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 La senteur des pierres

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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: La senteur des pierres   Sam 2 Oct - 22:19

Phaerl Olarii était un géant, un homme à la force surhumaine, sans égal aux jeux des armes et dont les yeux regardaient au-delà des éons pour contempler la Volonté éternelle de Therdone. Tous les Ilédors connaissaient sa légende. Mais ils n'étaient pas aussi nombreux à connaître les batailles qu'il avait dû livrer pour conquérir Isle et y tailler son royaume, pour repousser les féroces Ilgéraxans dans les montagnes. Bien peu pouvaient parler de ses compagnons, tous des héros à la légende immense, dont le nombre dépassait la centaine...Aussi Sorastrata n'était pas surprise de voir quelques adultes s'arrêter pour l'écouter, tandis qu'elle faisait la leçon à un parterre d'enfants avides de savoir.

Les visages juvéniles présentaient un tableau bariolé d'expressions, de l'émerveillement à l'enthousiasme féroce, en passant par la timidité effrayée, avec même quelques moues d'ennui. Grand-Mère aimait voir certains suivre de tout coeur ses histoires, tandis qu'elle contait les batailles, les victoires et les tragédies. Il lui avait fallu du temps avant de se sentir capable de faire de telles démonstrations, avant de s'être approprié ces légendes comme les siennes, mais à présent elle tissait les mythes à grand renfort d'effets de voix, de gestes amples et de regards théâtraux. Toute sa vie durant, elle avait vénéré Bakarne et sa famille comme ses ancêtres bénis, ceux qui avaient donné la loi, le savoir et la sagesse aux Olarils. Maintenant qu'elle savait quel sang les avait engendrés, elle se devait de remonter la lignée et d'apporter sa révérence à chacun des Olarii qui la méritait.

Le mérite, voilà ce qu'elle voulait communiquer à ces enfants. L'exemple, la responsabilité, la Volonté née du devoir, de la famille, de l'amour. A chaque histoire qu'elle racontait, elle exposait une leçon, pour montrer que la loi venait de l'histoire et des victoires des ancêtres. Que si la Volonté de Phaerl et de ses compagnons était si grande, c'est parce qu'ils avaient la confiance des uns les autres. S'ils suivaient le bon exemple de Phaerl, alors sa Volonté viendrait s'ajouter à la leur et leur donnerait de la force. Les enfants acquiescèrent avec des étincelles dans les yeux et Sorastrata les renvoya chez leurs mères. Ils avaient d'autres choses à faire que d'écouter une vieille folle comme elle !

Elle se releva doucement en les regardant se disperser, le sourire aux lèvres. Il était surprenant de voir à quel point l'image des Olarils avait pu changer en deux mois. D'une bande de sauvages arriérés, ils étaient devenus la coqueluche des curieux, des historiens et des esthètes. Et en dépit des apparences, cet intérêt ne s'arrêtait pas à leur artisanat et à leurs "pittoresques coutumes". Des sages et des érudits venaient leur demander ce qu'il était advenu de Bakarne et quelle était l'histoire de leur peuple, des militaires posaient des questions sur la Gérax et ses monstrueux habitants, et des gens ordinaires venaient leur demander s'ils étaient vraiment des descendants du grand roi exilé. Sorastrata avait bien pris soin de répondre avec prudence : elle gardait un oeil méfiant sur le Palais et sur les gardes armés, et savait bien ce qu'il adviendrait de son peuple s'ils se présentaient en futurs dirigeants. Mais elle travaillait petit à petit à communiquer à ce peuple ce qu'ils avaient perdu, la parole des Dieux, leur loi et leur sagesse. Elle ne voulait pas que les siens vivent parmi un peuple déchiré par la guerre, elle voulait un meilleur futur. Et quel meilleur moyen de préparer le futur que d'y préparer les enfants ?

