'y attendait, l'émotion étreignit sa gorge, mais elle se força à poursuivre. Laetia avait le droit de savoir, après tout, elle était révolutionnaire elle aussi. Il fallait qu'elle sache pourquoi Liiken la paisible l'était devenue elle aussi.

- Ils m'ont enlevé mes enfants... Pour leur faire passer un rituel, pour qu'ils deviennent de « vrais petits Ilédors ».

Dans sa voix, elle n'avait pu empêcher l'ironie de pointer. De vrais petits Ilédors... Jamais elle ne laisserait une telle chose arriver !


- C'est Sieben l'aubergiste qui m'a convaincu de le faire. J'ai accepté. Je n'aurais jamais dû, mais je ne savais pas... Je ne savais pas qu'il y avait un risque. Je ne savais pas ce qu'on allait leur faire. Je n'aurais jamais accepté sinon. Ma fille... Ma fille n'en n'est jamais revenue. Ils l'ont tuée ! Et pour cela, jamais je n'accepterai de faire partie d'eux. Je resterai toujours fièrement Olarile ! C'est pour cela que je me suis engagée chez les Révolutionnaires ! Peu m'importe dans l'absolu que l'un des nôtre aie le pouvoir, je veux seulement qu'on nous laisse vivre selon nos traditions.

C'était le seul moyen que Liiken avait trouvé pour lutter. Il ne fallait pas qu'une telle tragédie atteigne d'autres Olarils, la jeune mère était fière de ses origines et aimait les affirmer haut et fort. Oui, elle n'était pas une Ilédore, et tant mieux !

Sur le feu, l'eau bouillait maintenant, et Liiken y versa quelque feuille odorantes. Un parfum de fraîcheur se répandit dans la pièce, apaisant l'esprit de la jeune mère. Tout en servant un bol à son amie, elle reprit la parole, voulant changer de sujet, ou du moins, éviter de s'attarder trop longuement sur un deuil qu'elle avait déjà suffisamment de mal à vivre.

- Et toi Laetia ? Pourquoi t'es-tu engagée ? Tu as, comme tu l'as dit, une place de choix ici. Ne préfèrerais-tu pas t'intégrer plutôt que de lutter contre ceux qui t'accueillent ?

Un bol à la main, elle laissa le délicieux parfum atteindre ses papilles avant d'en absorber une première gorgée.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Laetia Télaran
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 1285
Age : 24
Date d'inscription : 11/02/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 17 ans
Profession: Orfèvre Commerçante - Recrue
Positionnement : Révolutionnaire
MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   Dim 6 Mar - 1:24

Là était donc le fin mot de l'histoire.
Laetia avait senti que Liiken était légèrement crispée quand l'on parlait de ses enfants, elle n'avait pas été capable cependant de déterminer pourquoi. Désormais, le mystère était éclairci, ce n'était ni plus ni moins qu'un assassinat par une culture qu'elle n'approuvait pas. Le mot mauvaise nouvelle lui avait déjà ôté tout sourire et l'avait rendu plus attentive que jamais. Elle n'aurait pourtant jamais pu s'attendre à ce que la nouvelle soit de cette nature, lorsque l'on attend une mauvaise nouvelle, on pense toujours se préparer au pire et pourtant, il restait toujours un gouffre que même en pensée l'on n'osait pas franchir.

Elle avait commencé à soupçonner le drame à l'annonce de l'existence de ce troisième enfant présentement absent. Son intuition fut confirmée par la suite par son amie. Le déclenchement plus tôt n'était pas vraiment une surprise, bien qu'il ne fut pas courant que des grossesses multiples se produisent en Arestim des raisons apparemment physique de distension du ventre ne permettaient que très difficilement la grossesse à terme.
L'aubergiste avait eu sa part à jouer dans ce drame ? Laetia avait cru que cet homme était digne de confiance pourtant. Cette petite fille était encore une fois une victime de cette tentative d'assimilation pour étouffer les Olarils dans la masse. Les Ilédors voyaient-ils le mal qu'ils faisaient à vouloir ainsi englober le peuple d'Arestim ?

Laetia ne pouvait imaginer la douleur que Liiken avait eue en ne voyant revenir que deux des trois poupons qu'elle avait mis au monde. Laetia eut la pensée, horrible dans un certain sens pour son peuple, qu'il valait peut-être mieux pour elle de ne jamais avoir d'enfant, en tous cas tant qu'elle serait ici, pas en Edor Adeï.
Elle serra très fort ses poings, plissant ainsi sa robe qu'elle tenait. Elle se forgea un masque impénétrable, si seulement elle osait le fissurer il s'ensuivrait une longue séance de pleurs entre les deux amies et maintenant ce qu'il leur fallait c'était rester fortes, ensemble, se serrer les coudes.

