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 Tu enfanteras dans la douleur...

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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Tu enfanteras dans la douleur...   Mar 28 Sep - 23:04

En cette claire matinée de printemps, Liiken se baladait tranquillement dans les rues d’Edor Adeï, accompagnée de son mari. Main dans la main, ils se promenaient ayant pour une heure ayant laissé la garde des enfants à Calathéa. Depuis deux longs mois, déjà, Liiken parcourrait régulièrement les rues de la ville, s’y sentant bien plus à l’aise qu’aux premiers jours. Sa situation avait grandement évoluée. Ergan Dialon lui avait permis de trouver un emploi, ainsi qu’à son mari. Ils louaient aujourd’hui une petite maison dans le quartier commerçant, rien de très grand, mais ils y étaient à l’aise tous les cinq.

Au fil du temps, elle s’était accoutumée à la vie des Ilédors, adoptant certaines de leur coutume, préservant la plupart de celles d’Arestim. La plupart de ses vêtements étaient à la mode Ilédore, mais ses bijoux et ses coiffures restaient typiquement celles d’avant, simple, sans fioriture. Son art de travailler le bois était grandement apprécié, et même en ces temps de disette, elle ne souffrait pas trop du manque de nourriture. Ses créations se vendaient très bien, surtout parmi les nobles, elle confectionnait des petites boites à bijoux que la plupart trouvaient d’un goût « exquis ». Mais tout cela passait bien au dessus de la tête de Liiken, concentrée sur son bien-être et sa grossesse. Comme Calathéa l’avait conseillé, elle avait pris beaucoup de repos s’octroyant de longs moments pour elle seule, à se promener dans une ville qu’elle avait appris à apprivoiser.

La main posée sur son ventre dans un geste protecteur, Liiken laissait ses pas la guider sans soucier de l’endroit où ils se rendaient elle et Erwan. La joie de savoir qu’elle était enceinte de triplés ne s’était pas éteinte en deux mois, et chaque fois qu’elle y songeait, une bouffée de joie l’étreignait. Au fond d’elle, elle espérait qu’au moins l’un d’entre eux serait une fille. Elle voulait tellement d’un petit ange bien plus calme que ses trois brigands de garçons. De plus, au fond d’elle, elle espère pouvoir rendre un dernier hommage à Vanye en donnant à sa fille son prénom. De si longs mois se sont écoulés déjà, depuis son décès. Le temps semble s’être envolé depuis les Feux de la Gérax, tant de choses se sont produites, si inattendues. Et pourtant Liiken ne se sent pas tellement perdue. Enfin, plus tellement… Sa faculté d’adaptation aidée par une âme enfantine lui a permis de se faire rapidement son foyer dans cette immense ville.

Le hasard de ses pas avait voulu qu’elle se retrouve devant un temple. Mais pas n’importe lequel, celui qu’on lui avait désigné comme étant le sanctuaire dans lequel elle devrait accoucher le moment venu. La jeune femme n’avait aucune conscience des enjeux politiques que le bâtiment incarnait. Pour elle, Tour des Oracles ne signifiait pas grand-chose, comme elle se l’était promis, elle était restée loin de toute intrigue politique. Tout ce qu’elle savait de la Tour des Oracles, c’était que Therdorus y vivait, avec une sœur si elle avait bien enregistré ce qu’on lui avait dit. De longues discussions avec Sieben avaient convaincu Liiken qu’il serait mieux pour elle d’accoucher là-bas, où elle et ses enfants seraient bien entourés. Mais il lui restait du temps… Encore une fois le temps qu’elle avait passé dans la ville avant que les triplés ne naissent.

Mais le destin semblait avoir choisi une autre voie pour elle et les siens…

Elle ressent soudain une violente douleur dans le bas-ventre. Terrassée par la douleur, elle manque de s’effondrer, ce qu’elle aurait fait si Erwan n’avait pas été là pour la soutenir. La panique commence à la gagner lorsqu’elle sent un liquide s’écouler entre ses cuisses. L’imminence de son accouchement lui apparaît comme une terrifiante évidence. C’est trop tôt ! Beaucoup trop tôt ! La peur étreint son cœur et elle ne se sent plus capable de réfléchir. La douleur intense lui enlève toute faculté de réflexion. Des larmes de douleurs perlent au coin de ses yeux et des gémissements s’échappent de ses lèvres. Son regard se perd sur ses chevilles, la peur qu’elle avait ressenti jusqu’alors n’est rien comparé à l’effarement qui la gagne lorsqu’elle se rend compte que non contente d’avoir perdu les eaux, elle perd aussi du sang.

Mais ce sang a sur elle l’effet d’une gifle. Reprenant les choses en main, elle se redresse. Le visage d’Erwan est pâle, défait, il comprend vite que les choses ne tournent pas rond. Sa femme ne devrait pas avoir mal, elle ne devrait pas perdre de sang. La future mère prend les choses en main.

- Erwan, amène-moi à l’intérieur. Une fois que je suis installée, cours prévenir Calathéa, elle m’a promis qu’elle serait là pour l’accouchement. Envoie-là ici directement et …


La douleur d’une nouvelle contraction lui coupe le souffle. Elle tente tant bien que mal de garder son calme et de reprendre sa respiration, mais l’opération est délicate. Malgré trois accouchements, Liiken se sent désemparée… La douleur est si forte… si forte… Elle manque de sombrer dans l’inconscience quand Erwan l’aide à nouveau. Il la prend dans ses bras et la conduit à l’intérieur. Liiken voudrait s’abandonner à la bienfaisance d’un évanouissement mais elle a trop peur pour ses enfants. Alors elle lutte contre l’engourdissement qui la gagne et se focalise sur la douleur pour ne pas sombrer.

Des prêtres viennent à leur rencontre, il ne leur faut pas plus de quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passe. Ils invitent Erwan à les suivre dans une salle prévue à cet effet. Couchée dans un lit spécial, les pieds surélevés, Liiken est aidée par deux moniales. Entre deux contractions, elle parvient à reprendre la parole.

- Erwan, file ! J’ai besoin de Calathéa ! Dépose les enfants chez Sieben, je suis sûre qu’il sera d’accord qu’ils restent chez lui…

Erwan hésite, il n’a pas envie de laisser sa femme à des illustres inconnus mais il a bien plus confiance en la science de Calathéa plutôt que celle de ces étranges prêtresses. Liiken lit dans son regard et comprend ses hésitations, mais elle n’a pas le temps. Du sang coule toujours entre ses jambes, il n’y a pas une minute à perdre.

- Erwan, vas-y !

Ça y est, il est parti. Les deux femmes qui l’entourent la toilettent un peu et épongent le sang entre ses cuisses. Il a presque arrêté de couleur maintenant, mais Liiken n’en n’a plus conscience, les contractions sont très rapprochées, l’accouchement va beaucoup trop vite, ce n’est pas normal. Aucune moniale ne songe à la rassurer sur son état, elles se contentent de vérifier ses fonctions vitales et l’avancement de l’accouchement.

Liiken se sent atrocement seule. Elle regrette le départ d’Erwan, la colère gronde en elle, décuplée par ses hormones et la douleur qui lui ronge le ventre. D’un coup de pied, elle rejette l’aide que tente de lui apporter une religieuse. Elle se débat, elle veut comprendre. Pourquoi personne ne lui dit ce qu’il se passe ? Sa rage éclate, inattendue, d’une surprenante violence.

- Ne me touchez pas ! Vous n’avez pas le droit ! Calathéa va arriver et s’occuper de moi ! C’est l’une des miennes, elle s’y connaît bien mieux que vous ! Ne m’approchez pas !

Des larmes coulent à flots sur ses joues, elle sait que sa réaction est proche de l'hystérie mais rien ne peut endiguer le flot d'émotions qui la gagne. C’est en vain qu’elle tente de recouvrer son souffle. Sa respiration saccadée ne l’aide pas à mieux supporter la douleur des contractions, que du contraire. Sa raison s’égare au milieu de ses cris. Et ces incapables qui ne l’aident en rien… Encore une de leur stupide histoire de Volonté ! Pour la première fois depuis son arrivée, Liiken regrette de ne plus être à Arestim.

Le temps s’écoule étrangement lentement en l’absence d’Erwan et de Calathéa. Au moindre bruit, son regard se tourne vers la porte, celle par laquelle Calathéa devrait arriver. La déception se lit facilement sur son visage à chaque fois qu’elle comprend que ce n’est pas encore son amie qui est là pour elle. Allongée sur le lit elle voudrait se rouler en boule mais n’en n’a plus la force. Que fait Calathéa ? Elle devrait être là, non ? Liiken a perdu la notion du temps et ne se rend pas compte qu’Erwan est parti depuis dix minutes tout au plus. Les contractions sont de plus en plus longues et douloureuse, Liiken a désespérément besoin des siens… Que font-ils ? Où sont-ils ?

Enfin, après ce qu’il lui semble être une éternité, la porte s’ouvre. Calathéa, essoufflée, est arrivée. Liiken parvient à lui faire un maigre sourire en signe d’accueil. Tout va bien se passer maintenant songe-t-elle… Et pour la première fois depuis une heure, elle se détend. Calathéa est là… Elle est sauve… Et ses bébés aussi.


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Calathéa Weïss
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Ven 1 Oct - 7:03

Les trois enfants jouaient dans l’herbe et Calathéa posait un regard attendri sur eux. Liiken avait vraiment fait du beau travail, ils étaient magnifiques. De temps en temps, Lorris venait lui montrer ses nouvelles trouvailles, insectes, fleurs ou petits cailloux. Il restait sans conteste son préféré. Sans doute parce qu’elle gardait ancré au plus profond d’elle-même le souvenir de sa première rencontre avec sa cousine. Elle revoyait Lorris, blotti dans les bras de sa mère puis dans les siens, son odeur, la douceur de sa peau …

Durant ces deux mois, la guérisseuse s’était beaucoup rapprochée de la petite famille. Liiken lui avait plus d’une fois proposer de vivre avec eux mais elle préférait rester seule. Encore un peu … Elle avait essayé de faire cette ville sienne mais, malgré les longues heures à arpenter les rues, elle ne s’y était jamais vraiment faite. Peu importe, elle avait des marques, des repères. Comme sa toute petite maison, sans doute l’une des plus simples du quartier Commerçant. Elle y avait recréé le havre de paix des maisons Pélégons, la grande cheminée, les meubles en bois brut, sans fioritures.
Malgré le nombre important de guérisseurs Ilédors, certains Olarils persistaient à lui faire confiance et sa clientèle restait tout à fait correct. Elle gagnait suffisamment d’argent pour être autonome et ne dépendre de personne. De plus, cela lui laissait le temps nécessaire pour se perfectionner auprès des Ilédors. Certains l’accueillaient à bras ouverts, la laissant les observer, voir ce qu’ils utilisaient comme médicaments ou comme techniques. Mais celle qu’elle rêvait le plus d’approcher, Grand-Mère, elle ne l’avait qu’entr’aperçut. Elle était bien trop occupée pour s’embarrasser d’une Olarile qui lui traînerait dans les pattes et Théa était encore trop intimidée pour oser lui demander aide et conseils. Elle attendait pour cela d’avoir parfait ses connaissances.
Néanmoins, elle gardait le contact avec Lell, dont elle appréciait chaque fois davantage la conversation et la façon d’être. Elle était simple mais accueillante, professionnelle mais bienveillante. Et elle répondait à toutes ses questions, même les plus stupides … De fait, l’héritière des Weïss avait grandement progressé en deux mois, spécialement dans le domaine de l’accouchement qui l’intéressait particulièrement depuis que sa jeune cousine avait manifesté l’envie de l’avoir pour accoucheuse. Elle n’avait pas limité son apprentissage au savoir Ilédor et les Chasseresses avaient souvent dû répondre à ses interrogations. Elle avait donc eu de quoi occuper agréablement son temps.

Et, régulièrement, comme cet après-midi, elle venait garder les enfants de Liiken et Erwan, s’attardant souvent pour le dîner, appréciant de retrouver à travers cette famille unie, un peu de la chaleur Pélégon.
La tiédeur de l’air rendait la journée plus agréable encore et les pensées de Calathéa errait au fil des quelques nuages qui parsemaient le ciel, tandis que son regard restait fixé sur les enfants qui, bien que peu turbulents, pouvaient toujours se blesser ou se chamailler.
Elle sentait l’herbe lui chatouiller la peau sous la robe à la mode Ilédore qu’elle avait revêtue, légère et confortable. Les souvenirs de sa forêt natale rejaillissaient mais, pour une fois, ils n’étaient pas teintés de mélancolie.

Ses pensées furent balayées par l’arrivée de Erwan, essoufflé et le teint rougi. Il parvenait à peine à parler, ne put dire qu’un mot.
Liiken.
Calathéa compris, sa bouche s’arrondit en un « oh » de surprise puis elle sourit. Un mélange de joie et d’excitation l’envahit.
Les triplés arrivaient …
Mais où ça ? ! Erwan balbutia la réponse. Très bien, elle voyait où c’était.
Saisissant son sac, elle se rua vers la porte, ne s’arrêtant qu’au dernier moment pour crier au futur père :
« Fais garder les enfants puis rejoins-nous ! »
L’accouchement serait éprouvant, Liiken aurait besoin d’avoir son époux près d’elle pour la soutenir.

Ses pas résonnèrent dans la rue alors qu’elle s’éloignait, se tordant les chevilles dans les pavés disjoints. Maudites sandales ! Décidément, les Ilédors préféraient trop souvent l’esthétique au pratique. Arrivée chez elle, elle abandonna d’ailleurs les chaussures. Mieux valait qu’elle court pieds nus, elle serait plus rapide. Ouvrant son sac, elle le remplit de tout ce qui pouvait lui servir : draps et torchons propres, alcool, plantes et instruments en tout genre.
Elle traversa le quartier Religieux à vive allure, l’enthousiasme lui donnant des ailes.
La sueur avait inondé son front, collant des mèches de cheveux ébène sur ses tempes et sa nuque, et accentuant l’air sauvage que lui donnait ses pieds nus et sa robe qui voletait autour d’elle, découvrant ses bras et ses jambes. Certains Ilédors la fixaient, perplexes, notamment la horde de petits Nobles qui attendaient avec impatience d’avoir l’honneur de s’entretenir avec les Oracles.
Finalement, un prêtre sortit du Temple que la guérisseuse n’avait même pas remarqué jusque-là et la héla.
Elle lui sourit, reconnaissante et se précipita à sa suite vers la pièce où l’on venait de coucher Liiken.
Celle-ci semblait perdue, affolée et Calathéa comprit pourquoi en avisant les femmes à l’air austère qui l’entourait. Sans s’occuper de leurs protestations inutiles, Calathéa s’approcha d’une Liiken haletante au visage ravagé de larmes. Elle lui accorda tout de même un sourire de soulagement et ferma les yeux un instant, avant d’être secouée par une nouvelle salve de douleur.
Sa guérisseuse et amie lui saisit la main et lui sourit, rassurante.
« Ne t’inquiète pas, petite sœur, je suis là. Tout va bien se passer. »

Sa voix, calme et claire, tranchait avec les cris de la future mère et le silence hostile des moniales.
Elle épongea le front de sa cousine puis vida calmement mais rapidement son sac, sous l’œil effaré de la femme qui s’apprêtait à faire accoucher Liiken. Celle-ci dû néanmoins lui céder sa place sous l’œil courroucé d’une future mère que la situation rendait peu avenante.
L’usage voulait que les femmes Olariles accouchent debout ou, le plus souvent, assises. Mais Liiken s’apprêtait à donner naissance à trois enfants et Calathéa avait peur qu’elle ne s’épuise, aussi préféra-t-elle la laisser allonger.
Ses premiers ordres fusèrent et celles qui n’avaient que peu envie de l’assister ne purent pourtant en faire autrement. Elles s’occupèrent de faire infuser les plantes que l’Olarile leur confiait puis faisaient boire les différentes mixtures à une Liiken qui commençait à se calmer.
En attendant, Calathéa s’occupa de rassurer la femme enceinte.
« Respire calmement, voilà. Et il va falloir que tu souffles, comme je te l’ai montré la dernière fois. Il n’y a rien de différent, d’accord ? Les potions devraient faire passer la douleur mais je pense que tu vas souffrir quand même un peu. »
Elle préférait être totalement sincère, quitte à annoncer de mauvaises nouvelles.

Elle se plaça entre ses jambes, de manière à ce que la jeune marqueteuse puisse voir son visage, son sourire apaisant et entendre ses paroles encourageantes. Puis elle se trempa les mains dans l’alcool et les frictionna. Elle avait été heureuse de constater que cette pratique, découverte par les femmes Olariles, ait trouvé un échos à Edor Adeï où l’hygiène semblait être si importante.
Elle s’inquiéta tout d’abord des saignements mais ils avaient déjà cessé et, finalement, n’étaient pas très important. Après tout, porter trois enfants faisait forcément souffrir le corps davantage que lorsqu’il n’y en avait qu’un seul. Les contractions se faisaient de plus en plus violentes et Liiken se mit à pousser sans même attendre que sa cousine ne le lui dise. Cela lui rappelait sans doute ses précédents accouchements, tout comme cela rappelait le sien à Calathéa, et cet instinct qui lui disait de pousser, au bon moment et de la bonne façon.
La douleur était loin d’être apaisée et les deux poings de la Pélégon serraient les draps à les arracher. Théa aurait voulu pouvoir lui tenir la main mais elle était trop occupée et les deux autres femmes ne faisaient que les regarder d’un air dédaigneux. Elles avaient peut-être des connaissances très sûres mais elles manquaient d’humanité pour ce genre de tâche. Liiken n’était peut-être pas en mesure de penser à cela mais Calathéa regrettait pour elle qu’Erwan ne soit pas encore là.

Tout bougeait autour d’elle et tout lui semblait aller à une vitesse incroyable. Sans doute le premier enfant mit-il un moment à sortir puisque Liiken commençait déjà à s’épuiser mais Calathéa eut l’impression que cela faisait seulement quelques minutes qu’elle s’affairait aux pieds de sa cousine.
Celle-ci faisait un travail exemplaire et elle ne cessait de la féliciter, l’encourageant sans relâche, lui parlant pour lui faire oublier, ne serait-ce qu’un peu, le déchirement des chairs.
Enfin, la première tête apparue. Théa ne put retenir un petit cri de joie tandis que Liiken soupirait de plus belle.
« Il arrive ! »
Il ? Les épaules passèrent puis la fin du corps vînt bien plus facilement. C’était bien « il ».
« C’est un garçon ! Il est magnifique ! Oh ! Son frère ou sa sœur est déjà là ! »
Le nouveau-né dans les bras, Calathéa s’empressa de couper le cordon pour pouvoir s’occuper du second qui pointait le bout de son nez. Mais, à peine fit-elle mine de tendre le nourrisson à sa mère que l’une des deux femmes, immobile jusque là s’en saisi, l’arrachant au bras de sa tante et le privant de sa mère. L’enfant se mit à crier et Calathéa aurait vivement protesté si elle n’avait pas dû immédiatement s’occuper de faire sortir le deuxième.
Quelle lâcheté, quelle cruauté ! Empêcher une mère de porter son enfant !
L’agacement montait en elle mais elle se força à sourire, pour rassurer Liiken.
Le deuxième garçon sorti, des jumeaux … Un signe de chance, pensa la guérisseuse.
Comme le premier, il lui fut retiré des mains sitôt le cordon coupé. Mais elles n’auraient pas le troisième, Calathéa se le promettait …
Celui-ci, d’ailleurs, ne se présentait pas exactement comme il fallait. La guérisseuse se félicita d’avoir appris quelques manœuvres et le replaça dans le bon sens, s’efforçant d’être douce, expliquant chacun de ses gestes à une mère à bout de force.
« Un dernier effort. »
Sa voix, un murmure, était autant adressée à la mère qu’à l’enfant à naître. Il mit un peu plus de temps à descendre, sans doute parce qu’il était le plus éloigné, celui enfouit au plus profond des entrailles de sa mère …
La tête passa néanmoins sans encombre, immédiatement suivi par un corps parfaitement formé. Théa avait entendu parler de grossesses multiples où certains enfants étaient nés estropiés et craignait que ce ne soit le cas, aux vuex ce qu’ils avaient subit lors de la traversée de la Gérax.
Et c’est avec un plaisir immense que, gardant précieusement son trésor, elle put déposer le dernier bébé contre le sein de sa mère.
Celle-ci cligna des yeux, comme étonnée que ce soit fini. Elle semblait hagarde et sur le point de perdre connaissance mais ce petit corps chaud et frémissant la raviva, tout comme le cri qui lui perça les oreilles.
Calathéa lui sourit, rassurée que ce soit presque fini et laissa échapper un éclat de rire.
« C’est une fille, Liiken ! Tu te rends compte ? ! Une fille ? ! »
Elle connaissait le désir profond de son amie d'avoir une fille, rien qu'une seule. Et elle n'en était que plus réjouie pour elle.

Elle lui serra le bras, se pencha pour embrasser sa joue couverte de sueur et de larmes.
« Tu as été parfaite. »

Puis elle s’éloigna, laissant mère et fille faire connaissance, juste le temps de ramener de quoi nettoyer la petite. Elle aida Liiken à s’accouder et à faire les premiers gestes puis les laissa seules.
Sa cousine n’avait pas chômé et avait déjà expulsé les placentas. Il y en avait deux et ils étaient complets. Les Ilédors avaient noté que beaucoup de femmes dont les placentas étaient incomplets après l’accouchement mourraient peu de temps après. S’ils n’en connaissaient pas réellement les raisons, ils avaient tout de même l’habitude de vérifier ce détail et, le cas échéant, de tenter de récupérer le reste.

Tout s’était bien passé. La guérisseuse n’en revenait pas. Elle s’était attendue à tellement pire … Certes, elle avait été enchantée d’accepter la proposition de sa cousine mais l’inquiétude l’avait cernée plus d’une fois. Tellement de femmes n’y survivaient pas …
Mais, malgré sa fatigue, Liiken allait bien.
Et ses trois magnifiques enfants aussi …
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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Dim 3 Oct - 22:10

Calathéa est là, tout allait bien se passer. Il ne manque plus qu’Erwan qui ne tardera pas à arriver, Liiken en est convaincue. Tant bien que mal, elle tente de se calmer pour ne pas rendre plus difficile sa tâche et celle de Calathéa. Les paroles apaisantes de cette dernière contribuent à la calmer bien plus efficacement que le silence hostile des moniales. Liiken se souvient des consignes que Calathéa lui a donné pour que l’accouchement se passe au mieux, et de toutes ses maigres forces, elle se concentre afin de respirer convenablement et ne pas se laisser gagner par l’hystérie.

Rapidement, grâce aux potions calmantes, la douleur diminue, mais elle n’en reste pas moins présente. Liiken se remémore les trois autres accouchements qu’elle a eus. Tout s’est toujours bien terminé, pourquoi ne serait-ce pas le cas ici ? Mais du plus profond de son instinct de mère, elle sent que quelque chose ne va pas… Les saignements de tout à l’heure sont peut-être sans gravité, mais il ne lui est jamais arrivé auparavant d’en avoir. Les naissances de ses trois aînés se sont toutes déroulées parfaitement.

Les contractions se rapprochent, plus longues, plus douloureuses, et Liiken ressent l’absence de mari plus intensément que jamais. Elle a terriblement besoin de lui et elle a honte de l’avoir envoyé chercher Calathéa de cette manière. Où est-il ? Que fait-il ? Il devrait déjà être revenu, non ? La jeune mère n’a pas le temps de se laisser gagner par la panique, déjà, une nouvelle contraction tend ses muscles. La douleur est tellement forte qu’elle arrache un cri à Liiken, malgré les calmants que sa cousine lui a donnés. Elle a l’impression qu’elle se déchire de l’intérieur… Jamais elle ne pourra y arriver, ce n’est pas possible !

Grâce à son expérience, Liiken sait qu’il ne faut pas commencer à pousser trop vite, ça ne fait que rendre les choses plus difficiles. L’envie de pousser est pourtant terriblement forte et Liiken doit se retenir de toutes ses forces pour ne pas s’y abandonner. Les minutes s’écoulent, longues, pénibles… Mue par instinct maternel puissant et l’expérience de trois accouchements, la jeune mère sent qu’il est temps pour elle de ne plus se contenter d’encaisser et de participer activement à la naissance de ses triplés désormais. La contraction suivante est longue et très douloureuse, mais Liiken pousse de toutes ses forces. L’effort la laisse vidée de toute énergie, pourtant, comme le veut le miracle de la naissance, lorsqu’une nouvelle contraction vient, elle trouve encore la force de pousser. Le temps paraît s’être figé, Liiken ne sait plus depuis combien de temps elle pousse, elle a l’impression que c’est une éternité. Et Erwan qui n’est toujours pas là. Et si l’un de ses enfants avait eu un problème ? Lorris ? Aed ? Jehan ?

Les pensées de la jeune femme glissent, incohérentes, d’un sujet à l’autre. La douleur qui l’étreint à chacune des poussées l’empêche de se concentrer réellement sur quoi que ce soit. Calathéa à ses côtés est la seule constance qui l’empêche de se laisser aller sans plus fournir aucun effort. Sa voix douce, ses paroles d’encouragements sont autant d’éléments qui permettent à Liiken de garder les pieds sur terre. Ses doigts contractés par la douleur s’agrippent avec une force peu commune aux draps, comme si ce simple geste peut la soulager un peu de la douleur que la jeune mère ressent. Mais pousser n’est pas vain et inutile car bientôt, Calathéa annonce qu’elle voit une première tête.

Une première vague de soulagement ravit alors que cœur de Liiken, bientôt, elle sera délivrée. La tête, c’est la partie la plus difficile, elle le sait, alors elle donne tout ce qu’elle peut pour que ce moment passe le plus rapidement possible. Bientôt, elle sent que l’enfant a été expulsé. Calathéa annonce d’une voix radieuse qu’il s’agit d’un fils. Un fils. Liiken ne peut s’empêcher de sourire. Elle désirait si ardemment une fille et pourtant, l’annonce d’avoir encore un petit garçon l’emplit d’un bonheur non feint. Elle voudrait le prendre dans ses bras, mais déjà, une nouvelle contraction l’empêche de dire le moindre mot. Sa respiration se transforme en râle, ses cris en gémissements étouffés, jamais rien ne lui a demandé autant de force. Alors qu’il lui reste deux enfants à mettre au monde, Liiken a déjà l’impression de ne plus avoir la moindre force. Pourtant, elle continue à suivre les consignes de Calathéa et pousse encore et encore.

Rapidement, un deuxième petit garçon suit le premier. Liiken est au comble du bonheur, avec le peu de force qu’il lui reste, elle tend les bras pour prendre son fils dans ses bras, mais rien ne vient. L’inquiétude la gagne. Pourquoi ne lui donne-t-on pas ses bébés ? Ce sont ses fils, non ? Elle voudrait crier, mais elle n’en n’a plus la force, alors c’est juste un souffle qui s’échappe de ses lèvres.

- Calathéa… Mes fils…


Mais à nouveau, déjà, une nouvelle contraction l’empêche de poursuivre. Le troisième bébé ne se présente pas bien au vu des explications de Calathéa. Une certaine panique augmentée de lassitude gagne le cœur de Liiken. Elle n’a pas entendu le premier cri de ses fils et s’inquiète. Et s’ils étaient morts ? Mais que fait Erwan lorsqu’elle a besoin de lui ? Il n’est jamais là ! Mais Calathé continue de lui parler et sa voix permet à Liiken d’arrêter de délirer un moment pour se concentrer sur les gestes accomplis par la guérisseuse. Le dernier enfant tarde à venir.

Après quelques minutes pourtant, Liiken sent que la délivrance est proche, la tête est presque sortie, le reste du corps suivra sans problème. Enfin, elle sent le dernier de ses bébés sortir de son cocon protecteur. La voix toute excitée de sa cousine lui parvient : c’est une fille ! Un petit rire s’échappe alors des lèvres de la toute nouvelle triple maman : une fille ! La sensation qui l’envahit est délicieuse, avide de découvrir son nouveau petit monde, elle reçoit avec bonheur son petit ange dans les bras. Le bébé est encore sale mais Liiken n’en n’a cure et embrasse sa fille sur le front… Elle est si petite, elle a l’air si fragile. Des larmes de joie s’échappent des yeux de Liiken. Elle est tellement heureuse !

C’est à ce moment-là qu’Erwan, suivi d’un homme que Liiken n’identifie pas tout de suite, entre dans la pièce. Son air hagard et son manque de souffle montrent qu’il a dû courir pour venir jusqu’ici. L’accouchement a sans doute été plus rapide que Liiken ne l’imaginait… Mais plus rien n’a d’importance désormais que le petit être qu’elle serre dans ses bras, la présence de son mari et … Son cœur s’arrête de battre un instant. Avant même de réfléchir aux conséquences, Liiken se met à crier.

- Où sont mes fils ? Où sont mes fils ? Rendez-les moi !

Se tournant vers Calathéa à ses côté, elle lève vers sa cousine un regard interrogateur. Que ces stupides moniales ont-elles fait de ses fils ?

- Calathéa ? Où sont-ils ?

Mais la guérisseuse ne connaît pas la réponse. Les moniales les ont emmenés directement après leur naissance. Liiken se tourne alors vers son mari.

- Erwan ! Ils ont pris nos fils ! Ramène-les ! S’il te plaît !

Enfin, Liiken avise l’homme à côté de son mari. Il s’agit de Sieben. Son regard n’est pas aussi étonné que celui des autres. Il semble comprendre ce qu’il se passe. Mais Liiken ne veut pas comprendre, elle veut qu’on lui rende ses fils ! De quel droit les a-t-on emmenés ? La petite fille, sentant sans doute la panique de sa mère se met à hurler de toute la force de ses petits poumons. Liiken tente tant bien de la calmer tout en réclamant à grand cris ses enfants.

- Sieben ! Allez les chercher ! S’il vous plaît ! Dites leur que je peux prendre soin de mes enfants ! Ramenez-les moi…

Des larmes coulent à torrent désormais sur ses joues, et la jeune mère s’agrippe désespérément à sa fille de peur qu’on veuille la lui enlever également. Une autre moniale se tient en effet à ses côtés et a déjà tenté à plusieurs reprises de lui prendre sa fille, c’est seulement grâce à la présence de Calathéa et de son mari qu’elle a pu la garder jusqu’à présent. Au bord de la folie, entre deux sanglots, elle gémit : « Rendez-moi mes fils ! Rendez-moi mes fils ! » Ces phrases sortent d’elles comme une litanie, c’est désormais tout ce qu’elle est capable de dire. Erwan, à ses côté, est blanc comme un linge, tout heureux qu’il était de découvrir que sa femme venait de mettre au monde deux fils et une fille, la disparition de deux d’entre eux le gênait profondément, même s’il est convaincu qu’on lui rendra ses enfants. De mieux qu’il peut, il tente de rassurer sa femme.

- Ils vont les ramener ma chérie… Ils vont nous les rendre. Ils sont peut-être juste partis les nettoyer.

Au fond de lui, il sait que ce n’est pas le cas, ça ne devrait pas prendre autant de temps de nettoyer un nouveau-né, il y a autre chose là-derrière, et ne pas être au courant n’est pas fait pour apaiser ses craintes. Mu par le même espoir que sa femme, il se tourne vers le seul Ilédor de confiance qui se trouve dans la pièce.

- Sieben ! Trouvez-les ! S’il vous plaît ! Qu’on nous rende nos enfants !



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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Lun 11 Oct - 19:09

La situation était revenue à la normale pendant ces deux derniers mois. La normale d’une ville en siège, mais en tout cas plus détendue que lorsque tous les olarils avaient été présents, dormant, mangeant et vivants dans son auberge. Les olarils s’étaient dispersé et l’on revenait à l’affluence et la marche d’avant. Encore que : la réputation même du Ceste Clouté avait été changée et la présence des étrangers avait été un coup de pub phénoménal qui faisait que malgré le siège et la plupart des pénuries (Sieben n’avait plus aucun moyen de trouver du vin à présent) la clientèle venait pour s’imprégner de l’ambiance, découvrir une nouvelle curiosité touristique, et fuir le siège, même sans pouvoir boire beaucoup. Sieben était devenu tellement riche qu’il rachetait les stocks d’autres auberges moins fréquentées pour pouvoir continuer à servir.

Comme on pouvait le voir, le retour à la routine n’excluait pas le travail, mais un évènement comme celui là si. C’avait commencé par Erwan Aryassat qui avait débarqué avec sa maramaille en gueulant la nouvelle, et surtout en cherchant qui pouvait se charger des mômes pendant ce temps, ils n'y avaient pas leur place. La solidarité olarile fit qu'ils furent vite pris sous les ailes d'une Pélégon, et Erwan repartit aussi sec. Sieben se demandait s'il devait se sentir concerné: après tout, c'était une naissance d'olarils, et il n'était pas de ce peuple.

Oui, mais la naissance avait quand même lieu sur terre Ilédore, au milieu d’une communauté ilédore, et se déroulerait selon les rites ilédors.

Des rites dont les Aryassat ne connaissaient rien…

Il hésita un moment, puis défit son tablier.


A force de beugler, il finit par rattraper Erwan, qui de toute façon avait réussi à se perdre sur la place la plus proche. Il était dans une euphorie particulièrement forte, il était prêt à embrasser n’importe qui et aller n’importe où. Sieben s’en rendit compte au moment où pour aller à la Tour des Oracles, il prit la direction de la Porte. En l’attrapant par l’épaule d’une poigne ferme, il le recadra et lui fit comprendre qu’il allait l’assister.

Il lui dit qu’il serait le guide ilédor pour cette naissance en terre ilédore.

Le papa ne discuta pas, ca lui semblait logique, mais dans son état, il aurait accepté n’importe quelle proposition, sauf éventuellement tuer ses enfants. Il se sentit quand même nettement rassuré lorsque Sieben le fit pivoter et guider vite fait jusqu’à la Tour des Oracles. Les enfants Aryassat les suivaient, tout au long du trajet, du coin de l’œil, l’aubergiste vérifia sans cesse qu’ils ne se perdaient pas dans la foule, comme si ces gosses étaient les siens. Après tout, il avait veillé sur leurs sommeils pendant deux mois.


Sieben resta bien sagement en retrait, estimant que ce n’était pas son rôle que d’assister à cet accouchement. A priori, cet évènement devait être purement olaril, lui n’y avait pas sa place. Il n’était que l’hôte, rien d’autre, pas un intime de la famille, pas suffisamment intime pour assister à cet évènement. Un premier bébé était sorti, un sourire s’était dessiné à travers sa barbe. Même séparé par un mur épais et une porte ouverte, c’était comme s’il y était. Une minute plus tard, une ecclésiastique de Therdone était sorti en portant le nouveau né dans ses bras l’air maussade, comme si elle accomplissait un devoir qui ne l’emballait franchement pas. Sieben savait pour quoi c’était, aussi se contenta-t-il de la saluer humblement. Cette femme devait avoir averti le couple qu’elle allait nettoyer le bébé et faire tout le nécessaire autour. Elle devait bien s’être rendu compte qu’ils étaient étrangers et qu’ils ne connaissaient pas les rites ilédors. Un autre bébé plus tard, alors que Sieben ne s’était toujours pas inquiétés de cela, il dut changer d’avis face à l’appel des Aryassat.

Sieben courut comme jamais au cours de ces dernières années. Les bébés ne couraient aucun risque, mais ce n’était pas bon pour une très fraîche mère de s’agiter ainsi. Et puis, soudainement il doutait de la compassion des religieuses à l’égard des bébés olarils… Heureusement que tous les sanctuaires y compris la tour des oracles avaient le même plan, cela lui permit de se précipiter jusqu’à la pièce d’accueil des bébés présentés. Les deux petits garçons braillaient à qui mieux mieux sur une table en pierre froide, manipulée de façon professionnelle comme des paquets par les religieuses, qui leur enfilait une petite tunique excessivement simple, qui avait connu bien d’autre bébés avant eux. Les religieuses se tournèrent vers le nouveau venu et dirent d’une voix contrariée :

« Vous êtes le père ? »
« Je suis le représentant de celui-ci. »

Et c’était vrai, Sieben pensait sincèrement qu’il devait endosser cette responsabilité. La guérisseuse Olarile vint à ce moment là, Calathéa Vaiss ou Weiss si sa mémoire était bonne. Il ne la regarda que le temps de prendre conscience de sa présence, et elle put assister à la suite de l’entretien.

« Seul le père peut présenter les enfants devant Therdone. »
« Leur père à eux ne sait pas comment faire. Moi je sais, et la famille me fait confiance. »
« Ce sont des… étrangers ? Dans ce cas, vous comprendrez qu’il vaut peut être mieux ne pas accomplir le rituel. »
« J’insiste. Ces trois bébés seront un jour de véritables ilédors qui serviront Therdone, si on leur en laisse la possibilité. »
« Etrangers d’où ? »
« Du passé. Ils ont droit au baptême des Ilédors. »
« Vous n’êtes pas théologien. »
« Je représente le père. »

Les réponses de Sieben n’étaient pas empreintes d’une grande ouverture d’esprit, mais elles témoignaient en tout cas d’une volonté sincère de faire bien. En effet :

Du plus profond de lui, il voulait offrir ce cadeau aux Aryassat et aux Olarils : devenir des ilédors à part entière, à travers ces nouveaux nés. La religieuse sembla fléchir à ces arguments.

« Je vais chercher la petite fille. »


A Calathéa, lorsqu’il se retourna, il dit :

« Faites moi confiance, je vais faire d’eux de véritables Ilédors en plus d’être Olaril. Je vais les présenter devant Therdone, faites moi confiance. »
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Sam 16 Oct - 6:50

C’était un petit autel, rehaussé de trois marches, avec une vasque en bronze en haut assez profonde.

Sieben avait prit les choses en main, selon son intime conviction, et pour le bien de ces bébés. Alors que la prêtresse disposait les ustensiles du rituel autour de la vasque en bronze, il prenait tour à tour chacun des trois nourrissons et les dorlotait pour les faire patienter. Tous trois vagissaient, mais il s’acharnait malgré tout à les calmer et à les rassurer, tout en essayant aussi de rassurer les parents par des sourires aimables et sincères. Avec ses grosses pattes, il caressait les cheveux filasses des poupons et les couvait autant qu’il pouvait. Puis il en donna un à Erwan, la fille à Calathéa, et garda le dernier entre ses bras.

Deux assistants, petits clercs en robe grise, arrivèrent chargés avec des jarres de taille considérable et se positionnèrent chacun d’un côté de la vasque puis déversèrent de l’eau jusqu’au quatre cinquièmes de la hauteur. L’eau contre les parois faisait un bruit qui faisait frissonner. Dès que les jarres furent vidées, les clercs s’éclipsèrent vite fait et la prêtresse fit un grand geste des bras pour réclamer le silence.

« Tout membre du peuple élu est appelé à passer devant Therdone, pour certifier s’il est digne ou non d’être du Peuple Roi. Il est dit : «J’écarterai les faibles et sauvegarderai les forts. Ainsi, vous ne serez pas contaminé et jouirez d’un Royaume éternel » Parole de Therdone. Il est aussi dit : « Vois, je te choisis, tu seras le roi des peuples et toute Isle sera à tes pieds, de la Gérax au Raun, de l’embouchure du Phémur jusqu’à au-delà de Verdoya. Tu me présenteras chacun de tes nouveaux-nés et je les ferais passer sous mon regard, à cette condition seule pourrais je garantir la grandeur de tes maisons et la jouissance de tes champs.

Si tu fais cela, alors je te garantirais des héritiers qui agrandiront la maison que tu as bâtie et qui fertiliseront la vigne que tu as plantée. Ils défendront avec succès tes possessions et la paix régnera sur le pays, ils ne manqueront pas de se souvenir de toi et toujours ils parleront de toi comme celui qui leur a permis de vivre sous ma protection. » Ainsi Therdone parla-t-il aux Ilédors »


Ces phrases, c’était la base de la foi de Sieben, certes moins spectaculaire que beaucoup d’autres, mais c’était ainsi qu’il avait été éduqué et forgé. C’est par ces mots qu’on lui avait imposé toutes ses épreuves, et vu la vie qu’il avait mené, il avait souvent eu recours à cette justification par l’épreuve. Être Ilédor, c’est survivre aux épreuves de Therdone et en ressortir plus fort qu’auparavant, et la première étape, c’était ici, par le premier choc physique de la vie d’un nourisson.

Par la suite, quelle que soit leur vie, ils feraient partie à la fois des Olarils et du Peuple Chef. Voilà pourquoi il leur faisait subir ce rituel.

« Que le père s’approche avec le nourisson qu’il souhaite présenter ! »

Erwan fit peut être un pas timide, mais Sieben d’un regard et d’un sourire lui signifia qu’il serait mieux placé en tant qu’ilédor pour accomplir le rite. Avec toujours l’un des petits garçons dans ses bras, il franchit en bondissant les trois marches et se présenta devant la prêtresse, qu’il dépassait d’une tête et de deux épaules. Puis en lui ayant montré le bébé bien en évidence il fit un quart de tour qui lui fit faire face au bassin. Les reflets du bronze et de l’eau se conjuguaient pour illuminer son visage. Jusqu’ici, on pouvait espérer que cela se contente d’aspersion, d’une poignée d’eau ou de quelques gouttes

« Toi qui représente le père, fais ton devoir devant Therdone ! »


Sieben prit une inspiration, bloqua son souffle, et immergea complètement le bébé L’eau était tellement glacée qu’une chair de poule s’installa sur tout son corps, et même sa barbe se hérissa. Il se passa bien trois secondes aux habits d’éternités avant qu’il ne ressorte le petit du bassin. Il hurlait sa peine et sa colère et tentait de boxer Sieben pour de bon, lui faire payer cet outrage. L’aubergiste eut un gigantesque sourire en descendant vite fait les trois marches de l’estrade.

« Celui là sera un vigoureux gaillard ! Grand, beau et fort, il fera trembler celui les affrontera ha ha »

C’était à son tour d’être euphorique, et son rire paradoxalement rassura les parents tout justes assez pour qu’il put prendre des bras d’Erwan le deuxième garçon et l’échanger avec le premier. Sieben admira la confiance que les Aryassat mettaient en lui, de toute évidence, après le premier, il semblait que ce ne soit pas si dangereux.

En remontant les trois marches de l’autel, il présenta le second bébé à la prêtresse et fit face au bassin. Il prit une inspiration, bloqua son souffle et immergea complètement le second bébé. L’eau bouillonna alors que le nourrisson se débattait et des bulles crevaient la surface par dizaines. Mais Sieben le maintint fermement sous l’eau durant trois secondes avant de le remonter.

Le bébé toussa et grogna vaguement. Sieben le palpa rapidement : la respiration était normale, le pouls se sentait bien. Il descendit en trombe de l’estrade et en allant vers Calathéa, il dit :

« Celui-ci est un stoïque, rien ne le désarçonne. Il fera certainement un homme sans peur. »

Il fit l’échange entre le deuxième garçon et la petite fille que Calathéa tenait entre ses bras. Elle eut une hésitation avant de le lui donner, surtout lorsqu’elle toucha le bras trempé de Sieben et se rendit compte de la réelle température du bain. Mais Sieben prit l’initiative et emporta la petite fille en bondissant.

En remontant les trois marches de l’autel, il présenta le troisième bébé à la prêtresse et fit face au bassin. Il prit une inspiration, bloqua son souffle et immergea complètement le troisième bébé. Sieben attendait avec une gigantesque impatience la remontée du poupon à la surface, il piaffait de voir sa réaction, pour deviner quelle genre de femme ce serait. C’était la première fois qu’il jouait le rôle d’un père, même fugacement, et c’était tout nouveau pour lui. Il se demanda soudain pourquoi il n’avait jamais voulu d’enfant.

Au bout des trois secondes d’enfer, il remonta la petite. Aucune réaction, elle était bleue. Le cœur de Sieben diminua de moitié son volume alors qu’il la palpait : pas de pouls, pas de signe de respiration. Il s’assit au bord des marches et appuya deux trois fois sur le diaphragme de la petite pour relancer sa respiration, puis il la mit sur le ventre, la bouche entre ses deux doigts, et il administra des tapes moyennement vigoureuses. Les poumons ne repartirent pas, la conscience ne revint pas, le cœur ne se relança pas.

Jamais Sieben n’avait été aussi blanc, son propre cœur à lui s’était arrêté.
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Calathéa Weïss
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Jeu 21 Oct - 17:46

L’irritation de la guérisseuse Olarile commençait à monter. Elle regrettait que Liiken n’ait pu accoucher chez elle ; de a à z, l’accouchement se serait fait à la mode Olarile, tout particulièrement en laissant la mère prendre ses enfants dans ses bras …
Elle se tenait près de sa cousine lorsque Erwan arriva enfin, suivit de l’aubergiste, Sieben Raetan, si elle se souvenait bien.
Enfin, le couple était réuni ! Elle s’écarta légèrement, les laissant se retrouver et partager leur bonheur.
Mais la jeune mère semblait agitée, son regard fouillant la pièce où il se trouvaient.
Elle l’apostropha d’ailleurs et la Pélégon haussa les épaules d’un air impuissant avant de se reprendre. Un sourire, une main sur l’épaule, elle s’éloigna du couple, appela une moniale, ou du moins, tenta de le faire. Où avaient-ils bien pu emmener les deux petits garçons ? On ne lui répondit pas et, pire encore, on lui signifia clairement qu’elle n’avait pas à poser ce genre de questions.
Malheureusement pour les Ilédors, Calathéa n’était pas habituée à si peu de cordialité et c’était une des rares occasions où elle était capable de s’énerver vraiment.
Elle leur jeta un regard noir avant de se retourner, alertée par les hurlements de la petite fille. Liiken paniquait et son mari tentait en vain de la rassurer, tout en éloignant les femmes austères qui voulaient s’emparer du dernier bébé.
Elle revint vers eux, calma sa cousine.
« Tout va bien, ne t’inquiètes pas, on s’en occupe. Toi, tu viens d’accoucher, il ne faut pas que tu t’agites. Respire calmement. Voilà, c’est bien, ne t’inquiètes pas. »

Ses paroles semblaient illusoires mais son ton était convaincu. Elle lui épongea le front pendant qu’Erwan lui serrait la main à la briser.
Tous deux suppliaient Sieben de les aider et Calathéa plaça aussi tous ses espoirs en lui, joignant ses propres prières à celles des deux parents.

Celui-ci disparut soudain, s’engouffrant par une des portes. Apparemment, il savait ce qui se passait et agissait en conséquence. Après un regard à sa cousine, la jeune femme décida de lui emboîter le pas. Erwan suffirait pour l’instant à rassurer sa femme et celle-ci apprécierait qu’une Olarile soit auprès de ses fils.

Elle faillit se perdre dans le dédale des couloirs, finit par entendre des voix et s’approcha silencieusement de l’aubergiste. Il discutait avec une moniale et Calathéa mit quelques secondes à comprendre de quoi ils parlaient.
Apparemment, il désirait faire passer une sorte de rituel aux nourrissons, quelque chose de définitivement Ilédor. La guérisseuse n’osa interrompre la conversation et ces sourcils se froncèrent, seul signe de contrariété.
Elle était à priori plutôt contre, dans la mesure où elle ne savait absolument pas ce que c’était mais, après tout, il s’agissait de s’intégrer, d’adopter le mode de vie Ilédor … Les Aryassat avaient l’air plutôt pour, ils avaient pris une maison, avaient trouvé du travail et semblaient en somme assez satisfaits de leur nouvelle vie à Edor Adeï. Et puis … Sieben ne leur avait jamais voulu que du bien, et il semblait convaincu que c’était la bonne chose à faire. Devant son ignorance, la dernière héritière des Weïss décida de lui faire confiance.
Si elle avait seulement pu prévoir ce qui allait se produire, elle s’y serait violemment opposée. Cet événements allait d’ailleurs devenir l’un des plus grands regrets de sa vie et, après cela, sa méfiance envers les coutumes Ilédors serait accrue à un point tel qu’elle surveillerait chaque femme Olarile enceinte aussi jalousement qu’une mère.

Elle aurait tout de même voulu savoir de quoi il s’agissait …
Mais elle n’eut pas l’occasion de le demander, Sieben disparaissant à nouveau pour aller chercher le dernier enfant, la petite fille, prunelle des yeux de sa mère. Ses dernières paroles étaient des plus rassurantes, étouffant les dernières réticences de la guérisseuse.

Il revînt bientôt avec les trois enfants et le père ; ils les avaient convaincus. Calathéa le suivit, silencieuse. La curiosité se mêlait à la méfiance dans son esprit et elle espéra que Liiken n’était pas restée seule. Et quand bien même les moniales lui auraient tenu compagnie, il n’y avait pas de quoi se réjouir …
Sieben jouait avec les enfants, elle le laissa faire, ce n’était plus à elle de gérer ce problème et Erwan, complètement perdu, ne semblait pas en mesure de s’en occuper. Elle voyait pourtant d’un mauvais œil qu’un étranger à la famille les couve ainsi …

La salle où ils étaient arrivés était assez grande et claire. Des mosaïques bleus et vertes en décoraient les murs et un autel trônait en son centre. Une large coupe métallique était posée dessus. Cela intrigua les deux Olarils et ils échangèrent des regards intrigués pendant que des Ilédors la remplissaient d’eau et qu’une femme prenait la parole. Aux vues de ces vêtements, elle devait avoir un rôle important … Ce qui n’empêcha pas la guérisseuse de trouver son discours simpliste et réducteur.
Le peuple élu …
Cela signifiait que les autres peuples, et donc les Olarils, leur étaient inférieurs ?
Ecarter les faibles …
Si les Olarils avaient fait de même, Liiken n’aurait pas été ici …
Calathéa était un peu de mauvaise fois, oubliant qu’elle avait elle-même abandonné son mari à Arestim et que des familles entières les attendaient encore de l’autre côté des montagnes. Mais l’ambiance lui déplaisait, cette grandeur écrasante, cette suprématie, ces Ilédors qui se comportaient comme s’ils avaient le savoir absolu … Elle avait beaucoup appris depuis son arrivée et admirait certains de leur savoir-faire mais elle avait rencontré beaucoup trop de personnes bouffies d’orgueils et sûres de leur supériorité pour accepter de se plier à tous leurs rituels et caprices sans broncher.
A nouveau, elle songea que les Aryassat auraient été beaucoup plus heureux s’ils avaient seulement pu se retrouver tous ensemble, chez eux, blottis autour du lit abritant la mère et les trois nouveau-nés …

La prêtresse, puisque c’en était une, appela le père à s’avancer. Heureusement pour Erwan, Sieben s’en chargea. L’Olaril semblait incapable du moindre geste et se contentait de bercer tendrement son fils. La Pélégon ne pouvait que le comprendre, elle aussi se sentait pétrifiée par l’ambiance solennelle qui régnait en ces lieux. Elle croyait se retrouver à leur arrivée, lorsque les soldats recouverts de leurs armures de métal les avaient escorté jusqu’aux portes de la ville.
L’aubergiste s’approcha de l’autel, gravit aisément les quelques marches qui y menaient, souleva l’enfant et … le plongea dans l’eau. La peau de Sieben se hérissa mais Calathéa ne comprit que l’eau était glaciale que quelques secondes après qu’un cri se soit échappé de sa gorge, faisant échos à celui de son compagnon. Les Olarils se précipitèrent en avant, les bras encombrés par les nourrissons mais furent bien vite arrêtés par deux moines à la poigne conséquente.

