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 Charis ma fille

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Lambda
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MessageSujet: Charis ma fille   Ven 6 Aoû - 15:19


- Enlil Arcarian -
    Enlil Arcarian était penché sur ses papiers, mais il ne les regardait pas. Il avait son sceau à la main, mais il jouait avec. Et un sourire béat qui ne le quittait pas, déformant son épaisse barbe à l’endroit de la bouche, assorti de ses yeux éternellement pétillants qui disaient bonjour à on ne sait quelles chimères. Il était dans sa rêverie, un état de béatitude qui était sorti quasiment de nulle part, et qui avait pour base la facture qui était au dessus de la pile.

    Ca n’a l’air de rien une facture, mais il ne fallait pas oublier que derrière une facture, il y avait un être humain. Enlil Arcarian essayait toujours de visualiser à quoi ressemblait la figure derrière, si elle était jeune ou âgée, si elle souriait ou pas, si elle allait lui être reconnaissant ou pas, s’il avait une famille et s’ils aimaient leurs enfants. Malheureusement, une facture ne donnait pas ces détails, alors il inventait, et dans son monde, derrière chaque commande se situait un travailleur honnête bon père et bon époux. C’était peut-être pour cela qu’il aimait encore moins que quiconque qu’on le floue, car il donnait sa confiance à des inconnus, et s’attendait à ce qu’elle ne soit pas bafouée.

    Avec un geste négligent, il balaya la feuille de sous son regard, elle était finalement trop sèche pour retenir son attention bien longtemps, il y avait tellement plus intéressant ailleurs : des projets, des avenirs, des choses à bâtir et à concevoir, des cathédrales à imaginer… Des futurs. Enlil était un homme qui vivait constamment dans le futur, qui ne voyait que « l’après » : En fait, il considérait que le présent n’était que l’annonce ou le début de quelque chose à venir, une simple étape, une formalité, alors pourquoi s’y fixer ou s’y cantonner ? Pourquoi s’installer dans quelque chose qui de toute façon est appelé à évoluer ?

    Il fallait vraiment qu’une éventualité remplisse le champ de tous ses avenirs possible pour qu’il accepte de se préoccuper un peu du présent. Et là, le présent, c’était son anoblissement. Ce n’était pas une surprise au contraire, c’était un avenir devenu présent, comme une claque adressée à ceux qui prétendent que les rêves ne servent à rien. Et qui plus est, c’était un rêve qui permettait d’autre rêves, un présent qui ouvrait la porte à des tas de futurs, déjà ce nouveau statut l’émoustillait et lui faisait songer à tout ce qu’il pourrait désormais construire, les systèmes de direction qu’il pourrait tester, les modèles de gérance à essayer… Tout un champ s’ouvrait à lui, ce champ qu’il avait espéré depuis tant d’années, la clé de la concrétisation de la plupart de ses rêves. La noblesse de rang.

    Si Enlil Arcarian y voyait la concrétisation de ses chimères, sa femme voyait l’ascension sociale uniquement. De manière générale, sa douce épouse ne voyait que l’aspect brut et basique des choses, c’était à la fois ce qui agaçait et ce qu’adorait Enlil chez sa femme, c’était ce qui faisait que le couple Arcarian était complémentaire, comme le Souffle et l’Argile pour créer l’homme. Au moins, même s’ils étaient différents, les deux conjoints étaient aussi heureux l’un que l’autre de ce grand progrès qu’était leur annoblissement.

    Enlil espérait que sa fille le serait aussi. Sa petite Charis, celle qu’il avait appelé « mon poussin» jusqu’à l’âge de seize ans (la demande de Charis d’arrêter cela fut la plus grave crise relationnelle entre eux), la fille avec qui il avait sans conteste passé le plus de temps lorsqu’elle était enfant. Celle dont il regrettait le plus la croissance. S’il y avait une voix qui le ferait fléchir, c’était celle de sa fille.

    Charis, c’était l’exemple même de la jeune fille pour laquelle il ne fallait pas s’arrêter aux apparences, qui valait la peine d’être connue. Aucun garçon jusqu’ici n’y avait été sensible, mais ce n’était pas un mal : Enlil Arcarian ne faisait pas autant d’efforts qu’il ne le devait pour lui trouver un mari, espérant ainsi garder tous les secrets de sa fille aussi longtemps que possible dans l’intimité. Il savait que de toute façon jamais aucun mari ne connaîtrait aussi bien Charis que lui connaissait son poussin. Il savait tout d’elle, elle était à la fois son Œuvre et quelque chose de profondément indépendant, une fierté en mouvement.

