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 Que t'ont-t-ils fait au théâtre?

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Lambda
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MessageSujet: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Lun 15 Nov - 6:55


- Enlil Arcarian -
    Enlil était en train de ronfler comme un loir alors que le domestique appuya légèrement sur son épaule.

    « Maître… votre fille vous demande. »

    Enlil cligna des yeux un peu bêtement, essaya de sortir du brouillard du sommeil…

    « Quelle heure est-il ? »
    « Une heure avant le milieu de la nuit monsieur. »
    « Pourquoi est ce que Charis veut nous voir ? »
    « Rendors toi ma chérie. »

    Il ne pensait pas que Skadi ferait ainsi, mais au moins il éludait la question. Après tout, lui aussi se demandait ce qui poussait Charis à réclamer la présence de ses parents à une heure aussi tardive. Elle avait prévenu que le théâtre la prendrait jusqu’à assez tard ce soir ci, tout au plus avait on laissé une assiette de soupe dans la cuisine, mais pourquoi retarder son coucher pour voir son père ?

    « Quant est elle rentrée ? »
    « Il y a un quart d’heure tout au plus monsieur. »
    « Hm. J’arrive »

    Il se tira de son lit. En simple robe de nuit, Enlil ressemblait vraiment à un grand père pantouflard, avec ses grands yeux encore un peu hagards de sommeils et sa barbe touffue et longue dérangée par la nuit. Il se dirigea vers une patère et décrocha une robe de chambre en laine violette, vieille et trouée, mais elle était encore chaude. Il fit signe au domestique. Skadi commençait à mettre des chaussettes en maugréant. En passant, Enlil posa délicatement sa main sur l’épaule de son épouse, sans l’apaiser. La plupart de la maison était en sommeil, au moins deux des trois couples de domestiques s’étaient enfermés dans leur chambre, devant lesquels Enlil passa, guidé par la chandelle de Laemar. A petits pas précautionneux, il s’appliquait à bien suivre son guide, mais surtout à comprendre pourquoi Charis faisait cela. Il savait pertinemment qu’il ne pourrait pas répondre avant de l’avoir vu, mais son esprit ne pouvait se contenter de ca.

    Avait elle rencontré des voyous en chemin qui l’avaient un peu chamboulé ? Ou bien un homme qui aurait touché son cœur si profondément qu’elle avait besoin de le partager tout de suite ? Raconter sa soirée au théâtre, ca devait être une pièce magnifique ? Serait-elle heureuse ou triste ? Dans quel état la verrait-elle ? Il se retint de poser la question, ca ferait beaucoup trop de bruit dans ce couloir… Laemar finit enfin par désigner la porte de la pièce où était Charis, et il remit le chandelier entre les mains de son maître, avant de partir chercher l’épouse du maître. Enlil ouvrit la porte trop brusquement, la flamme de la chandelle fut soufflée par l’appel d’air.

    Charis regardait tristement le sol, le visage sale, portant encore des traces de maquillages effacées à la va-vite, et des vêtements infâmes, achetés dans une friperie des bas quartiers. Il eut un hoquet en découvrant ainsi sa fille. Non pas à cause des vêtements, elle aurait pu avoir un accoutrement de bouffon le résultat aurait été le même, mais à cause de la mine déconfite que tirait Charis. Il crut même voir un bleu à la lumière du foyer. Il déposa en vitesse le chandelier sur la première table qu’il trouva et se précipita au chevet de sa fille.

    « Oh mon poussin, mais que t’ont-ils fait au théâtre ? »

    Il s’assit vivement à côté d’elle, prit ses deux joues entre ses mains et examina son visage : il y avait bien des bleus et des petites coupures qui marquaient ses pommettes et le reste de la face. Et de grandes larmes dans les yeux qui ne demandaient qu’à couler.

    « Mon poussin. »

    Lui-même aux larmes, il serra bien fort Charis contre sa poitrine, les cheveux de sa fille contre les poils de sa barbe.

    ***
    Skadi cherchait en vain un châle assez chaud pour qu’elle cesse de trembler ainsi au sortir du lit. Avec l’âge, elle supportait de moins en moins bien les courants d’air, qui semblaient avoir le pouvoir de la geler jusqu’aux os. Dès qu’elle trouva le châle qui lui convenait, elle ajusta sa coiffe, et prit la chandelle de la table de nuit. Laemar réapparut à ce moment là, mais d’un geste elle le remercia et lui dit qu’elle se débrouillerait seule. Une femme qui laisse tout faire aux autres n’est pas digne de ce nom.

    Son époux devait déjà être auprès de sa fille, et contrairement à lui, elle ne s’inquiétait pas plus que nécessaire de pourquoi une requête aussi saugrenue. En revanche, elle était sûre d’une chose : son cher et tendre devait très certainement s’être précipité vers elle alors que leur fille avait peut être besoin de quelque chose de chaud dans le ventre après avoir affronté des températures aussi fraîches dehors. C’est pourquoi elle dirigea ses pas vers la cuisine et non vers le salon. A Enlil le soutien moral et la consolation, à Skadi le soutien matériel et le réconfort. Combien de fois cette combinaison n’avait elle pas fortifiée Charis quand elle était petite…

    Quand elle était petite… Charis était une grande fille maintenant, bientôt une femme. Non : déjà une femme. Au fond d’elle Skadi Arcarian ne s’y était pas fait. Même son époux semblait plus ouvert en la matière, lui qui était si enclin à materner sa fille…

    La cuisine était nette et bien rangée, il n’y avait plus qu’un feu agonisant sous la petite casserole de soupe. Elle goûta rapidement. Ce n’était pas comme ca qu’elle réchaufferait sa petite, elle rajouta du bois sous le feu.



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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Mer 29 Déc - 20:40

    Quand la silhouette d'Elandor eut disparu au coin de la rue, Éléni serra férocement les dents et se frotta le visage avec ses maigres forces. Pourquoi chaque geste était-il une douleur sans nom ? Pourquoi sa tête ne cessait-elle pas de l'abasourdir ? Se servant de son vêtement pour effacer les traces et les preuves de son aventure, jusqu'à retrouver les traits de Charis Arcarian, elle frappa misérablement à la porte des domestiques. Il y eut un peu de bruit, puis la porte s'ouvrit. Il fallut plusieurs secondes à la femme qui lui ouvrit pour reconnaître en la pouilleuse qui lui faisait face la digne fille d'Enlil Arcarian.

    - Par Therdone, mademoiselle Charis, c'est bien vous ?
    - Oui. Tu m'aides à... rentrer, s'il te plaît, Mara ?


    Elle n'avait pas la force de faire plus. La servante courut soutenir sa jeune maîtresse, pestant contre les agresseurs et les malfrats des rues. Oser s'attaquer à une jeune fille aussi charmante et gentille que la fille des Arcarian ! Le guet en entendrait parler, c'était certain ! Mara donna des ordres brefs une fois Charis en sécurité à l'intérieur de la maison. Qu'on apporte des couvertures, qu'on aille chercher de quoi la débarbouiller, du linge propre, de la myrrhe, de quoi manger... Quand Charis demanda à ce que l'on appelle ses parents, Mara leva un sourcil sceptique, répondit que ce n'était pas une très bonne idée, puis envoya Laemar chercher le maître de maison devant l'insistance de la jeune femme. Charis était quelque peu désorientée. Elle n'aurait jamais pensé susciter l'inquiétude parmi le personnel de sa demeure. D'un ton qui était presque suppliant, elle demanda à Mara de veiller à ce que personne ne les dérange le temps de sa conversation. Non, elle n'en démordrait pas : c'était de la plus haute importance. Et avec un pauvre sourire, elle ajouta à la question muette de Mara qu'on ne l'avait pas violentée. Soudain, son cœur fut chaud. Elle était dans son foyer, chez elle.

    L'instant d'après, son père apparaissait. Voir la silhouette tant aimée de son père émut Charis au-delà des mots. Il était là, il serait toujours là. Et elle lui avait menti sciemment pendant des années. La culpabilité étreignit l'âme de la petite polymorphe. Mais il comprendrait, du moins elle l'espérait de tout son cœur, il comprendrait parce qu'il plaçait aussi les idées au-dessus de tout. Elle voulait encore attendre l'arrivée de sa mère, mais le barrage céda une première fois quand Enlil la prit dans ses bras en l'appelant tout bas. Se jetant sans honte dans les bras consolateurs que lui ouvrait son père, Charis s'écria :

    - Papa !

    Elle le serra longuement contre elle, incapable de faire plus, tellement diminuée physiquement qu'elle n'avait même plus la force de pleurer. Sa tête menaçait d'exploser à tout moment. La fièvre ne semblait pas vouloir la laisser en paix, pas même le temps de clarifier sa situation. Ses yeux brillants donnaient à son expression une allure une peu folle. Sans quitter la protection paternelle, Charis commença :

    - Papa, j'ai quelque chose de très important à te dire. À toi et à maman, je dois vous avouer quelque chose.

    Voilà, maintenant, elle ne pouvait plus reculer. Elle avait commencé sa terrible confession. Charis ne transpirait plus à cause de la fièvre, mais à cause de l'appréhension. Aurait-elle été moins malade qu'elle aurait sans doute reculé. Mais peut-être qu'elle aurait été jusqu'au bout quoi qu'il lui en coûte. Tout simplement parce qu'elle grandissait. Et qu'elle assumait ce qu'elle était devenue, même si elle devinait que ce serait difficile.

    - Tu risques d'être très surpris, cher papa. C'est que... je ne reviens pas de l'Amphithéâtre. Je reviens de la pire expérience que j'aie jamais vécue.

    Charis se détacha lentement de son père. Elle lui fit face, affalée sans grâce dans le fauteuil. Elle voulait avoir le courage de le regarder droit dans les yeux pour lui annoncer le plus dur.
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Sam 8 Jan - 14:54


- Enlil Arcarian -
Enlil ne sut ni quoi dire, ni quoi faire, et ne savait pas à quoi s'attendre. Lorsqu'elle lui avait dit qu'elle avait quelque chose à lui avouer, il pensait presque à un chagrin d'amour, avec un homme inavouable. La pauvre petite devait avoir sous-estimé l'ouverture d'esprit de son père. Mais c'était plus grave, beaucoup plus grave. Enlil qui était du genre à refuser ce qui faisait mal jusqu'à la limite du possible, commençait doucement à accepter de voir venir quelque chose qui promettait de faire trembler la maison...

Et curieusement, il n'était pas d'accord pour le savoir. Si c'était pour cela que sa fille s'était fait battre, ce n'était pas bon signe, et moins il en saurait mieux ce serait. Il était près à mettre de côté sa curiosité pour sauvegarder la paix familiale, et à ignorer les zones d'ombres qui tout d'un coup étaient visibles chez sa fille adorée. Mais la position n'était pas facilement défendable: ignorer et faire comme avant n'était pas possible maintenant qu'on savait qu'il y avait un secret, que sa fille n'était pas que Ombre dans un théâtre.

Que Charis mentait depuis un temps indéterminé sur ses activités au théâtre.

Skadi ne verrait pas les choses sous le même angle que lui, mais pour Enlil, la vérité pouvait être sacrifiée au profit de la paix. Car sans la paix, pas de possibilités de bien. Il s'agenouilla à côté de l'accoudoir du fauteuil de sa Charis malgré les protestations de ses genoux, et caressa de ses doigts légèrement abîmés la joue de son poussin:

« Chut mon poussin, chut... on va peut être attendre que tu te sois remise d'accord? »

Il essayait d'exprimer son refus d'entendre la vérité par le regard, mais serait ce suffisant?