« Qu’est-ce que vous leur faites ? Vous êtes fous ! » s’écria-t-elle.
« Ne touchez pas à mes bébés ! » renchérit Erwan.
Les Ilédors leur jetèrent un regard noir et leur conseillèrent fermement de se taire.
Insensible à ce tumulte, Sieben sortit l’enfant des eaux gelées, souriant à pleines dents.
Horrifiée, Calathéa dardait sur lui un regard paniqué. Il la rassura d’un sourire, laissant même échapper un petit rire. Il rassura les deux Olarils et saisit le deuxième garçon dans les bras d’Erwan tendit que d’autres femmes -il en sortait de partout- frictionnait son premier fils pour le réchauffer.

Impuissante, Calathéa vit le minuscule corps s’engouffrer dans l’eau. Inconsciemment, elle resserra sa prise sur la petite fille.
Au bout d’un instant qui lui parut interminable, le second bambin émergea de l’eau, aspirant goulûment l’air qui lui avait manqué.
La respiration de la guérisseuse se calma, tout allait bien.
Sieben s’approcha d’elle, elle hésita, fit mine de reculer. Toujours le même sourire rassurant … Elle n’était pas rassurée. Mais elle n’avait pas le choix … Erwan semblait anesthésié, il acquiesça silencieusement.
Après tout, les deux premiers avaient plutôt bien supporter le choc …
La peau de l’Ilédor était glacée et Calathéa frissonna à son tour. Etait-il possible qu’un enfant supporte une telle immersion ? !
L’appréhension serrait son cœur lorsqu’il s’éloigna avec l’enfant tant désiré. Tout s’était bien déroulé jusqu’à présent, il n’y avait pas de raison que cela change, tout allait bien se passer. Sa main rassurante se plaça sur l’épaule d’Erwan qui adressa un pauvre sourire à sa cousine par alliance. L’épreuve était angoissante mais bientôt, ils seraient chez eux, à fêter leur bonheur !

Le fils avait remplacé la fille entre ses bras et il gazouillait, heureux d’être bien au chaud, enveloppé dans une couverture, et au sec. Calathéa le berçait doucement, un air absent peint sur son visage.
Elle suivit Sieben des yeux, son cœur battant au rythme de ses pas qui se dirigeaient vers l’autel.
Quelques secondes plus tard, la peau puis tout le corps du bébé entraient en contact avec l’eau.

Sieben remonta le corps, le palpa, il semblait avoir oublié tout ce qui l’entourait. Le cœur de Calathéa s’accéléra, elle pouvait le sentir palpiter sous sa peau. Un cri retentit, elle ignora s’il sortait de sa gorge ou de celle d’Erwan. Elle se tourna vers lui. Ses traits s’étaient effondrés. Il la regarda, les yeux écarquillés, n’osant comprendre.
La guérisseuse eut soudain l’impression qu’ils étaient tous deux au bord d’un gouffre. Si aucun des deux ne reculait, ils s’entraîneraient dans une chute commune. Elle réagit en un instant, portée par un courage qu’elle ne se connaissait pas. Peut-être que, tout compte fait, ses expériences passées l’avaient rendue plus forte ….
Elle s’approcha de lui, le fit s’asseoir à même le sol, appuyé contre un mur et lui confia son deuxième fils.
Choqué, il restait immobile, berçant machinalement ses enfants comme si rien d’autre n’existait. Ses yeux roulaient dans leurs orbites écarquillées. Elle le comprenait ; la douleur était trop forte, il n’avait pas d’autres choix que de la laisser passer loin au-dessus de lui, en attendant que son esprit ait repris suffisamment de force pour affronter la vérité.

Elle prit les choses en main, enfouissant la foule d’émotions qui remontaient tout au fond de son ventre.
Sieben paniquait ; il cherchait le pouls, palpait l’enfant, la retournait. Il essaya de lui donner son souffle, de faire sortir l’eau des poumons. Il n’y avait rien à faire.
La guérisseuse s’approcha de lui. Malgré son visage ravagé par les larmes, elle ne put s’empêcher de le détester. IL avait voulu que les enfants subissent ce stupide rituel, IL avait plongé l’enfant dans l’eau, IL était Ilédor, IL savait que cela pouvait arriver.
Elle s’approcha de lui, se pencha. Sa culpabilité serait la plus horrible des punitions. Elle ne lui dit rien, se contentant de plonger son regard désapprobateur dans le sien, hagard. Elle secoua la tête lentement. Oui, tu as fait une bêtise. Oui, tu devras en assumer les conséquences.
Elle lui retira le petit corps gelé des bras, il résista à peine, tout terrassé qu’il était.
Par acquis de conscience, elle vérifia le pouls et le souffle, tenta de réchauffer le corps que plus rien ne maintenait en vie.
Les moniales s’agitaient autour d’eux. Sans doute étaient-elles pressées de les faire sortir, sans doute voulaient-elles s’occuper de cela à leur façon. C’était normal ici, c’était la vie … Et la mort. La petite fille n’avait pas eu assez de Volonté. Foutaises !
La prêtresse s’approcha de la Pélégon, sans doute pour lui prendre le corps.
La fureur de la Weïss se déversa, intacte, sauvage.
Elle eut à peine conscience des mots qu’elle employait. Elle sut juste que sa voix, puissante et hargneuse, résonna dans la pièce et s’éteignit quelques mètres plus loin, dans le couloir. Elle n’avait pas vraiment crié, mais ce devait être pire à entendre. Malgré sa frêle stature, elle était encore capable des célèbres colères noires des Pélégons.
Les religieux s’éloignèrent, bougonnant et maudissant ce peuple de barbares.
Peu importait …
Elle saisit le bras d’Erwan et l’entraîna à sa suite, le corps de la fillette enveloppée dans un linge blanc.

Si des gens les suivirent, elle ne le remarqua même pas. Son cœur de mère se serrait à mesure qu’elle approchait de la pièce où Liiken les attendait. Elle n’avait même pas imaginé une seule seconde lui cacher l’événement. Elle devait savoir ; elle allait, de toutes façons, le sentir.
Erwan marchait à ses côtés, tel un automate.
Ils arrivèrent, franchir le pas de la porte. La guérisseuse ne put s’empêcher de marquer une pause. Sur ses joues, ses yeux laissaient échapper des sillons humides et salés.
Liiken se redressa sur ses coudes, les regarda tous deux. Son regard se figea.
Combien de temps lui avait-il fallu pour comprendre ? Une demi seconde ?
Cette fille, tant voulue, ce trésor.

Théa franchit les derniers pas qui la séparaient de sa cousine, s’accroupit à côté de sa couche, lui tendit son précieux paquet immaculé.
Elle savait. La brûlure qui monte, lentement. Puis la déchirure, qui éclate au cœur de la poitrine. Elle avait déjà ressentit tout ça.
Sa main se posa sur l’épaule de Liiken, prête à la soutenir si elle s’effondrait, prête à la retenir si elle explosait de rage et de douleur.
De toutes façons, il n’y avait aucun mot capable, seulement, de l’apaiser.
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Mer 27 Oct - 22:08

Sieben est parti et Liiken ne se sent pas rassurée. La jeune mère n’aime pas l’idée de ce rituel Ilédor, et si elle a accepté de s’y plier, c’est uniquement parce qu’elle pense que ce sera un bien pour ses triplés. Des triplés… Elle avait beau le savoir depuis près de deux mois, ça lui laisse toujours une étrange sensation que d’y penser. La jeune femme se sent digne d’être une Olarile, un paradoxe quand on sait que chaque jour, elle devient un peu plus Ilédore. Mes ces pensées ne tournent guère longtemps dans son esprit, toute son attention est concentrée sur ses enfants. Ses nouveau-nés qu’on lui a déjà enlevés des bras à peine nés.

Les mots de Sieben ont beau avoir été convaincants, Liiken n’est pas rassurée. Il semble avoir gardé sous silence certaines parties de cette coutume, et malgré ses maigres connaissances des traditions Ilédores, la jeune maman sent que ce silence cache quelque chose de négatif. Comment ne pas douter de ceux qui tuent sans motif, de ceux qui sont violents et se font la guerre entre eux ? Liiken veut désespérément retrouver ses enfants, ses bébés… Elle a l’impression que cela fait une éternité qu’ils sont partis, Sieben, Calathéa, Erwan et les trois petits. Une part d’elle a envie d’appeler les moniales pour leur demander où ils en sont, mais l’autre sait que ces femmes froides et sans émotions ne vont lui rapporter aucun réconfort. Des larmes menacent à nouveau de couler le long de ses joues et du mieux qu’elle peut, elle les retient et tente de faire taire ses angoisses. Sieben lui a dit de lui faire confiance, qu’il ferait d’eux de vrais Ilédors, respectés en tant que tel. Liiken ne pouvait pas leur refuser ça quand chaque jour qui passait, elle essuyait des moqueries sur ses origines et son accent.

Histoire de se changer les idées et malgré sa faiblesse, elle se lève et se promène dans la pièce. L’effort est considérable mais lui occupe l’esprit, tenant ses pensées un peu plus éloignées de ses chérubins. Un petit bassin d’eau claire lui donne l’idée de se laver un peu du sang dont elle est maculée. Des linges propres posés à côté lui permettent de soigner un peu sa tenue. La jeune mère n’est pas debout depuis cinq minutes que des étourdissements la prennent alors elle retourne s’allonger non sans avoir retiré quelques linges souillés du lit. Comme après chaque accouchement, elle a froid, une réaction normale parait-il, en Arestim, on prévoyait à l’avance une couverture pour la mère. D’une voix faible, elle se résigne à appeler pour qu’on vienne lui donner des draps en plus, histoire de ne pas mourir de froid.