Tandis qu'elle s'éloignait de la fontaine depuis laquelle elle avait donné sa leçon, elle promena son regard aigu sur les passants qui la dévisageaient. Sorastrata avait raconté ses histoires à bien des endroits de la ville, du Ceste Clouté jusque dans le Quartier Religieux, et elle n'avait pas toujours été reçue avec enthousiasme. Les gardes devenaient de plus en plus nerveux, parfois au point d'importuner une innocente vieillarde comme elle, et des parents indignés venaient de temps en temps lui faire des réprimandes. Elle répondait avec le visage d'une Ancienne inoffensive, tantôt douce, tantôt acariâtre, et poursuivait son chemin, mais derrière cette façade elle attendait son heure. Elle aimait sincèrement raconter ses histoires aux enfants comme aux adultes, et elle faisait sa part de travail auprès du marché noir, mais elle n'avait pas tout le temps du monde. Elle se sentait plus vieille que jamais, fatiguée après les épreuves de la Gérax, et elle n'oubliait pas l'armée qui patientait au-delà des murs. Le vent tournait lentement, et lorsque le nouvel ordre arriverait, elle tenait à ce que la voix de son peuple soit entendue.

Ces pensées en tête, elle s'apprêta à s'enfoncer dans la foule pour retourner au Ceste, elle remarqua que quelqu'un avait encore le regard fixé sur elle. Une femme blonde, habillée richement, qui posait sur elle un regard surpris, presque incrédule. Il fallut quelques secondes à Sorastrata pour la reconnaître. Sa mise avait changé pour se conformer à la mode Ilédore, et les deux mois l'avaient extirpée de sa mémoire, mais il n'y eut bientôt plus de doute. Lis Diantha. La prêtresse de Bakarne. Elle avait disparu durant les premiers jours suivant leur arrivée, personne ne l'avait vu depuis. Sorastrata força le pas vers elle, tirant sur sa jambe et s'aidant de son bâton. Elle ne voulait pas la perdre dans le foule, elle ne devait pas lui laisser une autre chance de disparaître.

Lis ! Lis, attends-moi !

Heureusement, la jeune femme ne bougea pas, gardant la même expression tandis qu'elle attendait la vieille Chasseresse. Arrivée auprès d'elle, Grand-Mère eut une brève grimace tandis que sa jambe protestait. Se tenant d'une main à son bâton, elle posa l'autre sur le bras de la prêtresse.

Où étais-tu passée ? Je t'ai fait chercher pendant des semaines, mais personne ne...

Elle s'interrompit d'un coup tandis qu'elle avisait d'un coup d'oeil la mise de la Khelan : en dessous de ces vêtements de qualité se cachait une richesse bien plus grande. La jeune femme était enceinte de plusieurs mois, et en très bonne santé au vu de sa mine. Sorastrata ne put réprimer un grand sourire devant ce spectacle et serra l'épaule de Lis pour la congratuler.

Te voilà bien grosse, dis-moi ! Félicitations !

Grand-Mère se réfréna avant de demander si la prêtresse savait qui était le père. Elle n'avait jamais été proche de Lis Diantha, elle l'avait même considérée avec mépris pendant des années. Et pourtant elle s'adressait à elle avec une familiarité presque insolente. Mais c'était le privilège de la vieillesse, et la matriarche s'efforçait de rester aussi proche de ses congénères que possible. Les catastrophes et les épreuves avaient déjà tant diminué leur nombre...Retrouver un Olaril perdu et apprendre qu'un enfant allait s'ajouter à leur peuple étaient à ses yeux des nouvelles merveilleuses.


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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Lun 4 Oct - 18:58

Lis savait parfaitement où aller. Il suffisait juste de se souvenir comment on y parvenait. Car, si de là haut, elle avait eu le loisir d'observer les sentiers minuscules que constituaient les grandes artères de la Cité, désormais parmi les Fourmis, tout était déformé. Et elle n'avait pas essayé d'apprendre par choeur l'itinéraire pour se rendre au Palais, loin de là. Ce n'était pas vraiment le genre de Lis Diantha, de faire trop de calcul à l'avance, surtout quand il s'agit d'une chemin et non d'une destination.

Elle voyait plus loin, et pas forcément comment s'y rendre...
Et la route était longue, notamment avec ce poids qu'elle n'avait pas pris en compte dans sa fuite. Sa silhouette gracile n'était plus rien en comparaison de ce ventre rond qu'elle avait pourtant bien arrangé avec les voiles et les mousselines qu'on lui avait offerte dans la Tour. Des bijoux, en quantité suffisante pour prouver d'où elle venait, et dans ces quartiers pauvres où elle s'aventurait, tous semblaient l'admirer. Comme l'une de ces nobles Ilédores qu'elle voyait défiler devant Therdorus Uldarii.

Elle était très fière de ces regards, bien que les hommes aient détourné les yeux en se rendant compte qu'elle était enceinte. Peste soit de ce ventre trop audacieux ! Elle avait déjà de l'appétit, en voyant ces braves messieurs travailler dans la rue, et son corps n'était plus l'atout formidable dont elle jouissait jadis.
Mais rapidement, Lis se souvenait de ce qu'elle portait. La Vie, certes, mais c'était le sang qu'elle véhiculait qui la rendrait si heureuse. Oui, ce mal était un bien, il fallait juste le prendre en patience. Mais Lis avait grand peine à ne pas s'impatienter...

En traversant une place, elle fut immédiatement attirée par une voix vieillie, un timbre qu'elle avait connu autrefois. Oh, pas si familière que cela, mais il résidait quelque chose de naturel, d'instinctif lorsqu'elle l'entendait. Du fond des tripes ! En tournant les yeux pour déceler où se trouvait la propriétaire de cette voix, Lis haussa les sourcils en découvrant la vieille Hirune, Grand Mère, la fière matriarche des Chasseresses, si proche de sa mignonne petite fille !

Sorastrata Hirune faisant le Conte à des petits Ilédors, c'était un comble... Elle s'étonna qu'elle soit encore en vie, mais les vieilles Olariles étaient tenaces. Elle avait autre chose à faire que rester à écouter ces sornettes sur les Ancêtres de Ses Enfants, il fallait qu'elle aille au Palais ! Mais quelque chose la retint... Cette petite question qu'elle s'était posée plusieurs fois, espérant qu'on l'ait fait chercher, qu'on se soit inquiété qu'elle ait disparu.

Sans vouloir s'approcher d'elle, ne sachant pas vraiment si cette gourde de Kamélie avait parlé ou non, et si elle ne risquait pas de se faire étriper par Grand Mère, la Prêtresse resta pourtant jusqu'à la fin, un peu en retrait, comptant sur l'oeil vif de l'ancienne Chasseresse pour la remarquer dans une foule mobile.
Bingo, la vieille avait encore de bons yeux ! Mais pas de bonnes guiboles... Elle vint en s'appuyant sur son bâton, et Lis eut un instant l'envie de s'enfuir en courant.

Mais l'Hirune venait vers elle avec sympathie, ce qui l'étonna presque. Pire, elle sentit la joie dans son coeur. Une Olarile était heureuse de la voir ! Elle ne put s'empêcher de sourire, avant de se reprendre et de laisser son visage d'une neutralité teintée d'hypocrisie revenir.

« Toi ? Tu m'as fait cherché ? » Ne mens pas vieille folle, se retint-elle d'ajouter, mais la surprise était si bonne qu'un mensonge valait bien cela. Lis ne s'était pas imaginé qu'elle soit si soulagée qu'on ait pris conscience de son absence, elle qui luttait pour qu'on la sache indispensable, présente, pour qu'elle créé le mouvement...

Mais Sorastrata vit bientôt son ventre rebondit, et parut mille fois plus enjouée. Elle n'avait jamais vu l'Ancêtre si souriante, c'était étonnant, presque risible, à quel point les Olarils étaient gaga devant une femme grosse.
Il fallait feindre l'indifférence, prendre tout ceci à la légère, après tout, si elle voulait correctement vendre son statut de future maman d'un Dieu, elle avait à rester discrète jusqu'au Palais.

Mais ...

Mais l'Hirune paraissait avoir sincèrement essayé de la chercher. Lis cherchait à se convaincre qu'elle mentait. En plissant les yeux, elle ne put contenir un léger sourire, presque touché.

« Merci, Sorastrata. Qui aurait cru que Lis Diantha puisse se faire abuser de la sorte, hein ? Ce ventre est une calamité, plus aucun homme ne me regarde. Je n'attire que les vieilles femmes infirmes. » Mais elle avait dans la voix un sourire, immense, presque complice, envers la Chasseresse.

La Matriarche avait toujours représenté ce que Lis détestait. Ces vielles biques froides et dignes, pleines de principes, toujours rabat-joie. Tradition rimait avec Ennui Total, selon Lis, mais ce visage Olaril, le premier croisé depuis deux mois entiers, était une bénédiction. Elle se sentait d'instinct proche de cette femme. Et avait tellement envie de parler... Elle se mordit la langue pour se stopper.
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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Mar 12 Oct - 22:43

Sorastrata sourit à la pique que la prêtresse venait de lui lancer. Il n'y avait pas si longtemps, Grand-Mère aurait fait pire que prendre la mouche à une telle remarque, mais à présent sa jambe représentant bien le cadet de ses soucis. De plus, malgré les souvenirs qui lui revenaient de l'attitude insupportable de la jeune femme, la vieille Chasseresse sentait son cœur continuer de se réchauffer : pour l'heure, la verve de Lis résonnait bien plus de familiarité que d'irrévérence. Le sourire de la Matriarche se fit goguenard.

Ton insolence ne s'est pas arrangée, à ce que je vois ! Quant aux regards des hommes, je crois que ta mise en fait assez pour compenser ton ventre...Tu n'as pas perdu ton temps pendant ces deux mois, ma fille !

La Khelan avait en effet les atours d'une Noble, parée de bijoux et d'étoffes précieuses, un accoutrement qui détonait au milieu du Quartier des Humbles. Lis Diantha avait toujours été une femme avide de tout, habituée à obtenir tout ce qu'elle voulait des hommes : dans cette Cité, vraie prude comparée aux us des Olarils, une telle séductrice n'aurait pas de mal à se présenter en merveille exotique.

Mais la vieille Chasseresse n'allait pas tout de go demander si la Khelan s'était déniché un pigeon, l'avait piégé entre ses cuisses et vidé de ses deniers, avant d'être victime du plus vieil accident du monde. Ces retrouvailles, et l'avenir que représentait cet enfant, étaient bien plus importants. Sa main toujours sur le bras de la jeune femme, elle l'invita à la suivre vers la fontaine. Vieillesse ou grossesse, il valait mieux être assis.

Et bien sûr que je t'ai fait chercher : il reste si peu d'entre nous, il faut nous serrer les coudes...J'ai demandé aux autres Olarils de garder l'œil ouvert, mais il n'y a eu aucune nouvelle et ils ont fini par cesser de chercher. Perdre une prêtresse, c'était un coup d'autant plus dur.

Parmi toutes les coutumes de leur peuple, la religion était probablement la plus menacée ; la révélation de l'existence des Ilédors et des vraies origines de Bakarne avait déclenché une crise de foi chez bien des Olarils, et plusieurs prêtres s'étaient éloignés de leur vocation. Nydearin n'était plus qu'un fantôme, Alia avait disparu elle aussi, Kal'Berrik était resté de l'autre côté de l'Aiguille (bon débarras)...Sorastrata avait espéré pouvoir organiser une réunion de ses compatriotes à l'occasion d'une fête religieuse, mais le succès était loin d'être garanti. Et son instinct lui chuchotait que ce n'était pas Lis Diantha qui l'y aiderait.

S'asseyant sur le bord de la fontaine asséchée, Grand-Mère reprit son sourire, plus modestement cette fois. Passée la surprise des retrouvailles, la réalité était revenue à son souvenir et l'avenir semblait moins radieuses. Mais la jeune femme n'avait pas envie d'entendre une vieille folle raconter ses malheurs. Ecouter son histoire à elle serait bien plus intéressant.

Enfin, te revoilà maintenant, et avec un enfant en préparation ! Raconte-moi donc, où t'étais-tu cachée toutes ces semaines ? Et d'où vient cette petite calamité ?


Sorastrata ne se doutait pas un seul instant de l'importance de ce bébé, et elle ne s'attendait pas à ce que le récit des aventures de Lis Diantha serve la Révolution ou la cause des Olarils. Elle voulait simplement savoir ce qu'il advenait de son peuple...et discuter en paix pendant quelques instants de plus, avant de retourner au feu.


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Lis Diantha
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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Dim 17 Oct - 11:28

Lis n'aimait pas être dans cette situation. A présent, elle avait très envie de rester auprès de l'Olarile, de l'écouter, et de lui parler, dans une discussion sympathique. Elle aurait même presque le souhait de demander des nouvelles de son Peuple, savoir où ils étaient installés, si tout se passait bien ... C'était déroutant, de se retrouver ainsi, capable de ressentir le lien qui unissait les Olaril, alors qu'elle n'avait qu'un seul rêve : conquérir une place qui la mettrait au dessus de tous. Au dessus des Ilédors comme de ses semblables.

Les paroles de l'Ancienne sonnaient en effet comme des compliments, elle estimait que les entendre était une chose merveilleuse. Ils s'étaient inquiétés pour elle, même qu'ils avaient essayé de la retrouver ! C'était une signe qu'elle leur manquait, qu'elle faisait partie de leur ... famille ? Elle déglutit. C'était terrifiant.

« Je n'ai jamais perdu mon temps, en deux mois ou avant, tu le sais bien. »
Lis haussa les épaules, et pris chaque sujet pour un prétexte à conversation. Sorastrata n'avait pas tord, cependant, lorsqu'elle parlait du peu d'individus qui constituaient leur Peuple à l'heure actuelle... Elle-même n'en avait que peu croisé, mais c'était dû à son enfermement presque forcé dans la Tour des Oracles. Comparés aux Ilédors, ils n'étaient qu'insignifiants... Et mine de rien, cette injustice que ressentait sans doute la vieille Hirune, Lis pouvait elle-même l'observer.

« Dis-toi donc que tu viens de retrouver deux Prêtresses... » Elle ignorait si elle devait l'avouer ou non mais ... « Je sais où se trouve Alia Edorta. Elle est en bonne santé, et très bien traitée. Les Oracles l'ont pris sous leur aile. » Pour Lis, ce n'était pas une mauvaise nouvelle : elle n'avait pas d'animosité envers les Uldarii, comme pouvaient l'avoir les Hirune, après le coup d'éclat stupide de Lysandre. Elle estimait cependant que la Chasseresse n'aimerait pas savoir l'une d'entre eux à la solde des Oracles...

De toute façon, Alia, elle, n'avait aucun intérêt pour leur avenir. Alors que Lis savait qu'elle-même était capitale pour la gloire des Olarils. Ca la démangeait... La Khelan regarda à droite, puis à gauche, et se tortilla les mains. Sorastrata souhaitait en savoir plus sur sa grossesse et ces deux mois durant lesquels elle avait disparut. C'était très frustrant de ne pouvoir rien dire ...

« Il n'y a pas un, mais deux rejetons, là-dedans. » Fit-elle, estimant que cette information-là n'était pas compromettante... « Je... »

Elle n'avait jamais fait confiance à la Vieille femme, pas souvent à un Hirune, à part Hemric bien sûr, et en règle générale, elle préférait mentir à tous. Pourtant, l'Ancienne paraissait vraiment s'intéresser à elle ! Elle semblait soucieuse de sa santé, de se qui lui était arrivé. C'était sincère ! Lis éprouvait toutes les difficultés du monde à parler, mais aussi à se retenir d'ouvrir la bouche.

Elle se demanda rapidement quelles conséquences y il aurait si elle lui révélait la vérité. Hum, en réalité, Sorastrata irait rapidement -enfin aussi rapidement que sa patte folle le lui permettait- le hurler à sa Petite Fille. Si cette dernière avait des ambitions, en se prenant pour celle que la Prophétie avait annoncé, elle aurait donc tout intérêt à voir Lis et ses enfants disparaître à nouveau, pour pouvoir elle-même prétendre au trône.
Mauvaise idée...

Cependant, pendant que l’Ancêtre se trainerait dans les rues jusqu'à trouver la Chef, Lis pourrait gagner le Palais, marchander avec cette affreuse Conseillère, et elle serait donc ensuite sous la protection du Gardan Edorta... Pas de risque qu'une hystérique vienne flanquer un coup d'épée dans l'endroit le plus sécurisé de toute la Cité ?
Et surtout depuis qu'elle avait vu de là-haut les répressions des soldats envers quiconque faisait un pas de travers ! Oui ! Elle pouvait parler bien sûr, ce n'était pas du tout dangereux !

Les yeux de Lis s'éclairèrent, ravie de pouvoir assouvir cette irrépressible envie sans culpabiliser.

« En vérité... J'étais moi aussi dans la Tour des Oracles durant deux mois. Il se trouve que mes enfants les intéressent beaucoup. Que Je les intéresse beaucoup. »

Elle leva le menton, sans s'en apercevoir. « Je porte les enfants de quelqu'un de très important pour nous. Quelqu'un qui figure dans les Tables d'Olaria. » Lis ignorait comment se montrer à la fois mystérieuse et inaccessible, alors qu'elle avait tant envie de tout dire d'une traite.
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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Mer 15 Déc - 18:45

Le visage de Sorastrata s'illumina lorsqu'elle entendit la nouvelle qu'Alia était bien vivante. Tant de personnes et de certitudes avaient disparues dans les premières semaines que le peuple Olaril s'était rétréci comme peau de chagrin. Mais si deux prêtresses étaient retrouvées, avec elles venaient les coutumes et l'âme du peuple, la mémoire d'Arestim qu'il fallait à tout prix préserver. C'était une nouvelle formidable, bien qu'elle fût tempérée par la présence des Oracles ; Grand-Mère en avait appris un peu à leur sujet, mais elle n'avait pas encore osé les confronter en personne. Elle les imaginait comme les garants des traditions Ilédores, et donc comme opposés à elle, mais une aura de mystère les entourait toujours. Et apparemment, Alia comme Lis étaient en contact avec eux. Si elles étaient sous leur tutelle, l'héritage d'Arestim était lui aussi sous leur « protection ». D'après les rumeurs, Thérasia était une femme sage et raisonnable, mais son frère s'était attiré l'hostilité éternelle des Hirune par son insolence envers Lysandre, et les rumeurs que Sorastrata avait entendues à son sujet ne faisait que confirmer son mépris.

Malgré toutes ces considérations, la matriarche ne réagit que par un sourire, ne voulant pas interrompre Lis, qui semblait vouloir vider son sac. La prêtresse de Bakarne semblait gênée, hésitante ; ce n'était pas surprenant, après tout, la perspective d'enfanter avait de quoi déranger une femme comme elle, mais il semblait y avoir autre chose. Lis Diantha n'avait jamais été avare de ses opinions et voici qu'elle détournait le regard et joignait nerveusement les mains. Elle cachait quelque chose d'important, quelque chose qu'elle aurait dû garder secret.

Elle avoua qu'elle portait des jumeaux, et avec un nouveau sourire, Grand-Mère posa une main sur son épaule en un geste de sollicitude. Lis avait quantité de bonnes nouvelles à apporter, et une révélation qu'elle n'osait pas encore partager. Il ne fallait pas la brusquer, mais de quoi s'agissait-il ? Etait-elle en danger ? Elle parla de sa demeure des deux derniers mois : la Tour des Oracles. Pendant quelques instants, Sorastrata se demanda quel jeu les Uldarii jouaient-ils, puis la prêtresse donna un nouvel indice. Les yeux de la Chasseresse s'agrandirent et ses sourcils blancs se froncèrent en l'entendant parler des Tables. Lis semblait fière comme un coq et ses commérages prenaient tout d'un coup une ampleur de complot.

« Qui est leur père ? » demanda la matriarche d'une voix plus sérieuse, tout en se penchant vers la jeune femme.


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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Mer 29 Déc - 19:44

Lis ne savait plus, à cet instant, si elle en avait trop dit, ou s'il fallait qu'elle se réjouisse de pouvoir, comme elle le voulait quelques secondes au paravent, annoncer la grande nouvelle de la future Gloire à la vieille Hirune. Les yeux de Sorastrata, son insistance soudaine la faisaient douter. Après tout, si elle voulait correctement exposer sa proposition au Gardan Edorta, il fallait peut-être éviter d'être trop bavarde, que cela ne se sache de trop ...

Elle n'eut pourtant pas longtemps à attendre avant de prendre une décision. Ah ! Cela rabaisserait le caquet de ces Hirune, notamment de Lysandre, qui pouvait d'ailleurs toujours révéler qu'elle -enfin surtou Limna- avait cherché à la faire tomber lors de l'Ascension de la Gérax... Lis savait que la Grand Mère était importante aux yeux du Chef, qu'elle était sans doute même trop peu présente dans les précédentes décisions de sa petite-fille, au vu des fiascos de la Chasseresse... Mais les gestes de sympathie que l'Ancètre lui avait témoigné lorsqu'elle l'avait reconnue l'avaient touchés.

C'était inespéré de savoir que les Olarils seraient soulagés qu'elle soit en vie. Qu'on l'avait cherché, même ! Ce qui signifiait également que cette petite fouineuse de Kamélie n'avait rien dit non plus... Tant mieux ! Ca n’entacherait pas ses démarches futures. La Prêtresse de Bakarne caressa alors son petit ventre en relevant le menton. Oui. Il ne fallait pas avoir peur des réactions des Olarils, des Hirune, du Chef, même, car elle portait les Elus, plus élus que n'importe quel vulgaire Olaril ! Elle, elle avait dans le ventre le futur Gardan Edorta.

Ce ne serait ni Lysandre, ni celui qu'elle avait entendu appelé Beltxior Olarii, ni personne d'autre que Son Fils. Et Sorastrata allait être médusée en apprenant cette bonne nouvelle...

« C'est Xan Edorta. » Fit-elle, suffisamment fort pour paraître fière, mais assez bas tout de même. Il ne faudrait pas qu'on lui mette des bâtons dans les roues avant d'arriver au Palais. Quelque chose dans le regard de la vieille Chasseresse donna une étrange impression à la Khelan... Comme si son instinct lui dictait de se méfier de ce regard-là.

« Et si tu as l'intention de tenter de me dissuader d'aller présentement au Palais réclamer la Place qui me revient en tant que mère de l'Héritier de tout ce continent, je te préviens que c'est inutile ! » Elle la toisa bientôt. Oui, c'était très agréable de se sentir épaulée, aimée par les siens. Mais c'était encore plus agréable de savoir qu'on allait être Reine...

Et cette perspective effaçait tout bon sentiment du coeur de Lis Diantha.

« Épargne donc ta salive, Vieille Femme, tu devrais être auprès de ta petite-fille, qui doit encore être en train de prendre une mauvaise décision. » Elle plissa les yeux et son visage prit une expression malsaine. Ouste les Humbles ! Elle avait d'autres chats royaux à fouetter.

Elle fit un petit signe de main avec moquerie et ne tarda cependant pas à quitter les lieux. La Vieille était encore douée et assez agile malgré ses handicaps pour la faire trébucher de sa cane ! Elle se faufila entre les Ilédors avant de complètement disparaître.

Direction, le Palais du Gardan Edorta !
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Sorastrata Hirune
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MessageSujet: Re: La senteur des pierres   Ven 7 Jan - 3:22

Xan ? Xan Edorta ? Lis portait dans son ventre le petit-fils de Mithra et Laclaos ? D'intrigué, le regard de Sorastrata se fit perçant tandis que son esprit appréciait l'ampleur de cette révélation. Pas étonnant que la prêtresse de Bakarne soit si fière : elle allait donner naissance aux derniers descendants de son dieu ! Ces enfants étaient importants, en effet, bien plus que ce que Sorastrata s'était imaginé. Si la prophétie de ces maudits Oracles avait suffisamment de poids, les jumeaux avaient un droit divin au trône, et leur mère avait de quoi attirer l'attention de tous les tisseurs d'intrigue. La matriarche se rendit compte avec horreur du destin auxquels ces pauvres enfants étaient déjà condamnés, avant même leur naissance ; dès que le bruit se répandrait, ils allaient être la cible de toutes sortes de manipulations, et d'un nombre incalculable d'intentions hostiles. Il fallait les garder dans le secret.

