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 Ainsi, le Fou peut être sérieux !?

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Le Fou
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MessageSujet: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Dim 10 Oct - 23:03

Le temps était à l’orage en cet énième jour de siège, l’humeur des Ilédors de la cité d’Edor Adeï se faisait de plus en morose et les nuages qui s’amoncelaient n’auguraient rien de bon quant au temps. La tâche du Fou devenait chaque jour un peu plus ardue : comment distraire et faire sourire les siens alors que tout les mets de luxes commençaient à manquer et que même la nourriture de base devenait chaque jour un peu plus chère. Derrière cette inflation galopante, il y avait un marché noir qui florissait, que les nobles étaient les premiers à approvisionner en argent. Si les rumeurs des combats n’arrivaient pas jusqu’au palais, une sensation d’étouffement commençait à gagner les habitants de la cité. Cela faisait plus de deux mois que tout le monde était enfermé dans la cité et l’humeur des uns et des autres devenait de plus en plus bagarreuse.

Cette humeur morose gagnait le Fou. Aujourd’hui était une journée déplaisante, le siège était comme l’orage au dessus, on attendait qu’il éclate, et en attendant, la touffeur qu’il régnait vous rendait fou. C’est le cas de le dire… Errant comme une âme en peine dans les dédales des couloirs du palais qu’il connaissait parfaitement, le Fou s’ennuyait. Sa dernière tentative d’amuser un cuisinier avec une histoire amusante s’était soldée par un cuisant échec, l’homme lui ayant répondu que le moment était mal choisi pour plaisanter sur le manque de nourriture. Le vieux marmiton n’avait pas compris que c’était là toute l’ironie de la blague. Soit… Un imbécile de plus dans cette ville, elle n’est plus à près. Le Fou voulait ennuyer quelqu’un d’autre, mais il ne savait pas qui accepterait de le voir…

N’ayant rien de mieux à faire, il allait voir si par hasard, Ysor ne se trouvait pas dans le Fumoir Rubescent. Le Gardan n’y était pas, mais le Fou fut heureux de constater que Gribus, le scribe du Gardan s’y trouvait. L’homme était terriblement effacé et le Fou, exubérant et bruyant, avait toujours eu du mal à l’approcher, pourtant, d’une certaine manière, il appréciait beaucoup l’homme. Étant tous les deux pris par leurs métiers, ils avaient rarement l’occasion de parler seuls à seuls. Le Fou se dit qu’avoir une conversation avec le scribe serait sans doute bien plus intéressante que de parcourir le palais à la recherche d’un noble à importuner. Son entrée dans la pièce n’avait pas été discrète, pourtant, fidèle à ses habitudes, Gribus n’avait pas vraiment réagi en le regardant entrer, tout au plus, un vague signe de la tête. Peu engageant…

Pourtant, le Fou n’était pas homme à se laisser désarmer facilement. Avisant un fauteuil moelleux en face de celui du scribe, il s’y installa. Le scribe aux cheveux blancs, concentré sur sa tâche, ne broncha pas. S’il ne semblait pas désireux de parler au Fou, ce dernier mourrait d’envie d’avoir une autre conversation qu’écouter des potins ou raconter des histoires drôle. Décidant qu’il valait mieux commencer en douceur pour ne pas effaroucher Gribus, il se lança dans une diatribe anodine et amusante sur le temps.

- Quelle chaleur, ne trouvez-vous pas ? Il va y avoir de l’orage, c’est certain ! Aussi certain que le chien d’Asmérel Jaktarii s’appelle Elenor… Je déteste cette sensation qui vous coupe toute envie de quoi que ce soit, même d’aller distraire un bon public. Si tant est que nous puissions dire que les nobles soient un bon public, ils ne semblent même pas toujours discerner que mes sarcasmes leur sont dédiés en premier lieu.

Voilà, maintenant que le scribe était « averti » que le Fou voulait avoir une conversation avec lui, il était temps d’aborder des sujets plus intéressants. Si le Fou était un informateur hors pair pour tout ce qui concernait les ragots et les rumeurs de la ville, il était moins au courant des affaires politiques. Le bouffon n’est pas dupe, il sait que Gribus ne dira que ce qu’il voudra bien, mais c’est toujours mieux que rien.

- Je sais que le temps ne vous intéresse pas… Pas plus que moi d’ailleurs. Les rumeurs qui courent en ville sont nombreuses en ce moment. Du fait réel à la simple supputation, toutes ne méritent pas notre attention. Cependant, pour ceux qui savent écouter, il y en a certaines qui sont pour le moins étranges. Je n’ai crainte d’être écouté pour la simple et bonne raison que nous savons vous et moi que ceux qui écoutent le plus aux portes se trouvent dans cette pièce. Je sais également que je peux vous faire confiance, ce que je vais vous dire restera entre nous puisqu’il ne met en aucun en péril le Gardan ou qui que ce soit dans ce palais…

C’était une entrée en la matière bien sérieuse pour le Fou, il n’en n’avait pas l’habitude, mais certaines de ses questions nécessitaient des réponses, et il comptait sur la légendaire discrétion de Gribus pour lui apporter quelques réponses tout en gardant le secret ce qui allait suivre.

- Ces rumeurs, donc, parle d’un mouvement autre que les révolutionnaires contre le pouvoir en place. Aucun fait précis ne m’a été rapporté mais certains murmures sont trop persistants pour n’être que des affabulations. Avez-vous déjà entendu parler de ceux qui se font appeler les dissidents ? Savez-vous si Ysor a connaissance de l’existence de ce mouvement ? En savez-vous plus sur ce sujet ?

Voilà, le sujet était tombé. Gribus ne pourrait sans doute pas se douter que le Fou se renseignait à dessein, les conservateurs étaient donnés perdants par tous. Or, le Fou ne pouvait pas se permettre de tomber avec eux. D’une manière ou d’une autre, il fallait qu’il se tienne au courant des évolutions politiques pour savoir dans quel camp jouer et au bon moment, histoire de ne pas se retrouver sur la touche au moment où tout changerait. Parce que tout finirait par changer, il en était convaincu. Si le bouffon était associé de trop près au pouvoir des conservateurs, il tomberait en même temps qu’Ysor, même s’il n’était en aucun cas mêlé à la politique. Alors pour bien faire, autant s’en mêler un peu, histoire d’abattre les bonnes cartes au bon moment.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Jeu 4 Nov - 15:16

L'art du domestique comporte trois éléments essentiels : savoir son devoir, l'accomplir à la perfection et être parfaitement invisible. Le vrai serviteur sait ce que veut son maître avant que lui-même ne le sache, le remplit sans faillir et laisse le fait accompli plutôt que de se faire remarquer. Mais au-delà de ces principes gravés dans le marbre, le bon domestique a aussi d'autres talents, comme par exemple celui de saisir la moindre occasion de faire une pause. Le serviteur reste un homme, même s'il le cache, et il faut bien qu'il se repose à un moment de sa vie effrénée.

Gribus avait l'habitude de dormir peu, tout comme il avait pris l'usage de travailler sans relâche, mais il s'était résolu à chercher le repos, en partie pour cesser de s'aliéner les autres membres de la maisonnée. Présentement, il avait fait preuve d'une insolence rare en s'installant dans le Fumoir, une pièce où les maîtres venaient se détendre. Assis dans un modeste fauteuil, le Scribe était dans une position loin du confort : son dos ne touchait pas le dossier, ses jambes restaient jointes et ses pieds posés à terre. Tenant sa planche à écrire d'une main, il maniait la plume de l'autre, écrivant sporadiquement, et restait hiératique, s'efforçant avec superbe de faire partie des meubles. En réalité, il n'écrivait guère que des gribouillis sur le rouleau de papier, mais aux yeux indifférents des Nobles, il semblait plongé dans sa tâche bureaucratique. Le problème avec ce camouflage était que les Nobles n'étaient pas les seuls dérangements qu'abritait la Cour.

De sa démarche décalée, le Fou fit son entrée dans la salle et se dirigea tout droit vers le Scribe avant de s'installer juste en face de lui. S'il n'y avait pas eu de fauteuil à cet endroit, il en aurait probablement déplacé un. Le jeune albinos lui fit un sourire poli et retourna à son faux travail. Le Fou était une inconnue, c'était son métier ; il ne faisait partie d'aucun monde, drôle et impénétrable avec les maîtres comme les serviteurs. Il n'enlevait jamais son masque et pour autant qu'on le sache, il n'avait pas de proches et ne se confiait à personne. Il était trop similaire et pas assez transparent pour que Gribus l'apprécie vraiment ; jusqu'à présent, il n'avait été qu'une bizarrerie inoffensive. Mais maintenant que le Scribe jouait double jeu, il devenait un danger : le Fou était lui aussi attaché à Gardan Edorta, il semblait lui être fidèle, et au-delà de ses pitreries, il savait aussi être perçant. Plus d'un courtisan trop hardi s'était vu ridiculisé par un sarcasme bien placé ; il entendait tout de ce que disaient les Nobles et les serviteurs, qui pour les uns l'appréciaient, et les autres l'enviaient. Aussi Gribus prit-il l'air gracieusement absent dont il avait le secret, le conservant même alors que le bouffon lui adressait la parole.

Le chien d'Asmérel Jaktarii s'appelait Elenor ? Gribus ne releva guère que ce fait de la première réplique, et s'en nourrit pour réconforter le mépris qu'il entretenait à l'égard de la Cour. Un nouveau sourire pour ponctuer les remarques du Fou, et son regard se rabaissa vers le papier. Puis il se mit à parler de rumeurs, et le ton comme le vocabulaire attiraient l'attention. Un grand signal d'alerte se fit entendre dans la tête du Scribe lorsque le Fou tenta d'obtenir sa confiance. Que savait-il ? Avait-il des soupçons de son allégeance à la Dissidence ? Etait-ce le Gardan qui l'envoyait espionner ? Non, si Ysor avait des soupçons, Gribus serait déjà dans une cellule.

Le jeune albinos leva les yeux et regarda son vis-à-vis, un air d'incompréhension sur le visage. L'amuseur public poursuivit son exposé, avec une franchise étrange venant de lui, allant jusqu'à demander banco si Gribus pouvait le renseigner sur l'Al'Fare et ses sbires. La question manquait totalement de subtilité, et le ton ne recelait aucune menace, ce qui laissait à penser qu'il ne s'agissait pas d'un interrogatoire. Soit il s'agissait d'un piège grossièrement tendu, soit le Fou avait développé un intérêt personnel pour la dynamique des complots. « Personnel »...une autre notion qui paraissait étrange lorsqu'appliquée à ce comédien sans visage, qui avait su se cacher de tous, même de ceux qui travaillaient dans l'envers de la Cour. Pourquoi vouloir connaître la Dissidence ? Se renseignait-il pour le compte du roi, ou était-il intéressé lui aussi par le rôle d'agent double ? Le Fou ferait une recrue formidable pour la Dissidence, pourvu qu'il était d'une protection encore plus parfaite que l'indifférence de Gribus. Mais en tous les cas, il ne fallait pas rentrer dans son jeu.

Le Scribe n'était pas sûr de savoir pourquoi le Fou était venu le voir lui. Pourquoi lui avait-il semblé que M. Sandragil était une bonne source d'informations en la matière ? Gribus voulait poursuivre cette conversation, mais il ne pouvait rien avouer. Une seule solution, donc...

Après avoir détourné le regard et semblé réfléchir quelques secondes, il revint à son interlocuteur et parla d'un ton ingénu.

Il y a en effet quelques bruits qui courent dans les bas quartiers. Des incidents, des attentats qui semblent liés, trop organisés pour être isolés. Certains disent que ce crime organisé est l'oeuvre d'agents révolutionnaires, mais pourquoi les citoyens de cette ville aideraient-ils ceux qui les assiègent et les affament ?


Détournant les yeux une nouvelle fois, Gribus parut avoir une idée au fil de ses paroles.


Ce que vous suggérez a donc apparemment un fond de vérité. Une autre menace pour le roi et le Conseil...Le Seigneur Ysor ne m'en a pas parlé et je doute qu'il soit au courant : ce n'est pas ici qu'on trouvera des secrets sur ce qui se passe dans la rue. Crimes et trahisons sont monnaie courante à la cour, mais toujours avec le pouvoir, jamais contre.


Une petite touche d'insolence suffirait peut-être à mettre le Fou en confiance. Il n'y avait pas un témoin en vue, et la médisance sous cape était l'apanage des serviteurs. Restait à voir quels aveux seraient échangés.

D'ailleurs, comment avez-vous entendu ces rumeurs ? Etes-vous si intéressé que vous avez tendu l'oreille jusqu'en bas de la Cité ? J'entends bien que la sûreté de notre maître vous importe, mais pourquoi aller jusque dans la rue ? A moins que l'impuissance face aux coups portés à nos murs ne vous insupporte ?

Il y avait deux façons d'interpréter la dernière phrase, entre la volonté de trouver un ennemi à vaincre malgré l'échec militaire, et celle de se trouver une solution de repli en cas de défaite. Si le Fou cherchait une nouvelle allégeance, il saisirait la perche tendue. Sinon...Gribus ne pouvait qu'espérer que ses mots n'aient rien de soupçonneux.
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Noor Arlanii
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Lun 8 Nov - 16:05

« Exactement. Comment avez-vous pu entendre autant de choses, Fou ? »

La voix, une belle voix de matrone vibrante, retentit à travers la pièce, depuis le balcon. Une ombre, puis un chausson de cuir blanc bordé de perles colorées semi-précieuses. Une robe verte et rouge, avec des motifs dorés qui couraient tout le long du tissu. Enfin, un brocart or et vert, et une couronne d’argent ciselé. La Douairière.

A l’origine, Noor Arlanii voulait simplement se détendre après un entretien tendu avec son fils. Non pas qu’Ysor ait été inconvenant ou ait manqué de respect, mais simplement qu’il n’avait pas semblé vouloir se rendre compte de toute la complexité des problèmes. Ou alors, il ne souhaitait pas donner l’impression qu’à vingt huit ans il était encore aux ordres de sa maman. Noor comprenait ceci, mais pourquoi le faire aussi lorsqu’ils étaient seul à seul ? Elle espérait sincèrement qu’Ysor ne faisait que semblant d’écouter légèrement sa mère, et s’appliquait dans son dos à faire comme elle le disait. Ce n’était plus un adolescent, il devait comprendre désormais qu’elle ne se trempait pas dans la politique pour le plaisir, et qu’elle ne voulait pas le suborner.

Lorsqu’elle était tourmentée par l’inquiétude, elle ressentait souvent le besoin impérieux de se retrouver seul face aux éléments. Ca pouvait être aller à la rencontre du vent en haut d’une tour, se recueillir auprès d’une cascade ou d’une source… A proximité des forces basiques de la nature, elle reprenait ses marques, elle se ressourçait littéralement. C’était aussi pour ce genre de raison qu’elle aimait aller sur les remparts au lever du jour pour voir la Gérax.

La pluie aussi comptait. Elle aimait même se tenir debout sous la pluie, ce qui n’était pas courant parmi les nobles, mais elle se comprenait très bien : La pluie lavait tout : la crasse des rues, les surplus des égouts, les odeurs désagréables de la plèbe. Edor Adei n’était belle que sous la pluie, elle purifiait la capitale. Le froid humide la piquait et la ramenait à la vie. Généralement, sous la pluie, elle redevenait pendant quelques dizaines de secondes la Noor Laetarii qu’elle était, il y a si longtemps, avant d’être mariée… Cette Noor là aussi aimait être trempée…

En attendant que l’orage se décide à venir, elle tâcha de s’isoler, mais il ne se passa que quelques minutes avant que la vie du palais ne la rattrape. Que quelqu’un entre dans le fumoir rien de dérangeant, tant qu’il ne venait pas sur le balcon, et ce ne fut pas le cas. Mais encore quelques minutes, et l’orage n’était toujours pas arrivé, et ce fut quelqu’un d’autre encore qui entra, qui d’ailleurs fut assez facile à identifier : le Fou avait une voix et un langage assez reconnaissable. Une exclamation d’agacement s’était échappé des lèvres de la Douairière et elle avait doucement commencé à se tourner vers l’intérieur. Mais elle avait retardé son entrée, car ce que disait le bouffon, pour lequel elle n’avait qu’un mépris comparable à celui qu’elle donnait à tous les saltimbanques, était intéressant.

Ainsi donc, les agissements de cette « autre » bande de révolutionnaire commençait à se faire connaître. Ils commençaient à se différencier suffisamment des suivants de Beltxior Olarii pour que même hors du Conseil on commence à parler d’eux.

Elle ne reconnut pas tout de suite la voix qui répondit au Fou. Celui à qui elle appartenait ne devait pas avoir souvent parlé en présence de la Reine Mère. Elle ne réussit pas à mettre de nom sur la voix, mais le fait qu’il ait dit : « Seigneur Ysor » la renseigna plus que suffisamment : c’était un domestique. Dans le Fumoir. C’était indécent.

Voilà comment elle avait surgi.

« Et bien ? Avez-vous perdu la langue ? »

Elle se demanda une seconde si elle devait rester debout ou s’asseoir. Elle réfléchit à peine : elle ne s’assiérait pas comme les valets qu’elle avait devant elles. Question de rang. Ce même rang qui empêchait toute réponse immédiate. Il n’y avait pas trente six albinos à la cour, ce détail ne lui venait que maintenant. En parlant à celui qui avait tout son matériel d’écriture elle dit :

« Mais qui êtes vous au fait ?.. Laissez-moi deviner, vous êtes Sandra… » Pil ? Guil ? Gil ? « Vous êtes le scribe de mon fils. Que faites-vous là ? Et vous le Fou ? Ne devriez vous pas être en train de faire votre.. métier ? »

A ce rythme là elle allait les faire fuir. Or, curieusement, ce n’était pas tout à fait ce qu’elle souhaitait. Elle ne laissa pas le silence durer, et en relevant un peu la tête, en accentuant son port altier, elle reprit :

« Mais peu importe. Ainsi donc, vous parliez de ces nouveaux dissidents, de cette petite faction de terroriste ? Ne vous fatiguez pas : ils sont sans importance, ce ne sont que des racketteurs qui profitent du chaos ambiant et mettre les Arlanii à dos de leurs victimes. Cela dit…

Puisque vous en savez tant, je vous en prie, mettez moi au courant. »


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Le Fou
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Mer 10 Nov - 16:00

L’angoisse étreignait les tripes du Fou, il s’était lancé dans un jeu largement plus risqué que tous ceux auxquels il avait participé jusqu’à aujourd’hui. Gribus était un homme secret, peu incitant à la confidence ou l’amabilité et il avait pris le risque stupide de lui parler de rumeurs dont il n’était même pas sensé être au courant. Quand enfin, Gribus prit la parole, le Fou put respirer à nouveau. Le terrain était piégé et il fallait avancer prudemment, mais le scribe n’était pas contre toute discussion, c’était une bonne chose.

Le soulagement, pourtant, fut de courte durée. La voix glaciale qui s’éleva derrière lui déclencha des frissons dans ton son corps. La vieille pimbêche de Noor, mère du Gardan semblait avoir entendu ou écouté les quelques mots que lui et Gribus avaient échangés. Il réprima une réplique cinglante à ses questions inquisitrices et prit le parti de jouer les innocents. Qui pourrait savoir quelles étaient ses réelles intentions alors qu’il n’en n’avait soufflé mot à quiconque. Avant de prendre la parole pour répondre aux interrogations légitimes du scribe, et celles plus malvenues de la douairière, il prit le temps de réfléchir à ce qu’il venait d’entendre. Gribus avait fait une allusion que le Fou eut du mal à saisir. Non pas qu’il soit bête, mais il avait peur de chercher un sens caché à des paroles qui n’en n’avaient pas.

L’arrivée de Noor changeait radicalement les plans du Fou qui ne pourrait pas interroger de manière plus approfondie Gribus de manière à en savoir plus sur la dissidence. C’était un contretemps fâcheux, et Noor, d’une manière ou d’une autre, le paierait. Elle voulait des informations ? La douairière en aurait, mais seraient-ce celles qu’elle désire ?

- C’est mon métier, madame, qui m’a conduit ici. Je voulais voir Ysor mais je suis tombé sur son scribe. Je reconnais que je suis étonné par vos questions, je croyais qu’écouter aux portes était l’apanage des domestiques.

Voilà, il n’avait pas pu s’en empêcher, il avait fallu qu’il provoque cette vieille mégère qui était venue perturber sa causerie avec Gribus. Elle connaissait sans doute suffisamment bien le Fou pour savoir qu’il n’avait pas peur des nobles, puisque c’était le Gardan et lui seul qui lui assurait sa place. Or Ysor aimait bien le Fou et ne voudrait pas qu’il soit renvoyé pour une petite remarque sarcastique.

- Quant à mes sources, je ne vois pas bien en quoi elles vous intéressent tant que cela, je ne pense pas que les nobles prêtent oreille aux rumeurs qui courent en ville, celles colportées par le petit peuple comme vous l’appelez. Il n’y a pas besoin d’aller loin pour entendre tout cela, pourvu qu’on sache écouter.

L’humour du Fou était corrosif, chacune de ses phrases était une allusion voilée au caractère déplacé de l’intervention de la douairière dans leur conversation. Maintenant, peut-être qu’elle ferait un peu moins la fière et éviterait de prendre le Fou de haut comme elle venait de le faire.

- Pour répondre à vos questions, Gribus, je m’intéresse à la sécurité du Gardan. Je sais qu’a priori, il ne risque rien dans le palais, mais certains événements plus ou moins récents me laissent penser qu’il n’est plus aussi sûr qu’avant. Cette faction dont je vous parlais semble avoir des oreilles partout…

En disant cela, le Fou pensait à l’infiltration d’Éléni dans le palais, quelques mois plus tôt. Vu la perfection de son premier déguisement, il était tout à fait possible qu’elle ait recommencé l’exploit de s’introduire dans le palais. Et si elle y venait sous couverture, ce n’était certainement pour se contenter de sauter un noble. Le Fou n’était pas prêt à confier cette information pour le moment, même à Ysor il n’avait rien dit, tout simplement parce qu’il éprouvait une certaine affection pour l’espionne et qu’elle ne lui avait pas semblé être un danger pour le Gardan puisqu’il l’avait démasquée rapidement et qu’elle était repartie aussitôt.

Puis, se tournant vers Noor à nouveau, il poursuivit ses attaques.

- Vous semblez en savoir beaucoup sur cette dissidence, vous qui prétendez qu’ils ne sont qu’une faction anarchique sans importance. Je n’imaginais pas que vous vous intéressiez aux questions sans importance. Après tout, vous êtes la douairière, vous avez d’autres choses bien plus importantes à vous soucier, non ? Ce siège qui n’en finit pas… L’augmentation astronomique du prix de la nourriture par exemple !

Peut-être que si le Fou avait été conscient de l’arrogance de ses paroles, il ne les aurait pas dites. Ou peut-être que si, au contraire. Nul ne pouvait savoir vraiment ce qu’il se passait dans sa tête, lui-même l’ignorait probablement, mais une chose était sûre, toute douairière et mère du Gardan qu’elle était, elle ne l’effrayait pas !
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Jeu 16 Déc - 1:34

La Douairière. Au son de cette voix, Gribus se leva prestement et tourna vers elle un visage servile. Prenant soin de ne pas la regarder dans les yeux, il s'inclina tout en murmurant un « Majesté ». Il prit bien soin de ne pas l'interrompre et de ne pas répondre de suite à sa question ; si elle désirait dicter le rythme de la conversation, c'était son droit. Et si elle désirait poser des questions pour ensuite les déclarer sans importance, c'était en son pouvoir. En revanche, si elle s'intéressait de trop près à la Dissidence...Etant la mère d'Elandor, elle avait toujours présenté la possibilité de faire une recrue de choix. Gribus n'était cependant pas pressé de tester cette théorie.

Toujours aussi silencieux et effacé, il se positionna de manière à n'être en face ni de Noor, ni du Fou, de sorte qu'il resterait un objet neutre dans ce qui s'annonçait comme une joute verbale entre les deux. Car si la Reine Mère était un récif auquel peu de courtisans osaient s'attaquer, l'amuseur du Roi avait lui aussi ses privilèges à la cour, notamment le droit à l'insolence, droit dont il ne manqua pas de faire usage, à tel point que Gribus se dit qu'il allait trop loin. Non content d'esquiver les questions, le bouffon lançait des piques et des remarques à la Douairière, faisant fi même du peu de conventions qui le concernaient. C'était sa fonction d'être honnête et de percer les mensonges de la courtoisie, mais ces entorses n'étaient permises que parce qu'il avait la protection du Gardan. Protection qui le rendait invulnérable aux colères des Nobles, certes, mais qui n'avait pas la même force face à la mère du souverain. D'aucuns disaient qu'elle avait un pouvoir qui gouvernait même le Roi, et elle n'était pas réputée pour son sens de l'humour.

Le Scribe ne tarda donc pas à décider de quel côté de cet échange il se rangerait. Il ne fallait pas prendre activement parti pour autant ; les yeux baissés, regardant le vide, il parla d'une voix basse, presque sifflante, imitant inconsciemment le ton doucement confiant des sages et des Oracles. Ses mots ne semblèrent ainsi énoncer qu'une leçon issue d'un vénérable manuel, plutôt que l'opinion ou les flatteries d'un individu.

« Il y a certaines choses qu'il ne nous appartient pas de connaître, et d'autres dont il ne nous appartient pas de juger l'importance. »

Le propos était évidemment adressé au Fou et définissait la caste des domestiques. Gribus espérait que ses mots raisonnables suffiraient à cacher le fait qu'il venait à nouveau d'agir avec insolence : le Fou avait beau se croire habilité à parler à la Reine-Mère, les serviteurs n'avaient pas à parler de leur propre chef et à interrompre les conversations des puissants. C'était un risque à prendre ; la discussion en question touchait de prêt son secret, et il devait se réserver un pouvoir sur elle, si minime soit-il. L'option de recruter le Fou devrait être mise de côté pour l'instant, mais il avait évoqué un incident qui intriguait le Scribe.

« Ces menaces intérieures dont vous parlez seraient plus adaptées, ce me semble, aux oreilles du capitaine Indaril plutôt qu'aux miennes. Pensez-vous vraiment que le seigneur Ysor soit menacé par ces...« dissidents » ? »

Gribus voulait savoir le fin mot de cette histoire d'espion dissident à la Cour. Y avait-il d'autres agents dans le Palais ? Pouvait-il entrer en contact avec eux, peut-être faciliter sa tâche ou échanger des informations ? Cela ferait partie des choses dont il pourrait parler avec Eléni à son prochain rapport. Il voulait savoir, mais il n'allait pas se risquer à poser la question. Il valait bien mieux amener le sujet par le biais de l'inquiétude du fidèle, donner l'impression que la sécurité du Roi était importante à ses yeux, bien plus que les détails de l'incident. Avec un peu de chance, la Reine-Mère se chargerait de mordre à l'hameçon et d'amener ces détails dans la conversation.
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Noor Arlanii
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Dim 2 Jan - 15:39

Noor sursauta plusieurs fois, comme si elle était piquée par une guêpe, à chaque insolence du Fou. Et ce ne fut pas le miel de Gribus Sandragil qui calma les brûlures. Elle savait que depuis qu’ils existaient, les bouffons avaient pour privilège de se moquer et de faire rire, et ce n’était pas son intention de remettre en cause un pareil privilège en général. Mais dans ce cas particulier, premièrement on s’attaquait à elle et pas aux autres, et deuxièmement, l’ironie était bien acide, le trait d’humour était un maquillage à une reproche bien mordant… Pour une femme aussi autoritaire qu’elle, il n’était pas garanti que ce soit bien sage.

Mais Ysor appréciait ce bouffon, et le sourire de son fils n’avait pas de prix. Aussi le Fou avait eu raison de tirer ainsi sur la corde : il ne risquait pas grand-chose contre la doyenne Arlanii : elle pouvait rager, tempêter, mais par respect pour son fils, elle ne pouvait rien entreprendre pour lui nuire sans bafouer quelque chose de sacré.