Rapidement, l’une de ces femmes au regard froid et austère arrive dans la pièce et lui demande ce qui ne va pas. Liiken explique qu’elle a froid et aimerait avoir une couverture pour se couvrir. Sans un mot, la moniale acquiesce de la tête et lui rapporte une couverture légère. Pas suffisant pour Liiken, mais mieux que rien. Elle remercie la dame chaleureusement, comme pour lui montrer ce que courtoisie veut dire. Couchée sur le lit, Liiken a tout le loisir de s’inquiéter à nouveau, d’autant que ses seins sont douloureux, gonflés de lait pour ses enfants qu’on lui a enlevé. Elle regrette d’avoir laissé Sieben les emmener, tout cela n’est pas normal. On ne devrait pas séparer les bébés de leur mère si tôt après leur naissance. La jeune mère ne peut faire taire l’angoisse qui lui comprime la poitrine.

Bientôt, des pas se font entendre, enrobés d’un étrange silence. Avant même de voir Calathéa entrer dans la pièce, Liiken sent que quelque chose a mal tourné. Elle est pourtant à des lieues d’imaginer ce qu’il vient de se passer. La guérisseuse entre dans la pièce avec une mine défaite, Liiken retient un cri d’angoisse. Dans les bras de son amie, un bébé gît, sans vie…

Nul besoin de mots pour comprendre, les paroles détruisent tout, mais pas autant que les actes. Liiken, l’esprit dans un brouillard compact comprend que le bébé qu’elle tient dans ses bras est sa fille. Sa fille… Les larmes qu’elle avait retenues bravement jusque-là coulent silencieusement sur ses joues. Des sanglots s’étranglent dans sa poitrine. Dans un geste désespéré, elle sert le petit corps contre elle, comme si ce simple geste suffirait à le ramener à la vie, comme si l’amour d’une mère pouvait faire à nouveau battre le sang dans ces petites veines délicates. Tout cela est vain mais Liiken n’en n’a pas conscience. D’une voix atone que personne n’aurait pu identifier comme étant la sienne, elle demande à ce qu’on lui passe ses fils. Erwan, la mine toute aussi défaite qu’elle, lui tend deux petits bébés plein de vie. Ne pouvant se résoudre à abandonner sa fille, Liiken garde les trois enfants dans ses bras, le corps secoués d’étranges sanglots étouffés.

Depuis que Calathéa a posé la petite dans ses bras, Liiken n’a plus levé les yeux. La jeune mère se sent incapable d’affronter un regard adulte et compatissant. Elle ne veut pas de pitié. Elle ne veut pas de compassion. Elle veut qu’on lui rende sa fille, qu’on lui dise que tout cela n’est qu’un cauchemar, qu’elle va se réveiller, mais elle a beau essayer, le monde ne change pas, sa fille gît toujours dans ses bras, corps froid et sans vie. Un mot s’échappe de ses lèvres, un seul, dans un souffle, presque inaudible.

- Aliéna…

Ce mot déclenche en elle une réaction et elle sort de sa torpeur.

- Elle s’appelle Aliéna.

Sa voix tremble, les mots sortent, difficiles, mais Liiken sait que si elle continue à s’enfermer dans son mutisme, elle n’en sortira que trop tard. Rassemblant ses dernières forces, elle reprend la parole, comme si ces mots pouvaient la sortir du gouffre dans lequel la mort de sa fille l’a plongée.

- Je veux… Je veux qu’on l’enterre en dehors de la ville. Je veux que ce soit un endroit joli et plein de fleurs… Elle est morte en Ilédore, elle sera enterrée en Olarile… Elle était des nôtres, jamais… Jamais nous n’aurions dû…

Sa voix se brise. Liiken n’a plus la force de continuer, elle se sent tellement responsable. Sa fille est morte parce qu’elle a accepté qu’on pratique sur elle un rituel Ilédor dont elle ne savait rien. La jeune mère ne veut pas savoir ce que ses nouveau-nés ont traversé, elle sent qu’elle pourrait devenir folle en l’apprenant. Dans dix ans, peut-être sera-t-elle capable de l’assumer, mais certainement pas aujourd’hui. Dans ses bras, deux des bébés s’agitent, c’est normal, ils ont faim. La voix rauque et les yeux baignés de larmes, Liiken se résout à abandonner sa fille aux bras de Calathéa, le temps qu’elle nourrisse ses fils.

- Cal… Calathéa ? Tu pourrais la prendre ? Je… Ils ont faim.

Sa cousine, le visage ravagé par la douleur reprend le bébé sans vie dans ses bras. Liiken tente d’apaiser ses sanglots, si elle ne se calme pas, ses fils vont angoisser autant que leur mère. Tout en tachant de reprendre une respiration normale, elle dépose entre ses jambes ses deux fils le temps de se déshabiller. Avec des gestes rapides et précis que seule l’expérience confère, elle prend un bébé dans chaque bras et les installe pour qu’ils puissent se nourrir. Le dos contre des coussins qui la soutiennent, Liiken a l’impression constante d’étouffer. Seuls ses fils en train de téter lui permettent de ne pas perdre pied.

Alors qu’elle allaite ses enfants, pour la première fois, elle relève le regard. Près d’elle, Erwan et Calathéa la regardent comme s’ils savaient qu’au moindre mot, elle pouvait s’effondrer. Elle se veut rassurante et tente un timide sourire qui ressemble davantage à une grimace qu’autre chose quand elle aperçoit deux autres personnes dans la salle. Sieben et une moniale, l’un avec une mine défaite, l’autre avec un visage indifférent se tiennent debout près de la porte. Le sang de Liiken ne fait qu’un tour et seule la présence de ses deux fils dans ses bras l’empêchent de se mettre à hurler tout de suite. La jeune mère, attendant de pouvoir parler fusille du regard les deux inopportuns. Quand enfin, quelques minutes plus tard, ses enfants ont terminé de manger, elle laisse sa colère éclater. Elle prend juste le temps de confier ses deux fils à Erwan.

- Va Erwan, je ne veux pas qu’ils restent un minute de plus dans ce lieu maudit. Je reviens dès que je suis capable de me lever. Va chercher les autres à l’auberge et ne les laisse plus jamais y retourner !

La colère décuplée par la tristesse donne enfin à Liiken la force de parler sans que sa voix ne faiblisse. La mère n’a aucun doute quant à sa culpabilité dans le décès de sa fille, mais elle sait aussi que Sieben y est pour beaucoup, de même que la moniale qui s’est occupée d’elle depuis son arrivée. Une fois qu’Erwan est parti avec les bébés, elle laisse ses émotions s’exprimer.

- De quel droit êtes-vous ici tous les deux ? Je viens de perdre ma fille et vous avez l’indécence de rester dans la même pièce que moi ?

Les larmes qui s’échappent maintenant de ses yeux sont autant dues à la colère qu’au chagrin.

- Vous Sieben ! C’est à cause de vous qu’elle est morte, et vous osez encore me regarder ? Vous m’avez convaincue d’accepter un rituel cruel qui a causé la mort de ma fille pour qu’elle soit intégrée à la société Ilédore. Mais ma fille est MORTE par votre faute ! Vous l’avez tuée ! Je vous faisais confiance, vous m’avez caché qu’il y avait un danger, je n’aurais jamais accepté sinon ! Vous l’avez tuée ! Vous l’avez tuée et vous osez rester ici ! Vous n’imaginez même pas à quel point je vous hais ! Je vous hais tous autant que vous êtes, Ilédors, avec des traditions aussi cruelles et inhumaines !

Liiken est devenue totalement hystérique. Elle hurle son désespoir et crachait sa haine vis-à-vis de ceux qu’elle estime les plus responsables de cette tragédie. Sa peau est d’une blancheur cadavérique, des perles de sueur couvrent son front, elle est transie de froid et pourtant animée par une colère et un chagrin jamais connu auparavant. Un torrent de larmes s’échappe de ses yeux, elle n’a plus aucune dignité mais elle s’en fiche. Tout ce qui compte se résume au petit paquet blanc dans les bras de Calathéa. En un instant, Liiken se sent une mère indigne et se couche en petite boule sur le lit, le chagrin est tellement grand qu’elle se sent écrasée.

- Rend-la moi s’il te plaît maintenant… Je veux qu’elle emporte avec elle l’odeur rassurante de sa mère.

Calathéa ne marque pas d’opposition et lui rend son fardeau. Liiken s’y agrippe comme on s’accroche à un espoir vain et absurde. Sa fille est morte, mais elle ne peut se résoudre à l’abandonner. Les yeux clos de son bébé, son corps froid, sa rigidité n’empêchent pas sa mère de la tenir contre son cœur.

- J’espère Sieben, j’espère que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait. J’espère que vous comprenez que je ne veux plus jamais vous voir…

Les mots sont sortis avec une étrange facilité. Liiken ne ressent plus aucune émotion, elle est vidée de toute sensation. Calathéa, toujours à son côté semble aussi prête que possible à la soutenir.

- Tu m’aideras ? Tu m’aideras à rentrer à la maison ? Je me sens si faible…


Et que cette maison ne peut se situer en Arestim, terre des siens et de ses ancêtres. C’est là-bas que devrait pouvoir reposer Aliéna.


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Liiken Aryassat
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Lun 15 Nov - 23:10

Le temps semble s’être figé et une douce torpeur envahit peu à peu Liiken. La tristesse qu’elle éprouve l’écrase toute entière... Son bébé ! Sa fille ! Son unique fille est morte ! Quelque chose en elle se refuse à admettre cette fatalité mais la douleur qu’elle ressent au fond d’elle ne lui laisse aucun doute. Elle voudrait pouvoir revenir en arrière, ne pas laisser ces femmes emmener ses bébés loin d’elle, ne pas laisser Sieben la convaincre que c’est une bonne chose pour les enfants.

Sieben, d’ailleurs, après ses remarques accablantes a quitté la pièce sans un mot. Liiken ne veut pas penser à lui, ça fait trop mal. Elle a l’impression d’avoir été abusée, trompée, par un homme en qui elle avait toute confiance. Il aurait dû ! Il aurait dû lui dire qu’il y avait un risque, que le rituel n’était pas sans danger pour eux, que ses enfants pouvaient y rester. Jamais alors, elle n’aurait accepté, et elle n’aurait pas à regretter ses choix maintenant. Partagée entre la colère et la souffrance, Liiken n’arrive plus à faire la part des choses. Ce petit corps sans vie qu’elle chérit depuis plus d’une heure la rebute soudain. Elle ne veut plus la voir. Elle veut qu’on emmène le bébé loin d’elle pour ne plus avoir à penser et assumer tout ça. La jeune mère ne désire qu’une chose, qu’on la laisse seule avec ses pensées, sa douleur, ses pleurs...