    Enlil l’admettait lui-même parfois : il était gaga de sa fille. Le mot gaga est employé par son épouse.

    Enlil Archarian jouait encore avec sa bague, en se disant vaguement qu’il devrait peut être gérer les affaires qu’il avait sous les yeux, mais en attendant surtout Charis. Son poussin allait venir, elle était encore à l’amphithéâtre comme d’habitude, mais elle allait venir. Alors pourquoi faire semblant de travailler ?

    L’escalier vibra au rythme des pas qui le montaient. Depuis son bureau, Enlil reconnut le rythme et l’emplacement des pas de Charis. Il se leva et ouvrit la porte avant de se précipiter vers le buffet. Quelques secondes plus tard, sa fille adorée passait la porte tout doucement pendant qu’il fouillait le buffet pour trouver de quoi boire ou manger, il ne s’en souvenait déjà plus. Tant pis, il s’en souviendrait plus tard.

    Il laissa tomber le buffet pour accueillir Charis en la prenant dans ses bras vigoureusement. Le visage de son poussin reposait sur sa barbe épaisse. A contre cœur, il se sépara d’elle et il lui dit tout en prenant un papier du bureau, enfin de par terre :

    « Ah Charis, ca y est ! Lis moi ca : lettre du régent. »

    Il donna la lettre mais il était trop excité pour que son poussin ait le temps de la lire.

    « Nous sommes anoblis ma fille, nous sommes nobles ! Tu te rends compte tout ce que l’on va pouvoir faire ? »

    Il avait le grand sourire enfantin qu’il avait lorsqu’il proposait un rêve particulièrement audacieux. Charis était la seule de sa famille à le suivre lorsqu’il partait dans ses rêveries, elle savait très bien ce qui se cachait derrière le : « te rends tu comptes de ce que tu vas pouvoir faire ? »

    Vois tu tous les rêves que l’on pourra accomplir ?
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Charis ma fille   Lun 23 Aoû - 20:20

    Éléni courait librement dans les rues. Non, plutôt, Charis Arcarian. Elle avait terminé sa journée à l'Amphithéâtre – en fait, Éléni avait été rechercher des informations sur un obscur militaire susceptible de rejoindre la Dissidence. Elle en parlerait à Elenor, mais elle était quasiment certaine qu'il ferait un parfait disciple de l'Al'Faret. Et là, elle avait ôté son maquillage et laissé ses cheveux détachés. C'était le luxe de la bourgeoisie : pouvoir se permettre une liberté dans le paraître que la Noblesse n'avait pas. Elle rentrait donc au bercail, ce soir. Elle n'était jamais contrôlée, mais tous les soirs, elle rentrait pour discuter un moment avec son père, sauf s'il était en déplacement. Charis Arcarian respirait la joie de vivre, en cet instant : elle avait eu une bonne journée, et les affaires de la Dissidence allaient bon train. Elle avait également recruté deux personnes pour le compte des Révolutionnaires. C'était plus ardu, et bien plus dangereux. Le Jeu n'en était que plus passionnant.

    Charis Arcarian était plus réservée et plus timide qu'Éléni. Elle était incapable de mentir avec autant de naturel, elle cherchait moins à plaire. Pourtant, nul besoin de faux-semblants quand elle retrouvait son père. Enlil Arcarian n'avait pas changé : il était toujours l'homme fort et rassurant de son enfance. Il était celui qui lui avait raconté des histoires le soir, dans son lit, pour l'apaiser quand elle faisait des cauchemars. Il était celui qui lui avait fait découvrir le monde. Il était celui qui lui avait mis en tête des idées impossibles, celui qui lui avait appris que la Volonté pouvait les mener jusqu'au sommet. Que le sang ne faisait pas tout, loin de là.

    Charis rentra en souriant, passa la porte en saluant les domestiques, piqua une bise sur la joue de sa mère, qui semblait de très bonne humeur, et puis monta rapidement les volées de marches qui la séparaient du bureau de son père. Elle lissa un instant sa jupe, détail inutile mais ô combien incontrôlable, puis elle entra.

    - Bonsoir, papa !

    Elle ne savait jamais si c'était lui qui la prenait dans ses bras ou elle qui se jetait dans les siens. Elle l'aimait d'un amour admiratif et immense – un amour d'enfant. Son père était invincible, il était le plus fort. Elle savait qu'un jour, elle réaliserait ses failles, parce qu'elle en avait trop vu pour se leurrer, tout comme elle devinait que ce jour était proche, mais elle était trop attachée à sa famille, à lui. C'était une des raisons pour laquelle personne ne devait jamais apprendre qu'elle était Éléni. Sa famille deviendrait une cible de choix et ça, il en était hors de question. Elle serait réduite à accepter n'importe quoi, parce qu'elle serait incapable de laisser toucher à un cheveu des siens.

    Comme pour confirmer l'à-propos de ses pensées, son père lui tendit une lettre du... du Régent. Intriguée, Charis prit la lettre et commença à la parcourir en s'interdisant d'imaginer des catastrophes, mais ce ne fut pas sa lecture qui lui révéla la désastreuse vérité, ce fut l'impatience de son père. Et là, ce fut le drame. Ils étaient nobles. Les Arcarian devenaient des Nobles de Rang. Ils allaient déménager, aller vivre dans la Ville Haute. Son véritable visage allait devenir connu. Charis Arcarian n'était pas Éléni. Elle était incapable de masquer ses sentiments. En revanche, elle parvint à transformer sa peur en surprise. C'était un peu stupide, car elle savait depuis qu'elle était née que ce jour finirait forcément par arriver, mais c'était la seule émotion plausible à laquelle elle était capable de penser.

    Ce n'est pas si dramatique, ce n'est pas si dramatique, ce n'est pas si dramatique. Finalement, elle parvint à sourire, uniquement en pensant au plaisir que cela procurait à son père. S'il était heureux, en quelque sorte, elle l'était aussi. Néanmoins, à côté de l'immense nouvelle, le sourire de Charis était bien maigre. Sa mère ne devait pas être courant. Non, sinon, elle ne l'aurait pas accueillie aussi placidement. Et surtout, les Arcarian auraient déjà déménagé. Puis, elle vit la lueur malicieuse – qu'elle reconnaissait entre mille – briller dans les yeux de son père et elle comprit qu'il avait voulu lui en faire la surprise. Étonnée que sa mère ait marché dans une telle combine, elle comprit que l'anoblissement lui avait renversé les idées. Consciente que son silence commençait à être anormal, elle répondit, en s'asseyant dans le fauteuil le plus proche, parce qu'elle était réellement sous le choc :

    - C'est... c'est incroyable. Je ne m'y attendais pas, même si ça allait arriver, au vu de notre empire commercial.

    Puis, Charis réalisa qu'elle n'avait pour le moment pas à avoir peur. Elle cligna des yeux, comme pour se persuader que personne n'allait entrer dans sa maison en hurlant qu'il arrêtait Charis Arcarian pour une liste de griefs tellement longue qu'elle n'avait aucun secours à espérer. Elle laissa ses yeux se perdre dans le vague. Rêveuse – imitant sans le savoir l'expression paternelle – elle pensa à ce qui l'attendait. Le Jeu allait devenir encore plus serré, plus dur que jamais. Petit à petit, son visage quitta son expression de stupéfaction pour passer à celle de la curiosité. Éléni savait ce que signifiait parcourir le Palais du Gardan en tant que Noble, mais Charis n'y avait jamais mis les pieds. À quoi ressemblerait son entrée dans ce monde-là ? Serait-elle méprisée pour son origine ? Serait-elle tout simplement ignorée ? Ou au contraire, trouverait-elle l'une ou l'autre amie – si Elenor Jagharii n'était pas la seule Noble fréquentable d'Edor Adeï ?

    - Tout va changer, n'est-ce pas, papa ?

    La voix de Charis n'était ni larmoyante, ni euphorique. C'était un questionnement qui était en cours. Un formidable élan vers l'avenir. Un sourire sincère se dessina sur son visage :

    - Je ne sais pas si je me rends vraiment compte... Qu'est-ce que tu vas faire, en premier ?

    Les traits d'Enlil Arcarian étaient comme transfigurés : elle savait que c'était le signe que mille nouvelles idées bouillonnaient en lui. Et comme toujours lorsqu'elle contemplait le visage de son père, Charis se sentit heureuse d'être née dans son foyer.
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Lambda
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MessageSujet: Re: Charis ma fille   Ven 27 Aoû - 5:47


- Enlil Arcarian -
    Sa fille ressemblait à un plongeur sur le point de se jeter d’une haute falaise : il aspirait à longues goulées et essayait de vaincre sa peur du vide. Cela venait de sa mère sans aucun doute, femme prudente parmi les prudentes, qui préférait un long détour ferme plutôt qu’une voix directe fumeuse. Enlil Arcarian lui était du genre à contempler le vide sans peur, puis à s’y laisser basculer petit à petit en attendant que les ailes lui poussent et que les vents le fassent s’envoler. C’était ainsi qu’il avait agrandi les affaires de son père et qu’il avait crée son empire commercial qui aujourd’hui lui valait d’être catapulté en haut de la société.

    Il ne fallait pas avoir peur des changements aussi abrupts que les falaises, ce n’étaient que des transitions, des courants d’air à suivre. Ceux qui restaient sur le bord finissaient par se fossiliser, et on ne les regardera pas autrement que comme des pierres.

    Il s’était imposé une devise à lui-même et avait tenté d’en faire la devise de la famille en l’enseignant à Charis : N’oublie jamais de croire et d’oser. Cette formule contenait tout ce qui était Enlil et il l’espérait ce qui était Arcarian : l’audace, la foi dans le futur, et la détermination. Tout ce qui était Arcarian…

    Elle ne se rendait pas bien compte, elle se donnait du temps pour réfléchir… Le soleil était trop lumineux pour qu’on le fixe, mais cela n’empêchait personne de s’exposer à ses rayons et ressentir sa chaleur. La lune était trop loin pour qu’on la décroche, mais les amoureux continuaient de le tenter. Il n’y avait nul besoin d’appréhender la totalité de quelque chose pour se l’approprier, sans quoi l’on se condamnait à vouloir la médiocrité toute sa vie. Mais ce n’était pas grave, la Charis qu’il aimait était ainsi : subtil mélange de l’argile de sa mère et du souffle de son père.

    Lui-même pour être honnête ne se rendait pas compte de tout ce que cela voulait dire, il le découvrirait bien assez tôt, ceux qui osent se jeter à l’eau savent tout ce qu’il y a en dessous. Qu’est ce que cela allait changer ? Il n’en savait rien, mais il voulait essayer. Qu’est ce qu’il allait faire ? Il n’en savait rien mais il allait faire quand même. Quoique à la réflexion, il y avait tant et tant d’autres projets qui avaient mûris ou pris la poussière au cours de ces années, attendant une occasion aussi favorable que celle-ci…

    « Que vais-je faire en premier ? Raaaah tu sais que je déteste répondre à cette question, elle est tellement… restrictive ! Elle force à établir un système de priorités et bride l’imagination, frustre l’envie de créer et d’accomplir. »

    Cependant, on ne pouvait jamais faire les choses que dans un certain ordre. Cette question était rébarbative, mais elle était obligatoirement accompagnée d’une réponse.

    « Je pourrai… Je pourrai défendre ce projet de canal à Forhilen, je pourrai améliorer les méthodes de cultures dans les vallées d’Hurg Aari… plus proche de la capitale, je me suis toujours demandé si le tracé des rues dans le quartier pauvre n’était pas source de problèmes… Raaah tant de choses à faire, et pouvoir les faire, pourquoi se limiter à une seule ? Faisons les toutes à la fois ! »

    Enlil dit ceci dans un sursaut d’enthousiasme qui le fit étendre les bras vers la fenêtre d’où arrivait le soleil. Il était ce genre d’homme à pouvoir tout faire de front, à avoir suffisamment d’énergie pour tout alimenter. Il était également le genre d’homme à s’attacher volontairement à une montagne pour voir s’il pouvait la déplacer. Et si elle ne bougeait pas, alors il changeait de méthode.

    « Toutes ces choses sur lesquelles je délire et que je développe depuis tant d’années, le travail de conception de toute une vie, l’expérience accumulée depuis mes dix huit ans, tout ca Charis, tout ca trouve désormais sa place, son utilité et sa raison d’être. »

    Il se mit accroupi, imitant la mer et ses vagues, avec un bateau dessus, comme quand Charis était petite et qu’il lui racontait ses voyages.

    « Combien de navires n’ais je pas rêvé d’améliorer, combien d’architecte navals ne se sont ils pas inspirés de ce que j’ai dit sans accorder de reconnaissance à mes paroles? »

    Il se releva, imita le cavalier, avec les deux mains sur les rênes.

    « Et les méthodes d’élevages, à force d’observations et d’expérience, j’en sais autant qu’un éleveur de chevaux de races. Combien de nobles ont fait semblant de me mépriser, de m’écouter d’une oreille abstraite avant de se dépêcher d’appliquer mes conseils dans mon dos ? »

    D’un grand mouvement de brasse, il chassa l’air devant lui. D’une bonne grosse voix profonde il chanta :

    « Et le solfège ? J’ai une oreille, et j’ai de la curiosité. Tu te souviens de ce moine de Therdone qui m’avait soutenu que l’Ut mineur était la meilleure tonalité pour les chants religieux ? Et bien il m’a dit non et ensuite s’est empressé de changer ses partitions »

    Non Charis ne pouvait pas se souvenir elle n’était pas là, mais cela avait il de l’importance ?

    « Tout ca c’est fini Charis. Du jour au lendemain, ma parole est devenu aussi dorée que ma maison, ce que je dis ne porte plus le sceau de la folie, mais au contraire est auréolée de sagesse et de dogme. Je ne suis plus un roturier issu de la boue, je suis un noble issu de la roture. Je suis Enlil ! Arcarian ! Noble de rang, donc respectable, sage, avisé, riche, puissant, homme à écouter… »

    Il était dans ce que sa femme appelait : « ses crises d’enthousiasme ». Cela désignait les moments où il était le plus proche de l’absolu qui était sa quête de tous les instants, ce qui le rendait désordonné, fébrile, mais aussi impressionnant de présence et rayonnant de confiance. C’était un homme qui s’agitait en tout sens, mais la foi et l’enthousiasme qui guidait chacun de ses gestes rendait cette même agitation belle, envoutante, empreinte de force et de volonté.

    Enlil était un homme rayonnant, là était toute sa beauté.

    « Voilà ma fille tout ce que cela veut dire être noble ! Tu vois N’oublie jamais de croire ou d’oser »

    Dans ses plans, la guerre n’apparaissait pas.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Charis ma fille   Lun 30 Aoû - 17:20

    La peste soit de son incorrigible père ! Il ne changerait jamais. Il avait à peine commencé à lui expliquer son idée que déjà, son esprit était des milliers de pas plus loin. Il s'interrompait, il reprenait ; ses gestes étaient agités ; ses jambes nerveuses le portaient tantôt à gauche, tantôt à droite. Le pire, c'était qu'elle parvenait à comprendre fugacement ce dont il lui parlait. À la même vitesse que lui, parce qu'elle partageait plusieurs rêves avec lui, elle vit défiler les projets dont il parlait. Soudain, Charis éclata de rire. Elle le retrouvait exactement comme elle le connaissait, et c'était le meilleur gage d'un futur stable. Après tout, que lui importaient les Nobles ? Il ne prêteraient jamais attention à la petite Charis Arcarian. Elle passerait aisément entre les mailles du filet.

    En revanche, quand il lui affirma qu'il lui avait dépeint ce qu'était être Noble, Charis leva un sourcil sceptique et fit une moue moqueuse. Il avait raison en disant que leur nom était maintenant aussi doré que leur maison, mais il avait décrit le Noble que lui allait être. Les Nobles n'étaient pas comme ça, Charis était bien placée pour le savoir. Si les Nobles avaient tous été comme son père, la Dissidence et la Révolution n'existeraient pas, et Éléni ne serait pas née.

    - Non, papa.

    Charis était presque aussi ravie de le contredire que de lui expliquer. Elle aimait bien l'ennuyer, mais pas trop. Sinon, elle savait parfaitement quelles seraient les représailles : il recommencerait à l'appeler mon poussin, et ça, c'était hors de question !

    - Être Noble, ça veut dire un millier de choses en plus. Nous allons changer de vie. Nous allons entrer dans la cour des grands. Nous allons pouvoir donner plus de poids à nos actes. Nous pourrons réellement changer ce que nous voulons. Nous pourrons nous approcher du Gardan.

    Et qui sait, l'influencer ? Oups. Elle avait peut-être été un peu loin. Ça y était. Elle critiquait son père, mais en fait, elle était comme lui : incapable de réfréner son enthousiasme. Mais elle venait seulement d'y penser. Elle avait vu la Noblesse comme un inconvénient, mais en fait, cela propulsait Charis Arcarian encore plus près du pouvoir en place. Et cela, c'était bon pour les affaires de la Dissidence et de la Révolution. Charis Arcarian pourrait devenir une parfaite Conservatrice. Sauf que c'était tout à fait contradictoire avec la Charis Arcarian qui passait inaperçue pour qu'on ne s'intéresse pas à ses activités. Il fallait qu'Éléni prenne le temps de réfléchir, puis décide. Pour se donner contenance, elle demanda :

    - Tu as déjà rencontré le Gardan, papa ?

    Elle connaissait la réponse, parce que ses informateurs lui parlaient des rencontres du Gardan, mais elle voulait avoir l'avis de son père sur la question. Un jour, elle oserait lui parler d'Éléni... un jour. Charis avait des sueurs froides rien que d'y penser. Ce jour-là, elle ne savait pas ce qui arriverait. Elle espérait de tout cœur qu'il l'admirerait, mais rien n'était moins sûr. Elle avait mis en œuvre ce qu'il ne faisait pas, par choix. Éléni était celle qui avait osé et cru. Elle le savait et pourtant... elle avait mortellement besoin de son approbation. Après tout, Charis était la chair de sa chair. Elle laissa entendre un petit rire :

    - Et maman, qu'est-ce qu'elle a dit ? Je suppose que dès demain, nous habiterons dans la Ville Haute ?

    La question d'Éléni n'était pas innocente. Elle ne mentait jamais de front à son père. Elle en était incapable. Par contre, elle lui mentait par omission. Impossible de protéger autrement Éléni. Si elle lui parlait d'un détail aussi terre-à-terre que la maison, c'était bien parce qu'Éléni ne pouvait perdre son Quartier Général. La maison des Arcarian possédait plusieurs entrées et plusieurs sorties : elle était spacieuse et regorgeait de cachettes. Une maison dans la Ville Haute serait placée sous surveillance par son propre réseau – c'en était ridicule. Or, Éléni se devait de protéger l'identité de Charis Arcarian.

    - Il faut que nous gardions cette maison, papa. Je resterai vivre avec vous, mais je ne veux pas abandonner la demeure de mon enfance. J'y suis vraiment attachée. En plus, c'est plus pratique pour mon travail.

    Une belle phrase aux accents de vérité. Et il y avait plus de vrai que de faux dans ce qu'elle avait dit. Sauf qu'elle ne parlait pas du même travail que celui auquel penserait Enlil Arcarian. Elle ne mentait pas. Elle les protégeait, tous.
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MessageSujet: Re: Charis ma fille   Jeu 9 Sep - 19:59


- Enlil Arcarian -
    Quoi « Non papa » ? Comment ca « Non papa » ? Ce n’était pas son genre de le modérer lui. Comme toujours dans ses moments là, il était très sensible, voire susceptible, et il valait mieux parfois laisser la fièvre retomber avant de songer à revenir sur ce que disait Enlil Archarian. Il n’y avait guère que sa famille, épouse et fille qu’il laissait remontrer, car sa femme ne le faisait jamais gratuitement, et sa fille était sa fille.

    Cet emportement ne dura pas plus loin que la deuxième phrase, à peine Charis eut elle dit qu’être noble c’était bien plus et de détailler qu’il la pardonna complètement, et oublia même la déception initiale. Oui bien sûr que c’était plus, mais pourquoi faire la liste détaillée ? A aucun moment il ne songea à une véritable critique, plutôt un apport de sa fille qui complétait ce qu’il avait dit. Enlil ne soupçonnait jamais le mal chez sa femme ou sa fille, elles étaient à part.

    Pourtant lorsqu’elle lui demanda s’il avait déjà vu le Gardan, il fut rappelé à la réalité, et n’osa pas dire tout de suite que non, et que en fait il n’avait vu qu’un vague émissaire d’une maison noble de sang mais pas si proche des Arlanii que ca non plus. Il ne lui répondit pas qu’on pouvait soupçonner quelque intrigue autour de sa fortune, mais il ne le préciserait pas cela, car il n’y avait que sa femme pour le dire.

    Son épouse… sa si tendre et si agaçante épouse, que pourtant il ne voudrait renier pour rien au monde. Skadi Arcarian était à priori la femme qui ne lui aurait jamais convenu, une jeune fille sérieuse qui s’était mué en matrone et qui de plus en plus ressemblait à une mégère pour les observateurs extérieurs. Mais qui donc à part lui et sa fille pouvait savoir quels trésors elle recelait par son bon sens et son regard indépendant ? Bien sûr qu’elle avait tout envisagé, les ennemis, les opportunités, les chausse trappes, les méandres… C’est grâce à sa femme que Enlil Archarian pouvait se permettre d’être aussi visionnaire.

    La seule chose qui le gêna un peu ce fut la perspective que Charis refuse d’habiter dans la ville haute et reste obstinément dans cette fière masure. Bien sûr qu’il la garderait, elle était bien plus qu’une maison, elle était la capitale de son empire commercial, mais pourquoi son bébé voulait il habiter hors du nouveau toit ? Instinctivement, quelque chose le heurta. A 18 ans, il n’était pas encore temps qu’elle vive sa vie, elle avait encore tant à apprendre, et Edor Adei n’était pas un endroit pour une jeune fille seule qui n’avait pas encore d’expérience…

    « J’admets que je n’ai pas encore vu le Gardan, mais ce n’est qu’une histoire de jour ou de semaine, être noble signifie aussi que je suis dans son entourage, ou du moins que je suis digne de l’approcher, fatalement je finirai par le rencontrer et discuter avec lui. On dit que c’est un homme très ouvert à la conversation. Ensemble, nous ferons de grandes et belles choses, nous pourrions bâtir des cathédrales qui dureraient mille ans ! »

    Il n’existait aucune limite aux yeux d’Enlil Archarian.

    « Et quant à ta mère, et bien tu la connais : un mélange complexe de suspicion et de joie contenue. Elle ne souhaite tellement pas avoir ta joie ou la mienne qu’elle fait semblant d’être critique. Mais tu la connais, tu as même beaucoup hérité d’elle : derrière une muraille de scepticisme, c’est une fontaine de confiance que l’on trouve. Elle râle évidemment, mais elle fait tout pour accélerer notre déménagement. »

    Et sans prévenir, il prit le visage de sa fille entre ses mains, fermement et tendrement, s’il est possible de conjuguer les deux, et Enlil était l’homme des possibles.

    « Bref, comme tu vois mon chaton, tout va pour le mieux malgré le siège, et effectivement d’ici deux jours, nous dormirons sous un autre toit. Cela m’étonne que tu me demandes si je garde cette maison, tu sais bien qu’elle est la capitale de notre empire, et qu’une villa n’est pas aussi adaptée à un marchand qu’une masure comme la nôtre. J’ai besoin de fenêtres, de portes et d’ouvertures partout pour prétendre commercer partout, pas me retirer dans une villa aux murs infranchissables. Tu peux largement y passer tes journées, moi aussi je le ferais pour mon travail, mais je te demanderais juste une chose ma douce. »

    Il colla son front à celui de sa fille, sa barbe blonde grise et blanche fit un contraste avec les cheveux uniformément blond de Charis.

    « Rentre chez nous le soir. Dors chez tes vieux parents. Ne joue pas avec nos relations en faisant une pseudo indépendance foireuse. Ne joue pas Charis. »

    Il l’aimait si sincèrement et si profondément, il ne supporterait pas cela. Pendant dix secondes un regard gravement sérieux cloua Charis, un regard qui couvrit tout le champ de vision de celle qu’on appelait aussi Eleni.

    Puis son père sourit, et ses yeux pétillèrent de nouveau, car il ne savait pas rester ainsi très longtemps. Il était persuadé que Charis ne faisait aucun Jeu.

    D’ailleurs il le savait : sa fille ne lui mentait pas, elle ne faisait rien dans son dos. Charis était si honnête et si adorable…

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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Charis ma fille   Mer 15 Sep - 21:33

    Quand son père prit son visage entre ses mains, le regard de Charis ne se déroba pas. Elle affronta avec fierté les yeux pétillants d'Enlil. Il parlait du Gardan, il parlait d'avenir et il parlait de rêves ; elle n'aurait jamais sa puissance visionnaire. Elle se voulait plus pragmatique, et Éléni était née. Et elle ne pouvait se dérober au regard de son père : elle n'en éprouvait de toute façon pas le besoin. Elle s'en voulait de s'être laissée aller sottement à l'émotion : si elle avait un peu plus réfléchi, elle aurait bien compris qu'il était impossible que son père abandonne la maison familiale.