« Tu n'es pas obligée de tout nous dire tout de suite... »
« Nous dire quoi?... »

Skadi posa le bol de soupe muni de sa cuillère entre les mains de Charis, et força sa fille à le prendre. Elle n'était pas en état de savoir ce qui était bon pour elle, alors qu'elle ne fasse pas sa chipie. Elle dégagea un peu sa robe de chambre et répéta:

« Nous dire quoi, Enlil? »

Devant le silence obstiné de son époux elle dit à sa fille:

« Charis? »

Si Skadi avait horreur d'une seule chose ce serait bien qu'on lui cache des choses dans sa propre maison. Son époux avait beau dire que toutes les vérités ne sont pas bonne à dire, on ne peut pas vivre dans une maison saine s'il y a des cachotteries et des complots sous son toit.


« Mon amour, peut être faudrait elle la laisser se reposer elle... »
« Enlil, elle est suffisamment grande pour qu'on ne lui dise plus d'aller au lit. »

Elle se radoucit et demanda beaucoup plus gentiment:

« Ma chérie, que voulais tu nous dire de si important? »
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Jeu 24 Fév - 15:00

    Elle y était. Le moment tant redouté auquel Éléni avait toujours refusé de penser. Le moment de vérité d'une jeune fille prête à devenir plus responsable. Charis Arcarian affrontait ses démons, et la situation était loin d'être l'héroïque instant qu'elle avait toujours imaginé. Elle se sentait seulement terriblement mal. Reprenant son souffle, tentant d'oublier la douleur qu'elle ressentait à tellement d'endroits que partout semblait le bon terme, Charis prit la main de son père dans sa main gauche et celle de sa mère dans sa main droite. C'était empreint d'un symbolisme tout à fait inutile, mais elle voulait ce geste entre eux. Ils n'étaient que trois, mais ils étaient la famille Arcarian au complet. Un rictus découvrit les dents blanches de la jeune fille. Ses lèvres étaient entièrement desséchées, et ce n'était pas la seule raison de l'incroyable difficulté de Charis à parler. Par où commencer ? Comment expliquer en deux mots l'extraordinaire complexité de son Jeu ? Aux mots de sa mère, elle répondit :

    - Il faut que je vous le dise maintenant. Connaissez-vous Éléni ?

    Elle ne s'était jamais posé la question. Ses parents connaissaient-ils un peu le monde de l'ombre ? Elle se sentit stupide en réalisant qu'elle serait fière que sa réputation ait atteint jusqu'au couple tranquille formé par ses parents. Charis décida de continuer sans attendre la réponse. Ses parents réaliseraient-ils un jour à quel point ils étaient ceux qui avaient tout déclenché, en lui offrant, voilà maintenant des années, ce nécessaire à maquillage ? Ses pensées se voulaient claires, mais elles étaient trop embrouillées par la fièvre et la fatigue.

    - Éléni est la meilleure informatrice d'Edor Adeï. Son réseau est le plus efficace de la capitale, et rien ne lui échappe. Elle a un don inné pour changer d'apparence à volonté. Il suffit de lui désigner quelqu'un, et elle peut copier à la perfection son physique, sa voix, ses gestes, son naturel et son caractère.

    Elle ne se vantait pas. Elle leur disait ce qu'elle aurait dû leur avouer depuis des années. Elle n'était pas Éléni, menteuse accomplie, elle était Charis, criante de sincérité et de vérité. Elle n'avait pas osé regarder ses parents, laissant son regard errer sur leurs mains jointes. Enfin, elle lâcha leurs mains et les regarda dans les yeux, tous les deux, osant à peine déchiffrer leurs expressions. Mais elle n'était pas lâche, et elle ne fuyait pas leur verdict. Elle ajouta, réfrénait à peine un spasme de douleur :

    - Éléni a toujours protégé les siens, parce que personne ne connaît sa véritable identité. Son mystère demeure entier, mais il est maintenant entre les mains de deux personnes.

    Il y avait encore mille choses à dire, mille détails à expliquer. Éléni se voulait Révolutionnaire, mais elle avait juré allégeance à la Dissidence. Elle marchait dans les pas de son père : elle avait accompli ce qu'il n'avait pas fait. Sa génération avait dépassé la génération précédente. Il y avait Elandor Arlanii, aussi, mais ce secret-là, elle n'avait pas le droit de le confier, parce qu'il ne lui appartenait pas. Elle connaissait beaucoup de personnes qui ignoraient tout de son identité. Elle n'avait pas d'amis véritables à cause de cela. Mais elle vivait selon son cœur.

    Tout se compliquait dans son esprit. Cette activité seule n'avait rien de répréhensible. Rien qui ne puisse la mener dans un état aussi déplorable que celui dans lequel elle était revenue. Pourquoi ne parvenait-elle pas à s'expliquer correctement devant ses parents ? Les mots étaient tellement durs à exprimer. C'en était presque rageant, parce qu'Éléni les maîtrisait à la perfection. Elle devait aller plus loin, parce qu'elle n'aurait plus jamais la force d'affronter ainsi ceux qui comptaient le plus pour elle.

    - Éléni est aussi... engagée. Elle ne veut pas devenir Gardan, loin de là... mais elle lutte pour un monde meilleur, dans lequel corruption et tyrannie n'auront pas leur place. Alors elle soutient la Révolution et la Dissidence.

    Deux grands mots qui étaient presque tabous. Qu'Éléni répugnait à utiliser. Mais voilà, Charis voulait se dépouiller de tout mystère. Même si ses mots étaient maladroits, même s'ils lui faisaient risquer le pire, même s'ils pouvaient tout changer... il fallait qu'elle les dise.