- Calathéa ?


Sa cousine, la mine défaite, toujours à ses côtés relève la tête à son appel. Liiken peut lire dans ses yeux une tendre compassion mêlée à une tristesse qui fait lourdement écho à ses propres sentiments. Affronter le regard de sa cousine est une véritable épreuve car la jeune mère sait qu’il est temps pour elle de commencer à reprendre ses esprits. Sa fille est décédée mais il reste deux nourrissons qui ont besoin de leur mère ainsi que trois jeunes enfants et un mari. À la pensée des siens qui l’attendent dans leur maison, Liiken sent son cœur se gonfler d’amour. Alors elle respire profondément avant de trouver le courage de demander à sa cousine de s’occuper d’Aliéna.

- Calathéa, je vais te demander quelque chose que je suis incapable de faire pour le moment, mais il faut que quelqu’un de confiance s’en charge. Je...

Liiken dont l’émotion étreint à nouveau la poitrine tente de retrouver son souffle. Les mots qu’elle a à dire sont difficiles et peinent à franchir ses lèvres. La tâche qu’elle va demander à Calathéa est la plus ingrate. Il faut soustraire sa fille aux Ilédors qui voudront sûrement une cérémonie funéraire selon leurs coutumes mais Liiken s’y refuse. En attendant la fin du siège de la ville, Liiken veut que le corps d’Aliéna repose dans un coin d’herbe verte dans la ville.

- Tu pourrais emmener Aliéna avec toi ? Il faut quelqu’un pour...

Les mots ne voulaient pas sortir, mais Calathéa sembla comprendre son souhait et avec beaucoup de délicatesse prit la petite fille des bras de sa mère. Elle ajouta quelques paroles de réconfort avant de quitter son amie. Liiken lui assura que tout irait bien, qu’elle allait se laver un brin puis rentrer chez elle, auprès des siens.

Une fois seule, Liiken tente pour la première fois de se lever, son coprs meurtri par l’accouchement peine à lui obéir, la jeune mère est épuisée. Mais rester plus longtemps dans cette pièce est désormais devenu impossible pour elle. Chaque geste est pourtant difficile, quitter cette pièce signifie devoir faire face aux événements, ce que Liiken n’est pas sûre d’être prête à faire. Elle a deux bébés qui l’attendent chez elle, et pourtant, elle parvient à peine à y penser. Elle se sent une mère indigne, elle ne leur a même pas trouvé de prénom. Autant pour Aliéna, c’était venu comme une évidence, autant pour ses fils, elle se sent désemparée. Normalement, ce sont les anciens qui s’en occupaient et Liiken n’arrive à se décider. L’idée lui vient alors que Sorastrata, la grand-mère de leur chef pourrait peut-être l’aider. Ce n’est peut-être pas dans ses habitudes, mais Liiken veut que ses enfants soient des Olarils et reconnus en tant que tel, non en tant jeunes Ilédors. Qui mieux que Sorastrata Hirune pourrait trouver des prénoms olarils pour ses fils ?

Ces pensées la rassurent, l’un de ses problèmes au moins a une solution. Tout en continuant sa toilette, son esprit continue à réfléchir aux conséquences des tous récents événements. Sa confiance en l’avenir des Olarils à Edor Adeï est brusquement ébranlée. Leur brutalité, la violence intrinsèque à leur société, l’inégalité flagrante entre les uns et les autres apparaît soudainement comme un obstacle insurmontable à leur intégration au sein de la cité. Pour la première fois depuis de longs mois, Liiken a peur. Qu’arrivera-t-il lorsqu’elle s’opposera à leur prochain rituel ? Tout comme les Olarils ont les leurs, les Ilédors ne doivent se contenter d’un rituel pour la naissance des enfants, il doit y en avoir d’autre. Elle se refuse à imaginer quelles autres tortures ils sont capables d’infliger à des enfants innocents.

Mais ses pensées sont stoppées par l’arrivée d’une inconnue dans la pièce. Liiken n’a pas envie de parler à qui que ce soit et se détourne sans un regard pour la nouvelle arrivante. Celle-ci finira bien par comprendre qu’elle gêne et s’en ira. Imperturbable, elle continue à rassembler ses quelques menues affaires récupérable. Soudain, l’envie de revoir ses fils se fait plus pressante. Elle a besoin de sentir la vie autour d’elle.

[hrp]Éléni, c'est ton tour. Je ne te garantis pas un bon accueil, mais au moins une écoute^^[/hrp]


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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Tu enfanteras dans la douleur...   Dim 12 Déc - 21:22

    Sa notion de bien et de mal, Charis Arcarian l'a reléguée au grenier en devenant Éléni. Elle sait qu'elle n'est pas devenue une de ces garces qui n'a de place que six pieds sous terre, mais elle sait aussi qu'elle a passé sous silence et parfois cautionné des choses... pas belles. Toutefois, elle n'hésite pas à parler de sacrifices nécessaires. Qu'est sa propre personne et son propre salut à côté de l'ampleur de la tâche ?

    Quand Éléni entend parler de la délivrance de l'Olarile, qui doit accoucher de triplés – des triplés, tout de même – elle accorde à l'information autant d'importance qu'à sa première dent. Elle a d'autres chats à fouetter. Quelques rumeurs courent sur un certain scribe, et il lui appartient de les faire taire. Il faut aussi qu'elle se renseigne de plus près sur Xander Venarii, cela fait trop longtemps qu'elle n'a plus entendu parler de lui : il prépare certainement un mauvais coup, et il est hors de question qu'Elenor revoie sa sale tête. En somme, elle est débordée.

    Elle vient d'ailleurs de revêtir des vêtements de femme aisée de la Haute Bourgeoisie. Elle pense aller fouiner du côté des plus belles demeures du Quartier Commerçant, quand elle repère un informateur qui visiblement est à sa recherche. Elle écoute tranquillement son rapport, traitant efficacement ce qui doit l'être, ordonnant avec précision ce qui doit être fait, conseillant la prudence à adopter, remerciant enfin avec largesse ce qui est dû. Puis, au moment de partir, l'homme ajoute quelque chose, à propos de l'Olarile qui accouche. Apparemment, elle est à la Tour des Oracles et tout ne s'est pas bien passé. On dit que Sieben l'Aubergiste est rentré chez lui en pleurant et que les étrangers ont maudit Bakarne. Et là, Éléni comprend qu'elle a une chance, une chance sans précédent qu'elle doit saisir.

    Se rendre à la Tour ne lui prend pas beaucoup de temps. Elle a une future Révolutionnaire sous les yeux. Si elle trouve les bons mots, toute la rage d'une mère privée de son enfant peut être retournée contre les Conservateurs. Elle a un pion tout désigné pour la lutte qui arrive. Avec la souplesse qui la caractérise, Éléni se glisse dans les salles du domaine des Oracles. Et quand elle parvient sur les lieux où l'Olarile a donné la vie pour la perdre aussitôt, elle n'a pas pitié. Éléni ne fera que révéler la voie à emprunter à l'Olarile, qui s'engouffrera forcément dedans. C'est une question d'intérêt : si elle laisse la compassion s'emparer d'elle, elle est perdue.

    Lentement, avec le pas lourd de la matrone qu'elle incarne, Éléni s'approche du lit où gît l'Olarile, recroquevillée sur elle-même, dans une sensation de souffrance extrême, qui aurait ému n'importe quel être humain normalement constitué. Mais Éléni n'est pas humaine, elle n'est que la facette d'un Jeu. Elle s'étonne seulement que l'Olarile ait été laissée seule. Elle sait que les descendants de Bakarne sont des barbares, mais de là à laisser seule une femme en proie à une telle détresse... Elle hausse les épaules. Ce n'est pas son problème. Enfin, sa voix retentit, claquant dans l'air lourd :

    - Votre enfant est morte.

    Éléni se ménage une pause. Sa cruauté n'a d'égale que son ignorance. Éléni n'a jamais été mère. Elle est incapable de comprendre. Elle n'essaye même pas.

    - Vous ne pouvez pas laisser ce fait impuni. Vous ne pouvez laisser ses assassins reposer en paix.

    Elle énonce des simples évidences, teintées d'exagérations. Éléni n'a même pas essayé de toucher l'Olarile, dont elle ignore d'ailleurs le nom. Si, en fait, elle le connait, mais la trop grande proximité que créerait l'utilisation de son prénom lui nuirait, à ce stade de la confrontation. Il vaut mieux qu'elle reste l'Olarile.

    - Ceux qui ont le pouvoir actuellement permettent que ces règles qui ne vous concernent pas soient appliquées. Si vous voulez venger votre fillette, ou si vous voulez éviter que d'autres mères ne subissent cette situation... Vous pouvez vous dresser contre eux.

    Les mots sont dits sans aucun ménagement. Ce n'est pas la douceur qui sortira l'Olarile de sa douleur sans nom. Seuls les mots les plus durs pourront l'atteindre.

    - Nous sommes déjà nombreux à vouloir les jeter à bas du trône. Nous voulons la Révolution, un changement de mœurs et de temps. Vous aviez le droit de vivre selon vos lois, et vous auriez dû pouvoir le revendiquer en toute liberté. Rejoignez-nous, révoltez-vous contre ce qui vous arrive ! Ou... vous seriez prête à accepter passivement ce départ forcé ?

    Éléni cherche vaguement quelque chose à ajouter, mais elle ne trouve pas. Elle a fait comprendre l'essentiel à la femme : que sans les Conservateurs, sa fille serait toujours en vie. Un sourire froid éclaire les lèvres d'Éléni. Celle-là sera parmi les plus féroces Révolutionnaires. Lentement, elle se détourne et part. Au moment où elle quitte la pièce, Éléni se retourne une dernière fois. Elle termine sans hâte :

    - Le jour où vous serez prête... Le jour où vous aurez compris que j'ai raison... Demandez Éléni. Ou alors, Garin, aux Canaux.

    Nous serons là, Liiken Aryassat, le jour où tu prendras ta place parmi nous. Et ta famille et toi, vous deviendrez Révolutionnaires, parce que vous dresser contre ceux qui vous ont pris cette petite sera votre manière de lui rendre hommage.
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