- Moi ?

Elle rougit allègrement et lissa sa robe. Pourquoi s'était-elle engagée ? Elle avait un peu de mal à se définir son engagement. Que faisait-elle ? Que ferait-elle ?

- Je dois avouer que mon engagement premier est dû par une sorte de choix par défaut. J'ai vu beaucoup de ces nobles qui se complaisent dans ce régime, qui aiment le luxe dans lequel ils baignent et sont heureux de ce système de Volonté qui justifie la pauvreté qui accable certaines couches de leur population. Il paraît qu'il y aurait une branche dans le même genre, juste qu'ils veulent changer celui qui les dirige, leur grand Gardan Edorta. On ne change que la tête sous la couronne.
Ensuite je me suis demandée comment je voyais ce monde. Je me rends bien compte que nous sommes loin de notre village, de ce point de vue là nous ne pouvons donc appliquer ce qui fonctionnait chez nous, le changement d'échelle étant beaucoup trop grand. J'ai pensé à de nombreuses organisations de ce que devrait être cet endroit, toutes impliquant un changement radical et seule la Révolution permet de les visualiser sans croire à un vulgaire rêve de jeune fille. J'ai certes des problèmes avec ce vers quoi nous nous dirigeons actuellement tel que le propose Arngrim mais... J'ai une vision très particulière dirons nous. Je dirais donc que pour l'instant je vais là où sont mes idées et mes intérêts, et ceux-ci sont dans la Révolution. Une fois que nous aurons une oreille attentive au pouvoir, l'occasion de donner mon avis viendra assez tôt je pense.
Mon envie de m'engager s'est par la suite renforcée lorsqu'ils m'ont forcée à rentrer dans les rangs des recrues de l'Armée, et ton histoire maintenant... Je suis sûre que d'autres exemples pourraient être trouvés mais nos deux expériences d'être pourtant sociaux ne s'avère pas très glorifiante.


Elle sourit et sirota tranquillement sa boisson.

- Je pense essayer de m'investir plus intensément dans les actions de la Révolution, bien que je ne puisse encore déterminer comment. L'avenir m'aidera, le saurais-tu toi ?

Elle repensa au programme d'Arngrim... Quelque chose clochait selon elle dans le déroulement proposé mais sans qu'elle puisse mettre réellement un nom dessus.

- Que penses-tu toi de ce que nous a dévoilé Arngrim ? Crois-tu que nous avons nos chances ? Est-ce que tu crois que nous pourrons y arriver ?

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Liiken Aryassat
Olaril
Olaril
avatar

Nombre de messages : 3028
Age : 29
Date d'inscription : 15/03/2009

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 45 ans
Profession: Marqueteuse
Positionnement : Insoumise
MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   Jeu 7 Avr - 10:52

Laetia était encore jeune et innocente. Elle ignorait ce que le monde pouvait receler d'horreur, elle n'imaginait sans doute pas vraiment ce que ce siège signifiait : sang, douleur, meurtre, torture, autant de choses que Liiken n'aurait jamais cru possible il y a quelques semaines de ça. Mais maintenant, elle n'avait plus d'illusions. Elle s’accommoderait des Ilédors, faute de mieux, mais elle n'aspirait pas à s'intégrer réellement dans cette communauté dont elle ne comprenait pas le fonctionnement. Après avoir vécu près de trente ans dans un monde où tout allait pour le mieux, sans violence, elle n'arrivait pas vraiment à s'intégrer ici. Oui, elle avait un métier, des « amis » peut-être même, mais aucun sentiment d'appartenance. Si c'était possible, elle partirait tout de suite, pour un autre lieu, une autre ville, moins hostile. Mais tel n'était pas le cas, tout ce qu'elle avait, tout ce à quoi elle avait droit, c'était Edor Adeï, alors elle s'en contentait. Oui, c'était Edor Adeï faute de mieux.

- Ce que je pense de ce qu'Argrim a dit ? Je n'en sais trop rien. J'ai perdu toute confiance en les Ilédors. Comment pourraient-ils accepter d'être gouverné par l'un des nôtres ? Je ne crois pas qu'Arngrim puisse un jour accéder au trône d'Edor, et pourtant, j'ai envie d'y croire. Envie de croire que ce monde peut changer comme nous avons dû changer, mais quelque part, je n'ai guère d'espoir. Cependant, le retour de ceux que nous avons laissé derrière la Gérax m'emplit d'une joie sans nom. Certains de d'entre eux sont de ma famille, et je n'ai qu'une hâte, les retrouver !