    Tout le corps de Charis était tendu à l'extrême, crispé dans l'attente de la réponse parentale. Ils lui avaient toujours fait confiance. Alors elle leur rendait la pareille, en leur confiant sa vie, cette vie qu'ils lui avaient donnée.
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Lun 7 Mar - 15:31


- Enlil Arcarian -
Enlil Archarian lâcha la main de sa fille et prit de la distance, lui tournant même le dos. On ne vit rien de plus de lui que ce dos obstinément tourné, et peut être les épaules qui tremblaient un peu. On ne put pas lire ses premières réactions à ce que venait de dire « sa fille ». Il y eut un silence oppressant, lourd, que personne ne souhaitait voir durer, mais que personne ne savait comment rompre. Puis Enlil Archarian se retourna, et d'une voix qu'il aurait voulu mieux maîtriser, il dit:

« Connais tu Charis? »

Il avala sa glotte et reprit:

« Charis est ma fille, une fille honnête, gentille, effacée, travailleuse, MA fille. Elle est mon seul enfant, celui que j'ai aimé de tout mon amour de père sans partage. Elle a appris ce que je pouvais lui enseigner, elle s'est nourri de mes rêves. Elle a grandi, s'est épanouie à la lumière de mes projets, et j'ai de fortes raisons de penser qu'elle les a fait siens. Je l'ai éduqué de façon à ce qu'elle soit une personne droite qui marche dans la lumière »

Il s'essuya les yeux d'un revers de manche et dit à sa femme:

« Je vais me chercher un remontant dans la cuisine, je reviens bientôt. »

Puis à Charis, ou Eleni, allez savoir à qui il parle maintenant:

« Eleni, pourrais tu me dire où est Charis? »

Skadi vit partir son mari sans dire un mot, et s'était d'ailleurs bien retenue jusqu'ici: elle connaissait son mari, et savait que ce genre de révélation était une blessure terrible pour lui, plus encore que pour elle, car c'était une désillusion cruelle que d'apprendre l'existence d'Eleni. Enlil était plus fragile que d'autres face aux désillusions. Si jamais elle avait ouvert la bouche avant lui, son cher mari n'aurait rien dit, et aurait enterré sa peine, en espérant qu'elle meurt, mais elle n'aurait fait que pourrir.

« Pardonne à ton père, tu sais à quel point il aime son poussin. »

Skadi Archarian fit un geste dont elle n'avait pas l'habitude: elle étendit mieux la couverture autour des épaules de sa fille, puis, après un instant d'hésitation, elle passa le bras autour de l'épaule de Charis. D'habitude, c'était le privilège d'Enlil, mais Charis n'avait virtuellement plus de père pour le faire.

« Enlil est incapable de voir les gens comme ils sont, il les voit comme il voudrait qu'ils soient. Sa vie est une longue histoire de désillusions, de rappel à la réalité, de retour plus ou moins abrupts sur terre, et plus c'est intime, plus c'est dur. Il n'est pas affecté par la fourberie d'un rival qu'il pensait au dessus de tout ca, mais il risque d'être excessivement blessé par ta duplicité. »

C'était un mot affreux, mais Skadi Archarian n'était pas le genre de mère à préférer dorloter son enfant plutôt que lui dire la vérité. Charis leur avait bel et bien menti durant des années, elle avait une identité à part, une vie à part. Pour des raisons qui étaient encore floues, elle avait dupé, trompé, méprisé ses parents, avait monté des stratagèmes pour les éviter comme s'ils étaient son ennemi. Il y avait eu deux filles sous ce toit. C'était ca la duplicité.

« Maintenant, Charis, dis moi, dis moi pourquoi tu as fait ca, mais nom de Therdone qu'est ce qui t'a pris? Pourquoi nous avoir trompé, au nom de quoi? »

C'était un ton terrible que commencait à prendre la mère de Charis, un ton qu'elle seule était capable d'employer. Enlil ne serait pas là pour la modérer cette fois ci, il avait été trop blessé pour cela.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Jeu 10 Mar - 18:48

    La réponse de son père la blessa au plus profond d’elle-même. Il l’avait prise au pied de la lettre. Mais malgré tout ce qu’elle venait de dire, Charis Arcarian, c’était elle ! Éléni faisait partie de Charis, pas l’inverse ! Elle était toujours leur fille aimante, elle avait seulement une... particularité qui était nouvelle pour eux ! Et pourtant, elle avait toujours su, comme un pressentiment trop puissant pour être ignoré, que son père ne sauterait pas de joie à l’annonce de l’existence d’Éléni. Elle s’était attendue à beaucoup de choses, mais pas à ce qu’il prenne la fuite. Elle comprit alors qu’elle l’avait blessé autant qu’il venait de la blesser. Les membres engourdis par la douleur, Charis ne parvint pas à esquisser le geste qui l’aurait peut-être retenu.

    Ce furent les mots de sa mère qui calmèrent son agitation. Puis, au geste maternel de Skadi, Charis se jeta dans ses bras, profitant sans honte de ce foyer chaleureux, de cet endroit rassurant où se blottir. Et pourtant, elle ne fut pas plus épargnée. Sans la lâcher, sa mère lui dit ses quatre vérités avec une clairvoyance qui atteignit tout autant Charis. Lentement, elle lâcha sa mère et se recula dans son dossier. Elle avait une chance de se défendre, elle n’était pas d’office condamnée. Alors, puisant dans ses dernières ressources, priant pour que son corps ne la lâche pas avant la fin, Charis s’écria fièrement, alors même que son père revenait dans la pièce, affirmant haut et fort ce en quoi elle croyait :

    - Charis est sous vos yeux. Papa, maman, vous n’avez qu’une seule fille, et elle est là ! Vous n’êtes pas toujours joyeux, parfois vous êtes tristes, ou angoissés, ou... peu importe ! Moi, parfois, je suis Éléni. Justement, papa, ta fille s’est nourrie de tes rêves. Et elle a osé accomplir ce que tu n’as jamais fait ! Tu vas m’en vouloir pour avoir osé vouloir faire de mes rêves une réalité ? Pour avoir refusé de courir derrières des chimères ? Tu oublies que nous avons voyagé ensemble ? Moi aussi j’ai vu ces hommes et ces femmes mourir dans la misère ! Je me souviens aussi de ces moins que rien humiliés et exploités par les Conseillers. Et sous prétexte que je suis bien née, je ne devrais pas tout mettre en oeuvre pour faire cesser ce scandaleux état de fait ?