C’en était au point où elle ne remarqua pas la docilité polie de Gribus, et à peine le Scribe lui-même. Piquée au vif, elle en était facilement manœuvrable. Et le pire c’est qu’elle ne savait pas grand-chose, et montait au créneau sans rien savoir de cette Entité qu’elle considérait comme ennemie car non-loyale à Ysor. Aussi si par hasard, quelqu’un espérait en savoir plus, il serait plutôt déçu.

« Fou, ne me cherchez pas ! Je ne suis pas un Conseiller, je n’ai pas de charges, ni de responsabilités. N’allez pas accuser la mère du roi du siège qui nous affame actuellement, ce serait de très mauvais goût. Comme le reste de votre discours indécent. »

Ca c’était renvoyé, et elle avait pris moins de gants que le Fou n’en avait pris avec elle, mais le Fou était protégé par son statut tant qu’il faisait semblant de faire rire, et pas s’il commençait à être sérieux en lançant ses moqueries. Qu’il fasse seulement un pas en dehors de l’amusement, et la Douairière l’écraserait comme un fauve en embuscade. Le Fou était acculé à l’humour, et gare à la dose de sérieux que contiendraient ses paroles…

Ce qui n’était pas vraiment un problème pour lui, juste une petite contrainte.

« Je minimise l’importance de ces dissidents, car je suis persuadée que c’est un mouvement uniquement populaire et qu’ils ont peu de chances d’entrer dans le palais. »

Pour une cinquantaine de nobles, il y avait deux ou trois cents domestiques, et elle l’oubliait facilement… Cela dit, elle n’oublia pas Gribus en donnant la réponse à sa question :

« De toute façon, s’il y a des espions, on les découvrira forcément, et je ne serai pas du genre à demander clémence pour eux. Ils ne soutiennent pas Ysor directement, ils sont donc contre mon fils. Ce serait un devoir même de faire un exemple de supplice à l’encontre des agents dissidents. On ne pourra jamais les empêcher de ne pas apprécier Ysor, mais c’est le seul Arlanii que nous ayons, jusqu’à son mariage et l’accouchement de son… épouse. »

Et enfin à l’encontre du Fou, en se tenant les deux mains ensemble elle dit avec un peu plus d’emphase que la normale :

« Vous qui ne confondez mes devoirs, voilà quels sont les miens : la lignée doit non seulement survivre, mais également vivre et se perpétuer. Je suis la doyenne, je suis la Reine-Mère, je suis la Douairière. Mon devoir, ce n’est pas de gouverner, mais d’être la Gardienne, la Dragonne des Arlanii jusqu’au jour où je pourrai passer le flambeau à la prochaine reine. Ce sont les hommes qui dirigent, mais ce sont leurs femmes qui veillent sur eux. Surtout dans la famille des rois. »
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Le Fou
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Mer 19 Jan - 21:55

Le Fou avait une envie irrépressible de rire. La situation était vraiment cocasse, entre Gribus qui n’osait ouvrir la bouche, la douairière qui au contraire l’ouvrait trop, et lui au milieu, c’était vraiment drôle. Il partit d’un franc éclat de rire, de ceux qui donnent froid dans le dos au commun des mortels. La douairière trouvait que le Fou la provoquait ? Elle n’avait encore rien vu, il pouvait être pire, largement pire. Déjà qu’elle était venue perturber sa petite conversation entre « hommes », en plus, elle n’aimait pas sa façon de parler. C’était une vrai rabat-joie pour toute personne pourvue de moins d’humour et d’insolence que le Fou.

- Ne pas connaître Gribus ? Ne pas juger de l’importance ? Mais vous semblez oublier que nous sommes en guerre. Cela fait des mois que le siège a commencé, que l’armée ne contrôle plus tellement ni ce qui entre ni ce qui sort de la ville... La douairière semble croire que je la blâme pour cela, mais il n’en n’est rien.


Ce disant, il se tourna vers la mère du Gardan et la regarda droit dans les yeux, y mettant tout le mépris qu’il pouvait ressentir pour elle et ses manières de coincée. Elle n’était pas dénuée d’intelligence, mais parfois, elle pouvait réellement manquer de subtilité. Comme si le Fou pouvait avoir quelque chose à faire de la suprématie des Olarils...

- Les menaces intérieures dont je parle sont peut-être réelles, mais peut-être pas. Je ne m’avancerai pas à lancer des accusations sans fondement qui pourraient mener à des conséquences qui me dépasseraient largement. Le Capitaine Indaril sera mis au courant si la menace devient tangible. Tout au plus pour le moment s’agit-il d’éléments légèrement troublants.

L’arrogance des nobles, et plus particulièrement de la douairière l’insupportait au plus haut point en ce moment. Marcher sur la limite entre la raison et la folie, entre la sécurité et le danger. Oui, mais de temps à autre, le Fou aimait la dépasser, montrer à tous ces gens que tout le monde ne s’écrasait pas devant eux, et certainement pas celui qui était payé pour le faire : le Fou.

- Je suis fidèle à Ysor, et à lui seul. Il est le seul à pouvoir me dicter ma conduite, et pour le moment, elle semble lui plaire. Peut-être tous les deux la trouvez-vous déplacée, mais je n’en changerais pour rien au monde. Je suis là pour ça, amuser les gens, titiller leur orgueil, me moquer, si cela vous déplaît, ne vous rendez pas une proie facile pour moi en m’assommant de discours aussi inintéressant que ceux sur l’honneur des Arlanii.