Laetia, forcée d'entrer dans l'armée ? Mais à quoi ils pensaient, ces Ilédors ? Encore quelque chose qui amenait Liiken à songer qu'ils auraient mieux fait d'atterrir n'importe où plutôt qu'ici. Laetia était une jeune fille qui était à mille lieue d'être capable de rentrer dans une armée sanguinaire. La vision de Liiken était tronquée par ses préjugés, cependant, elle n'avait pas totalement tort, Laetia n'avait rien à faire dans l'armée. C'était une jeune fille fragile et délicate, qui n'avait aucune conception de la violence, comme tout Olaril qui se respecte. Ces Ilédors n'avaient donc aucun cœur, aucune compassion pour les Olarils qui avaient déjà traversé tant d'épreuves. S'investir dans la Révolution, c'était une envie de Liiken, mais tout comme Laetia, elle ne savait comment il fallait s'y prendre.

- Je ne sais pas Laetia, comment on peut se rendre utile à la Révolution. J'aimerais pouvoir t'apporter des solutions, mais je n'en n'ai guère. Les temps sont dangereux. S'afficher comme Révolutionnaire, c'est risquer l'emprisonnement ou pire encore. Disons que je soutiens le mouvement, que je souhaitent qu'ils remportent cette bataille, mais pour le moment, je ne peux pas les aider.

Alors qu'elle parlait, des pleurs se firent entendre dans la pièce d'à côté. Les jumeaux réclamaient leur mère et Liiken était incapable de résister à leur appel.

- Tu m'excuse deux minutes ? J'ai deux petits anges qui ont besoin de moi !

Les deux petits bout'chous étaient rouge de colère dans leur berceau, réclamant un repas qui tardait à venir. Liiken, gagnée par l'expérience, en prit un dans chaque bras et rejoignit Laetia. Nourrir ses enfants devant elle ne la gênait pas, c'était une amie, et qu'y avait-il de plus naturel que de nourrir ses enfants au sein ? Le faire pour les deux en même temps, c'était plutôt difficile, mais avec un petit peu d'aide, Liiken y parvenait. Elle demanda donc à Laetia de prendre Ciaran quelques minutes, le temps qu'elle s'installe avec Aelean. Tendant le petit vers son amie avec un sourire, elle lui demanda :

- Tu peux le prendre quelques instants ? Ne t'inquiète pas, il ne va pas te mordre... Je te présente Ciaran.

L'enfant, mécontant de quitter les bras de sa mère alors qu'il avait toujours faim se remit à pleurer. Laetia semblait légèrement désemparée, mais Liiken la rassura.

- Ne t'inquiète pas, il crie fort uniquement parce qu'il est jaloux de son frère. Dans quelques petites minutes, tu pourras me le donner et il ne bronchera plus une fois que son estomac sera satisfait.

Il ne lui fallu en effet que quelques minutes pour installer Aelean et elle put récupérer l'autre garnement. Elle regardait ses petits bout'chous avec une tendresse toute maternelle. Elle adorait ses fils plus que tout au monde, ils étaient tout à ses yeux, et elle ferait tout pour les protéger.

- Pour eux, Laetia, pour les protéger, je serais capable de tout ! Je ne laisserai plus jamais rien leur arriver, je me le suis promis. Plus jamais rien, et tout Ilédor qui voudra les toucher devra montrer patte blanche avant !


Dans son regard, on pouvait lire une détermination sans faille. Plus jamais elle ne laisserait le malheur s'abattre sur sa famille.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Il ne faut jamais couper les ponts   

Revenir en haut Aller en bas
 
Il ne faut jamais couper les ponts
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» HOPKINS, ABEL ? Il ne faut jamais sous estimer le caractère prévisible de la bêtise humaine.
» Il ne faut jamais dire adieu, cela porte malheur.
» Il ne faut jamais perdre espoir, rien n'est impossible. [PV MAYA]
» SCC ; Ne jamais sous estimer son adversaire |pv. Cha & Norim
» Il ne faut jamais prendre le métro [Terminer]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Tables d'Olaria :: Introduction à Olaria :: ♦ Les chemins de la vérité :: ♦ Quinze ans plus tôt :: Ville basse :: Les Quartiers Commerçants :: Les Fières Masures-
Sauter vers: