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 Comme vous le savez déjà...

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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Comme vous le savez déjà...   Mar 14 Sep - 22:50

Il n'y avait pas plus flagrante preuve du pouvoir des Oracles que le chemin qui menait à leur Tour. Parvenir jusqu'à ce sanctuaire était une épreuve en soi, un test de la détermination de ceux qui venaient en quête de sagesse et de conseils : pendant des heures, il fallait patienter, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente ou que le soleil soit brûlant, au milieu d'une foule bruissante et fébrile. Tous les croyants étaient sensés être égaux en ce sens, car chacun devait attendre son tour pour une audience, chacun devait endurer la fatigue, les crampes, les bruits, les bousculades, les resquilleurs et l'odeur, Therdonne, l'odeur...Et malgré tout cela, chaque jour des centaines d'Ilédors s'amassaient devant la porte des Oracles, attendant patiemment de pouvoir leur confier leurs plus intimes angoisses et secrets. Mais comment faire autrement, face à l'insoutenable incertitude de l'existence ? Comment résister, lorsque tout Isle savait que les Oracles seuls étaient infaillibles ?

Gribus n'avait jamais eu à se poser la question auparavant, car il n'était jamais allé consulter les Oracles. Le jeune homme avait vu bien des fois son père partir pour le Quartier Religieux, le front creusé par des rides d'inquiétude, espérant qu'un simple conseil règle tous ses problèmes. Oui, il avait vu bien des gens placer leurs espoirs en une prédiction, sans jamais comprendre. Pour sa part, il avait toujours fait confiance à son intelligence et à sa Volonté, serrant les dents et ravalant ses larmes lorsque le monde devenait cruel ; pour quelqu'un d'aussi maladivement stoïque, l'idée d'un abandon aussi désespéré était assez risible. Inutile de dire que le jeune albinos n'en menait présentement pas large.

Cela faisait déjà plusieurs heures que son attente avait commencé, et il passait le temps en réflexions et en lectures. Prévoyant, il avait emmené avec lui quelques distractions et une paillasse ; une ou deux fois par demi-heure, il se levait et se rasseyait quelques mètres plus loin, reprenant son chapitre sans sourciller. Le geste était devenu mécanique à force. Il aurait bien pu faire jouer de sa position et exiger à ce qu'on lui cède la place, mais il n'était pas sûr que cela fonctionne : il n'était qu'un bourgeois après tout. Et bien que les Nobles puissent allègrement marcher sur les autres, Gribus n'aimait pas abuser de ses privilèges. Il s'efforçait surtout de ne pas trop penser à ce qui l'amenait ici ; après tout, c'était bien pour se débarrasser de ses angoisses qu'il était venu ici.

La peur avait dominé ses pensées depuis ses retrouvailles avec Elandor. L'entretien avec Eléni qui avait suivi l'avait plus ou moins blanchi aux yeux de la Dissidence, mais l'inquiétude demeurait. Il avait tout fait pour convaincre ses nouveaux « alliés » qu'il n'avait pas la moindre intention de trahir l'Al'Faret, mais la vérité était qu'il n'en savait toujours rien. Il ne savait quelle était la meilleure voie : le Conseil avait un avantage indiscutable sur la Dissidence, mais cette dernière était bien plus immédiatement dangereuse. Les Dissidents savaient où il habitait et ils avaient les moyens de le trouver et de le tuer au premier signe de désertion. Gribus ne pouvait supporter d'être obligé d'attendre que les évènements décident pour lui, d'attendre que les choses se passent. Cette impuissance incertaine le faisait angoisser et enrager, et il n'aimait pas être si agité. S'il était trop troublé, il finirait par faire une erreur, et ses craintes se réaliseraient d'elle-mêmes. Il devait sortir de cette spirale d'angoisse, ne serait-ce qu'en se confiant à quelqu'un. Mais il ne pouvait rien dire à sa mère qui était sa confidente habituelle, encore moins à sa sœur, et il n'allait tout de même pas chercher le réconfort auprès des Dissidents !

Il était donc réduit à supplier, à venir demander l'aide des Oracles dans son désespoir, et cette idée le faisait grincer des dents. Le jeune albinos se justifiait en se répétant qu'il savait déjà ce qu'il ferait, que son cap ne changerait pas à cause d'un bref conseil. Il savait déjà qu'il devrait servir la Dissidence pour l'instant, jusqu'à ce qu'arrive l'occasion de la trahir ; c'est à ce moment qu'il devrait faire un choix. En attendant, il avait juste besoin d'être rassuré, il avait seulement besoin de s'entendre dire que tout irait bien, qu'il avait le talent pour s'en tirer vivant. Mais après tout, qu'y avait-il de plus glorieux à cela ? Demander conseil juste pour être rassuré était encore plus pathétique, en un sens. Gribus se sentait comme un enfant incapable de prendre ses propres décisions. Tout ce trouble était dérangeant pour quelqu'un d'aussi froid et maîtrisé, mais le jeune scribe ne s'était jamais retrouvé le couteau sous la gorge. La peur grondait dans son ventre, et il avait beau feindre l'indifférence, il n'en était pas moins paralysé.

Il en était encore à ruminer ces pensées lorsque la porte s'ouvrit devant le couple qui était juste devant lui. Se levant prestement, Gribus épousseta ses vêtements et secoua sa paillasse, avant de la ranger dans sa besace avec les quelques rouleaux qu'il avait emportés. Tandis que la paire de Nobles pomponnés entraient dans les salles élégantes de la Tour, le jeune homme ajusta sa tunique et lissa ses cheveux en gestes posés. Il n'avait pas pris la peine de revêtir ses habits de cour, optant plutôt pour une mise sobre mais clairement distinguée, des atours comme un petit bourgeois en porterait dans les grandes occasions. Il lui avait semblé logique de se présenter sous un jour humble sans être vulgaire ; quel intérêt à afficher sa puissance lorsqu'on venait s'agenouiller ? Surtout devant les deux seuls individus qui échappaient vraiment à toute caste et à toute échelle sociale. Lorsque les deux Nobles ressortirent avec un air satisfait et que la porte se rouvrit pour lui, le jeune albinos s'avança sans artifices : un serviteur humble et dévoué, la mise soignée, les gestes posés et le regard vif.

La pièce arrondie laissait une grande place vide pour le visiteur, sans doute pour qu'il sente la profondeur imposante du lieu. Tandis que les serviteurs refermaient la porte, la salle d'audience se trouva plongée dans une lumière douce, pas tout à fait tamisée, qui venait des torches qui encadraient le maître des lieux. Tout était fait pour le placer au centre, pour attirer sur lui les regards. Therdorus Uldarii était assis sur une estrade surélevée, dominant le jeune homme de son regard souverain. Suivant les usages, Gribus s'inclina profondément, avant de se mettre lentement à genoux, courbant le dos jusqu'à ce que son front touche la poussière. Même si les Oracles n'avaient pas joué un grand rôle dans sa vie jusqu'à présent, il respectait leur pouvoir comme tout Ilédor. Révérence leur était due, à eux plus qu'à tous, car nul autre n'était plus proche de Therdonne et de son universelle Volonté. Ils n'avaient de plus pas l'arrogance des Nobles, et ce point leur donnait un a priori avantageux aux yeux du scribe.

Je vous remercie de votre bienveillante attention, Grand Oracle. Mon nom est Gribus Sandragil.

Le jeune homme omis délibérément « scribe du Gardan Edorta » ; il avait voulu sacrifier à la politesse et se présenter, bien que le Saint Homme sache sûrement déjà qui il était, mais il ne fallait pas pousser jusqu'au superflu. Après tout, le temps de l'Oracle était précieux.

Se redressant, Gribus prit quelques secondes pour détailler cet homme qu'il voyait pour la première fois. Il n'avait pas manqué d'entendre nombre de rumeurs au sujet de Therdorus Uldarii, de sa sagesse, de son jugement sans faille, de ses mots sans ambages, de son élégance, de sa beauté virile...Les servantes du Palais ne tarissaient pas de soupirs à son sujet, et les Nobles ne manquaient pas une occasion de se vanter de l'avoir consulté. A en croire les bruits de couloir, le frère comme la sœur étaient sages et bons, mais Therdorus était manifestement plus populaire, plus enclin à se mêler à ses ouailles. Bien plus aux Nobles qu'aux Humbles, soit dit en passant. A l'heure présente, il semblait être un bel homme au visage mystérieux et au regard perçant. Il était sur son territoire, et toute la mise en scène le mettait en valeur ; Gribus se sentait naturellement intimidé, d'autant plus que l'Oracle savait tout sur lui. Baissant le regard et fermant les yeux quelques instants, le jeune albinos commença à parler. Malgré les angoisses, malgré la crainte que lui inspirait l'homme, ses traits restaient poliment fermés et sa voix égale.

Je viens confier un secret à votre garde infaillible. Un secret si grand qu'il fait souffrir mes épaules et qu'il jette le doute sur mon chemin...

Il marqua une pause. Il ne pouvait demander conseil à l'Oracle sans lui dire ce qu'il savait d'Elandor. Mais l'hésitation subsistait dans son esprit ; il savait que l'Oracle ne révélait jamais les confessions qui lui étaient faites, et bien entendu, ce secret était déjà en sa possession, mais tout de même...Son sort dépendait de la sûreté de cette information, la vie de sa mère et de sa sœur en avaient dépendu (et en dépendait malheureusement peut-être encore), il était donc naturel que le scribe hésite à briser le silence. Pour l'instant toutefois, son silence n'était en apparence qu'un délai courtois pour laisser à Therdorus le temps de répondre.
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Therdorus Uldarii
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MessageSujet: Re: Comme vous le savez déjà...   Mer 15 Sep - 16:44


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C'est un coup d'essai, la qualité est pas super,
et c'est surtout une première lecture ^^.

    La journée avait mal commencé.

    En temps normal, l’un des deux Oracles ne gérait les suppliques des priants qu’un jour sur deux, l’autre s’occupant de cette tâche le jour suivant. De manière générale, Therdorus aimait bien cette tâche. C’était en quelque sorte son fond de commerce. C’était au milieu de tous ces entretiens qu’il puisait toute la matière qui lui permettait d’orienter les Ilédors dans les directions qu’il souhaitait. Thérasia, elle, préférait se plonger dans de lourds ouvrages pendant des heures, et n’aimait que moyennement s’occuper des gens eux-mêmes. Et donc, une fois de temps en temps, elle demandait à son frère de prendre sa place le temps d’un jour, souvent pour pouvoir finir un livre passionnant. Le problème était aujourd’hui qu’elle avait prévenu son frère un peu tard, ou tôt en fait. Et que lui avait quelque peu découché la nuit précédente.

    C’était donc sans entrain qu’il s’était maquillé pour cacher ses cernes, et qu’il s’était installé sur son ‘‘trône’’ pour accueillir les premiers priants du matin, alors même que le soleil ne faisait que s’annoncer timidement. Ces derniers temps, tout n’était de toute façon qu’inquiétude quant au siège. Les Oracles ne savaient pas vraiment comment les choses allaient finir, mais il ne semblait pas, selon leurs visions, que le peuple ait à en souffrir directement : il n’y aurait du moins pas de massacre, ce n’était sans doute la volonté de personne. Alors il s’agissait de dire à tous que les choses iraient, qu’ils ne pouvaient pas en dire trop, pour ne pas influencer la volonté de chacun, le baratin habituel quoi.

    Il y avait cependant une bonne chose qui était arrivée. Depuis la fermeture des portes de la ville et le début du siège, il n’était plus jamais question de chèvres perdues dans la montagne ou de manque de pluie pour la moisson. Ce qui ne les empêchait pas de tous venir les uns après les autres, pour savoir si leur vieille maman restée à l’extérieur allait bien ou ce qu’il adviendrait de leurs terres.