Cette dernière partie était adressée à Noor uniquement, ce que son interlocutrice avait parfaitement perçu vu la tête qu’elle tirait : blanche comme neige, l’air furieuse, elle ne semblait pas apprécier les paroles du bouffon. L’homme n’en n’avait cure. C’était la première fois qu’il dépassait les bornes à ce point-là, au pire, il écoperait d’une remarque ou remontrance de la part d’Ysor, mais ça n’irait pas plus loin. Décidé à ne pas laisser Gribus seul dans son coin entouré de deux fortes têtes, il le taquina gentiment. Ou du moins, c’est ce qu’il tenta de faire.

- Gribus, si vous continuez à vous tasser dans ce fauteuil, bientôt, on ne vous verra même plus ! N’ayez crainte de Noor, elle aboi bien plus qu’elle ne mord, et puis, vous n’avez rien dit, donc rien à craindre. Moi, en revanche, elle aurait des pulsions meurtrières à mon égard que ça ne m’étonnerait pas. Mais elle ne me tuera pas, je pourrais avoir des informations pour elle.

Le Fou, n’avait décidément aucune envie de se montrer conciliant en ces temps d’orage. Le sourire aux lèvres, il paraissait satisfait d’avoir fait tourner en bourrique la vieille mère d’Ysor, celle qui confirmait le proverbe disant que les mauvaises herbes ont la vie dure : toujours bon pied, bon œil la douairière.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Jeu 21 Avr - 1:43

La remarque du Fou sur sa discrétion n'était qu'une boutade, mais Gribus commençait à souhaiter qu'il ait vraiment le pouvoir de disparaître. Ce qui n'était au départ qu'une discussion prudente entre deux serviteurs s'était déjà changée en situation tendue avec l'arrivée de la Douairière, mais c'était à présent un véritable orage que Gribus avait sous les yeux, tandis que l'amuseur et la mère du roi s'échangeaient remarques venimeuses et haussements de ton. Pris entre les deux, le Scribe se contentait de garder le silence et d'attendre le moment où le Fou se déciderait enfin à devenir raisonnable ou celui où la Reine Mère n'y tiendrait plus et congédierait le bouffon avec rage. L'insolence dont ce dernier faisait preuve en devenait maintenant choquante, d'autant plus qu'il ne faisait apparemment aucun effort de tourner ses mots avec humour ou subtilité, mais parlait plutôt avec un sérieux presque dérangeant.

Toute cette situation avait maintenant tourné à l'absurde et Gribus ne comprenait pas comment il avait pu en arriver là, pris en étau entre deux êtres têtus et ô combien susceptibles qui s'affrontaient férocement et sans aucune raison apparente. Il n'avait pas eu le temps de discerner la raison pour laquelle le Fou voulait parler de la Dissidence et devenait de plus en plus confus : pourquoi diantre l'amuseur de la Cour se piquait-il d'une telle fierté ? Il n'y avait pas de foule à distraire et il ne prenait pas la peine de détourner la dispute pour ridiculiser la Douairière. Etait-ce là l'homme derrière le masque, le Fou tel qu'il était vraiment une fois les artifices disparus ? Tentait-il de détourner l'attention en affirmant exagérément sa loyauté ? Ou bien n'était-ce peut-être qu'une nouvelle plaisanterie élaborée de sa part ? Le Scribe avait l'impression que le Fou se jouait de lui et de la Douairière, et au milieu de tous les soupçons, les menaces et les éclats, la peur qui l'accompagnait chaque jour se changeait en colère.

Au bout de plusieurs instants et enfin confronté directement par le Fou, le jeune albinos n'y tint et prit la parole, ses traits fins froncés en une expression agacée.

De quelles informations parlez-vous ? Il me semble que vous avez délibérément envenimé la conversation, mais dans quel but, je ne saurais dire. Y a-t-il un intérêt à tout cela, où êtes-vous définitivement passé des boutades aux insultes ?

Après ces brusques paroles, le Scribe se contint et revint rapidement au calme, se rendant peu à peu compte qu'il venait d'élever la voix en présence de la Reine Mère. Baissant les yeux, il avala sa salive et toussota avant de reporter son regard vers le Fou.

Vous êtes venu me voir afin de partager les bruits que vous aviez entendu, mais vous les balayez maintenant d'une main. Vous semblez pourtant assez alerte pour savoir que les rumeurs sont un des meilleurs moyens qui reste pour connaître la rue.

A mesure qu'il parlait, le jeune homme réfléchissait à toute allure pour trouver une solution qui le tirerait de cette inconfortable position. S'il ne parvenait pas à refaire bonne figure, il aurait mauvaise presse auprès de la Douairière pendant des mois, ce qui serait d'autant plus fâcheux qu'elle ferait une recrue inestimable pour la Dissidence. Il osa jeter un regard à Noor et continua sur un ton des plus posés, invoquant l'attitude qu'il prenait pour énoncer faits et notes à son maître.

Pardonnez-moi, Majesté, mais l'échelle populaire d'un tel mouvement ne pourrait-elle pas faire sa force ? Certains font remarquer qu'après les provinces d'Isle, c'est au tour de la cité d'Edor Adeï de gronder contre le Palais. Ces incidents dont parlait le Fou semblent coordonnés ; s'il s'agit bien d'une révolte organisée, ne pourrait-on penser que l'heure est grave ? Le Seigneur Ysor est le seul et unique souverain d'Isle et, si Therdonne le veut, le sera encore pour des décennies, mais si le pays tout entier se rebelle contre le Cons...

Gribus interrompit sa phrase et baissa de nouveau les yeux. Il avait délibérément désigné le Conseil comme cible de la Révolution et de la Dissidence et placé Ysor à part, car c'était bien ce que pensait tout haut le reste du monde. D'une certaine manière, les trois individus présents dans le Fumoir formait une classe politique à part, des personnes qui soutenaient le Gardan Edorta avant le Conseil, une faction qui n'en était pas vraiment une et qui ne comptait que peu de gens. Le Fou était loyal à son maître et le Scribe l'était en apparence voire même en pensée, en dépit de ses obligations envers l'Al'Faret. A bien choisir entre les trois prétendants, Gribus se serait porté vers le cadet des Arlanii, le seul à ne pas menacer sa ville ou sa famille.