Mais alors que la vieille Chasseresse allait offrir son aide à la prêtresse, celle-ci confirma qu'elle n'avait pas changé : Lis Diantha ne travaillait que pour Lis Diantha, et ne suivait que son propre conseil. Se levant prestement, sans égard pour sa délicate condition, la jeune femme lança une réplique d'un ton venimeux et partit en fendant la foule, courant presque pour échapper à la Matriarche. Sorastrata voulut se lever à son tour pour la rattraper, mais la douleur dans sa jambe gauche l'arrêta et la força à se rassoir. Poussant un flot de jurons, Grand-Mère se mit à pester, d'abord contre son âge impuissant, puis contre les passants attirés par le bruit, et enfin contre la jeune mère et son imbécile ambition. Etait-elle donc aussi aveugle que volage ? Ne se rendait-elle pas compte que seuls son peuple pouvait lui offrir une aide sincère ? Non, ce n'était pas ça. Lis savait qu'elle jouait un jeu dangereux, mais elle s'imaginait pouvoir mener la partie, grâce au double atout qu'elle portait dans son ventre. Pauvre idiote...les Conseillers allaient la faire danser au bout d'un fil en quelques heures. Ils allaient lui offrir richesses, parures et privilèges et elle allait leur abandonner ses enfants sans sourciller. Oui, elle savait ce qu'elle faisait...Sorastrata lui adressa un dernier juron plein de haine. Cette catin ne méritait pas de porter un tel sang, elle ne méritait pas de donner la vie.

Restant assise, la matriarche laissa sa fureur diminuer et se mit à réfléchir, s'efforçant de réunir tout ce qu'elle avait accumulé de savoir au cours de ces derniers mois, afin de deviner ce que le Conseil allait faire de cette révélation. Peut-être allait-il faire exécuter la mère et les enfants, afin d'éliminer toute menace pour la famille régnante ? Après plusieurs instants, Sorastrata se dit que non : la prophétie avait trouvé l'oreille du peuple, que le siège rendait mécontent, et s'approprier les héritiers Olarils était une occasion en or pour les Conseillers. Ils allait vouloir saisir l'occasion et amener les descendants de Bakarne à servir leurs intérêts, d'une manière ou d'une autre. Et la Chasseresse était sûre qu'ils allaient, tout comme elle, vouloir garder le tout secret, du moins jusqu'à ce qu'ils aient assuré leur contrôle. Devait-elle tout révéler, pour perturber leurs plans ? Non, les Dissidents tenteraient à coup sûr d'assassiner Lis et ses enfants. Elle ne pouvait pas faire grand chose pour l'instant.

Il lui fallait attendre. Après tout, une vieille femme seule ne saurait produire un effet sur l'échiquier. Elle devait attendre et formuler un plan. Mais surtout, elle devait décider de ceux avec qui elle partagerait le secret. C'est alors qu'arriva la grande question, tandis que Sorastrata se remémorait les paroles de Lis : devait-elle en parler à Lysandre ? Sa petite-fille n'avait pas quitté sa chambre depuis qu'elle avait été libérée, et elle n'était pas vraiment au fait des complots Ilédors et de leurs détails. Fallait-elle l'impliquer ou la laisser en paix ? Avant de décider de la faire entrer dans cet univers, il fallait savoir si elle allait se décider à revenir dans le monde des vivants.

Reprenant son bâton en main, Sorastrata se leva péniblement et se mit en marche en direction du Quartier Commerçant. Avec un soupir, elle se dit que ses projets de fête religieuse devrait attendre. Les querelles reprenaient, et cette fois elle ne pouvait se permettre de rester sur la touche.


La vieillesse bien comprise est l'âge de l'espérance.
- Victor Hugo -
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