    Une fois de temps en temps, il y avait un personnage plus cocasse ou sortant de l’ordinaire, mais ça se terminait toujours sur les même inquiétudes, aussi Therdorus commença à s’endormir à moitié. Il avait une technique secrète de sommeil éclair entre les visites, parfois même pendant, parvenant à sortir un discours à peu près intelligible aux moins exigeants dans un état second de demi-sommeil. Pour que cela soit possible, il lui fallait cependant entrer dans un état de conscience supérieur à l’entrée d’une personne dans la salle. En un instant, il pouvait ranger la personne dans une catégorie et lui sortir le baratin afférant. C’était d’ailleurs la seule façon de procéder, selon Therdorus, il perdrait vite la tête autrement, à écouter tous ces simples d’esprit raconter leurs pauvres malheurs.

    Souvent, le jeune Oracle regrettait que sa sœur partage avec lui ses pouvoirs, mais bien vite, se remémorait à son esprit le fait qu’il devrait, s’il était seul, s’occuper chaque jour que Therdonne fait des trop nombreux priants. Cette seule idée lui donnait le vertige, et il se hâtait d’aller s’étourdir par des moyens plus agréables pour l’oublier.

    Voilà donc qu’entrait une millième autre âme en peine dans sa cour des révélations miraculeuse. Au premier coup d’œil, il vu que c’était un bourgeois. Bien nourri, bien habillé, bien présenté. Il avait des manières, une révérence, qui laissaient supposer qu’il devait souvent frayer avec les nobles. Seuls les bourgeois proches de la noblesse avaient cette toute particulière façon de se donner l’air important tout en ayant l’air humble en même temps.

    Ces gens là étaient souvent très croyants, et il suffisait de quelques regards et paroles bien placés dès le départ pour qu’ils s’agenouillent bien bas et n’osent plus lever le visage vers l’imposante figure d’un Oracle supérieur en tout point. Therdorus lui offrit donc son regard le plus perçant, celui qui vous laisse comprendre que l’on sait déjà tout de vous, qui passe à travers vous pour voir au-delà. Ce regard là marchait toujours avec ces gens là.

    Le visage de ce jeune homme lui disait cependant quelque chose. Il l’avait vraisemblablement déjà vu quelque-part, sans pouvoir trouver à le remettre dans le contexte. Quand on avait vu au moins une fois plus de la moitié des habitants d’Isle, il est cependant parfois difficile de remettre un visage dans son contexte. Therdorus avait de très nombreuses qualités, elles étaient sans doute même innombrables, mais, il fallait l’avouer, il restait un Homme, et n’était pas parfait.

    Il écouta donc les premières paroles du jeune albinos. Sandragil, sandragil. Gribus Sandragil. Même le nom lui disait vaguement quelque chose. Il avait souvent croisé le jeune homme, sans doute à la cour, mais il ne voyait toujours pas qui il était… et il avait un grand secret. Therdorus voyait déjà venir une historie de coucherie avec une jeune fille noble de bonne famille. C’était en général elle qui venait le consulter en premier, mais il arrivait aussi parfois que l’homme ait des sentiments profonds et souhaite connaitre ses chances. Tandis que les pensées se bousculait dans l’esprit de Therdorus, réveillé par le fol espoir d’être tombé sur une histoire croustillante, ses yeux se posèrent sur les quelques rouleaux qui sortaient de la besace du jeune homme.

    Mais oui ! Il savait maintenant où il avait vu cette tronche blanchâtre : c’était le scribe personnel du Gardan Edorta. En temps normal, il n’aurait pas fait attention à ce genre de personnage sans envergure (ils étaient souvent choisis selon ce critère précis), mais la tête de celui-ci était suffisamment particulière pour être restée gravée dans sa mémoire.

    D’ailleurs, il ne s’était pas présenté comme tel. Peut-être avait-il peur de citer son maitre… peut-être que son si grand secret concernait le Gardan Edorta lui-même ! Les yeux de Therdorus se mirent à pétiller un instant, fugace, avant qu’il ne se reprenne. Qu’elle drôle de détail avait-il surpris ? Elandor n’avait pas eu le temps de se montrer vraiment amusant, et son père s’était montré désespérément pauvre en fantasmes cachés… cela dit, avec la femme qu’il devait supporter…

    Mais il était temps de répondre, et après quelques secondes d’un silence pénétrant, Therdorus prit la parole, d’une voix grave qui se répercutait dans la grande salle pour sembler plus… divine. Il avait lui-même fait retravailler l’acoustique de ce lieu.

    « Parle, jeune scribe. Therdone sait déjà ce que tu as à dire, mais l’exprimer à haute voix est la première étape pour Lui montrer ta volonté de voir ton problème se résoudre. Et ne craint rien de ton maitre, il ne sait pas que tu es là pour parler d’un tel secret. »

    Ah ah, il était excellent ! S’il le pouvait, Therdorus s’applaudirait lui-même. Faire croire aux gens que l’on sait tout quand on ne sait rien est un art véritable. Il suffit d’être suffisamment imprécis tout en parlant d’une voix pénétrante, et ça passait la plupart du temps avec une facilité déconcertante, les premières fois.

    Finalement, la journée allait peut-être bien se finir.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Comme vous le savez déjà...   Dim 26 Sep - 21:41

Son maître ? L'Oracle devait effectivement savoir ce que Gribus venait lui révéler, puisqu'il faisait ainsi référence à Elandor. L'idée d'être son serviteur était devenue désagréable au Scribe, mais c'était une réalité à présent. Les mots de Therdorus se faisaient rassurants, alors même que sa voix se gonflait d'autorité mystique, portée par les ombres et les courbes de la pièce. Mais le jeune homme ne fut pas rassuré ; il ne voyait rien de confortant dans le fait qu'un homme qu'il ne connaissait pas soit au courant de tous ses secrets. Et il trouvait étrange que l'Oracle lui dise une telle évidence : bien sûr qu'Elandor n'était pas ici pour l'entendre ! C'était bien la seule chose qui l'avait amenée ici, le fait que les Oracles ne répètent rien de ce qu'on leur confiait.

Non, il ne trouvait pas cette situation rassurante. Bien entendu, il devait se résigner à cette mise à nu : l'Oracle savait tout, il fallait s'y plier et se contenter de l'idée qu'il gardait les secrets, qu'il ne jouait pas le jeu des complots. Mais la grande voix, les ombres imposantes, le trône...Face à cette autorité, poussé par son malaise, Gribus devenait méfiant, sinueux, plutôt que de plier totalement. Si sa fonction était d'aider et de conseiller, pourquoi l'Oracle déployait-il tant de mise en scène pour intimider ? Il aurait paru plus logique d'accueillir le suppliant avec douceur et sagesse, il aurait été plus efficace de directement lui dire comment résoudre son problème, plutôt que de lui dire de tout raconter. Quel besoin avait-il de faire ce récit, puisque l'Oracle savait déjà ce qu'il allait lui dire ? Ca ne paraissait pas logique, et le bureaucrate qu'était Gribus ne comprenait qu'à moitié.

Derrière tous ces effets, pourtant, le pouvoir restait indéniable. Le jeune Scribe avait beau tenter de voir à travers les artifices, il devait se plier au rituel ; l'Oracle savait tout, et cette sagesse ne serait partagée que si on lui obéissait. Même s'il ne croyait pas en la tradition, Gribus la suivit, n'ayant d'autre choix. Il était plus pratique de suivre le cours de la rivière, après tout.

Il se sentit un peu bête tandis qu'il cherchait ses mots. Comment devait-il raconter cela ? Devait-il simplement demander : "Dois-je trahir Elandor Arlanii ?" Fallait-il tout raconter depuis le moment où il avait été engagé par le Palais ? Fallait-il inclure chaque détail ? Enervé par son propre embarras, le Scribe se mit à parler, toujours sur cette même voix égale, comme s'il racontait sa journée de travail. Il ne voulait pas avoir l'air désespéré, pas même devant l'homme omniscient.

Eh bien...tout a commencé lorsque je me suis fait interpeller par un vagabond, il y a quelques jours, dans une ruelle du Quartier Commerçant. Il m'a appelé par mon nom et a déclaré me connaître. Il a ensuite dévoilé son visage, et je l'ai reconnu comme étant mon ancien maître, Elandor Arlanii.

Gribus continuait de regarder l'Oracle tout en parlant, et ne marqua pas un instant de pause après cette révélation. Certes, c'était un secret de taille, mais puisque Therdorus le savait déjà...

Il m'a raconté qu'il avait survécu à une tentative d'assassinat par le Conseil et qu'il avait commencé à former un mouvement de dissidence. Il m'a assuré vouloir reprendre le pouvoir pour se mettre au service du peuple, pour qu'un dirigeant plus juste soit instauré, car il avait compris, pendant son temps dans la rue, que la vie était plus dure pour les Bas Quartiers que dans Palais.

Le ton du jeune albinos n'avait que subrepticement changé, mais il y avait une nuance distincte de sarcasme méprisant. Il lui semblait toujours incroyablement hypocrite qu'un homme pareil ait le front de se déclarer un défenseur du peuple.

Je ne crois pas à ce discours, je vois l'arrogance qu'il cache : il veut le pouvoir comme n'importe quel homme, rien de plus. J'en ai eu la preuve lorsqu'il a déclaré que je devais à présent travailler pour lui, être son espion auprès de la Cour, de son frère et du Conseil. J'ai bien tenté de lui dire que je ne voulais pas d'un tel danger, que je devais songer à ma famille, mais il n'a pas voulu m'entendre. Il m'a fait comprendre que ses partisans surveillaient ma famille en ce moment même, et que maintenant que je connaissais le secret de son identité, il était dans mon intérêt et dans le leur que je lui prête allégeance.

Intérieurement, le jeune homme fut presque surpris de s'entendre exprimer tant de choses. Seule sa mère avait habituellement droit à des confessions de ses sentiments et opinions. Mais il refusait de la laisser entrer dans ce monde, et puisque l'Oracle était déjà au courant, autant attirer à son attention les détails importants. A savoir le fait qu'Elandor se comportait en brigand, et que le sort de Nissa et Sesha dépendait de Gribus.

S'il est prêt à de telles menaces, comment pourrait-il être un roi bienveillant et honorable ? Mais il tenait ma mère et ma sœur, je lui ai donc obéi. J'ai tenté de lui faire croire que je lui serais loyal et qu'il n'avait plus besoin de les menacer, mais je pense qu'il sait mes doutes. Je n'ai donc pas voulu révéler son complot au Gardan Edorta.

Gribus regarda Therdorus droit dans les yeux, comme si son regard essayait de percer les ombres et le cérémonial qui les séparaient. Il voulait tenter de lui parler d'homme à homme, de lui demander une faveur plutôt que de s'abaisser en suppliques.

Je sais que ma vie est en danger quoi qu'il arrive, et je m'y suis résolu. Mais je ne peux laisser ma famille être mise en danger pour satisfaire leurs ambitions, que ce soit Elandor Arlanii ou le Conseil. Que dois-je faire, Oracle ? Dois-je rester fidèle à la Dissidence, travailler pour sa victoire et espérer que sa défaite ne touchera pas les miens ? Ou dois-je dénoncer Elandor Arlanii au Conseil et espérer qu'ils l'arrêteront avant qu'il ne puisse se venger sur eux ?