Quant à la Douairière, elle était réputée pour la férocité qu'elle déployait à défendre son fils, bien qu'elle ait été étrangement rabaissante à son égard dans ses précédents mots, le qualifiant presque de choix par défaut jusqu'à ce que l'Olarile enfante les Elus des la prophétie. Le Scribe se posait alors la question : était-elle mère protectrice ou mère intrigante ? A devoir choisir, soutiendrait-elle Ysor, le moindre fils plus malléable, ou Elandor, la charismatique forte tête ?

Un air gêné sur son visage pâle, le Scribe guettait la réaction de ses interlocuteurs.
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Noor Arlanii
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MessageSujet: Re: Ainsi, le Fou peut être sérieux !?   Lun 16 Mai - 15:18

[Rappel: Ce rp a lieu bieeeen avant les retrouvailles Elandor/Noor]

Gribus avait réussi à désamorcer l'escalade de tension verbale en remettant l'important au centre des échanges. Elle n'oubliait pas l'insolence du Fou, en parlerait à Ysor, mais ne demanderait peut être pas de punition particulière, laissant ceci à son fils. Le scribe avait été habile, puisqu'il avait d'une certaine façon mis en lumière ce qui était bon à retirer des propos du Fou, et cette moelle faisait dresser l'instinct de la Douairière.

Concernant ce qui se passait à l'extérieur du palais, elle avait un aussi mauvais jugement qu'une mauvaise vue: elle avait toujours appartenu au monde ouaté de la plus haute des noblesses, ne connaissait pas vraiment la valeur de l'argent et elle évaluait les domestiques comme d'autres évaluent les chevaux. Elle ne savait pas réfléchir comme un homme du commun, et encore moins se mettre à sa place. La Foule, ou les masses, étaient une marée grise et puante qui tantôt étaient dociles et dormantes, tantôt insoumises et dangereuses.

Le Fou avait beaucoup trop pris la défense de cette masse grise à son goût, avec trop de verve. Gribus avait réalisé l'exploit de faire intéresser Noor aux propos du bouffon, et de lui faire apercevoir ce qui était intéressant en eux.

Et il y avait matière à réflexion, dès lors qu'on admettait qu'il y avait une volonté derrière les agitateurs de la capitale, à propos des mobiles comme de leurs programmes. Qui étaient les chefs, d'où venaient ils, comment en étaient-t-il arrivés à lancer ces mouvements? Chacune de ces questions était autrement plus épineuse et complexe que le choix d'une robe pour le prochain bal.

Le sens politique de Noor était loin d'être infaillible, et son jugement loin d'être parfait. Outre le fait déjà évoqué qu'elle avait toujours été Arlanii ou Laetarii jusqu'au bout des ongles, il fallait rajouter que la plupart de son expérience politique reposait sur l'opposition feutrée face au Conseil, confédération hétéroclite de plusieurs individualités bien précises. Face aux Conseillers, elle savait comment réfléchir, et comment réagir. Dans le cas de la population d'Edor Adei, entité beaucoup plus nébuleuse, elle ne savait pas qui pouvaient être les chefs, leur provenance, et leurs programmes exacts.

Mais son orgueil encore endolori n'était pas prêt à admettre ces œillères. A la place, elle préférait rebondir sur ce qu'avait dit Gribus Sandragil: Ysor n'était peut être pas la première cible de ces deuxièmes révolutionnaires. Elle se jetait sur cette idée comme un naufragé sur une planche de salut. Cette idée avait pour énorme avantage d'être conforme à sa sensibilité de Reine Mère, et elle se sentait même grisée à l'idée d'une gigantesque foule qui scandait des slogans favorables à Ysor, qui le réclamaient même.

Et après? Que ferait donc Ysor si jamais ce deuxième front le remportait et que le Conseil était renversé par une Volonté plus forte qu'aucune de celle d'un individu? En tant que Reine, elle se plaisait à croire que son fils pourrait régner avec justice et assurance sur un nouveau pays, dirigé par un monarque absolu. Ceci était ce que la Reine Noor désirait. Mais la mère d'Ysor savait déjà que ce même fils ne saurait être un dictateur tel qu'elle en rêvait, il n'en avait ni les envies ni la force morale, ni le charisme, à moins d'un changement en profondeur tel qu'il ne s'appellerait même plus Ysor.

En vérité, un seul Arlanii aurait pu être le despote éclairé souhaité par la Douairière. Mais il était mort fâché avec elle.

« Si le Conseil est la cible de ces révolutionnaires, alors ça ne saurait être une mauvaise chose. Tant qu'Ysor est épargné, ils ne méritent pas mon courroux. »

Son ton se durcit et elle se rappela toutes les blessures que le Fou venaient d'infliger à son amour-propre. Avec le retour de l'acidité, elle dit:

« Mais ce sont des agitateurs avant tout, des gens qui emploient la violence, une arme qui balaie toujours plus que ce dans lequel on pense la circonscrire. Puisque ce bouffon qui ne me croit pas capable de mordre prétend avoir des informations, qu'il me prouve donc que mon dernier fils et unique héritier des Arlanii ne risquerait rien! Je verrais après s'il s'est considéré plus malin qu'il n'a été. »

Elle remit en place son diadème nerveusement, par inquiétude:

« Quand je pense que si mon aîné avait survécu, il n'y aurait pas de raisons à ce mouvement. »
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Ainsi, le Fou peut être sérieux !?
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