    Retrouvant un complice tête-à-tête, Charis faillit perdre son sourire en entendant les paroles d'Enlil. Ne pas jouer ? Elle avait bien entendu ? Ne pas jouer ? Mais alors... il savait ? Le cœur de Charis s'arrêta. Sa peau se hérissa comme si elle avait été percée de mille aiguilles empoisonnées. Il savait. Jouer un rôle, oui. Sauf qu'elle ne tenait pas un rôle, là. Elle était elle-même, Charis Arcarian. Elle se retint de déglutir. Son père avait deviné ? Therdone, il l'avait appris. Comment ? Les Oracles ? Un indic' d'un autre réseau l'aurait percée à jour ? Les hypothèses dansaient dans le cerveau paniqué de Charis. C'était lié à cette maudite lettre du Gardan ! Il avait forcément quelque chose à voir avec cette avalanche d'événements inhabituels ! Que devait-elle faire ? Qu'allait-il penser ? Mortifiée par l'incertitude, Charis se tendit, dans l'attente d'une réaction.

    Et puis, elle vit l'étincelle de bienveillance pure dans les yeux de son papa. Elle le connaissait trop bien. Il ne savait pas mentir, lui. Soudain, elle se trouva très stupide, et très égoïste. Elle était en émoi à cause de l'anoblissement, et ça lui retournait les neurones. Non seulement elle commettait des erreurs d'interprétation qui étaient grossières, mais en plus, elle se faisait des frayeurs inutiles. Enlil Arcarian ne se doutait de rien, mais il exprimait ses désirs. À cet instant plus qu'à tout autre depuis que le Jeu avait commencé, Charis comprit qu'elle était au bord du gouffre. Il fallait qu'elle avoue tout, là, maintenant. Qu'elle lui explique qu'elle était Éléni – Enlil savait-il seulement qui était Éléni ? Il fallait qu'elle lise l'approbation dans ses yeux, qu'elle sache qu'il était d'accord avec sa ligne de conduite. Elle inspira un grand coup, puis l'image d'Elandor Arlanii dansa devant ses yeux.

    Torse nu, le regard sombre, la bouche entrouverte et les sourcils délicieusement froncés. Non, elle ne pouvait pas faire ça ! Elle ne pouvait pas trahir Elandor. La jeune fille sentit son cœur s'accélérer. Elle garderait son secret, parce qu'elle... ne voulait pas descendre dans son estime. Elle voulait qu'il la remarque, qu'il la voie autrement que comme une sœur. Elle voulait qu'il... Le cœur déchiré entre les voies de son dilemme, Charis se blottit contre son papa en s'écriant :

    - Papa !

    Papa, je t'aime. Mais je veux protéger cet homme. Et quoi qu'il m'en coûte, je me dresserai entre lui et le reste d'Isle. Elle reprit lentement son souffle et ses forces contre l'épaule rassurante d'Enlil Arcarian. Un jour, elle lui dirait tout. Elle ferait sa fierté, parce qu'elle restait sa fille unique. Parce que leur famille était unie et que les Arcarian n'étaient pas les Nobles assoiffés de pouvoir. Ils n'avaient pas perdu leur âme en voyant passer des montagnes d'argent. Crois en moi, papa. Toujours serrée contre lui, elle murmura :

    - Je ne vous abandonnerai jamais, papa.

    Cela aussi, c'était une pure vérité. Éléni ne permettrait jamais que les Arcarian soient atteints. Après avoir repris son souffle, elle ajouta :

    - Je suis contente de garder la maison.

    Enfin, elle estima pouvoir reprendre contenance et affronter le regard vrai de son père sans craquer. Charis recula de quelques pas, regarda Enlil Arcarian et ajouta d'un air malicieux :

    - Et tu sais quoi ? Je suis heureuse d'être née dans la maison Arcarian, de maman et de toi.

    C'était ridicule, enfantin et touchant, mais Charis n'en avait pas conscience. En cet instant, son cœur était un grand mélange de sentiments tellement forts et tellement puissants qu'elle ne parvenait pas à les contenir. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle n'aurait échangé sa place avec personne au monde.


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