En vérité, Gribus n'avait pas plus d'estime pour une faction ou pour l'autre, et sa loyauté à Ysor n'était pas grand chose en face de l'intérêt de ses proches. Mais Elandor était désormais son ennemi. Même s'il était vraiment empli de bonnes intentions pour le peuple, même s'il le récompensait pour sa fidélité, il avait placé le couteau sous la gorge des siens. Et le Scribe était prêt à faire bien des choses pour qu'il n'en ait plus jamais l'occasion.
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Therdorus Uldarii
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MessageSujet: Re: Comme vous le savez déjà...   Mer 24 Nov - 21:00

    Therdorus savait qu’une révélation allait lui être faite, aussi avait-il pris son meilleur air de tout savoir à l’avance. Presque blasé, il avait posé sa tête dans sa main, accoudé à son siège. Il regardait le jeune homme droit dans les yeux, mais presque comme s’il regardait à travers lui. Et il se répétait doucement les mots de son interlocuteur mentalement, s’empêchant de les analyser trop hâtivement. Les hommes aimaient garder leurs secrets, et ne les lui révélaient que parce qu’ils croyaient que les Oracles en avaient déjà connaissance.

    Derrière ses abords d’érudit, de vieux sage bon et aimable, c’était le plus lourd secret que leur avait appris le précédent Oracle : ils ne savaient pas tout, et il fallait donner le change, pour aider chacun comme il le souhaite. C’était un mal pour un bien, selon lui. Therdorus était assez d’accord, mais Thérasia avait plus de mal, c’était pourquoi elle évitait autant que possible les rencontres avec les nobles. Elle ne supportait pas de ‘‘jouer’’ avec eux.

    Au contraire, c’était le jeu favori de Therdorus, qui en était passé maitre.

    Mais là, c’était plus surprenant. Il ne réagit pas immédiatement, croyant d’abord à une méprise. Le pauvre garçon avait cité le nom de son ancien maitre, du pauvre Elandor qui n’avait régné que le temps de se faire les mauvais ennemis. Mais non, très vite, il devint évident que c’était bien de lui qu’il était question.

    Therdorus écarquilla les yeux suffisamment pour que ce soit visible, mais au moment où le scribe disait qu’Elandor « voulait le pouvoir comme n’importe quel homme ». Puis il se redressa sur son siège pour pouvoir mieux réfléchir et mieux écouter.

    Elandor vivant et à la tête de la dissidence ouvrait tout un panel de possibles qui l’étourdissait quelque peu. Les failles dans ses plans semblaient trouver dans cette révélation toutes les solutions qu’il n’osait espérer.

    Therdorus savait ce qu’il avait à dire et à faire. Première chose, écarter le danger que pourrait représenter Gribus.

    « Gribus Sandragil, sachez que Therdone a des plans pour Elandor. Sa survie fut la preuve pour l’Edor de sa volonté sans faille. Il doit vivre et continuer son œuvre pour le moment. »

    Fallait-il faire tuer le scribe ? Ou juste sa famille ? Une mort extérieure sans lien pourrait résoudre le problème. Supprimer le jeune homme en personne pourrait aussi solutionner le problème mais… c’était bien le seul dissident à ce jour à lui avoir fait sa grande révélation. Peut-être reviendrait-il vers lui.

    Il fallait réfléchir vite et prendre les bonnes décisions.

    « N’aie crainte pour ta famille. Elle ne risque rien d’Elandor et de ses dissidents tant que tu respecte ton pacte avec lui. Les conseillers pour leur part seraient sans doute plus mielleux dans leurs mots, mais plus fourbes dans leurs actes. Trahir ton nouveau maître serait une erreur qui pourrait te coûter plus que la vie. »

    Il allait devoir rencontrer Elandor en personne pour découvrir ses prétentions, puis les rabaisser et les réorienter. Il protesterait, mais dans l’état actuel des choses, Therdorus serait son meilleur espoir de victoire. Le pauvre était vraiment né à la mauvaise époque. Une génération plus tôt et il aurait pu instaurer quelque chose de fort. Mais là, entre la révolution et la venue des Olarils… la marge de manœuvre était mince.