    Les yeux de Charis brillaient de fièvre, ou de la même lueur qui habitait le regard d’Enlil, plus moyen de le savoir. Plus moyen de distinguer la différence. L’enfant avait grandi, et jamais, tant ses manières et ses pensées reflétaient le couple, il n’aurait été possible de renier ses origines. Elle se tourna vers sa mère :

    - Tu demandes pourquoi ? Parce qu’au début c’était un simple jeu, pas encore une question aussi importante. Je m’amusais seulement avec ce nécessaire de maquillage que vous m’aviez offert. C’était impossible de tout expérimenter à l’Amphithéâtre, alors j’essayais ici, pour m’entraîner. Puis, j’ai petit à petit réalisé mes propres possibilités. Et par Jeu, je me suis aventurée dans la rue. Et là, j’ai appris beaucoup de secrets.

    Charis leur livrait tout, sans détour. Elle aurait été incapable de mentir, de leur mentir. Elle voulait aller jusqu’au bout, afin de se débarrasser de ce fardeau qu’elle avait trop longtemps porté. Elle continua :

    - Vous ne m’auriez jamais laissé continuer. Vous m’auriez protégée. Et j’aurais mené une existence dorée et inutile, loin des dangers, certes, mais loin du sens que je voudrais lui donner.

    Elle repensa aux paroles de sa mère, qui avait mêlé Therdone à ses propos. Justement, c’était l’occasion de leur dire, malgré cette peur toujours plus forte qu’ils la rejettent :

    - La Volonté est forte dans notre famille. La duplicité, comme vous le dites, a été plus loin et plus vite que prévu. Je ne vous ai jamais menti de front, parce que j’en suis incapable, seulement par omission. Et aujourd’hui, ma Volonté est de tout vous dire, et de vous demander pardon pour la peine que je vous fais.

    Charis ne termina pas son idée. Elle voulait d’abord entendre la réponse de ses parents, mais au plus profond d’elle-même, elle savait déjà que, quoi qu’il arrive et que, même si elle devait en souffrir, elle n’abandonnerait pas. Et en cela, sa Volonté était la digne descendante d’Enlil et Skadi Arcarian.
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Lun 21 Mar - 16:08


- Enlil Arcarian -
Enlil Arcarian avait déjà donné son pardon et rouvert son amour à la seconde même où Charis demandait pardon, mais il n'osa pas le dire tout de suite, car il y avait une chose dans la vision de Charis qui le gênait, Eleni était bâtie sur une erreur.

« Mais au nom de quoi Charis prétends tu que je n'ai jamais rien fait? Que crois tu? Que ton père était trop timoré, trop faible, pas assez volontaire pour faire quoi que ce soit pour changer ce que je voyais? Tu penses toi aussi que j'étais un rêveur philosophe qui par définition... »
« Enlil! C'est ta fille, pas un des sceptiques habituels. »

Coupé net dans son élan par sa femme, le patriarche Arcarian ravala son discours avec bruit, il dut même reprendre son souffle. Il avait été effectivement sur le point de déverser sur sa fille son indignation habituelle quand il était confronté à un de ces hommes cyniques et sceptiques, profondément négatifs, dont l'essence même était morte, sans joie et sans vie, et encore moins de passions. Charis ne serait jamais comme ceci. Ne pourrait jamais l'être quand bien même elle le voudrait.

« Je... Tu... Skadi, expliques lui pourquoi je n'ai jamais « agi » comme la plupart du Monde le conçoit. »
« Tu sais qu'au bout de vingt deux ans de mariage je ne sais toujours pas moi même? »

Malgré l'heure tardive, la mère Arcarian avait encore la forme. Enlil, obligé de s'expliquer lui même malgré les émotions qui lui déformaient le jugement et incendiaient son langage, essaya de résumer sa pensée en mots, qui par définition sont trop petits pour exprimer la pensée.

« Beltxior Olarii a agi contre l'Injustice, du moins il le prétend, et on va le croire le temps de t'expliquer. Il s'est engagé sur des sentiers sauvages, que personne n'avait exploré avant, il a rejeté en bloc toute réforme et changements pacifiques. Il a tracé sa route dans le sang et le chaos, cette guerre civile a déjà fait des milliers de morts, et il faut encore en rajouter une ou deux centaines dans chaque camp pour les exécutions sommaires des « traîtres ». Quant au combat contre l'Injustice, dis moi donc ce que les miséreux ont pu gagner lorsque la tête de l'Oncle de notre Gardan Edorta a volé? Dis moi ce que le sang du Laetarii ou de n'importe lequel des soldats conservateur ou révolutionnaire a changé pour la veuve de Fang ou l'orphelin d'Hurg Aari? »

Il s'essuya le front de sa manche, et se rendit compte que le remontant qu'il avait pris à la cuisine lui faisait plus d'effet que d'habitude: il aurait dû manger en plus. Cela ne l'empêcha pas de continuer, mais les idées sortaient plus vite qu'il ne les contrôlaient.

« A tes yeux, je ne fais que poursuivre des chimères? Je suis un philosophe de salon, à beaucoup parler pour ne rien faire, et surtout rien apporter d'utile? Tout ce que je dis ne semble donc être que de pures divagations théoriques? Voici la vérité: j'espère qu'un jour un réformateur suffisamment volontaire fera attention à ce que j'ai dit, et que lorsqu'il voudra engager ses réformes, il trouve un soutien puissant dans mon travail: l'analyse des problèmes aura déjà été effectuée, les solutions déjà proposées, il ne lui restera plus que le difficile combat de les faire accepter. »

Il se tira la barbe pour trouver le courage de dire la suite.

« Charis, penses tu donc que les Révolutionnaires agissent de la bonne façon? Qu'il ne peut y avoir que l'action et l'engagement dans son sens le plus violent? Es tu sûre de ta voie? »

Le pire, c'est que la question était ouverte: Charis répondrait oui, Enlil se tairait et accepterait. Il y avait déjà un Enlil Arcarian sur ce continent, et à vrai dire, il espérait que sa fille ne souffre pas autant que lui avait souffert de se faire traiter « d'intellectuel » avec mépris. Le Rêve, dans son sens le plus noble, était une vocation terriblement exigeante. Que Charis ne l'embrasse pas était tout à fait compréhensible, même si son souhait de voire cette vocation transmise se trouvait frustré.

A Charis de comprendre qu'elle pouvait choisir librement.

« Enlil... »

Le patriarche Arcarian regarda son épouse avec des yeux humides.

« Je n'ai rien compris. »
« C'est pour ca que je t'ai épousé mon amour. »

On assista à un bref moment de tendresse entre les deux époux, tous deux souriants.

« Cela dit... tu restes ma fille. Mon poussin. Charis. Je ne peux que te pardonner, je suis ton père après tout. »
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Sam 26 Mar - 14:27

Charis n'avait jamais vu son père comme un faible. Au contraire, Enlil était son modèle. Il était l'homme auquel elle vouait une admiration de petite fille. Elle voulait qu'il soit fier d'elle, et si elle avait tout commencé, c'était pour que les mots « c'est ma fille » soient remplis d'orgueil. Elle voulait devenir une personne aussi respectable et droite qu'Enlil. En se confrontant à son projet d'origine, Charis réalisa pour la première fois de sa vie qu'elle n'était pas honnête comme son père : au contraire, son quotidien était pétri de mensonges. Et qu'elle était encore moins respectable, vu le nombre d'affaires peu recommandables dans lesquelles elle avait trempé. Sans y avoir été préparée, elle mesura le fossé qui existait entre l'idée de départ et ce qu'elle était devenue. L'émotion la rattrapa. Accentué par la fièvre, le choc fit écarquiller les yeux à Charis. Elle déglutit, puis une larme, une seule, coula le long de sa joue droite. C'était irrémédiable. En cela, elle n'avait pas suivi les enseignements de son père. D'une voix étranglée, elle murmura :

- Je... n'ai jamais cru que tu étais faible, papa. Ta Volonté est grande, elle nous a même hissés dans la Noblesse. Mais... tu n'as pas agi. Tu es un puissant visionnaire, mais tu ne poses pas d'actes forts.

Et tu es l'homme le plus noble que je connaisse. L'admiration de Charis était presque palpable. L'horreur d'avoir pu autant dévier du modèle qu'il lui avait offert fit trembler Charis. Se sentant soudainement comme une moins-que-rien, elle chuchota :

- Je voulais que tu sois fier de moi.

Elle baissa la tête. Elle avait menti, trahi, volé, et fait tuer. En un instant, elle comprit qu'elle ne serait jamais aussi digne et honorable qu'Enlil et Skadi Arcarian. Elle en aurait hurlé de rage et de frustration. Et cette douleur, dans tout son corps... Le discours de son père lui parut soudainement plein de sens, et elle ressentit au plus profond d'elle-même l'incompréhension de ce dernier. Et soudain, comme si cet échec dont elle venait de prendre conscience était la pire chose qui lui soit arrivée, pire même que son expérience dans les cachots, Charis se mit à pleurer. Ce n'était pas une peine d'enfant, consolable en quelques mots. C'était la blessure cachée d'une jeune femme tout juste devenue adulte. Entre deux sanglots, elle ajouta :

- Je sais que j'ai beaucoup perdu en chemin. Je n'ai pas les mêmes qualités que toi, papa. Si je les avais, elles ont disparu avec la naissance d'Éléni.

Pour elle, Éléni avait toujours été le côté gagnant d'elle-même. Éléni était forte, insaisissable, puissante. Et voilà qu'elle était aussi sa plus grande déception. Au moment où Charis se sentait perdre pied, elle fut ramenée à la raison par son alignement. La Révolution et la Dissidence étaient son choix. Qu'espérait-elle, que la lutte contre les Conservateurs seraient une partie de plaisir ? Elle l'avait dit elle-même, mettre toutes ses forces en jeu pour lutter contre l'injustice était la moindre des choses à faire. Une tristesse sans nom s'empara d'elle, et ses larmes cessèrent d'elles-mêmes. Son enfance s'en était définitivement allée. Éléni n'existait plus pour rendre Enlil fier de sa fille, elle existait pour lutter contre les Conseillers. Elle n'était que le reflet de la Volonté de Charis Arcarian, et pas l'inverse. D'une voix plus assurée, elle reprit :

- C'était le prix à payer. Il est lourd, je le sais. J'ai choisi une voie remplie de dangers. Mais je l'ai choisie.

Elle n'était pas devenue folle. Elle ne perdait pas son humanité au profit des mêmes défauts qu'elle avait condamné chez les Conseillers. Elle luttait simplement à armes égales avec eux. Ses yeux, toujours aussi brillants de fièvre, regardèrent Enlil et Skadi avec ce que restait à Charis de fermeté.

- La Révolution est un souffle nouveau qui va balayer les Conservateurs. Tu parles de changements pacifiques. Nous avons bien vu le résultat de ces changements pacifiques. Quand notre Gardan Edorta a voulu les mettre en place, il s'est retrouvé en sang dans le caniveau. S'il avait été écouté, Beltxior Olarii n'en serait pas là. Il n'est pas un homme aux pouvoirs surnaturels, qui peut en un instant tout changer. Et oui, pour le moment son combat n'a pas eu d'influence directe dans les rues d'Edor Adeï, mais son action a déjà changé les provinces. Tout ne peut pas devenir parfait de la veille au lendemain...