    « Elandor doit gagner la guerre qui s’annonce, mais sa victoire sera aussi sa plus grande défaite. Des temps troublés s’annoncent, mais de cette époque noire naitra un âge d’or pour le grand royaume d’Isle. »

    Un âge d’or qui sera marqué du nom de Therdorus, le plus grand Oracle de tous les temps.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Comme vous le savez déjà...   Ven 17 Déc - 0:16

« Therdone a des plans pour Elandor. » Gribus s'efforça de ne pas réagir à ces mots et à ceux qui suivirent, et se contenta de baisser le regard en ce qui ressemblait à un geste d'humilité. Le Scribe semblait être un croyant qui s'abreuvait des paroles divines de l'Oracle avec une crainte pieuse, mais en réalité il encaissait le coup de la déception et laissait son amertume grandir. Pendant un court instant, il voulut répliquer à Therdorus et laisser éclater sa colère ; bien sûr qu'Elandor avait un grand destin devant lui, bien sûr qu'il allait accomplir de grandes choses dans l'avenir ! Le destin avait cette curieuse habitude de réserver aux grands hommes et les grands actes. C'était à un enfant de famille Noble de devenir l'Oracle, et c'était à un fils de Roi d'avoir la faveur de Therdone. La destinée, semble-t-il, faisait son œuvre chaque petit jour et le monde restait le même sous sa tutelle.

Plus encore que ce sentiment d'injustice, ce fut une sensation de futilité qui emplit le jeune albinos. Les paroles de l'Oracle, les paroles de Therdone même ne faisaient que confirmer ce qu'il savait déjà. Tout ce que la sagesse divine avait pu lui apprendre se résumait à ceci : « Elandor est un homme de pouvoir, la prudence dicte de le servir pour protéger votre famille ». Avec en bonus la vague idée que ce conflit tournerait en faveur de la Dissidence. Cela aurait dû être une excellente bonne nouvelle pour Gribus, qui se trouvait dans le camp des vainqueurs, s'il n'y avait eu ces subtils détails dans le discours de l'Oracle : « il doit continuer son œuvre pour le moment », « sa victoire sera sa plus grande défaite », « un âge d'or pour le continent d'Isle ». La victoire d'Elandor n'était à aucun point rendue certaine, à vrai dire pas un seul des mots de Therdorus n'avait apporté de certitude. A quoi servait-il de venir consulter un être omniscient si c'était pour être nourri de doute ?! Gribus aurait voulu se lever faire ravaler ses conseils cryptiques à l'homme saint.

Mais comme toujours, le jeune homme ravala sa colère, sa douleur et ses doutes et garda la tête baissée. Il n'avait pas le luxe de faire l'idiot, et il ne devait pas y avoir de place dans sa tête pour ce genre d'impulsions inutiles. Rien n'avait changé, il n'avait obtenu aucune solution, et pire encore, il semblait bien qu'aucune solution ne soit à sa portée. A vrai dire les prédictions de l'Oracle ne concernaient qu'Elandor, Elandor, Elandor. Le Roi déchu et sa grande destinée, et Gribus devait se contenter de le servir bien gentiment, pour que sa famille ait l'insigne honneur de survivre. Le jeune homme eut soudain envie de pleurer. Cette grande destinée était une autre arme dans la main de l'Al'Faret, ce souverain cruel à qui tout était accordé, et un nouveau fardeau sur ses épaules à lui, le serviteur albinos à qui la vie n'avait rien accordé. Il était impuissant, à la merci des intrigues d'Elandor, et il devait plier l'échine sans broncher tandis qu'on gardait le couteau sous la gorge des siens.

Avec des gestes absents, comme s'il se regardait agir, Gribus s'inclina de nouveau et s'apprêta à partir, n'osant regarder ou même écouter l'Oracle. Il ne pouvait pas rester ici. D'une voix calme, il articula les mots comme un automate.

Je vous remercie pour vos précieux conseils, ô Oracle. Avec votre permission, je vais me retirer.

Therdone n'avait ni justice ni réconfort à lui apporter ; il ne pouvait compter que sur lui-même. Il ne reviendrait plus jamais ici.

[A moins que Therdorus ne retienne Gribus pour des questions, ce qui commencera vraiment à lui mettre la puce à l'oreille, je propose qu'on ferme le rp ici, avec un post de conclusion éventuel de ta part.]
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