Des propos qui ne pouvaient absolument pas être entendus par d'autres oreilles que celles de ses parents. La certitude de lutter pour quelque chose de plus juste que le système en place lui donnait l'audace nécessaire pour oser affirmer ses convictions.

- Et ce réformateur que tu attends, papa, je le connais. C'est l'Al'Faret. Il est l'homme qu'il nous faut. Certes, il est Dissident, mais je pense que lui au pouvoir, combiné à l'idée d'égalité que la Révolution nous apporte, changeront durablement Edor Adeï.

Elle n'avait jamais tenté d'expliquer son double positionnement à qui que ce soit. Mais face à ses parents, elle se devait de formuler ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même. Parce qu'elle ne pouvait pas leur mentir là-dessus. Ils n'en avaient pas conscience, mais elle leur offrait ce qu'elle n'avait jamais dit à personne.

- Je pense qu'il n'y a pas de bonnes façons. Lutter contre le pouvoir en place amène forcément son lot de douleur et de souffrances. Avant l'assassinat de notre Gardan Edorta, il y aurait pu avoir un dialogue. Mais plus maintenant... Tu as vu comment le Guet traite les suspects ? La violence n'est jamais une solution, mais pour le moment, elle est nécessaire. Ou nous mourrons tous écrasés par les Conseillers qui refusent de voir leurs propres défauts. Ils ne veulent pas écouter, alors nous sommes forcés de faire entendre notre voix.

« Tu restes ma fille ». L'amour qu'ils se portaient pouvait surmonter ce qui leur arrivait. Emplie de gratitude, Charis sut à cet instant qu'elle ne serait jamais autant aimée qu'elle l'était par ses parents. Alors même qu'elle leur montrait ses faiblesses et ses failles, ils demeuraient cet appui inébranlable dans sa vie.
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Lambda
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Lun 4 Avr - 15:49


- Enlil Arcarian -
Quel âge avait donc sa petite fille? Était ce bien les pensées d'une jeune fille de dix huit ans? Enlil avait du mal à croire que l'on pouvait entrer ainsi dans l'âge adulte, par l'engagement politique clandestin. Il en avait même oublié que Charis sortait tout juste d'un cachot où elle avait été meurtrie, comme un rite d'initiation d'une bande de voyous. Enlil aurait cru que le passage de Charis à l'âge adulte se serait fait en douceur, ou bien qu'il pourrait maîtriser celui ci. Le Vrai Monde était si cruel, si obtus, Enlil aurait aimé être le premier accompagnateur de son unique enfant. Au lieu de ca, elle avait fait le mur et s'était aventurée seule dans la boue du Dehors, faisant ses premières armes avant même que son père n'ait pu les lui offrir.

Et en arpentant seule les sentiers boueux du monde des adultes, son poussin s'était sali, corrompu, avait emprunté les chemins les plus sombres, les allées les plus délétères, et en était sorti... ainsi. Eleni, un avatar comme une armure pour protéger sa fille. Si sa fille avait eu confiance en lui, Enlil aurait pu lui apprendre à marcher au grand jour, au dessus de la foule, et elle n'aurait jamais eu besoin d'avatar.

Elle pensait qu'en frayant à travers les bourbiers, on atteignait son but plus sûrement qu'en volant. Elle s'était forgée une expérience qui le lui prouvait. Elle souffrait de tous les tourbillons, de toutes les instabilités qui existaient sur Terre, et réagissaient en fonction, comme les millions d'être dont désormais elle ne pouvait plus se détacher.

Enlil Arcarian avait espéré apprendre à sa fille à voler. Désormais, il resterait le seul à voler jusqu'à la fin de sa vie.

C'était une solitude qu'il avait ressenti très tôt, dès qu'il avait pris ses distances avec son père, qui lui avait donné le goût des grandes idées. Où qu'il aille, personne ne souhaitait s'abstraire de la masse, personne ne souhaitait regarder le soleil et nul n'aimait espérer trop en l'avenir. Aucun ne voyait plus loin que soi même, aucun ne voyait plus loin que deux ou trois ans. Enlil était affligé de la malédiction des prophètes: celle d'être habité par une grande vision et de ne trouver aucun écho à celle ci nulle part. Cheminer seul et devoir se cacher pour vivre parmi les gens désespérés, mais ne pas pouvoir les aider. Vouloir partager son feu avec quelqu'un qui se contente de prendre votre manteau. Lorsque le besoin de se marier de fait sentir, ne pouvoir se marier avec une femme qui est seulement non hostile avec vos engagements, alors que vous aimeriez pouvoir rencontrer un brasier équivalent au vôtre.

Sa fille procédait de lui, sa fille avait beaucoup plus de chances que Skadi de pouvoir discuter d'égal à égal avec lui. Le père d'Enlil avait eu la chance de trouver en son fils un terreau favorable pour semer les idées. Enlil l'avait fait pour sa fille, elle avait détourné les idées pour justifier un combat. Un combat ne devait jamais être justifiable, et toute justification s'en trouvait systématiquement souillée par le sang versé. Charis avait quasiment tout compris aux grandes Idées de son père, mais elle n'avait jamais appris comment les utiliser.

Une idée n'a pas besoin d'être appliquée pour exister. Elle peut rester simple souffle jusqu'au jour idéal où elle pourra éclore. Il ne faut surtout jamais presser l'accouchement d'un projet, surtout quand il est grand et complexe. Enlil n'avait jamais demandé à ce que ses idées soient accouchées, que quelqu'un prenne en charge leurs applications.

Plus encore, il préférait que son rêve ne se réalise jamais plutôt que de le voir dénaturé.

Lorsqu'on a passé toute sa vie à faire les plans d'un Palais, que ceux ci sont aussi détaillés et beaux, on n'a pas forcément envie de le voir construit, de peur que celui ne soit pas conforme à ce que l'on souhaitait. Ceci, peu de gens pouvaient le comprendre. Charis ne l'avait pas compris.

Alors quoi? Allait il lui dire tout ceci? A quoi bon? Enlil Arcarian ne se sentait pas le courage de lui expliquer qu'il restait déçu au fond de lui du chemin pris par sa fille, car toute sa vie à présent reposait sur son action, et son action reposait sur le Rêve de son père. Dire qu'elle s'était trompée sur les bases de l'application, c'était à coup sûr faire trembler les certitudes qu'elle avait. Il n'était pas assez méchant pour jouer à cela, et après tout, il s'était toujours plus ou moins sacrifié...

« Je te comprends ma petite. Je ne peux pas te suivre, mais je te comprends... Puisse tu avoir plus de succès dans ta voie que moi dans la mienne. »

Il se tira la barbe encore et encore.

« Continue, si c'est la vie que tu t'es choisie. Je suis ton père, mon rôle est de t'encourager et de t'aimer. Et je t'aime. »

Skadi Arcarian, remarquablement discrète jusqu'ici, en profita pour dire:

« Si cela semble réglé... peut être devrions nous retourner dormir? »

Elle n'était pas que l'assise matérielle d'Enlil, elle était aussi celle qui apportait la simplicité et le bon sens dans la Maison.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que t'ont-t-ils fait au théâtre?   Mer 6 Avr - 13:38

Elle n'aurait jamais espéré une parole aussi libératrice. Sans doute avait-elle toujours cru au fond d'elle-même qu'Enlil Arcarian entrerait dans une grande colère. Or, il avait seulement... compris, et accepté. En quelques mots, son père lui offrait au nom du couple Arcarian la liberté qu'indirectement, elle était venue quémander. Interloquée face à cet homme inébranlable qu'était son père, elle sentit qu'elle n'aurait jamais de plus belle preuve de l'amour paternel. Quelques heures plus tôt, Charis aurait couru se jeter dans ses bras. Malgré les plaintes sourdes de son corps, elle se leva, droite en dépit des mille douleurs qu'elle ressentait, marcha quelques pas en chancelant, jusqu'à se retrouver face au couple qu'elle admirerait jusqu'à son dernier souffle. Quand elle fut face à eux, elle comprit qu'il s'agissait d'un adieu. Pas au sens définitif du terme, mais une page venait d'être tournée. Lentement, pour ne pas chuter au milieu de son geste, respectueusement, Charis s'inclina profondément. C'était sa façon de leur rendre hommage, de sortir des habitudes familiales pour leur montrer à quel point elle leur était reconnaissante.

- Merci. Merci pour tout.

Charis se redressa et avança encore, jusque pouvoir enlacer ses deux parents. Elle avait vu le jour dans leur foyer. S'ils n'avaient pas pris soin d'elle comme ils l'avaient fait, elle ne serait jamais devenue celle qu'elle était. Leurs chemins se séparaient, maintenant. De fait, ils s'étaient séparés depuis quelques temps, mais elle avait enfin trouvé le courage de l'officialiser. Elle savait qu'ils seraient toujours là pour l'appuyer, mais ils la laissaient se lancer seule. Leur étreinte fut longue, comme s'ils portaient ensemble le deuil d'une époque révolue. Comme si elle ressentait le besoin de jeter devant eux les bases de ce futur qu'elle devait encore dessiner, Charis murmura :

- Je ne me ferai pas prendre au piège du pouvoir.

Elle lutterait jusqu'à ce que le compromis lui convienne. Éléni ne serait pas éternelle, Charis l'avait toujours su. Un jour, elle disparaîtrait, et ce serait parce qu'elle aurait atteint son but. Elle irait en paix, et Charis orienterait sa Volonté vers d'autres choses. Il n'y aurait plus le besoin de se cacher. En respirant l'arôme que sa mère utilisait pour se parfumer, Charis termina, étrangement apaisée par cette sensation d'être chez elle, et de savoir qu'on ne pourrait jamais lui enlever ça.

- Vous êtes ce que j'ai de plus cher.

Elle ne voulait même pas qu'ils la suivent, qu'ils s'engagent à ses côtés. C'était... c'était à son tour de les protéger. Ils formaient ce jardin secret qu'elle voulait à tout prix préserver. Elle avait renoncé à beaucoup de choses pour s'engager dans le grand combat qui déchirait Edor Adeï, mais elle ne renoncerait jamais à eux. Eux qui n'avaient même pas demandé à savoir les secrets qu'elle détenait. Eux qui n'avaient même pas cherché à savoir d'où elle leur revenait, et qui panseraient ses blessures.

Trop sollicités, ses muscles finirent par lâcher. Mais son père veillait, comme toujours. Il la soutint, puis la prit dans ses bras. Elle devait être lourde pourtant... mais la fièvre reprenait ses droits. Lentement, les yeux de Charis se fermèrent, parce qu'elle savait qu'elle pouvait se laisser aller, ici et maintenant. Elle était en sécurité, elle n'avait pas besoin d'être sur ses gardes ou d'ériger ses défenses. Maintenant que la pression se relâchait, qu'elle se sentait affranchie de la honte de cacher une telle vérité aux siens, elle n'avait plus l'énergie nécessaire pour repousser davantage les conséquences physiques de son aventure. Et pourtant, elle était sereine, comme il n'aurait pas dû être possible qu'elle le soit après une telle journée. Pacifiée, elle cessa de lutter.

Le temps de reprendre les hostilités viendrait, mais pour l'heure... elle était chez elle.
Au foyer Arcarian.
Elle dormait déjà.
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